VOIR et VISITER

 

Les trésors textiles de la cathédrale de Reims au palais du Tau

 

Publié le : 30 Octobre 2017 NARTHEX

Dans le cadre de sa saison « En lices ! » consacrée à la tapisserie, le Centre des monuments nationaux présente, en partenariat avec la DRAC Grand Est, l’exposition « Divins ornements. Trésors textiles de la cathédrale de Reims » au palais du Tau à Reims jusqu’au 7 janvier 2018.

 

Le palais du Tau est l’ancienne résidence de l’archevêque de Reims, il accueillait également les rois de France à l’occasion de leur sacre. Du fait de cette histoire particulière, l’endroit conserve une belle collection de tapisseries, ornements et vêtements liturgiques, provenant principalement du riche trésor de la cathédrale Notre-Dame. Certaines pièces sont exposées de façon permanente, mais l’exposition « Divins ornements » met en lumière une soixantaine d’autres œuvres qui n’ont pour la plupart jamais été montrées au public, datées entre le XVe et le XVIIIe siècle.

 La salle du Festin © David Bordes - CMN

La richesse des archevêques

Le textile tenait une place prépondérante dans l’ornement des célébrations, surtout dans un lieu aussi important qu’une cathédrale. A Reims par exemple, chaque archevêque devait offrir, lors de sa nomination, une chapelle brodée à la cathédrale, c’est-à-dire un ensemble d’ornements liturgiques pour les grandes célébrations et événements exceptionnels. Qu’ils soient brodés ou tissés, ces ornements somptueux étaient extrêmement luxueux ; brodés de fils d’or et d’argent, d’une finesse telle qu’il fallait plusieurs années pour achever leur réalisation, ainsi que la mobilisation de nombreux corps de métier.

Tenture du Cantique des Cantiques « Le Bien-Aimé entre avec l'Épouse dans son jardin », vers 1640 © Alain Lonchampt - CMN    

Le faste des sacres des rois de France

Notre-Dame de Reims est le lieu historique des sacres de nombreux rois de France, tradition initiée par Clovis, qui y reçu non pas le sacre, mais le baptême, des mains de l’évêque Saint Remi. La cathédrale est décorée avec faste, car elle se doit d’être à la hauteur de cette fonction suprême du temporel et du spirituel. Un dispositif de l’exposition offre ainsi une reconstitution virtuelle de l’intérieur de la cathédrale de Reims, orné de nombreuses tapisseries, lors du sacre de Louis XV en 1722.

Tenture de la Vie du Christ « Les Noces de Cana », XVIIe siècle, © Alain Lonchampt - CMN 

Des thèmes bibliques…

Parmi les pièces exposées, la tenture de la Vie du Christ a traversé les époques malgré les embûches. Commandée en 1633 par l’archevêque Henri de Guise au lissier flamand Daniel Pepersack, elle comporte de nombreuses pièces dont une bonne partie a été détruite lors du bombardement de la cathédrale en 1914. « Les Noces de Cana » est l’une des six tapisseries rescapées ; elle présente un effet de perspective remarquable et un traitement des postures typique de l’école flamande du XVIIe.

Tenture de la Vie de la Vierge « L’Annonciation », 1530, laine et soie, 510 x 480 cm © Pascal Lemaître - CMN

Autres pièces notables, les huit tapisseries de la tenture du Cantique des Cantiques, réalisées vers 1640 et qui ont la particularité de n’être pas tissées mais brodées en laine rehaussée de soie et de fils d’or. Seules cinq pièces en sont connus à ce jour et sont présentées dans l’exposition. Plus ancienne est la tenture de la Vie de la Vierge, offerte à la cathédrale en 1530 par l’archevêque Robert de Lenoncourt. « L’Annonciation » est un véritable chef-d’œuvre de détails, et la scène centrale n’est pas sans rappeler les recherches artistiques dans la peinture à la même époque.

 

Tenture de l’Histoire de Clovis « Couronnement du roi Clovis, Bataille contre Syagrius, Prise de Soissons », XVe siècle © Pascal Lemaître - CMN

… Au cycle royal

L’Histoire de Clovis a inspiré les maîtres d’œuvres et les lissiers tout au long des siècles, puisque l’exposition présente des pièces provenant de deux tentures sur ce thème, l’une réalisée à Arras au XVe siècle et l’autre dans l’atelier Jan Le Clerc à Bruxelles vers 1650-1670. La pièce illustrée ici provient de la première ; dans ce décor foisonnant d’une multitude de personnages, on peut y reconnaître trois scènes : la scène légendaire du couronnement du roi Clovis, la bataille contre Syragius et la bien connue prise de Soissons. Autant que les cycles bibliques, les scènes historiques, particulièrement en ce qui concerne le roi Clovis, ont une grande importance à la cathédrale choisie par les dynasties successives du royaume de France pour sacrer leurs rois.

 

-o-o-o-

 

 

L’extraordinaire postérité de Saint-Martin célébrée à Tours

 

Publié le : 7 Novembre 2016 NARTEX

L’année 2016 célèbre le 1700e anniversaire de la naissance de Martin de Tours (316-397), premier saint non martyr de l’Eglise latine. A cette occasion, le musée des Beaux-Arts de Tours consacre une grande exposition à celui qui fut nommé évêque de la ville en 371. Le parcours rassemble manuscrits, peintures, objets d’art, reliquaires, vitraux, tapisseries, dessins, estampes, sculptures, mobilier archéologiques, du IVe siècle au XXe siècle, dont de nombreux chefs-d’œuvre provenant de prestigieuses collections nationales et internationales. 120 œuvres qui racontent l’histoire du saint missionnaire fondateur de nouvelles communautés chrétiennes, de son culte répandu dans toute l’Europe occidentale et de son influence dans l’iconographie à travers les siècles.

 
 
 

Anonyme, Heures à l’usage de Rome : Saint Martin partageant son manteau, Vers 1510, Enluminure - Tours, bibliothèque municipale © Tours, Bibliothèque municipale

La Vita Martini (Vie de Saint Martin), écrit par Sulpice Sévère, disciple de Martin, et qui introduit l’exposition, pourrait être le fil conducteur du parcours qui attend le visiteur. Le récit datant de 396-397 relate les grands épisodes de la vie du saint ; son choix de se faire soldat du Christ, son élection épiscopale à Tours, les miracles effectués ou encore la fondation du monastère de Marmoutier . L’épisode resté le plus célèbre, omniprésente dans l’iconographie consacrée à saint Martin et particulièrement représentée dans la première section de l’exposition, est celui de La Charité d’Amiens.

 

 

 

Jan Polack, Saint Martin et le mendiant, 1500, Tempera sur bois. H. 125 ; l. 56,3 cm - Maastricht, Bonnefantenmuseum ©Peter Cox / Bonnefantenmuseum, long-term loan Cultural Heritage Agency of the Netherlands
Johann Kachler (?), Saint Martin partageant son manteau, 1628, Verre et plomb. H. 35,6 ; l. 22,8 cm - Paris, musée du Louvre, Département des Objets d’art © RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Daniel Arnaudet

Anonyme, Charité de saint Martin, Fin du XVe siècle , H.74 ; l. 79 cm, Calcaire sculpté Paris, Musée du Louvre, dépôt au musée des Beaux-Arts de Tours © Musée des Beaux-Arts - Tours

Alors qu’il doit célébrer le culte à Amiens, Martin n’accepte pas de commencer tant qu’un pauvre qui avait demandé des vêtements n’a pas reçu le nécessaire. Le diacre tardant à satisfaire sa demande, Martin retire sa propre tunique pour la donner au pauvre. Un évènement miraculeux se produit tandis qu’il célèbre la messe : un globe de feu apparaît au-dessus de sa tête. La Charité d’Amiens devient une image absolue de la sainteté : elle constitue une scène théologale* complète par la foi du saint, l’espérance du pauvre et la charité du manteau partagé. Cette histoire devient alors universelle, donne un modèle de sainteté aussi bien aux chrétiens qu’aux païens et est capable de persuader les incrédules.

Pietro di Cristoforo Vannucci, dit Pérugin, Saint Martin, Début XVIe siècle, Huile sur bois. D. 102 cm - Paris, musée du Louvre, Département des peintures © RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Daniel Arnaudet

Ainsi, la Vita Martini est à l’origine d’un immense travail de réécriture entrepris à travers les siècles par des écrivains soucieux d’édifier leurs lecteurs par l’exposé d’une vie exemplaire. Chaque auteur peut transmettre à la postérité un monument du passé tout en adaptant le récit aux préoccupations et aux goûts de ses contemporains. En témoigne un magnifique recueil de textes sur saint Martin datant de 1325-1328 :

Anonyme, Translatione capitis s. Martini (De) : Translation du chef de saint Martin et la famille royale en prière, Vers 1340-1350, Enluminure - Tours, bibliothèque municipale © Tours, Bibliothèque municipale

Martin, grand voyageur évangélisateur, parcourut une bonne partie de l’Empire romain dans sa partie occidentale, de sa Pannonie natale (actuelle Hongrie), à l’Italie et à la Gaule. L’exposition privilégie les lieux qu’il a habités voire fondés, et ceux édifiés après sa mort en Touraine et en Poitou. A travers des pièces archéologiques du IVe siècle au XIV siècle, - chapiteaux, reliefs sculptés, fragments du tombeau de Martin -, nous suivons donc l’itinéraire de Martin. L’accent est mis sur les lieux emblématiques des deux grandes communautés fondées par Martin de part et d’autre de la Loire : l’Abbaye de Marmoutier, et la collégiale Saint-Martin de Tours.

Louis Boudan, Vue de Marmousiter lez Tours

La majorité des sites martiniens ont fait l’objet de travaux et recherche récents, dont certains se poursuivent : les fouilles archéologiques et analyses architecturales vont de pair avec la relecture des sources écrites médiévales et modernes et l’analyse des documents iconographiques nombreux à partir du XVIIe siècle. C’est donc un état de l’art ancré sur une réflexion renouvelée qui est présentée dans cette seconde de l’exposition.  Un film en 3D permettant de découvrir une reconstitution de l’ancienne basilique Saint-Martin est d'ailleurs présenté au public.

La redécouverte, à Tours, du tombeau de Saint-Martin en 1860 déclenche la reconstruction de la basilique, menée par l’architecte Victor Laloux de 1886 à 1902. L’architecte apporte un soin particulier à la décoration de l’édifice au plan inspiré des basiliques paléochrétiennes et bâti sur le tombeau du saint.  Soucieux de cohérence et désireux de créer une atmosphère parfaitement évocatrice du style romano-byzantin, il met en œuvre une ornementation complexe qui ne néglige aucun détail En attestent les esquisses, dessins et cartons préparatoires aux vitraux présent dans l’exposition. Parallèlement au projet de construction de la basilique de Tours, l’imagerie martinienne connait un véritable engouement.

Elle se répand d’une manière spectaculaire sur l’ensemble du territoire national : l’iconographie est largement dominée par le thème de la charité. Celle-ci véhicule en effet, plus largement, l'exercice de la bienfaisance qui devient une préoccupation sociale tout au long du XIXe siècle.


*La Foi, l’espérance et la Charité sont, selon la théologie chrétienne, les trois vertus qui doivent guider les hommes dans leur rapport au monde et à Dieu

 

Découvrez ici le film 3D de la Renaissance en musique de l’ancienne collégiale Saint-Martin de Tours


Informations pratiques
 

Exposition « Martin de Tours, le rayonnement de la Cité »
Du 8 octobre 2016 au 8 janvier 2017 au Musée des Beaux-Arts de Tours
18, place François-Sicard, 37000 Tours.
Téléphone : 02 47 05 68 73
Horaires : tous les jours de 9h à 12h45 et de 14h à 18h
Fermé le mardi, le 1er janvier, le 1er mai, le 14 juillet, le 1er et 11 novembre et le 25 décembre
www.mba.tours.fr

Découvrez ici toutes les activités autour de l’exposition 

Ci-dessus: Auguste-Felix BAUER, La leçon d’enluminure (détail), 1891, Huile sur toile - Beauvais, Musée départemental de l’Oise - © RMN-Grand Palais / Thierry Ollivier
Ces articles peuvent aussi vous intéresser
 

 

-o-o-o-

 

 

A l'occasion du tricentenaire de la mort de Louis XIV, redécouvrez la Chapelle Royale du château de Versailles !

 

Publié le : 2 Septembre 2015 NARTHEX

"Le roi est mort, vive le roi !" Ces mots ont résonné à Versailles le matin du 1er septembre 1715, alors que le "Roi Soleil" venait de mourir. A l’occasion du tricentenaire, Narthex vous propose de redécouvrir un édifice phare : la Chapelle Royale du château de Versailles. 1710 fut l’année de l’achèvement et de la bénédiction de cette chapelle, au terme d’un chantier qui avait duré 23 ans. L'obstination de Louis XIV à le mener à terme fut d’autant plus remarquable qu’il rencontra l’opposition de son entourage, jusqu’à Madame de Maintenon, et que les finances de l’Etat étaient alors principalement mobilisés par les efforts de guerre. Il en résulta un monument magnifique, manifeste architectural conçu par Jules Hardouin-Mansart et décoré par les plus grands peintres et sculpteurs du temps, doté d’un mobilier d’exception. Le tricentenaire de la mort du Roi Soleil est l’occasion ainsi offerte de faire le point sur l’histoire de l’édifice, objet d’une longue élaboration et précédé par quatre chapelles à divers emplacements à l’intérieur du château.

 

Vue extérieure de la Chapelle royale de Versailles © Thomas Garnier

Achevée en 1710 par Robert de Cotte, au terme d’un chantier entrepris par Jules Hardouin-Mansart en 1687, la Chapelle royale de Versailles, fruit d’une longue maturation, représente sans doute la partie la plus aboutie du Château. Des efforts financiers considérables ont été consentis (plus de deux millions et demi de livres) afin de permettre sa réalisation, alors que la France était engagée dans la guerre de Succession d’Espagne.

La noblesse de son architecture et la qualité exceptionnelle de sa décoration font de cette chapelle un des grands chefs-d’œuvre de l’art sacré. Conformément à la tradition des chapelles palatines, elle comporte deux niveaux. La tribune principale, au-dessus de l’entrée, était réservée à la famille royale, les tribunes latérales aux princes du sang et aux principaux dignitaires de la cour ; les autres fidèles se tenaient au rez-de-chaussée.

Vue extérieure de la chapelle royale de Versailles © andrelenotre.com

Conçu par Clicquot et Tribuot, l’orgue est placé dans la tribune située au-dessus du maître-autel. Son plus illustre titulaire fut François Couperin. La chapelle dédiée à saint Louis, ancêtre et saint patron de la famille royale, est le dernier édifice construit à Versailles sous le règne de Louis XIV. Jusqu’à la fin de l’Ancien Régime, elle servit de cadre aux cérémonies religieuses de la cour de France.

Les premières chapelles du château

On ne sait presque rien du petit sanctuaire aménagé ou remanié en 1663 (à l’emplacement de l’actuel cabinet intérieur de Madame Adélaïde), ni de la chapelle qui lui succéda en 1670 (à l’emplacement de l’actuelle salle des gardes de la Reine). En revanche, sous la direction de Charles Le Brun, un magnifique décor fut entrepris pour la chapelle de 1672 (à l’emplacement de l’actuelle salle du Sacre) : retable peint et sculpté, double ordonnance de pilastres et colonnes, grande voûte entièrement peinte et buffet d’orgue à deux corps. Probablement à cause des travaux d’agrandissement du palais, la chapelle de 1672 fut condamnée à disparaître huit années à peine après son édification. Elle constitua néanmoins une brillante préfiguration de la réalisation définitive.

La chapelle de 1682

La quatrième chapelle du château fut conçue comme provisoire (à l’emplacement de l’actuel salon d’Hercule) : c’est ce qui explique son décor relativement sommaire, à l’exception des motifs d’anges, du retable du maître-autel (aujourd’hui dans l’église paroissiale de Marly-le-Roi), de la chaire à prêcher et des tableaux des trois autels secondaires. Cette chapelle fut néanmoins régulièrement utilisée de 1682 à 1710, jusqu’à l’achèvement du sanctuaire définitif. Bourdaloue et Massillon y prêchèrent à plusieurs reprises et de nombreuses cérémonies s’y déroulèrent, comme les grandes fêtes de l’ordre du Saint-Esprit en 1688-1689, le mariage du futur Régent en 1692 ou celui du duc de Bourgogne en 1697.

Vue intérieure de la Chapelle royale de Versailles © Wikimedias Commons

Le chantier de la chapelle définitive

En 1684-1685, une chapelle de plan centré fut entreprise au milieu de l’aile du Nord. Probablement parce qu’il eût été trop imposant au regard de l’ensemble du château, le projet d’Hardouin-Mansart fut abandonné dès 1686, mais inspira le Dôme des Invalides à Paris : il en demeure une suite de gravures par Le Blond. L’emplacement définitif fut trouvé en 1687, à l’extrémité méridionale de l’aile du Nord ; le chantier fut de nouveau entrepris, avant d’être brutalement interrompu en 1689. Parallèlement, le projet devait encore évoluer : ainsi, la hauteur de l’édifice fut progressivement accrue, une ordonnance de colonnes fut substituée aux arcades du premier étage, les parois perdirent leur revêtement de marbres polychromes. En 1699, lors de la reprise du chantier, à quelques détails près, le parti définitif avait été arrêté.

VUE INTÉRIEURE DE LA CHAPELLE ROYALE DE VERSAILLES © WIKIMEDIAS COMMONS

La chapelle de 1710

Fruit d’une exceptionnelle maturation, le sanctuaire définitif se signala par son immense voûte peinte, sur le thème de la Trinité, par une sculpture omniprésente et par un mobilier d’un raffinement extrême. Deux architectes, huit peintres, cent dix sculpteurs furent mobilisés pour concevoir et réaliser le dernier grand chantier de Louis XIV. Au-dessus du maître-autel, une place privilégiée fut octroyée à l’orgue et aux musiciens chargés d’exécuter chaque jour des motets polyphoniques pendant la messe du roi. La passion de Louis XIV pour la musique fit de la chapelle de Versailles une tribune d’excellence, réputée en France et à l’étranger, jusqu’à la fin de l’Ancien Régime. Louis XIV ne connut sa chapelle que les cinq dernières années de sa vie. Les plus grandes cérémonies qui s’y déroulèrent furent celle de l’ordre du Saint-Esprit en 1724, le mariage du Dauphin en 1745 et celui du futur Louis XVI en 1770. Les successeurs de Louis XIV eurent à cœur d’entretenir avec soin l’édifice reçu en héritage, dont ils firent compléter ou renouveler le mobilier en restant fidèle à l’esprit qui avait présidé à sa création.

VUE INTÉRIEURE DE LA CHAPELLE ROYALE DE VERSAILLES © WIKIMEDIAS COMMONS

Sur le budget total d’édification de la Chapelle royale (deux millions et demi de livres), près d’un million fut affecté au décor peint et sculpté, réalisé pour l’essentiel entre 1708 et 1710. Les artistes ont travaillé sous la direction des architectes Hardouin-Mansart puis Robert de Cotte, et ont créé un lieu phare de l’art religieux français, où fusionnent architecture, peinture et sculpture, en une forme de manifeste de la foi de Louis XIV.

VUE INTÉRIEURE DE LA CHAPELLE ROYALE DE VERSAILLES © WIKIMEDIAS COMMONS

Servie par l’architecture de l’édifice, une lecture d’ensemble permet d’opposer le cycle douloureux de la Passion, traité au rez-de-chaussée, à la vision glorieuse de la voûte polychrome, l’étage royal, d’une blancheur lumineuse, constituant comme un espace intermédiaire. Quelques figures particulièrement symboliques sont présentes dans le décor : le roi David, l’empereur Constantin, Charlemagne, mais surtout saint Louis et bien évidemment Louis XIV. Probable héritage du projet de Le Brun pour la chapelle de 1672, l’idée de disposer des peintures à la voûte s’est affirmée au cours du chantier. Les peintures de la voûte représentent les trois personnes de la Trinité : au centre le Père Eternel dans sa gloire apportant au monde la promesse du rachat, par Antoine Coypel, dans le cul de four de l’abside la Résurrection du Christ, par Charles de La Fosse ; au dessus de la tribune du Roi, la Descente du Saint-Esprit sur la Vierge et les apôtres de Jean Jouvenet.

Antoine Coypel, le Père Eternel dans sa gloire, voûte de la chapelle royale de Versailles © WIKIMEDIAS COMMONS

Entre les fenêtres hautes, les douze prophètes préfigurent les douze apôtres, représentés aux plafonds des tribunes latérales. Le caractère sacral du souverain français est mis en lumière par la représentation du Saint-Esprit au-dessus de la tribune du roi. La sculpture anime partout la paroi de reliefs délicats et subtils. En dehors de la tribune de la Musique, où Lapierre conçut des trophées sur le thème de la musique, la nef constitue l’aboutissement du décor sculpté, chaque pilier étant consacré à l’évocation d’un épisode de la Passion. Chacun d’eux est traité selon deux langages distincts : allégorique et mystique pour le relief d’écoinçon, plus explicite, pour le trophée sous-jacent. Cent dix bas-reliefs au rez-de-chaussée de la chapelle décorent les trophées religieux qui vont du simple trophée ecclésiastique, composé plus ou moins librement d’attributs du culte et de la hiérarchie catholiques, au trophée historié intégrant à la chute des attributs un médaillon ou un cartouche illustré. A l’extérieur, vingt-huit statues d’apôtres et évangélistes, Pères de l’Église et allégories de vertus chrétiennes, ont été disposées après 1705 sur la balustrade.

Vue sur les voûtes de bas-côtés de la chapelle royale de Versailles © WIKIMEDIAS COMMONS

Le mobilier

Parfaitement intégré au programme d’ensemble, le maître-autel est placé dans l’arcade du sanctuaire, entièrement occultée par la gloire du retable. L’ensemble fut réalisé en bronze doré par Corneille Van Clève en 1709 et 1710. Le bas-relief de La Déploration du Christ mort placé en antependium, constitue l’aboutissement du cycle de la Passion sculpté sur les piliers. Neuf autres autels ont été construits dans la chapelle et sont dédiés au Saint-Sacrement, à la Vierge et aux principaux patrons de la famille royale (saint Louis, sainte Anne, sainte Thérèse, saint Philippe, saint Charles, sainte Victoire et sainte Adélaïde). Quatre de ces autels sont dotés de retables peints, les autres ne sont décorés que de reliefs de bronze, fondus sous le règne de Louis XV.
Le dallage polychrome de marbre de la chapelle était entièrement recouvert de tapis, lors des grandes fêtes. Rien ne subsiste aujourd’hui des ensembles de paramentique et du trésor d’orfèvrerie constitués pour la chapelle. Ces merveilles étaient pour l’essentiel conservées dans la sacristie, où seuls demeurent aujourd’hui les meubles destinés à les accueillir.
De même les stalles de bois délimitant le chœur liturgique ont été retirées, ainsi que la chaire à prêcher en bois doré. Les bas-côtés et le déambulatoire accueillaient sept confessionnaux de bois sculpté et doré, d’un décor extrêmement raffiné, également perdus.
À partir de 1709, quatre oratoires privés, à l’usage du roi et de sa famille, en bois sculpté et doré, garnis de vitrages, étaient installés à l’extrémité occidentale des bas-côtés et de part et d’autre de la tribune du Roi.

Dallage de la Chapelle Royale de Versailles © WIKIMEDIAS COMMONS

L’orgue

L’orgue de la Chapelle royale a été achevé en 1710. Il a été construit par Robert Cliquot et Julien Tribuot et modifié sous Louis XVI. C’est l’élève de Cliquot, Dallery, qui le restaure une première fois au XIXe siècle. En 1872, Cavaillé-Coll en fait un orgue romantique avant qu’il ne soit restitué à son état supposé d’origine en 1936-1937 sous l’impulsion du courant néo-classique. En 1995, la dernière restauration est effectuée par J-L. Boisseau et B. Cattiaux. Prolongeant le retable du maître-autel, le buffet d’orgue fut réalisé, sous la direction de Jules Degoullons, d’après un modèle défini par le sculpteur Philippe Bertrand. Outre le relief du volet central, Le roi David, les motifs les plus remarquables sont les quatre trophées d’instruments de musique, ainsi que les deux palmiers d’angle, d’esprit déjà rocaille. De part et d’autre du buffet, les gradins, d’un modèle assez simple, furent entièrement refaits pour pouvoir accueillir les effectifs de la Musique du Roi.

Orgue de la Chapelle Royale de Versailles par Robert Cliquot © WIKIMEDIAS COMMONS

Porte de l'orgue représentant le roi David © WIKIMEDIAS COMMONS

Vue intérieure de la Chapelle Royale de Versailles © WIKIMEDIAS COMMONS

Les visites traditionnelles du château de Versailles ne permettent pas de découvrir pleinement cet édifice, l'accès n'y étant pas autorisé. Ainsi, pour pouvoir entrer dans la chapelle et y découvrir toutes ses richesses de plus près, n'hésitez pas à assister aux concerts régulièrement donnés ! Toutes les informations sur le site : Versailles Spectacles. De nombreux concerts et spectacles mettent à l'honneur le Roi Soleil à l'occasion du tricentenaire de sa mort

 

-o-o-o-

 

L’Antiquaille : le nouvel Espace Culturel du Christianisme à Lyon                

 

Publié le : 5 Février 2015 sur NARTHEX.FR                             

                   Le 3 décembre dernier, un espace culturel tout particulier a ouvert ses portes à Lyon. «L’Antiquaille», créé dans les bâtiments de l’ancien site de l’Hôpital de l’Antiquaille, est un nouvel espace consacré à la mise en valeur des origines du christianisme à Lyon et en Gaule. Le parcours historique se fonde sur le « cachot de Saint Pothin » et la crypte des Martyrs de Lyon de 177, restaurés sous la responsabilité des monuments historiques.  C’est à cet endroit qu’au XVIIème siècle se fixa leur mémoire. Le parcours d’interprétation de 15 salles, réalisé par l’équipe scientifique, brosse l’histoire du christianisme jusqu’à la fin du XVIème siècle dans ses périodes d’expansion, d’imprégnation des sociétés occidentales, et dans ses  ruptures avec les Orthodoxes et les Protestants.                 


 

Le projet est ambitieux : « proposer un parcours qui parle de nos racines, qui s’adresse à tous, et qui invite tout citoyen, quel que soit son âge ou son origine, à une découverte du christianisme et de son riche patrimoine par l’exploitation de son histoire ». Initié par l’association ECCLY (Espace Culturel du Christianisme à Lyon) que parraine le cardinal Philippe Barbarin, archevêque de Lyon, L’Antiquaille vient compléter le riche équipement culturel de la colline de Fourvière. En effet, celle-ci conserve actuellement les origines gallo-romaines de Lyon (Musée de la civilisation gallo-romaine, ruines superbement restaurées des théâtres, odéon, temple, aqueducs, voies romaines…).

 

Selon la tradition, c’est à cet endroit que se situe le « Cachot de saint Pothin », chef de la communauté chrétienne lyonnaise, emprisonné et martyrisé avec ses coreligionnaires en l’an 177. Ainsi nommé à cause des vestiges de l’époque romaine que l’on y découvre au XVIe siècle, le lieu devient au XVIIe siècle propriété de l’ordre religieux des Visitandines qui y construit son couvent. C’est à cette époque que l’on découvre la cavité souterraine aménagée, perçue comme la prison du prétoire romain. Ce vestige devient alors symbolique, le culte des martyrs et la mémoire de l’évènement rassemblant chaque année des milliers de pèlerins.

Depuis la fermeture de l’ancien couvent, l’objectif était de veiller à sauvegarder ce patrimoine. Notamment le magnifique décor de mosaïques, installé à la fin du XIXe siècle dans la cave agrandie en crypte, œuvres de deux équipes successives : le peintre Gaspard Poncet et le mosaïste Ennemond Mora puis Claude Barriot et Ange Minala.

Le travail scénographique a été accompli pour donner des clés de compréhension à la foi chrétienne. Comme avec cette Lettre des chrétiens de Vienne et de Lyon, retranscrite sur les murs telle qu’elle fut rapportée un siècle et demi après les évènements par Eusèbe de Césarée, authentifiant ainsi la localisation à Fourvière du lieu de réclusion des martyrs. Après un passage dans le « cachot de saint Pothin », la visite se poursuit en mettant l’accent sur les principaux aspects et étapes de l’histoire du Christianisme avec une muséographie éloignée de toute approche confessionnelle.

Appuyée par une belle iconographie, elle aborde de manière concise la diffusion du christianisme, le rôle du monachisme, la civilisation médiévale et la Réforme. La scénographie de cette dernière période a d’ailleurs a été conçue avec l’Eglise protestante unie. Par manque de place le parcours ne pouvait être prolongé au-delà mais un espace d’exposition et de conférences de 100 m2 permettra de compléter les époques dans une programmation organisée en collaboration avec les musées et les institutions culturelles de la région. Enfin, une salle est également consacrée au monde orthodoxe, réalisée en collaboration avec l’Institut de théologie orthodoxe Saint-Serge.

La visite se fait de manière vivante et ludique grâce à l’utilisation de moyens techniques modernes puisque films, vidéos, cartes sonorisées, tables d’images, scène de théâtre, reproductions de très nombreuses œuvres d’art, écrans tactiles, accompagnés de lumières et de sons animent ce parcours destiné à tous.

 

Photos: © Eccly / B.Villeneuve / P.tricou

Informations pratiques

Antiquaille-Eccly : 49 Montée Saint-Barthélémy  69005 LYON Ouvert du mercredi au dimanche compris de 10h à 17h ; Tél. 09 72 41 14 98  Pour tous renseignements consulter le site internet : www.antiquaille.fr