PAROLES DE NOTRE ARCHEVÊQUE

 

 

noel2016_715x400px                   Non, ce n’est pas un rêve…

 

Joyeux Noël ! Non, ce n’est pas un rêve, un Sauveur nous est né. Il n’est pas candidat à l’élection du président de la République, ni à quelconque pouvoir humain sur la terre. Il nous est né, c’est la Bonne Nouvelle reçue jadis par des bergers, et nous sommes aujourd’hui les santons de la crèche à qui l’ange de Dieu annonce le message : « Je vous annonce une grande joie, un Sauveur vous est né ». Le signe, c’est un bébé nouveau-né, emmailloté dans une crèche.

Chrétiens, nous voyons en cet enfant le signe de tout l’amour que Dieu a pour nous, le signe de la tendresse infinie de Dieu. Nous voyons en cet enfant le baiser de l’Eternel Amour qui vient embrasser toute l’humanité. A chaque fête de la Nativité, nous entendons cette magnifique nouvelle.

Mais dites-moi, chers amis, est-ce que cette bonne nouvelle peut illuminer toute l’histoire de l’humanité ? A cette question, je réponds par une autre question : est-ce que l’humanité pourra se sauver elle-même ? Pourra-t-elle apaiser toutes les guerres, mettre toutes les armées du monde au chômage et transformer les bombes en pains ? Pourra-t-elle nourrir tous les enfants qui naissent en ce jour de Noël ? Pourra-t-elle changer le cœur des criminels et fermer toutes les prisons ? Pourra-t-elle un jour guérir toutes les maladies ?

Le chrétien dit « Oui, mais pas tout seul ». Et il prend la main que Dieu lui tend, la douce main d’un enfant. En ce jour de Noël, je reçois le baiser de Dieu et je l’entends me dire : « Je t’aime, je suis avec toi tous les jours ». L’enfant de la crèche me dit la tendresse de Dieu. Sa tendresse nous console. Sa tendresse nous redonne la force. Sa tendresse est lumière. Il est le Prince de la paix. Il est Emmanuel, ce qui signifie « Dieu avec nous ». Non ce n’est pas un rêve… Il est la bonne nouvelle du jour, la bonne nouvelle de l’espérance. Il est le Fils de Dieu. Venez, adorons-le.

Je vous souhaite de recevoir en abondance la douce joie et la divine paix de Noël, je vous souhaite un joyeux Noël.

 

+ Christophe DUFOUR

Archevêque d’Aix-en-Provence et Arles

Message de Noël 2016

 

 

Homélie de Mgr Ch. Dufour – Messe de rentrée universitaire – Eglise du Saint-Esprit –

Dimanche 2 octobre 2016

 

27ème dimanche ordinaire année C

Je voudrais vous parler ce soir de la foi. Nous avons entendu la prière des apôtres à Jésus : « Augmente en nous la foi ». Et Jésus répond : « La foi, si en aviez gros comme une graine de moutarde – la plus petite de toutes les graines – vous auriez dit à l’arbre que voici : ‘’ Déracine-toi et va te planter dans la mer’’, et il vous aurait obéi ». Vous le diriez, vous ?

Vous diriez à la guerre « Tais-toi ! » et les armes se tairaient, toutes les familles syriennes réfugiées en Europe pourraient retrouver leurs terres et leurs maisons.

Vous diriez à la faim « çà suffit ! » et le pain serait multiplié, les enfants recevraient le pain et le lait pour chaque jour.

Vous diriez à la haine « Assez ! » et les bombes des terroristes ne feraient plus les trottoirs, et les gendarmes seraient tout simplement les anges gardiens de la paix.

Vous diriez à la solitude « Ouvre-toi ! » et les cœurs seraient libérés et formeraient une grande chaîne de fraternité.

Vous diriez à l’égoïsme « Déracine-toi des cœurs et va te noyer dans la mer ! » la générosité pourrait enfin germer et porter son fruit d’amour.

Vous le diriez, vous ? Qu’est-ce donc que la foi dont parle Jésus dans l’évangile que nous avons proclamé ce soir ? Je répondrai en trois mots : la foi est confiance, don, certitude.

La foi est un acte de confiance

Nous fêtions  hier sainte Thérèse de l’enfant Jésus. La sainte de la « petite voie ». Petite voie, chemin de la foi. La petite voie de l’enfance spirituelle, de la confiance dont le modèle est l’enfant. Sainte Thérèse désirait être une sainte – et nous le voulons comme elle, n’est-ce pas ? Mais en se comparant aux saints, elle voyait qu’il y avait entre les saints et elle comme une montagne. Gravir les marches pour grimper jusqu’au ciel ? Elle n’en avait pas la force. Mais disait-elle, « je suis trop petite pour monter le rude escalier de la perfection, je voudrais trouver un ascenseur pour m’élever jusqu’à Jésus ».  Et elle a trouvé : « L’ascenseur qui doit m’élever jusqu’au ciel, ce sont vos bras, ô Jésus !  Pour cela je n’ai pas besoin de grandir, au contraire il faut que je reste petite, que je le devienne de plus en plus ». L’ascenseur, c’est la confiance en Jésus qui nous aime d’un amour infini, un amour divin, car il est l’amour même de Dieu qui s’est donné à voir une fois pour toutes. Comme un enfant, je fais confiance, je me jette dans ses bras. Il n’y a pas de confiance à moitié : celui qui fait confiance donne sa confiance, et il la donne totalement. La foi est un acte de confiance totale en l’amour de Dieu. Je vous invite à cultiver cette année cet acte de confiance. Abandonnez-vous dans les bras du Christ, comme un enfant.

La foi est un don de Dieu

La foi est comme la vie, nous la recevons comme un cadeau. Elle est une petite graine, elle est semée en nous. Nous l’avons reçue à notre baptême. Si elle est comme la vie, nous avons à en prendre soin, à la jardiner, à l’arroser, à la nourrir. Trop de chrétiens pensent qu’ils ont la foi une fois pour toutes, il la laisse dans un coin de leur âme, mais ils ne s’en occupent pas. Ou bien ils la mettent dans un tiroir, et ils disent : je la retrouverai quand j’en aurai besoin. Ou bien ils la mettent au grenier, et ils l’oublient, ou ils la mettent aux encombrants. S’ils déménagent, si l’épreuve ou une catastrophe les bousculent et les déplacent, c’est alors que parfois ils se souviennent…

Je vous invite à veiller cette année sur la foi que vous avez reçue gratuitement, à la cultiver et la nourrir. Je vous invite à prier Marie, mère de la foi. Marie est la championne du monde de la foi, championne toutes catégories ! Elle est la femme qui a ouvert toute son âme à Dieu ; par son oui, elle a permis que Dieu fasse en elle l’impossible. Demandez-lui de veiller sur le beau cadeau de la foi que vous avez reçu.

La foi est certitude

La foi donne des yeux pour voir, et pour savoir. Ce n’est pas une opinion, comme lorsqu’on dit « je crois qu’il va faire beau ». Dire « je crois », c’est dire « je vois », c’est dire « je sais ». Je sais à la lumière de la foi. Prenons une comparaison. Lorsque dans la nuit nous éteignons la lumière de la maison, nous ne voyons plus rien de ce qui est dans la pièce. Si j’ouvre la porte pour laisser entrer la lumière, il n’y a rien de changé dans la pièce, mais tout est changé  car je vois. Dire « je crois », c’est ouvrir la porte de la foi et laisser entrer en son âme la lumière de l’amour de Dieu. Je sais que Dieu m’aime. Je sais qu’il est venu me dire son amour en Jésus et qu’il m’a sauvé. Je sais qu’il me veut heureux d’aimer et qu’il m’appelle à aimer comme lui. Je sais qu’il me donne son Esprit Saint qui est la force d’aimer. Je vous invite cette année à développer ce « savoir » de la foi.

La foi, si vous en aviez gros comme une graine de moutarde, vous diriez… Ce n’est pas une question de quantité. La foi est un acte décisif, une confiance offerte, totale. La foi est un don gratuit de Dieu à celui qui ouvre la porte de son âme, de son cœur et de son esprit. La foi est certitude, connaissance du mystère caché, lumière de l’Eternel Amour manifesté dans le Christ Jésus. La croix du Christ est lumière, elle est l’arbre de vie planté dans l’océan de nos péchés et de nos maux pour nous guérir et nous sauver. Le Christ a déraciné le mal à sa racine. Laissons entrer en nous sa lumière en disant « Je crois ».

Le monde meurt aujourd’hui de ne pas laisser entrer la lumière de Dieu. Dostoïevski l’écrivait déjà : « Les humains sont tellement repliés sur eux-mêmes repliés sur eux-mêmes qu’ils ne laissent même plus entrer le soleil ». Tout au long de cette année, aidons-nous les uns les autres à laisser entrer la lumière de l’amour du Christ, lumière du monde. Je conclus par la belle prière du cardinal Martini à la petite Thérèse : « O Thérèse, intercède en notre faveur et obtiens-nous le don de l’Esprit Saint, don spirituel de la foi nue ; qu’il nous permette d’aider les autres dans cette nuit de la foi que notre monde occidental est en train de traverser ; il a besoin d’âmes fortes et qui ont une longue expérience de la vie de foi ».

Demandons au Seigneur la grâce d’être des âmes fortes.

AMEN.

 

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Communiqué de Mgr Christophe Dufour, archevêque d’Aix et Arles, suite à la tuerie survenue le 26 juillet, en l’église de Saint-Etienne-du-Rouvray.


«La violence terroriste frappe à nouveau notre pays. C’est notre communauté de foi qui est visée, alors qu’elle était en prière.  L’horreur et le deuil se mêlent dans nos cœurs. L’innocence est encore prise pour cible. La croix est au centre du mystère chrétien. C’est vers elle que nous nous tournons, en communion avec tous les jeunes rassemblés à Cracovie. Frappés en plein cœur, nous continuerons à œuvrer pour la liberté et la paix, unis spécialement à nos frères et sœurs chrétiens d’Orient, qui vivent ces persécutions au quotidien. Au cours de la messe de dimanche prochain, les communautés de notre diocèse auront à cœur de porter dans leur prière le père Jacques Hamel et la communauté catholique de Saint-Etienne-du-Rouvray.»
 

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Intervention de Mgr Christophe Dufour à la journée diocésaine La Joie de l’Évangile

Pélissanne, le samedi 28 mai 2016

 

Merci à l’équipe… (Miki et Denis GARIEL, Agnès et Xavier BON, Maylis et Vincent GOURSAUD et le père Michel DESPLANCHES)

Après une année de réflexion où nous avons essayé de discerner où l’Esprit conduit notre Église diocésaine, nous avons demandé à cette équipe de proposer un chemin. Une double conviction nous anime :

  • Nous sommes tous appelés à la sainteté, choisis par Dieu pour être témoins que la sainteté, c’est l’avenir. Non seulement de l’Eglise, mais de toute l’humanité, ni plus ni moins. Notre avenir, c’est le Christ, celui que l’on appelle aussi le Saint, le Saint de Dieu.
  • Nous sommes appelés à être disciples-missionnaires. Tout un programme. Notre programme, à l’invitation du pape François.

 « La Joie de l’Evangile remplit le cœur et toute la vie de ceux qui rencontrent Jésus » (EG 1).

« Allez ! De toutes les nations, faites des disciples » (Mt 28, 19). Matthieu l’évangile des catéchètes.

« Allez dans le monde entier. Proclamez l’Evangile à toute la création » (Mc 16, 15). Marc, l’évangile des catéchumènes.

« Vous allez recevoir une force… ; vous serez alors mes témoins… jusqu’aux extrémités de la terre » (Actes des Apôtres 1, 8).

Ces deux paroles nous invitent à un double mouvement :

  • un mouvement qui nous conduit à la rencontre du Christ, la rencontre fondatrice ;
  • un mouvement de sortie vers les nations, la sortie missionnaire.

Et ce double mouvement exige une double conversion :

  • une conversion au Christ ;
  • une conversion missionnaire.

 Plan de mon intervention :

  • Ce que je vois…
  • Etre disciples-missionnaires : ça s’apprend.
  • De Pentecôte en Pentecôte, laissons-nous conduire par l’Esprit.

I – Je témoigne

Je témoigne que, dans ce diocèse, nous avons commencé à vivre cette conversion pastorale et missionnaire à laquelle nous invite avec insistance le pape François dans son exhortation apostolique La Joie de l’Evangile. Rappelons que cette exhortation a été écrite à la suite du synode sur « La nouvelle évangélisation pour la transmission de la foi chrétienne » ; l’Esprit Saint a choisi le pape François pour mettre en œuvre ce synode, nous ne sommes pas déçus ! Confiance !

Je témoigne d’une ferveur renouvelée de la foi et de la charité dans les communautés, notamment dans les paroisses.

Une ferveur qui se manifeste dans les pèlerinages. Ces pèlerinages de l’Année sainte où ensemble nous passons la porte de la Miséricorde :

  • Le pèlerinage des prêtres à Notre-Dame-du-Laus : nous y avons vécu la joie d’un profond partage des joies et souffrances de notre ministère, dans un climat d’intense amitié fraternelle.
  • Le pèlerinage diocésain à Rome où plus de 300 pèlerins ont passé la Porte sainte des 4 grandes basiliques romaines : le fruit fut une joie intense, la joie de la rencontre du Christ vivant au cœur de l’Église. Je fus témoin de conversions de catholiques engagés dans leur paroisse et qui ne s’étaient pas confessés depuis… 40 ans !
  • Le pèlerinage aux Saintes-Maries-de-la-Mer : jamais depuis 8 ans je n’ai vu autant de monde à la vigile où nous avons passé la porte déclarée sainte à cette occasion. Quelle ferveur et quelle joie !

Nous sommes une Église en pèlerinage qui se laisse inspirer et renouveler par l’Esprit-Saint.

Je témoigne de la conversion des catéchumènes adultes. Quelle immense grâce pour notre Église diocésaine !

Quelle grâce que ces conversions de jeunes adultes ! Je suis prêtre depuis 40 ans, évêque depuis 15 ans, je témoigne que les temps n’ont été jamais été aussi favorables pour l’annonce de l’Évangile. Je reprends à mon compte ces mots de plusieurs confrères évêques : « Nous n’avons pas d’autres choix que celui d’être missionnaires ».

 

II – Etre disciples-missionnaires, ça s’apprend.

« Le christianisme ne fait que commencer » disait Alexandre MEN dans les années 80 – juif russe converti à la foi chrétienne, devenu prêtre, assassiné en 1989 devant son presbytère. Le christianisme ne fait que commencer, nous sommes une jeune Église. C’est un état d’esprit, une conversion, à laquelle nous appelle le pape François « conversion pastorale et missionnaire ». Un défi :

  • Pour nos communautés : comment la manière dont elles prient, aiment et nourrissent la foi ravivera la joie de la rencontre du Christ ?
  • Pour chacun de nous : comment saurons-nous nous aussi témoigner de ce que change dans nos vies la rencontre du Christ ?

Je donne trois éléments pour notre apprentissage de la conversion pastorale et missionnaire.

  • La louange : commencer toutes nos rencontres par la louange.
  • La Parole de Dieu : mettre la Parole de Dieu à la première place de toutes nos rencontres.
  • Le partage fraternel : apprendre à partager en frères et sœurs, en profondeur et en vérité, notre âme chrétienne, là où habite l’Esprit-Saint, là où nous sommes brûlés par l’amour du Christ, là où nous sommes aimantés par le Père qui attire tout à lui.

Alors la joie débordera… La joie de l’Évangile, la joie de ceux qui rencontrent le Christ.

III – Laissons-nous conduire par l’Esprit

Avouons-le, nous avons un peu peur. Comme les apôtres avant la Pentecôte. Nous avons peur face à ce monde que nous ne comprenons pas bien, ce monde qui nous domine plus que nous ne le dominons – qu’on se rassure un peu en regardant nos dirigeants qui ne dominent pas plus ce qu’ils sont censés diriger !

Nous sommes en pèlerinage, sur un chemin de Pentecôte, comme les Apôtres. Remarquons que dans le livre des Actes, les Apôtres ont vécu plusieurs Pentecôtes, en particulier l’apôtre Pierre. Quant à l’apôtre Paul, il s’est laissé rencontrer par le Christ d’une manière brutale et bouleversante ; tout est apparu simple, mais sa conversion fut elle aussi un long chemin.

D’assemblée en assemblée, de Pentecôte en Pentecôte, nous nous laisserons conduire par l’Esprit. Nous apprendrons à être des disciples-missionnaires, témoins de la joie de la rencontre du Christ Jésus, témoins de la joie de l’Évangile. Notre Église diocésaine se laissera transformer par l’Esprit-Saint, « semper reformanda ».

  • Dans son mode de vie, son mode de relation entre frères et sœurs chrétiens.
  • Dans sa manière de se rassembler, autour de la Parole de Dieu, et le dimanche autour de l’eucharistie.
  • Dans ses institutions, équipes et conseils : le pape insiste sur le trait d’union qui relie disciples et missionnaires ; de même nos équipes et nos conseils ne seront plus seulement pastoraux, mais aussi des équipes et des conseils missionnaires.

Merci à l’équipe…

D’assemblée en assemblée, de Pentecôte en Pentecôte… Je serai obligé de vous quitter pour rejoindre le rassemblement diocésain du Secours catholique à l’occasion de ses 70 ans cet après-midi. Michel Desplanches et Denis Garriel vous présenteront les prochaines étapes du chemin.

Pour conclure, je laisse la Parole à l’apôtre Paul : « Laissez-vous conduire par l’Esprit » (Gal 5, 16). C’est la phrase que j’avais choisie pour mon faire part d’ordination sacerdotale il y a 40 ans, elle demeure mon phare dans mon ministère au milieu de vous. Avec confiance, laissons-nous conduire par l’Esprit.

+ Christophe DUFOUR

Archevêque d’Aix-en-Provence et Arles

 

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L’Ascension : un jour en or

Qui va gagner la coupe d’Europe ? Combien la France gagnera-t-elle de médailles aux prochains jeux olympiques de Rio ? Les parieurs parient, les journalistes devisent et les compétiteurs gonflent leurs muscles… Mais existera-t-il sur l’Olympe de l’Amour celui dont on pourra dire qu’il a reçu pour toujours la médaille qui vaut plus que tout l’or du monde ? Il existe. Il est celui qui a laissé sa trace dans l’histoire il y a 2000 ans. Il est celui dans lequel les chrétiens mettent toute leur foi et qu’ils honorent en la fête de l’Ascension. Le jeudi 5 mai prochain, les catholiques fêtent la montée de Jésus sur la plus haute marche du podium, au ciel, c’est-à-dire en Dieu, l’Eternel Amour.

L’Ascension est la montée de Jésus au ciel, 40 jours après Pâques. Ce chiffre 40 indique une plénitude d’humanité : 4 est le chiffre de l’homme (3 étant celui de Dieu) ; multiplié par 10, il signifie la plénitude d’un temps symbolique au cours duquel s’opère une transformation de l’homme avant qu’il n’entre dans un temps nouveau, un temps d’accomplissement et d’achèvement.

En la fête de l’Ascension, les pieds sur terre et la tête dans le ciel, les catholiques contemplent le devenir de l’humanité. Ils redisent solennellement leur confiance : c’est en Dieu que l’humanité trouvera son achèvement, en Dieu seul, Dieu Eternel Amour. Jésus est le chemin de cet accomplissement, le chemin du ciel et de la vie éternelle. Avec le Christ, en son Ascension, l’impossible s’accomplit, l’humanité entre en Dieu, sur la plus haute marche du podium.

Jésus médaillé d’or sur l’Olympe de l’Eternel Amour, cela vaut bien un « week middle », un jour férié en pleine semaine. Goûtons ce jour en or, il est un jour d’éternité…

 

+ Christophe DUFOUR

Archevêque d’Aix-en-Provence et Arles

 

Homélie de Mgr Christophe DUFOUR – Messe chrismale –

cathédrale d’Aix-en-Provence – lundi 21 mars 2016

 
 

Frères et sœurs, avez-vous la joie ? La joie de la rencontre du Christ… La joie de prier… La joie de se laisser aimer… La joie de pardonner… La joie de goûter les sacrements de l’Eglise, l’Eucharistie, la réconciliation… La joie de sortir de soi pour offrir la joie… La joie de partager avec d’autres notre amour du Christ Jésus… La joie d’accueillir la divine miséricorde et de l’offrir… La joie de l’Evangile que le pape François nous communique si bien… La joie d’évangéliser… « Ne nous laissons pas voler la joie de l’évangélisation » dit souvent le pape François. « Je vous ai dit cela, dit le Christ, pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit complète ».

Où en sommes-nous de notre joie, frères et sœurs, où en sommes-nous de notre joie d’être chrétiens, de notre joie de témoigner de notre foi ? Peut-être la tempête médiatique de la semaine passée a introduit dans nos âmes une pointe de mélancolie, ou de honte, ou de colère. Est-ce qu’elle a touché à notre joie ? Je ne peux pas ne pas vous parler ce soir de cette tempête. J’étais à Lourdes avec mes frères évêques. Je ne le cache pas, nous avons été éprouvés par le déballage médiatique, plus particulièrement par l’intervention de Mr Valls, et nous avons choisi de répondre par le silence. Mgr Pontier et le cardinal Barbarin se sont exposés aux journalistes et ont répondu avec franchise à leurs questions ; vous en avez eu des échos. Que la justice de notre pays fasse son travail et que se taisent tous ceux qui s’érigent en juges sur la place publique. Pour ma part, j’ai accepté un interview sur France bleue samedi matin à l’occasion du lancement du denier de l’Eglise. La journaliste, très cordiale, m’a demandé si je n’avais pas peur que la tempête de la semaine affecte le denier de l’Eglise. J’ai répondu ceci :

  • S’il existe dans le diocèse des victimes qui ont subi des sévices sexuels de la part de prêtres, je les appelle à venir se confier à moi. Je suis le premier à les écouter, à écouter leur dramatique souffrance, c’est mon devoir d’évêque, et je prendrai mes responsabilités.
  • Ai-je peur ? Non je n’ai pas peur pour le denier de l’Eglise, car les fidèles aiment leurs prêtres et ont confiance en eux.

Oui, frères et sœurs, fidèles du Christ, n’ayez pas peur, gardez confiance, ne vous laissez pas voler la joie de l’Evangile. Entretenez la flamme. Et le moyen de l’entretenir est ce que le pape François appelle avec insistance « la conversion pastorale et missionnaire ». La conversion à la joie, à la joie humble de l’Evangile, à une joie sainte et rayonnante.

Je voudrais ici apporter mon témoignage de la rencontre d’étudiants chrétiens en Inde… C’était en février dernier. J’avais le bonheur de répondre à l’invitation de mon confrère évêque du diocèse de Palai au Kerala en Inde. C’est le diocèse de Manuel, Kurian et Joseph, prêtres chez nous depuis bientôt 10 ans. Ce fut un vrai bonheur de découvrir une Eglise qui, comme notre Eglise en Provence, fut fondée au premier siècle par l’un des apôtres, l’apôtre Thomas. Une rencontre m’a particulièrement bouleversée. Nous visitions un campus universitaire récemment construit par le diocèse. C’était un dimanche après-midi, le campus semblait désert. Lorsque nous sommes entrés dans la chapelle, 4 étudiantes étaient en train de prier. Elle se présentent : « Nous accompagnons par la prière des étudiants qui sont en mission ». Nous avons pris le temps de partager la vie de nos Eglises en Inde et en France. D’autres étudiants nous ont rejoints, une trentaine. Ils ont sorti la guitare, ils ont chanté les louanges du Seigneur, leur joie d’être chrétiens. Puis est venu le moment de se quitter. Je leur ai demandé de prier pour nous. Oh, surprise ! Nous les avons vus former un cercle autour de nous, moi-même, mon vicaire général et le père Joseph qui avait organisé notre visite. Ils nous ont demandé de nous mettre à genoux, et ils ont prié pour nous. Je vous avoue avoir ressenti une vive émotion, jusqu’aux larmes, aussi intense que celle de la prière de la litanie des saints le jour de mon ordination épiscopale.

Elle est là la source de la joie de l’évangile : la joie de rencontrer le Christ, et la joie de l’annoncer.

  • La joie de rencontrer le Christ, la joie de goûter la nouveauté radicale du Christ Jésus dans l’histoire de l’humanité, la joie du Ressuscité. La joie de vivre une amitié de tous les instants avec le Christ, la joie de le rencontrer dans la prière, dans la méditation de sa parole, la lecture priée de l’Ecriture. La joie de goûter le Christ dans les sacrements de l’Eglise. La joie d’apprendre à aimer comme lui.

 

  • La joie d’annoncer l’Evangile. Cet évangile, ne le gardons pas pour nous. Le sommet de la joie est celle du témoignage. Le Christ nous a consacrés par l’onction du baptême, et il nous envoie annoncer « la bonne nouvelle aux pauvres, la libération aux prisonniers et aux opprimés, la lumière aux aveugles, lumière de l’amour et de la vérité ». La joie d’évangéliser.

Nous avons à vivre cette conversion qui fait de nous des disciples-missionnaires. Cette conversion qui fait de nous des saints joyeux. « Un saint triste est un triste saint » disait François de Sales. N’est-ce pas notre désir le plus profond, frères et sœurs, de répondre à notre vocation à la sainteté, vocation de disciples-missionnaires, dans la joie d’avoir été choisis, appelés à la mission de témoins de l’amour.

Nous avons toujours besoin d’apprendre. Apprendre à témoigner. Nous avons besoin de nous aider mutuellement à cet apprentissage, à cette croissance dans la vie chrétienne, au témoignage de la joie. Le pape François nous secoue. Nous proposons que cette année 2016, année sainte, nous nous mettions en route ensemble pour répondre à l’appel du Saint Père à la conversion pastorale et missionnaire, l’appel à une joie renouvelée, la joie d’évangéliser.

Nous vous donnons un premier rendez-vous : le samedi 28 mai, pour les prêtres et leurs collaborateurs. Journée que nous vivrons en communion avec la fête des 70 ans du Secours Catholique.

Le Christ Jésus accomplit au milieu de nous la promesse de Dieu au prophète Isaïe : « L’Esprit Saint m’a envoyé consoler ceux qui pleurent et répandre l’huile de joie au lieu du deuil ». Ne nous laissons pas voler la joie. Que l’Esprit saint nous sanctifie tout au long de cette semaine sainte et nous ouvre le cœur à la joie de l’Evangile de Pâques. AMEN.

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Miséricorde !

 
 

Mgr KTO1Ce mot est sur toutes les lèvres en cette Année sainte des catholiques : Miséricorde avec un grand M, la divine Miséricorde. Nous l’avons en commun avec les juifs et les musulmans qui croient eux aussi en un Dieu unique, source de toute miséricorde. La divine miséricorde est un mystère insondable. Elle est Dieu. Elle est l’être même de Dieu, sa largeur et sa longueur, sa hauteur et sa profondeur. Elle est l’intime de Dieu. Dieu, personne ne l’a jamais vu. Le peuple de la Bible l’a entrevu dans le brouillard d’une nuée, d’une lumière dans la nuit. Moïse lui-même ne l’a vu que de dos.

Mais Dieu, dans son immense bonté, a pris un visage. Il a fallu qu’il vienne, qu’il s’approche, qu’il entre dans la chair, qu’il entre dans ce monde si violent. Il prenait le risque de ne pas être reconnu : l’homme attend tellement de Dieu qu’il prenne le pouvoir et manifeste une fois pour toutes sa toute puissance. Dieu prenait le risque d’affronter Satan, le diable : le diable ne peut affronter Dieu que dans son image, c’est-à-dire en tout être humain. Et il a déjà bien réussi à réussi à défigurer l’image, nous en avons tous honte ! Le Christ, lui, est l’icône parfaite du Père. Oui, il prenait un risque en venant en personne manifester sur la terre l’Éternelle miséricorde du Père.

Mais le Fils de Dieu a pris sur lui tout le mal, il n’en a pas laissé une miette au diable et il l’a crucifié en criant au Père : « Miséricorde ! Pitié ! » Et Dieu a répondu ; dans sa miséricorde toute puissante, il l’a relevé de la mort, il a fait de lui le premier-né d’une multitude de frères. Oui, vraiment, le nom de Dieu est « Miséricorde », et je vous souhaite de vous laisser aimer et consoler par elle sur le chemin qui nous conduit au matin de Pâques.

+ Christophe DUFOUR

Archevêque d’Aix-en-Provence et Arles

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Homélie de Mgr Christophe DUFOUR – 200 ans de la fondation des missionnaires de Provence

– Cathédrale Saint Sauveur à Aix-en-Provence – Dimanche 24 janvier 2016

 
« L’Esprit Saint m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres ». L’évangile de ce dimanche nous donne la feuille de route de la mission du Christ : porter aux pauvres la Bonne Nouvelle de l’amour de Dieu, son Père. Or cette feuille de route a inspiré un jeune prêtre de notre diocèse d’Aix, né sur le cours Mirabeau, qui l’a choisie comme devise pour la communauté des missionnaires de Provence qu’il a fondée : « Les pauvres sont évangélisés ». Le hasard du calendrier liturgique fait bien les choses en nous offrant cette devise empruntée à l’évangile de Luc que nous avons proclamé aujourd’hui avec toute l’Eglise. En ce jour où nous fêtons les 200 ans de la fondation de la communauté des missionnaires de Provence, devenue plus tard la congrégation des Oblats de Marie Immaculée, je vous parlerai donc d’évangélisation.

Avec les papes Jean-Paul II, Benoît XVI et François, nous parlons aujourd’hui de nouvelle évangélisation. A la synagogue de Nazareth, le Christ nous en donne le programme :

  • Annoncer l’Evangile aux pauvres, un Evangile de libération aux captifs et aux opprimés, un Evangile de lumière aux aveugles.

  • Annoncer une année favorable offerte par Dieu lui-même.

Evangélisation, nouvelle évangélisation, saint Eugène de Mazenod est ici l’un de nos maîtres. C’est à lui que je demanderai de commenter cette double annonce de la Bonne Nouvelle aux pauvres et d’une année favorable accordée par le Seigneur.

 

  • Annoncer l’Evangile aux pauvres

Comment Eugène, ce fils de riche qui aimait l’argent et le luxe – il avait fait le vœu de se marier à une femme qui avait de l’argent ! – comment a t’il pu choisir cette orientation fondamentale de sa vie : aller porter l’Evangile aux pauvres ? Il vous répondrait : « Parce que le Christ lui-même m’a appelé ». Le Christ l’a appelé, un peu à la manière de l’apôtre Paul, en lui fixant les yeux sur la Croix, un certain vendredi saint, à l’église de la Madeleine, en 1808. C’est que saint Eugène, derrière son air supérieur, son désir de plaire aux yeux du monde, cachait une pauvreté, une blessure. Parce qu’il était pauvre lui-même, il a pu accueillir l’Evangile et vivre une vraie rencontre du Christ. Parce qu’il était pauvre, le Christ est allé à lui. Ce fut pour saint Eugène de Mazenod une nouvelle évangélisation. Il était baptisé, catholique de tradition, il allait à la messe, mais il n’avait pas vécu une véritable rencontre du Christ, le message chrétien était resté en surface, il n’était descendu au fond de son âme pour le convertir et changer sa vie. Et voilà que devant la Croix, il a reconnu sa pauvreté et le Christ l’a saisi.

Et Eugène de Mazenod s’est laissé conduire vers les pauvres.

Les prisonniers d’abord, avec l’œuvre des prisons fondée deux siècles avant lui, œuvre toujours vivante aujourd’hui à Aix-en-Provence.

Les jeunes désoeuvrés ensuite, devant le palais de justice, avec lesquels il fondera l’Association de la Jeunesse chrétienne, en avril 1813.

Il fondera aussi une œuvre pour les ramoneurs, une œuvre pour les jeunes soldats… Un charisme de fondateur – c’est sûrement pour cela que le Christ l’a appelé ! Tout entier animé par cette passion de l’Evangile, passion qui lui a donné de renouveler en profondeur l’évangélisation en allant vers les plus pauvres. Je cite : « Venez, vous les pauvres. Comme je voudrais faire entendre ma voix dans les parties les plus lointaines du monde pour vous appeler tous. Je vais commencer par vous apprendre ce que vous êtes, quelle est votre origine, quelle est votre dignité, quels sont vos droits. Pauvres de Jésus-Christ, affligés, malheureux, souffrants, infirmes, malades, vous tous que la misère accable, vous que le monde rejette, vous, mes frères, mes chers frères, mes respectables frères, écoutez-moi. Vous êtes les enfants de Dieu. Vous êtes les frères de Jésus-Christ. Vous êtes les héritiers de son royaume, vous êtes ceux qu’il a choisis et qu’il préfère » (sermon à l’église de la Madeleine à Aix, le mercredi des Cendres, mars 1813).

Voilà la feuille de route de la nouvelle évangélisation. Le pape François signerait, lui qui aspire à « une Eglise pauvre pour les pauvres ».

 

  • Annoncer une année favorable accordée par le Seigneur.

Une année de faveurs, de bienfaits, de miséricorde, de pardon, de réconciliation.

Dans « La Joie de l’Evangile », le pape François avait invité tous les catholiques du monde à une conversion missionnaire, pour qu’ils deviennent des disciples-missionnaires. Pas seulement disciples de Jésus, mais disciples-missionnaires. Car il n’existe pas de disciples qui ne soient en même temps missionnaires. Un disciple qui n’est pas missionnaire n’est pas un vrai disciple. Dans un texte d’Eugène de Mazenod, une chose m’a marqué. Il s’agit de la lettre qu’il écrit aux vicaires généraux capitulaires pour demander l’autorisation de fonder une communauté avec des prêtres du diocèse ; il écrit qu’en portant l’Evangile aux pauvres, le Christ a donné la preuve qu’il était le Fils de Dieu. Le pape François le rejoint : de la même façon que Jésus prouva qu’il était l’envoyé du Père en portant aux pauvres l’Evangile de l’amour de Dieu, de la même façon le disciple, en étant missionnaire, donnera au Christ la preuve qu’il est un authentique disciple.

Après « La Joie de l’Evangile », le pape François annonce une année sainte de la miséricorde. Une année favorable. Il partage sa conviction que l’accueil de la divine miséricorde est une nécessité, un préalable avant tout renouveau missionnaire. Ici encore l’expérience missionnaire de saint Eugène de Mazenod mérite d’être rappelée.

Tout d’abord, la règle de sa communauté pose une exigence pour les missionnaires : entre chaque mission, ils se retrouvaient pour un temps de vie fraternelle, de prière et de partage, de réconciliation et de pardon mutuel.

Ensuite la confession. Les missionnaires transportaient avec eux 4 confessionnaux portables. Eugène raconte dans son journal sa mission à Grans : « Personne ne faisait ses pâques… bientôt on aurait pu fermer l’église, tant elle était peu fréquentée… Tout changea la première semaine ;  dès 3 heures du matin, les pénitents assiégeaient les confessionnaux… Nous y sommes restés jusqu’à 28 heures de suite ».

Enfin le bureau de réconciliation. La Révolution avait produit de la haine dans les villages. La mission était une sorte de mini jubilé de la miséricorde. Eugène prêchait la réconciliation : « Il n’est pas possible de vivre ensemble en paroisse si on n’est pas réconcilié ». On proposait à ceux qui se haïssaient de venir sous la croix, devant l’autel, et parler, le missionnaire étant seul témoin.

Pas de mission féconde sans réconciliation. Le pape François nous le redit. Après nous avoir appelés à être disciples-missionnaires, il nous appelle à nous réconcilier en accueillant le don qui est au-dessus de tout don, le pardon, dont la source est la divine miséricorde.

« C’est le moment » dit le pape François, à la manière des prophètes. C’est le moment pour deux raisons. Un : comme s’il pressentait une catastrophe en voyant la violence qui gangrène le monde, il affirme sa conviction chrétienne que seule la divine miséricorde peut guérir l’humanité de son mal. Deux : c’est le moment « afin que le témoignage rendu par les croyants soit plus fort et plus efficace ».

Par l’intercession de saint Eugène de Mazenod, demandons la grâce de nous reconnaître pauvres, d’accueillir la divine miséricorde et d’en être les témoins, pour que la Bonne Nouvelle soit annoncée aux pauvres. AMEN.

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Homélie de Mgr Christophe DUFOUR

Ouverture de l’Année sainte de la Miséricorde, cathédrale Saint Sauveur à Aix-en-Provence

Mardi 8 décembre 2015, en la fête de l’Immaculée Conception

 

2015 12 08 - Porte sainte Aix (7)

 

« Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux » (Luc 6, 36). Cette parole de Jésus dans l’évangile de Luc a été choisie par le pape François comme devise de l’Année sainte que nous ouvrons ce soir. Miséricorde, c’est le nom de Dieu. Le nom de Dieu tel qu’il se révèle à nous dans toute la Bible. C’est le nom de Dieu tel qu’il se révèle à nous en Jésus-Christ.

Nous ouvrons ce soir la Porte sainte de la Miséricorde, à la suite du pape François qui l’a ouverte ce matin à Saint Pierre de Rome. C’est le moment, écrivait le pape François, « un temps favorable pour l’Eglise, afin que le témoignage rendu par les croyants soit plus fort » (Pape François, bulle § 3). Avec le Saint Père, nous ouvrons ce soir l’Année sainte de la Miséricorde. Oui, ce mot « miséricorde » sera toute l’année dans nos oreilles et sur nos lèvres. Nous voulons ouvrir la porte pour que la miséricorde nous soit offerte, pour la recevoir, l’accueillir et l’offrir.

Mais qu’est-ce donc que la Miséricorde ?

La Miséricorde est le trop plein du cœur de Dieu, elle est son cœur débordant d’amour. Pauvre humanité ! se dit Dieu lorsqu’il voit tout le mal qu’elle subit, les catastrophes, les guerres, les conflits, la violence, la misère, tout le mal qu’elle se fait à elle-même, son péché. « J’ai vu la misère de mon peuple, dit Dieu à Moïse au commencement de la Bible. J’ai entendu ses cris. Oui je connais ses souffrances » (Ex 3, 7). Alors Dieu se fait proche, jusqu’à venir vivre la condition humaine en Jésus. En Jésus, Dieu pleure, Dieu souffre, Dieu a pitié de ceux qui sont possédés par les démons, Dieu est rempli de compassion pour ceux qui ont faim et soif, de pain et d’amour. Il est né de Marie, dit le Credo, il a souffert, il est mort. Pour révéler son éternel amour, vaincre le mal, guérir et réconcilier l’humanité.

Je vous invite à lire la bulle d’indiction du pape François et de souligner tout ce qu’il dit de la Miséricorde. Vous en aurez une belle anthologie de la Miséricorde. En voici quelques perles.

« La Miséricorde, c’est l’acte ultime et suprême par lequel Dieu vient à notre rencontre. La Miséricorde…, c’est le chemin qui unit Dieu et l’homme » (Pape François, bulle § 2).

« La Miséricorde sera toujours plus grande que le péché, et nul ne peut imposer une limite à l’amour de Dieu qui pardonne » (op.cit. § 3).

« La Miséricorde de Dieu n’est pas une idée abstraite, mais une réalité concrète à travers laquelle Il révèle son amour comme celui d’un père et d’une mère qui se laissent émouvoir au plus profond d’eux-mêmes par leur fils… Un amour viscéral. Il vient du cœur comme un sentiment profond, naturel, fait de tendresse et de compassion, d’indulgence et de pardon » (op.cit. § 6).

Le pape François, prophète de la Miséricorde, comme le fut jadis le curé d’Ars. Voici comment prêchait le saint curé : « Ce n’est pas le pécheur qui revient à Dieu pour lui demander pardon, c’est Dieu qui court après le pécheur et qui le fait revenir à lui ». « Nos fautes sont comme des grains de sable à côté de la grande montagne des Miséricordes de Dieu ».

La Miséricorde est le cœur de notre foi chrétienne. Dieu est Miséricorde, il est Amour, éternel Amour, il est tendresse, lent à la colère, il pardonne et réconcilie. Ouvrons-lui la porte.

Ouvrons la porte…

Ouvrons à la Miséricorde de Dieu la porte de nos cœurs et de nos âmes. La porte de nos maisons et de nos familles. La porte de nos paroisses, de nos communautés, de notre Église diocésaine.

Pour une Année sainte. Une année de grâce. Une année pour accueillir l’amour, la lumière de l’amour de Dieu. Une année pour faire l’expérience profonde, intime, du pardon de Dieu, de sa joie, de sa paix. Une année pour apprendre à se réconcilier, avec patience et persévérance, pour retisser les liens brisés. Une année pour témoigner au monde que l’Église tout entière est animée par la Miséricorde de Dieu, et par rien d’autre. Une année pour nous entraîner à ce témoignage en accueillant le don de Dieu et en l’offrant autour de nous par les œuvres de Miséricorde. Une année pour faire aimer l’amour.

Accueillir et offrir…

« La Miséricorde n’est pas une idée abstraite, mais une réalité concrète » (Pape François, bulle § 6). Accueillir la Miséricorde doit changer la vie. L’accueillir guérit l’âme, offre la paix profonde et la joie du cœur. L’accueillir donne la force d’aimer et de pardonner. Je vous invite à l’accueillir dans le sacrement de réconciliation au moins une fois par mois, pour entrer dans l’intimité du cœur de Jésus. Accueillir pour offrir. Ne nous payons pas de mots… Offrir la Miséricorde dans des œuvres concrètes, que l’on appelle des œuvres de Miséricorde. Voici quelques pistes.

La B.A. quotidienne, la bonne action que l’on enseigne aux scouts. Se lever le matin en se disant : quelle bonne action je pourrai faire aujourd’hui ?

En famille : décider un geste de charité tourné vers les autres.

En paroisse : chaque paroisse peut choisir une œuvre de miséricorde à vivre plus particulièrement cette année : table ouverte le dimanche ; un pèlerinage avec les personnes malades ou handicapés, un pèlerinage de l’espérance avec les personnes seules ou démunies, éprouvées, en souffrance…

Chers amis, cette année l’ange de Dieu frappe à la porte, comme il a frappé à la porte de Marie à Nazareth. « Et l’ange entra chez elle ». Marie a ouvert sa porte. Elle a dit oui. Oui au Maître de l’impossible. Oui au Dieu de miséricorde. Et elle est devenue la Mère de la divine Miséricorde. Toute l’année, nous chanterons son chant d’amour : « Sa miséricorde s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent… Il se souvient  de son amour ». Magnificat !

Joyeuse et sainte année de la Miséricorde.

 

 

La joie d’un jubilé

 

« Je vous annonce une grande joie » : c’est le message que les anges du ciel nous adressent  pour  Noël, comme jadis aux bergers. C’est la joie même de Dieu qui rejoint sur terre l’humanité blessée, la joie du berger qui retrouve la brebis égarée, la joie de guérir, pardonner et réconcilier. C’est la joie de Dieu qui, en Jésus nouveau-né, vient nous offrir TOUT son Amour.

Cette année de l’Eglise sera un jubilé. Pour chaque baptisé, chaque famille et chaque communauté, ce sera la joie de découvrir et accueillir la miséricorde de Dieu. Je vous invite à être gourmands de cette divine miséricorde et à l’offrir autour de vous.

Joyeuse année jubilaire, joyeux Noël.

 

+ Christophe DUFOUR

Archevêque d’Aix-en-Provence et Arles

 

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Non, le mal n’aura pas le dernier mot : message de Mgr Dufour

 

  « La nouvelle est tombée dans la nuit, brutale et bouleversante : des attentats sauvages ont frappé cruellement notre capitale, tué et blessé de nombreuses victimes innocentes.

Avec tous les catholiques de Provence, j’exprime ma vive douleur et ma profonde communion avec les familles des victimes.

Devant ce drame, j’appelle au recueillement, au silence et à la prière.

Je propose que chaque messe de ce dimanche commence par une minute d’un silence habité par la prière, et que les cloches sonnent le glas à l’heure de midi. Non, le mal n’aura pas le dernier mot ».

 

+ Christophe DUFOUR

Archevêque d’Aix-en-Provence

 

Communiqué de Mgr DUFOUR au sujet du synode sur la famille :

Les prochaines semaines sont marquées par un événement important de notre Église catholique : le synode sur la famille qui se déroule du 4 au 25 octobre à Rome.

Pourquoi est-il si cher au pape François qui en a choisi le thème ? La famille concerne tous les humains : elle est une réalité naturelle, universelle. Le pape François a dans le coeur tous les pères, toutes les mères, les fils et les filles de la famille humaine, leurs joies et leurs épreuves. Il est à l’écoute des familles, de toutes les familles. C’est le premier but du synode : faire entendre leur voix, par la parole des évêques et des fidèles invités par le pape, et rechercher par-delà leur diversité ce qui fait leur unité : «la vocation et la mission de la famille dans l’Église et dans le monde contemporain».

La famille est aujourd’hui attaquée. Le pape François se fait leur défenseur. Il défend en tout premier lieu les familles qui subissent l’injustice et vivent dans des conditions indignes ; celles qui subissent la guerre et sont obligées de quitter leur terre et leurs maisons. Il s’alarme de l’indifférence et de l’égoïsme mondialisés qui contaminent et fragilisent les familles. Il pourfend enfin les idéologies destructrices qui dénaturent la famille en privant les enfants d’un père ou d’une mère. Il réclame pour tous justice et miséricorde.

Je vous invite à confier à l’Esprit Saint cette assemblée synodale.

J’invite les paroisses à prier pour le synode à chaque messe dominicale et à susciter des veillées de prière à cette intention.

J’invite les communautés religieuses à porter dans leur coeur les familles de notre diocèse et à s’unir intensément à la prière de notre pape François.

J’invite les familles à prier pour les familles du monde entier.

Que l’Esprit Saint inspire aux évêques un message fort, d’espérance, de consolation et de bonheur à l’adresse de toutes les familles.

 

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Aux curés

Objet : Accueil des migrants

Aix-en-Pce, le 11 septembre 2015

Chers amis,

Comme vous le savez certainement, notre saint Père invite chaque paroisse de nos pays d’Europe à accueillir une famille de migrants du Moyen-Orient ou d’Afrique.

Je fais mien cet appel du pape François et invite chaque paroisse de notre diocèse d’Aix et Arles à se proposer pour cet accueil et à le préparer. J’ai demandé à la délégation du Secours Catholique de notre diocèse de coordonner cette action, en lien avec les services de la préfecture des Bouches-du-Rhône et les associations compétentes. Merci de transmettre les propositions d’accueil de vos paroissiens (y compris celles des communautés religieuses) à l’adresse spécifique :

urgences.130@secours-catholique.org

Le mouvement commencé est appelé à durer et, très rapidement, des questions concrètes vont se poser quant à l’accueil de ces personnes. Accueillir ne signifie pas héberger temporairement, mais accompagner des situations sociales, éducatives et sanitaires dans le temps. Autrement dit, il ne suffit pas d’avoir un logement libre mais de mettre sur pied une équipe mobilisée regroupant des compétences diverses pour un véritable accueil et un suivi. La générosité peut n’être qu’un feu de paille. Nous vous invitons à imaginer une équipe de ce style dans la mesure de vos possibilités et en lien avec les services sociaux compétents de votre commune. Les personnes en souffrance méritent un accueil sérieux et responsable. C’est probablement là le véritable défi.

Portons dans la prière ces familles déracinées et déboussolées et essayons d’imaginer les conditions concrètes de leur accueil.

Je vous redis mon amitié fraternelle et mon entier dévouement.

† Christophe DUFOUR

Archevêque d’Aix-en-Pce et Arles

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« Ne laissez pas l’Esprit saint au chômage ! »

 

 

Message de Mgr Christophe Dufour pour la fête de Pentecôte 2015

 

Voici la fête de la Pentecôte, le cinquantième jour après Pâques. Elle est fêtée chez nos frères israélites pour qui est la fête du don de la Loi à Moïse au Sinaï. Pour les chrétiens, elle est la fête du don de l’Esprit. Mais qui est donc cet Esprit saint de Dieu en qui les chrétiens mettent leur foi ?

Je vous avoue avoir été marqué par le témoignage du pape Benoît XVI alors qu’il était encore le cardinal Joseph Ratzinger. C’était il y a 25 ans, précisément en 1989, le mur de Berlin tombait. Sans une bombe, sans un missile, sans même un coup de feu. Et le cardinal allemand interrogé à ce sujet répondait par ces simples mots : « Ce fut la victoire de l’Esprit ».

Chrétiens, nous croyons en la victoire de l’Esprit, en sa divine puissance d’amour, en sa douce force de paix, de réconciliation et de pardon. Cette puissance s’est manifestée dans la résurrection du Christ et sa force de guérison porte encore ses fruits aujourd’hui. On les appelle les fruits de l’Esprit ; ils sont « amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, fidélité, douceur et maîtrise de soi » (lettre de Paul aux Galates 5, 22-23).

Dans notre tradition chrétienne, le baptême et la confirmation sont les sacrements, les signes sacrés de ce don de l’Esprit du Christ Jésus. En cette fête de Pentecôte 2015, le samedi soir à la cathédrale d’Aix-en-Provence, m’est donnée la joie de confirmer 80 adultes qui m’ont écrit pour recevoir ce don de l’Esprit. Et je leur dirai ceci : « Ne laissez pas l’Esprit saint au chômage ». Oui, l’Esprit saint du Créateur ne demande qu’à travailler. Priez-le chaque jour, offrez-lui votre intelligence et votre cœur pour qu’il poursuive aujourd’hui son œuvre d’amour en notre humanité.

 

+ Christophe DUFOUR

Archevêque d’Aix-en-Provence et Arles

Pentecôte 2015

 

Message video de Mgr Dufour pour la fête de l'Ascension

 Lien raccourci : cliquez >>> http://goo.gl/Uow2Xo

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Message pour la fête de Pâques de Mgr Dufour :

Cliquez sur le lien pour voir la vidéo:  : http://goo.gl/PR7qTh

 


 

Voter est un devoir

 

 

mgr_dufourLes chrétiens sont entrés en carême, et tout au long de ce mois de mars, sans bruit, dans le jeûne, le partage et la prière, ils se préparent à vivre la Semaine sainte, du dimanche des Rameaux le 29 mars au matin de Pâques le 5 avril. Or, il se fait que ce mois de mars est aussi un mois de campagne électorale qui appelle les citoyens à élire leurs délégués départementaux, dans un scrutin à deux tours, les 22 et 29 mars prochains. Il est de ma mission d’évêque de rappeler aux catholiques leur devoir de citoyen.

Voter est un devoir. La société française serait-elle entrée en zone dépressionnaire ? La dépression est une maladie dont l’abstention aux élections serait un grave symptôme. La peur en serait un autre. Soyons lucides : on parle de crise, mais une crise qui dure n’est plus une crise, c’est une mutation, un profond changement du monde. Serez-vous partie prenante ? Voter est une façon de s’engager.

Voter est une liberté. Des peuples se battent encore aujourd’hui pour le droit de vote et des élections libres. Qui pourrait faire la fine bouche sur cette liberté qui nous est offerte en France ?

Voter est une question de conscience. Voter en conscience, c’est s’informer sur l’objet du vote. En mars, nous allons élire des conseillers départementaux qui auront principalement pour mission d’orienter la politique sociale de notre département (près d’1,2 milliards d’euros sur 1,9 milliards de budget de fonctionnement). Voter en conscience, c’est aussi connaître les candidats. Quels candidats pour quelle politique ?

Voter est une question de convictions. Convictions fondées sur une lecture de l’histoire et l’enseignement de la tradition. Convictions fondées sur une conception de l’homme. Convictions fondées sur la foi chrétienne qui éclaire le regard sur la personne humaine : respect de la dignité de tout être humain, respect de la vie de sa conception jusqu’à sa fin, écologie intégrale…

Voter est une question d’amour. « La politique est la forme la plus haute de la charité » disait le pape Paul VI. Elle est l’art de veiller au bien que les humains ont en commun, elle est le contraire de l’égoïsme et de l’individualisme. Voter c’est lutter contre l’indifférence et ainsi répondre à l’appel du pape François à relever le défi de « la mondialisation de l’indifférence ».

+ Christophe DUFOUR

Archevêque d’Aix en Provence et Arles

 

 

 Pour que Dieu ne reste pas dehorsmgr_dufour_2010Voici pour ce Noël 2014 une invitation pour que Dieu ne reste pas dehors… Car la tentation est forte aujourd’hui, le matérialisme et la sécularisation sont une force puissante capable d’exclure Dieu de la fête chrétienne si nous nous laissons emporter sans résistance par le mouvement. Les intégristes de la laïcité mettent leur honneur à vivre sans Dieu et – horreur ! – on voit ici et là des crèches sans l’enfant Jésus ! L’argent envahit tout et tue l’âme de Noël. Les chrétiens sauront-ils résister et vivre intensément le mystère de la Nativité?

On fera la crèche, très bien. On priera autour de la crèche, encore mieux. Parents et grands-parents  préparent la réunion de famille, un petit cadeau pour chacun sans oublier personne, la fête sera belle, quel bonheur ! Mais y aura-t-il une place pour la sainte Famille dans la salle commune ? « Marie mit au monde son fils premier-né, elle l’emmaillota et le coucha dans une mangeoire, car il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune » (Luc 2,7).

Il existe en Pologne une merveilleuse tradition. La table de Noël est préparée, une assiette pour chaque membre de la famille  et chacun des invités. Mais la maîtresse de maison a laissé une place libre pour… Marie et Joseph. S’ils venaient frapper à la porte, ils ne resteraient pas dehors. Comme c’est beau ! Mais nous pourrions aller encore plus loin…

Voici notre proposition pour ce 25 décembre 2014 : que le jour de Noël chaque famille chrétienne accueille à sa table une personne seule. Cherchez bien, vous en trouverez une autour de vous. Essayez et vous verrez. Votre  maison sera la plus belle des crèches. C’est le Fils de Dieu lui-même qui vous fera ce cadeau de venir chez vous. Telle est notre foi : « Chaque fois que l’avez fait à l’un de ces petits qui sont les miens, c’est à moi que vous l’avez fait » dit le Christ dans son testament.

Joyeux Noël.

+ Christophe DUFOUR

Archevêque d’Aix en Provence et Arles 

              

 

Un Voeu pour la rentrée (site diocèse Aix)

mgr_dufour_2010Chic, c’est la rentrée! disent les uns. Mais d’autres angoissent à l’idée de se lever avant le jour et de retrouver les bouchons. La rentrée scolaire est pourtant un nouveau départ après la rupture salutaire des vacances qui ont marqué la vie d’une famille et de tout un pays. Je souhaite donc une bonne rentrée, une bonne année, à tous les enfants, jeunes, étudiants, enseignants qui reprennent le chemin de l’école cette semaine. Une année pour grandir en âge et en sagesse, une année pour découvrir et s’émerveiller, une année pour de belles et profondes amitiés.

Parmi les vœux pour cette rentrée, il en est un qui m’est cher, c’est que les enfants apprennent à voir…l’invisible. À l’école, l’enfant apprend à lire, à écrire, à compter, à chanter…Il apprend à connaître l’histoire, la géographie, les sciences de la vie, la musique…Il apprend à reconnaître le mouvement des étoiles, les oiseaux du ciel, les oiseaux dans le ciel, tout ce qui vit à la surface de la terre. Mais apprendra-t-il à voir l’invisible?

Quel maître sera donné à l’enfant pour lui dévoiler ce mystère caché que l’on appelle Dieu, Éternel Amour? Les chrétiens choisissent Jésus comme maître du bonheur. Jamais un homme n’a aimé comme lui. Comme dit l’apôtre Jean dans l’une de ses lettres : « Nous avons reconnu l’amour et nous avons cru. »

« Dis papa, est-ce-que je suis chrétien? » demandait un enfant à son retour de l’école où il a comme copains un hindouiste originaire de l’Inde, un bouddhiste de parents nés au Vietnam, un juif de souche française depuis plusieurs générations, des musulmans de familles émigrées d’Afrique du Nord. « Et moi qui suis-je? » s’interroge l’enfant. Son meilleur copain est chrétien et lui a parlé de la rentrée du catéchisme à la paroisse catholique. Rencontrera-t-il Jésus pour apprendre à aimer comme lui?

La rentrée scolaire, c’est aussi la rentrée du catéchisme. Je fais le voeu que la nouvelle résonne très fort en ce mois de septembre et que les familles entendent l’appel à connaître et à aimer Jésus.

+ Christophe Dufour, archevêque d’Aix et Arles

 

                         

Demain, une France sans prêtres ? Inquiétudes et espérances

À prêtres saints, Église sainte - D’Aix, Mgr Dufour relaie l’appel du pape aux prêtres

Propos recueillis par Samuel Pruvot (Revue FAMILLE CHRETIENNE)

 

                                    
Évêque d’Aix-en-Provence et Arles, Mgr Christophe Dufour relaie l’intuition de Benoît XVI concernant la vie des prêtres : aucune pastorale ne remplacera la primauté du renouveau intérieur et de la sainteté.

 

Qu’est-ce qui vous frappe le plus dans cette lettre ?

J’ai été saisi dès la première ligne. Dans cette lettre, le pape ne fait pas de stratégie pastorale ou de stratégie de communication. Mais il appelle à promouvoir un engagement de renouveau intérieur des prêtres. L’objectif, comme il le dit lui-même, est bien de rendre « incisif et vigoureux » leur témoignage évangélique dans le monde d’aujourd’hui. Tout est dit.

Est-ce une réponse suffisante à la chute des vocations ?

Tout ce qui fait appel au renouveau intérieur changera les choses en profondeur. Nous souffrons d’un manque de prêtres mais il y a toujours des jeunes qui répondent à l’appel. Le renouveau que demande le pape favorisera le « oui » de ceux qui sont appelés et qui n’osent pas encore répondre. Avoir les yeux rivés sur les chiffres, cela ne constitue pas une bonne stratégie. Dans l’Église catholique, la stratégie est d’abord le fruit de l’Esprit Saint ! Le pape nous donne un axe simple et fondamental : des prêtres saints pour une Église sainte, qui témoignent saintement de l’Évangile du Christ.

Comment mettre cette priorité en œuvre ?

Une assemblée des prêtres s’est tenue à la Pentecôte dans mon diocèse. Il y a eu des débats, des votes, des motions... Cependant, qu’est-ce qui a le plus marqué les prêtres ? C’est le caractère spirituel de notre démarche, notamment le pèlerinage à Annecy auprès de saint François de Sales. L’essentiel, pour eux, c’est donc bien de vivre un renouveau intérieur qui va leur donner une force nouvelle pour vivre leur ministère. En un mot, la sainteté ! Comme le souligne le pape, le prêtre reçoit un ministère qui est saint et il doit essayer de le vivre saintement. Il doit se produire une rencontre entre la sainteté objective du ministère sacerdotal et celle, subjective, du ministre. Le curé d’Ars est un exemple parfait.

Dans un sondage récent de La Croix, près de trois catholiques pratiquants sur quatre se déclaraient en faveur du mariage des prêtres. Comment sortir du malaise ?

Il ne faut pas voir la lettre du pape selon le prisme franco-français. C’est un sondage daté, qui reflète une certaine culture, un certain monde médiatique. Mais à l’échelle de l’histoire et de la planète, je relativise beaucoup ! Ensuite, nous voyons bien concrètement sur le terrain que l’Église est en train de se renouveler profondément. Par exemple avec les diacres (parmi eux, la plupart sont des hommes mariés). Sans doute ce ministère du diacre permanent n’est pas encore assez perçu par les Français. Il fait apparaître autrement le ministère des prêtres -€“ sans le remplacer -€“ et met en valeur ce qu’il a de plus essentiel.


Quel est le rôle du prêtre par rapport aux laïcs ?

Il existe une paternité sacerdotale très grande. Le rôle du prêtre est d’être le témoin de l’œuvre de l’Esprit dans les communautés qu’il accompagne et qu’il sert au nom du Christ. Son premier travail est de faire éclore des charismes, au service du monde et de l’Église. 

        Propos recueillis par Samuel Pruvot

 

 

 

 

Homélie de Mgr Christophe Dufour – Ordination diaconale de Franck de Marc – Primatiale Saint Trophime – Arles –

Dimanche 15 juin 2014 – Fête de la Trinité année A

 Vivez en paix… Echangez entre vous le baiser de paix… Et le Dieu de paix sera avec vous ». C’est par cette exhortation que s’achève la lettre de Paul aux Corinthiens. Et Dieu sait que l’apôtre Paul souhaitait cette paix. Au commencement de sa lettre, il demandait à être consolé par le Père des miséricordes, le Dieu de toute consolation… Il demandait à être consolé de toutes ses afflictions, il demandait que tous puissent eux aussi être consolés dans le Christ. Voilà bien la mission du diacre : apporter la consolation et annoncer la paix. « Donnez-vous la paix… Allez dans la paix ». Le diacre est ordonné pour annoncer la paix. Il invite à donner la paix. Non pas un signe de paix, mais la paix, le don de la paix. Quelle est la source de cette paix ? En cette solennité de la Trinité, nous nous rappelons que la source de la paix est en Dieu et qu’en Dieu la paix est une communion d’amour, une parfaite unité dans l’amour, qu’elle est l’amour du Père et du Fils et du Saint Esprit. C’est un mystère. Un mystère que notre intelligence ne peut pas comprendre. « Si tu comprends, ce n’est pas Dieu » disait Saint Augustin. On se souvient que, tandis qu’il écrivait son livre sur la Trinité – il aura mis 20 ans pour l’écrire – Augustin eut cette vision d’un enfant qui avait creusé un trou dans le sable et le remplissait d’eau de mer avec un seau. « Que fais-tu ? » lui demanda Augustin. « Je vais mettre toute l’eau de la mer dans le trou » répondit l’enfant. « Mais c’est impossible » dit Augustin. Et l’enfant répondit : « Il me serait plus facile de mettre toute l’eau de la mer dans ce trou que toi de comprendre le mystère de la Sainte Trinité ». La Trinité est un mystère, pas quelque chose d’obscur, mais au contraire une trop grande lumière pour les petits yeux de notre intelligence humaine. Mystère d’amour. Mystère d’une communion d’amour en Dieu. « Nous ne confessons pas le Dieu unique comme s’il était solitaire » dit une confession de foi attribuée au pape Damase. Et Maurice Zundel commente ainsi : « Dire que Dieu n’est pas solitaire, c’est dire que la vie de Dieu va vers un Autre, que la vie de Dieu est charité… La vie divine apparaît ainsi complétement concentrée, exprimée, dans ce don mutuel du Père au Fils, et du Fils au Père, dans l’unité du Saint Esprit ». Dans une séance de catéchisme sur la Trinité, un enfant eut cette réponse : « La Trinité ? C’est qu’on ne peut pas être seul pour aimer ! » Magnifique réponse, simple et lumineuse. La vérité sort de la bouche des enfants… C’est ainsi que, dans la foi chrétienne, nous contemplons Dieu, le Dieu Unique, tel qu’il nous est révélé, dévoilé, en Jésus-Christ. La foi monothéiste professée dans le christianisme est ici en rupture avec la foi monothéiste de nos frères juifs et musulmans. Un ami prêtre, docteur en lettres, en philosophie et en théologie, me racontait sa rencontre à un arrêt de tramway avec un jeune musulman venu s’asseoir à côté de lui. Lorsque le jeune sut que mon ami était prêtre catholique, il lui demanda : « Comment Dieu peut-il avoir un fils ? » Notre docteur fut pris de court et fut heureux de voir arriver le tramway ! Nous sommes mis aujourd’hui au défi d’apporter une réponse à ce jeune. La cardinal Barbarin dut répondre à cette même question au recteur de la mosquée de Villeurbane venu le visiter à l’archevêché de Lyon. « Les musulmans disent que les chrétiens ont une foi incohérente parce qu’ils croient en un seul Dieu et adorent  trois personnes en Dieu. Mais je sais que la foi des chrétiens n’est pas incohérente. Expliquez-moi la Trinité » demanda le recteur de la mosquée. Le cardinal ne donna pas l’explication – il n’y a pas d’explication de la Trinité. Mais il témoigna. Nous croyons en Dieu Unique, comme vous. En Dieu Créateur, comme vous. Créateur du ciel et de la terre, nous le croyons comme vous. En Dieu tout puissant, nous le disons, mais la Bible nous apprend que cette toute puissance est celle d’un amour infini, éternellement vivant et vivifiant, et qu’elle dépasse largement notre intelligence. Le cardinal résuma alors en trois mots sa foi en la Sainte Trinité : « L’amour source de toute divinité, nous l’appelons le Père. Celui qui provient de cette source et qui se reçoit tout entier du Père, c’est le Fils. Et l’Esprit Saint, c’est la circulation de cet amour entre le Père et le Fils ». Le recteur de la mosquée fit cette réponse inattendue : « Je savais bien que ce serait très beau ». Chrétiens, nous avons à témoigner que Dieu est beau. L’amour de Dieu que nous contemplons est beau. Mystérieuse communion d’amour dans lequel Dieu veut nous introduire et qu’il nous a révélée en Jésus Christ. Il est beau le mystère de la foi. Cher Franck, tu as été séduit par cette beauté, et tu t’es laissé séduire. Aujourd’hui, tu engages toute ta vie pour servir cette beauté. La beauté de l’amour de Dieu. La beauté de la communion d’amour en Dieu. La beauté de la famille trinitaire. La beauté du projet de Dieu qui nous invite à entrer dans cette communion d’amour. La beauté qui illumine notre histoire et lui donne son sens. Lorsque nous nous sommes vus il y a quelques jours, tu m’as dit combien la fraternité était importante pour toi. J’ai compris qu’elle serait l’axe de ta vie. Cette fraternité que nous recevons de Dieu, qu’il nous appelle à vivre, et que tu t’engages à servir. Pourquoi celui qui est appelé au sacerdoce doit-il être ordonné diacre ? Pour faire l’apprentissage de ce service de la communion et de la fraternité, service de la paix. Cette paix a une source : la Trinité, le cœur de Dieu dont la Révélation à Moïse disait déjà qu’il est « tendre et miséricordieux, lent à la colère, plein d’amour et vérité ». Cette source a été ouverte pour nous par le Christ et elle coule en son Eglise. Cette source est Parole. Elle est Vie. Elle est Charité. Diacre, tu seras placé aux côtés de la source.

A la table de la Parole. Auprès de l’autel où Dieu donne le Pain de sa vie divine. Auprès du Pauvre. Franck, tu veilleras à ce que la source irrigue les communautés chrétiennes, qu’elle coule jusqu’aux périphéries et qu’elle atteigne les assoiffés de Dieu. Comme le Christ, tu t’abaisseras auprès du plus petit et du plus humble. En cette humanité déchirée par tant de violence, tu annonceras la paix de Dieu, tu appelleras à donner le baiser de paix, et le Dieu de paix sera avec nous. AMEN.

 


 

Homélie de Mgr Ch. Dufour – Jubilé de 50 ans de sacerdoce du Père Jacques Garnier – Paroisse St François –

7ème dimanche de Pâques année A – 1er juin 2014

 

Frères et sœurs, avec vous tous aujourd’hui, mon cœur est dans l’action de grâces autour de notre frère Jacques Garnier qui célèbre 50 années de fidélité comme prêtre du Christ Jésus, dans le service du saint Evangile. Il célèbre 50 ans de dons reçus, 50 ans de dons offerts. Il peut dire comme le Christ : « Ce que j’ai reçu, je vous l’ai donné ». C’est tout le sens de cette prière que nous avons proclamée, la prière de Jésus avant sa Passion, la prière dite « sacerdotale ». A la lumière de cette prière, nous pourrons faire nôtre la prière des apôtres avant la Pentecôte, la prière pour demander l’Esprit Saint.

La prière de Jésus

Que demande Jésus dans sa prière ? Il demande la gloire… Jésus sait que sa vie va finir, que ses ennemis vont mettre la main sur lui, ils vont le prendre, le faire souffrir et le tuer. Tout cela a-t-il un sens alors qu’il est venu, de la part de Dieu, faire le bonheur de l’humanité ? Alors il prie. Il prie pour que sa souffrance et sa mort aient un sens. Et sa mort ne peut avoir un sens que si elle dit l’amour de Dieu. Mais n’y-a-t-il pas contradiction entre la mort et l’amour ? Jésus demande la gloire… Vous avez bien compris, Jésus ne demande pas la gloire des joueurs de Toulon qui ont gagné hier soir le championnat du Top 14, ni celle de l’équipe qui remportera la coupe du monde de football au Brésil. La gloire de Dieu, c’est l’amour, la lumière de l’amour. Et c’est cette lumière que Jésus demande en son humanité. Cette lumière, le Fils de Dieu l’avait auprès du Père, depuis le commencement, avant même la Création. Il s’est fait homme pour révéler le mystère d’amour de Dieu, mais cette lumière est voilée en son humanité. Jésus demande à son Père que la lumière de l’Eternel Amour brille en son humanité. Sa lumière a brillé dans ses belles paroles lorsqu’il enseignait les foules et ses disciples. Sa lumière a brillé dans ses miracles. Jésus demande maintenant que, lorsqu’il n’enseignera plus, lorsqu’il ne fera plus de miracles, lorsqu’il sera arrêté, giflé, fouetté, humilié, lorsqu’il portera sa croix, lorsque les clous perceront sa chair crucifiée, lorsqu’il criera de douleur, oui Jésus demande que ce soit pour offrir au monde la lumière de l’amour de Dieu. « Glorifie ton Fils afin que le Fils te glorifie ». Et cette gloire, le Fils la donne. Il la donne à ceux que le Père lui a donnés. Pour que la lumière de l’amour de Dieu brille en ses apôtres et à tous ceux qui écouteront sa Parole et deviendront ses disciples. Pour que la gloire de l’amour brille sur les chrétiens, que l’humanité toute entière brille de la lumière de l’amour de Dieu. Telle est la prière de Jésus avant d’entrer dans sa Passion.

La prière des apôtres

Quelle immense responsabilité pour les apôtres et avec eux pour tous les chrétiens ! Les apôtres ont conscience de l’immensité de la mission confiée. Voilà pourquoi, après la mort du Christ, ils se retrouvent avec Marie pour prier. Ils se retrouvent précisément à l’endroit où ils avaient mangé le dernier repas avec Jésus, le Cénacle, la chambre haute. Et ils prient. Que demandent les apôtres ? Ils demandent l’Esprit Saint… Le Christ leur a confié une mission : faire briller la lumière de son amour jusqu’aux extrémités de la terre. Ils en sont bien incapables. C’est une mission impossible à vue humaine, comme était impossible pour la Vierge Marie de mettre Dieu au monde. Alors ils prient avec Marie. Avec Marie, ils se souviennent de la promesse : « L’Esprit Saint viendra sur vous ». « Je prierai le Père, et il vous enverra l’Esprit Saint ». Avec Marie les apôtres demandent l’Esprit Saint. L’Esprit Saint que Jésus avait promis. L’Esprit qui était descendu sur lui, l’Esprit de Dieu, l’Esprit Créateur, le grand opérateur de Dieu en la Création, pour restaurer l’humanité à l’image et à la ressemblance de Dieu, pour la configurer au Christ. Que demandent les apôtres à la suite de Jésus ? Ils demandent la gloire. Glorifie-nous afin que nous te glorifiions. Donne-nous la lumière de ton amour afin que ton amour brille en nous aux yeux des hommes. Cette prière est la nôtre aujourd’hui, au cœur de la neuvaine de prière de toute l’Eglise à l’Esprit Saint qui est la gloire de Dieu.

Et le prêtre dans tout ça ? Le prêtre est au cœur de notre action de grâces autour de notre frère Jacques. Pour continuer sa mission, le Christ choisit aujourd’hui des prêtres sur qui il impose les mains par le ministère de l’évêque, successeur des apôtres, les consacrant par son Esprit Saint. A leur tour les prêtres, collaborateurs de l’évêque, au nom du Christ Jésus, imposent les mains sur tous les baptisés, ils les marquent de l’onction de l’Esprit Saint. Pour qu’ils brillent de l’amour de Jésus. Pour que l’humanité pécheresse, pauvre humanité, brille de cette lumière de l’amour de Dieu. C’est le travail de l’Esprit.

C’est aujourd’hui La lumière de l’amour du Christ brille aujourd’hui dans tous les pays. Je pense à l’Algérie où notre frère Jacques Garnier a exercé les 11 premières années de son ministère de prêtre, l’Algérie de Charles de Foucauld qui lui est si chère. Je pense à la Terre Sainte que le pape François vient de visiter en pèlerinage. Je pense à notre terre de France où la confrontation est rude avec l’Etat, et où les tensions interreligieuses sont ravivées, et font peur. Comment y faire briller la lumière de l’amour du Christ ? Je voudrais pour conclure apporter le témoignage de l’évêque de Djougou au Bénin, Mgr Viala dont les grands-parents paternels étaient musulmans. Il disait : « Que ferais-je si, pour se défendre, les chrétiens de mon diocèse prenaient les armes ? » Je leur dirai : « L’arme du chrétien, c’est la douceur, c’est la non-violence ». Ce témoignage m’a bouleversé. Notre prière d’action de grâces se fait supplication à l’Esprit Saint. Père, au nom de Jésus, donne-nous ton Esprit. Et par l’intercession de la Vierge Marie, Donne-nous des prêtres, donne-nous de saints prêtres

 


 

Homélie de Mgr Ch. Dufour – Messe d’action de grâces à la cathédrale St-Sauveur en l’honneur des saints Jean XXIII et Jean Paul II –

Dimanche 27 avril 2014 (dimanche de la Miséricorde)

Ce dimanche 27 avril 2014 est un grand jour. Dimanche de la miséricorde, nous le vivons dans une intense communion avec toute l’Eglise, autour de notre pape François et du pape émérite Benoît XVI. Nous le vivons dans l’action de grâces pour les papes Jean XXIII et Jean-Paul II dont le pape François a célébré la canonisation. Mais notre rassemblement n’a de sens que parce que le Christ est ressuscité. « Si le Christ n’est pas ressuscité, notre foi est vaine ». En cette octave de Pâques, nous sommes avant tout des témoins de la Résurrection. Nous sommes témoins par la foi, et c’est la foi qui nous rassemble. Nous croyons que le Christ est ressuscité, nous avons confiance en la parole de ceux qui nous l’ont dit. « Est-ce qu’il est vraiment, vraiment ressuscité ? » me demandent parfois les enfants. Et je réponds : « Oui, il est vraiment ressuscité ». « Mais comment vous le savez ? » ajoutent-ils. Parce qu’on me l’a dit, et je fais confiance à ceux qui me l’ont dit, je fais confiance au témoignage des évangiles. Nous sommes témoins par la foi, nous sommes aussi témoins par l’expérience que nous avons de la rencontre du Ressuscité. Le Christ nous a relevés. Nous sommes témoins par toute notre vie. Chacun de nous pourrait ici témoigner d’une rencontre, d’un évènement, d’une expérience forte de la présence du Ressuscité dans sa vie. Nous sommes ressuscités en Christ. Et si aujourd’hui nous rendons grâces pour les saints Jean XXIII et Jean-Paul II, successeurs de Pierre, c’est avant tout parce qu’ils sont deux témoins exceptionnels de la Résurrection. Ils sont témoins du Ressuscité par leur sainteté, et l’Eglise nous les offre comme modèles. Modèles de sainteté. Vous allez dire : nous ne serons jamais papes, nous n’aurons jamais une vie aussi exceptionnelle que la leur. C’est vrai. Mais ce n’est pas d’abord pour ce qu’ils ont réalisé qu’ils sont saints. Ils le sont dans leur vie ordinaire. Et c’est de leur vie ordinaire que je voudrais vous parler ce soir.

Jean XXIII Je me rappelle son élection comme pape. Le 28 octobre 1958, je venais de rentrer en classe de 5ème. Nous l’avons appris dans la cour de récréation, la nouvelle a été acclamée. Il sera pape durant moins de 5 ans. L’histoire retiendra que le Saint Esprit lui a inspiré la convocation du concile Vatican II. Mais je veux retenir de lui l’histoire de l’âme. Publié quelque temps après sa mort tandis que je rentrais au séminaire, son journal de l’âme fut mon livre de chevet. J’y ai contemplé la lente germination d’une graine de saint, dans la vie ordinaire d’un séminariste. Pourquoi Jean XXIII est saint ? Parce que l’Esprit Saint l’a sanctifié et parce que le jeune Angelo Roncalli a désiré être saint toute sa vie. A 17 ans, il vit mourir son curé dont il réussit à obtenir sa vieille édition de l’Imitation de Jésus-Christ : « Penser que c’est avec ce petit livre qu’il est devenu un saint ! s’exclama le jeune Angelo. Ce sera toujours mon livre le plus cher et l’un des joyaux les plus précieux que je possède ». Sur son lit de mourant, il se fera lire par son secrétaire des pages de ce précieux livre. Etre saint… A 18 ans, séminariste à Bergame, il écrit dans son journal : « Je renouvelle ma résolution de vouloir devenir vraiment saint ». Et il se donne 4 principes directeurs : - M’unir à Jésus et me recueillir en lui. - Etre tout entier à ce que je fais. - Etre modeste et humble, surtout en paroles. - Rechercher la paix, la douceur, le calme et l’harmonie intérieure ; par exemple ne jamais dire du mal de quelqu’un. Dans l’imitation de Jésus-Christ, il avait lu : « Sois humble et pacifique, et Dieu ne te quittera pas ». Plus tard c’est dans cet esprit qu’il choisira sa devise d’évêque: « Obéissance et paix ». A 22 ans, il vit une sorte de conversion sur le chemin de la sainteté. Au cours d’une retraite, il écrit dans son journal de l’âme : « Je me suis fait une idée complétement fausse de la sainteté ». Il découvrait qu’il ne serait jamais le saint qu’il imaginait. La sainteté, il la désirait, mais il découvrait qu’elle serait l’œuvre de Dieu en lui, et que plus il la désirait, plus l’Esprit Saint pourrait travailler à le sanctifier. Il découvrait que le chemin de la sainteté était de prendre soin de son âme comme d’une plante vivante, de la nourrir, de la travailler comme la terre, de la tailler comme la vigne, de veiller aux poisons de l’orgueil, de l’impureté. Son journal témoigne de ce labeur et de cette vigilance quotidienne. Impressionnant ! Graine de saint, Dieu en a fait ce que nous savons. A l’écoute de l’Esprit Saint qui sanctifie, il n’a eu de cesse de s’ajuster à lui et de corriger jour après jour les fausses notes. « Dieu est tout, je ne suis rien ».

Jean-Paul II Une jeunesse bien différente. Mais ce n’est pas de sa jeunesse que je vous parlerai. Karol Wojtyla était sans doute programmé pour la sainteté. Petite anecdote : lorsqu’il était étudiant, ses amis ont fixé un jour ces mots sur la porte de sa chambre : « Futur saint » ! Comme nous tous, il était programmé pour la sainteté, et il a choisi librement le programme, il en a fait l’orientation fondamentale de sa vie. Ce sera sa devise d’évêque : « Totus tuus », « Tout à toi par Marie ». Comme pape, il proclamera à temps et à contretemps que nous sommes tous programmés pour la sainteté, que la sainteté est le grand choix de notre vie. Je vous recommande la lecture de ce qui est pour moi son testament, la lettre pour le nouveau millénaire, parue en la fête de l’Epiphanie 2001, jour de mon ordination épiscopale. Il écrit : « Je n’hésite pas à dire que la perspective dans laquelle doit se placer tout le cheminement pastoral est celle de la sainteté » (§ 30). « Il faut redécouvrir, dans toute sa valeur de programme, l’appel universel à la sainteté », l’appel du concile Vatican II. C’est le programme de Dieu sur nous. Et « demander à un catéchumène : ‘’Veux-tu recevoir le baptême ?’’ signifie lui demander en même temps : ‘’Veux-tu devenir saint ?’’ » Veux-tu que Dieu fasse de toi un saint, veux-tu entrer dans la sainteté de Dieu ?

Voilà pourquoi Jean XXIII et Jean Paul II sont des saints, et pourquoi l’Eglise nous les propose en modèles. Ils ont désiré toute leur vie être des saints, selon le projet de Dieu sur tout homme ; et par une vigilance quotidienne, ils se sont laissés configurer au Christ, le Saint, le Saint de Dieu. Leur sainteté témoigne du Christ vivant, ressuscité, toujours à l’œuvre en son Eglise.

Il reste un ultime témoignage de la résurrection : la miséricorde. Nous la contemplons en Jésus ressuscité dont la dernière parole à ses apôtres fut pour les appeler à être les messagers de sa miséricorde. Il a donné à voir les plaies de ses mains et de son côté ; il est marqué à jamais par les souffrances humaines qu’il a endurées, les nôtres. La miséricorde que nous aurons les uns pour les autres sera notre témoignage. Le pardon que nous saurons demander et offrir sera plus que tout le témoignage de notre foi en la Résurrection. Le pardon est résurrection. Dieu est miséricordieux. Par sa miséricorde, Dieu tire du mal un bien et offre la paix. Saint Jean XXIII et saint Jean-Paul II ont été les témoins de ce Dieu-là, Eternel Amour. Nous retiendrons que Jean XXIII aura été le pape de la paix, Jean-Paul II le pape de la miséricorde. Puissions-nous, par leur intercession, recevoir aujourd’hui la grâce d’être des artisans de paix, des cœurs remplis de miséricorde, des annonciateurs de la Résurrection. AMEN.


 

Homélie de Mgr Ch. Dufour – Messe des Rameaux – Cathédrale St-Sauveur – Dimanche 13 avril 2014 année A

 

Frères et sœurs, vous qui portez le beau nom de chrétiens, voyez-vous la lumière ? Nous contemplons un roi, notre roi. Tandis que s’ouvrent pour lui les portes de Jérusalem, la foule l’acclame. Mais ce n’est pas dans cette renommée humaine, toute humaine, rien qu’humaine,  que nous voyons la lumière. Il n’y a là que vanité et orgueil. Il n’y a là que du vent, et la même foule qui l’acclame le condamnera à mort.

Frères et sœurs, nul ne peut entrer dans cette semaine sainte sans voir déjà la lumière du matin de Pâques. Nul ne peut suivre le Christ dans sa passion et sa mort sans mettre toute sa foi en sa Résurrection. Nul ne peut regarder le Christ en croix et communier à ses souffrances sans y contempler la lumière de l’Eternel Amour. Une lumière sur Dieu. Une lumière sur l’homme.

Lumière sur Dieu. Il dévoile son infinie puissance dans la douceur et l’humilité. En entrant à Jérusalem, il n’entre pas avec des armées, mais sur une ânesse. Il est ce Messie doux et humble de cœur qu’annonçaient les prophètes. Il est le visage humain de Dieu,  tout amour. Nos souffrances, il les porte. Nos péchés le blessent profondément, mais il nous pardonne et nous réconcilie avec lui. Le mal du monde, il le prend sur lui et le crucifie. Qui est le plus fort ? Pilate qui le condamne à mort, ou Jésus le Fils de Dieu qui prend sur lui toutes les injustices faites aux innocents ? Qui est le plus fort ? Caïphe, le grand prêtre qui craint pour son pouvoir et élimine le rival, ou Jésus qui demande pardon pour ses bourreaux ? Qui est le plus fort ? Judas qui monnaye sa trahison pour l’argent, ou Jésus qui lui répond avec douceur sans l’accuser ? Qui est le plus fort ? Le soldat qui le cloue à la croix et l’insulte ou Jésus qui tend l’autre joue à celui qui le gifle sur la joue droite ? C’est de cette manière que brille sur l’humanité la lumière de l’amour de Dieu.

Lumière sur l’homme. L’homme ne pourra s’accomplir pleinement que relié à Dieu, dans l’Alliance nouvelle et éternelle que Dieu a signée en Jésus avec l’humanité. L’humanité ne parviendra à son achèvement qu’en se laissant aimanter par le Père, en se laissant guérir et réconcilier par le Fils de Dieu, en recevant le souffle et la lumière de l’Esprit Saint de Dieu. Frères et sœurs, au seuil de cette semaine sainte, nous nous offrons au Christ. Nous ôtons nos vêtements et les déposons sur le dos de l’ânesse qui le porte. Nous nous mettons sous son regard, tels que nous sommes, humblement, et nous lui donnons tout. Oui, toutes nos souffrances, il les porte. Toutes nos vies, il les prend sur lui pour les offrir au Père des miséricordes et y mettre tout son amour. Nous nous offrons dans une totale confiance.

Frères et sœurs, nous entrons dans la semaine la plus joyeuse de l’année, la semaine où nous sera donnée la joie la plus immense qui soit. Non pas la joie d’un carnaval en plein carême comme on le vit malheureusement aujourd’hui à Aix en Provence. Non pas la joie d’une féria comme on la vivra malheureusement à Arles les vendredi et samedi saints et le jour de Pâques. Mais la joie de se savoir divinement aimés, aimés infiniment, aimés et sauvés par la Croix du Christ Jésus, le Fils de Dieu.

J’ai appris que l’apôtre Pierre avait été très surpris de retrouver au Paradis l’un des deux malfaiteurs condamnés à mort avec Jésus. « Comment es-tu arrivé là ? lui demande Pierre ; nous, nous l’avons suivi pendant trois ans, c’est vrai nous l’avons lâché dans ses derniers jours, mais il nous a rattrapés. Et toi, comment es-tu arrivé là ? » Et le bon larron de répondre : « Je l’ai regardé, et j’ai trouvé son regard ». Seigneur, tout au long de cette semaine sainte, nous voulons te suivre jusqu’à la croix, te contempler, te regarder et trouver ton regard. AMEN.


 

Hymne à la vie

 

Demander à mourir est humain lorsque vient l’épreuve. Même le prophète Élie, ou encore le vieux Tobit ou la jeune Sara, ont demandé à mourir (1 Rois 19, 4 ; Tobie 3, 6 et 10.15). Quelle sera l’attitude digne lorsque monte le cri de douleur de celui qui est malade, en fin de vie ? Entre le suicide assisté et l’acharnement thérapeutique, quelle est l’attitude raisonnable ?  Éclairée par la foi, la réponse se résume ainsi : prendre soin de la vie.

La vie est toujours un don, un don d’amour. L’être humain n’est pas un animal, il est capable d’aimer, d’aimer comme Dieu. Mettre un enfant au monde est un acte d’amour. L’être humain naît de l’amour. Et si manque l’amour, l’être humain est blessé… à vie, d’une blessure souvent irréparable. « Il ne pourra jamais plus être donné, le temps que vous ne donnez pas à vos enfants » (Guy Gilbert). Et la souffrance est encore plus vive chez celui qui se sent mal aimé ou rejeté.

C’est toujours avec délicatesse que nous prendrons la parole dans le débat sur l’euthanasie – la maladie et la fin de vie génèrent tant de souffrance ! Mais nous le faisons avec une conviction qui nous vient de la Révélation biblique. Cette conviction est celle-ci : « Tu ne tueras pas ». Toute la confiance entre les humains repose sur ce précepte fondamental. Le croyant ajoutera qu’il en est ainsi car la vie appartient à Dieu. Et jusqu’au dernier souffle de vie, la personne peut entendre de Dieu cette parole : « Tu es mon enfant bien-aimé, en toi j’ai mis tout mon amour ». Tel est pour le chrétien le fondement de la dignité de tout être humain. Le oui à la vie est un non au meurtre qu’est l’euthanasie. Ce oui est aussi un non à l’acharnement thérapeutique ; lorsque l’heure de la mort est venue, il est possible de l’accompagner avec amour, en apaisant par les soins palliatifs la douleur du malade en fin de vie.

C’est toujours avec délicatesse aussi que nous prenons la parole dans le débat sur l’avortement. Tant de femmes se sont trouvées seules et désemparées devant la décision difficile de garder ou non l’enfant qu’elles portaient en leur sein. « Ne jugez pas et vous ne serez pas jugés » dit le Christ. Et à la femme pécheresse : « Je ne te condamne pas ». Mais il est de notre devoir d’éclairer les consciences. L’avortement n’est pas un droit, il est une atteinte douloureuse à la vie d’un être humain à naître. L’avortement n’est pas un droit de la femme à disposer de son corps, parce que l’enfant n’est pas son corps. Et Dieu dit à l’enfant à naître : « En toi je mets tout mon amour ». C’est pour la vie.

Tout juste votées ou en préparation, des lois donneront le droit de tuer ; ceci est indigne et nous indigne ! En Christ, Dieu a donné sa vie, et à tout être humain sa dignité ; tuer, c’est porter atteinte à cette vie divine. Nous mettons notre espérance en l’hymne à la vie que nous inspire ce matin de Pâques où Jésus est ressuscité d’entre les morts : l’amour est plus fort que la mort.

 

 

Homélie de Mgr Ch. Dufour – Appel décisif – Premier dimanche de carême année A – 9 mars 2014 – Cathédrale St-Sauveur

 Pourquoi le mal ? Pourquoi ce mal qui cause tant de malheurs en nous et autour de nous ? Dieu qui est bon avait créé un monde beau et bon. Et voilà que quelque chose a été cassé dans la Création de Dieu. Le mal s’est infiltré, serpent rusé, ange déchu, démon, diable diviseur, l’Adversaire, le malin, Lucifer, Satan, le père du mensonge, a tout cassé. Et aujourd’hui encore il s’attaque à ce qu’il y a de plus beau, il s’attaque à tout ce qui est tourné vers Dieu, à tout ce qui brille de la gloire de l’amour de Dieu. Car Satan est jaloux. En ce premier dimanche de carême, l’Eglise nous invite à contempler Jésus dans son combat contre le mal. Car le mal a attaqué Jésus. Toute sa vie a été un combat contre le mal. Jésus est dans toute l’histoire de l’humanité l’homme qui a été la cible principale du démon. Le démon l’a tout de suite reconnu. Derrière le voile de l’humanité de Jésus, Satan a reconnu le Fils de Dieu,  Dieu fait homme, son rival, et il l’a attaqué. Tout l’Evangile est le récit de ce combat de Jésus contre Satan. Aujourd’hui, c’est le premier round, en face à face. Jésus a été conduit au désert par l’Esprit Saint pour ce combat permis par Dieu. Au désert, Jésus est seul, il prie, il jeûne, il a faim, et le démon l’attaque. Le démon est jaloux, jaloux de Dieu. Dans son orgueil, il veut régner sur l’humanité, il s’oppose au royaume de Dieu. Il attaque, il attaque Dieu qui s’est rendu fragile en venant dans le monde. En se faisant homme, Dieu s’exposait au mal.. Quelle est l’arme de Satan ? Le mensonge, la séduction et l’illusion. Satan est un faiseur de belles promesses. Il aurait fait un fantastique publicitaire, capable de vous vendre des produits qui n’existent pas, il est le père du mensonge. « Si tu es le Fils de Dieu, ordonne que ces pierres deviennent des pains ». Non, dit Jésus, je ne suis pas venu avec une baguette magique pour donner un bonheur matériel. Je suis venu de Dieu pour offrir le pain de son amour. « Si tu es le Fils de Dieu, jette-toi en bas ». Vous mettriez votre ami au défi pour qu’il vous prouve son amour ? Non, j’aime Dieu, dit Jésus, et je ne le mets pas au défi de me prouver son amour, je lui fais confiance. Il est écrit dans la Bible : « Tu ne mettras pas Dieu à l’épreuve ». « Regarde tous les royaumes du monde, je te les donnerai si tu m’adores ». Non, dit Jésus, je refuse la royauté du diable, je suis venu semer l’amour et la vérité  au cœur du monde pour qu’advienne le royaume de Dieu. Les royaumes du monde passeront, le Royaume de Dieu demeurera à jamais. Quelle est l’arme de Jésus ? La Parole de Dieu et la prière. Jésus, lui, tient toute sa force d’en haut, du Très Haut. Sa force, c’est la confiance en l’Esprit de Vérité, en l’Eternel Amour. « Va-t-en, Satan, retire-toi » Et le démon se retira… Jusqu’à l’ultime combat de Pâques où Jésus sera mis à mort. Echec, défaite ? Nous y reconnaissons la victoire de l’amour sur le mal. Il a tendu la joue à ceux qui le frappaient, il a offert le pardon à ceux qui le condamnaient à mort et le tuaient. La croix illuminée par la Résurrection est la victoire de Dieu contre le mal. Chers amis catéchumènes qui êtes appelés au baptême, vous commencez aujourd’hui votre ultime étape vers la nuit de Pâques où vous serez plongés dans le Christ pour le pardon des péchés et la réconciliation. Tout au long de ces 40 jours du carême, vous allez recevoir les armes de Jésus dans votre combat contre le mal. 1-La prière de l’Eglise lorsque, à la célébration des scrutins, vous vous mettrez sous le regard de Dieu. La communauté rassemblée priera pour vous, pour que vous soyez délivrés du mal. 2-La prière de Jésus, la prière qu’il a enseignée à ses disciples et que nous nous transmettons de génération en génération depuis 2000 ans, le Notre Père : « Ne nous laisse pas entrer dans la tentation, fais que nous ne soyons pas écrasés dans l’épreuve de la tentation, mais délivre-nous du malin, de Satan. Vous pourrez alors dire avec foi le NON et le OUI du chrétien. Le NON au mal : rejetez-vous le mal ? Oui je le rejette. Le OUI à Dieu : Croyez-vous ? Oui, je crois. AMEN.

 

 

Homélie de Mgr Christophe DUFOUR – Messe des scouts à la cathédrale – Samedi 25 janvier 2014 – 3ème dimanche ordinaire année A

Ils s’appelaient Simon, André, Jacques et Jean. Leur métier, c’était la pêche, la pêche au filet dans le lac de Tibériade. Un jour Jésus leur dit : « Suivez-moi, je ferai de vous des pêcheurs d’hommes ». Laissant là leurs filets, ils le suivirent.

Est-ce que, chez les louveteaux et les jeannettes, on apprend encore à suivre la trace ? Partir dans la forêt, chercher et suivre la trace que les animaux laissaient en marchant. La trace d’un chevreuil, d’une biche, d’un sanglier… Suivre la trace.

Chers amis scouts et guides, et aussi familles et amis des scouts et guides, je vous invite ce soir à suivre la trace. La trace de Jésus. Il a laissé sa trace dans le pays où il a vécu, le pays de Nephtali et de Zabulon en Galilée, à Nazareth et Capharnaüm, et aussi en Samarie et en Judée, jusqu’à Jérusalem. Pas seulement les louveteaux et les jeannettes, mais vous tous, à tous les âges, je vous invite à suivre la trace de Jésus. Nous pouvons la suivre dans les évangiles qui rapportent ses voyages, ses gestes et ses paroles. Le faites-vous dans vos rencontres de troupe et de meute, de sizaines et de patrouilles ? Dans vos rencontres et dans vos camps, le soir au coin du feu, dans vos explos et dans vos jeux pleins d’entrain. Suivre la trace de Jésus dans ses rencontres. Suivre la trace de Jésus lorsqu’il se retire le soir pour prier. Suivre sa trace lorsqu’il va manger chez Lévi le publicain ou chez Simon le pharisien. Suivre sa trace lorsqu’il parle aux foules et multiplie les pains. Suivre sa trace auprès des malades, des boiteux, des petits et des pauvres, des enfants, des étrangers… Suivre sa trace lorsqu’il appelle au bonheur, lorsqu’il guérit, réconcilie et donne la paix. Suivre sa trace lorsqu’il donne sa vie et pardonne à ses ennemis. « Suivez-moi, dit Jésus à chacun d’entre nous, et je vous ferai heureux, heureux d’aimer. Il n’y a pas de plus grand bonheur que de donner sa vie pour ceux qu’on aime ». Suivre sa trace…

Suivre aussi sa trace dans nos vies car il est ressuscité et vivant, il marche avec nous et encore aujourd’hui il laisse des traces dans notre histoire. Je vous invite à apprendre à reconnaître la trace de la présence de Jésus dans votre vie et à la suivre. Elle vous mènera loin, elle vous conduira à Dieu, au mystère d’amour de Dieu. La trace de Jésus vous conduira au bonheur, au bonheur d’aimer et d’être aimé.

Mais vous allez me dire : Jésus est invisible, sa trace est invisible. C’est vrai, Jésus ne se voit pas, et c’est pourquoi il y a une condition pour le suivre : la conversion. Car il a dit aussi : « Convertissez-vous, le Royaume de Dieu est tout proche ». Il est tout proche et je ne le vois pas. Oui, pour le voir je dois me convertir. Me retourner et me détourner. Me tourner vers Jésus et me détourner de tout ce qui m’entraîne loin de lui. Me tourner vers le bien, et me détourner du mal. Me tourner vers le beau et me détourner de tout ce qui est laid. Me tourner vers le vrai et me détourner de tout ce qui faux, de tout ce qui est mensonge.

Oui, suivre la trace demande une conversion. Suivre la trace de Jésus exige que nous nous tournions vers sa lumière. Aujourd’hui nous fêtons la conversion de saint Paul. Vous connaissez son histoire, n’est-ce pas ? Né à Tarse en Asie Mineure – aujourd’hui la Turquie. Fils d’un commerçant qui avait pu acquérir pour sa famille le titre de citoyen romain. Il fit de brillantes études de toute la science et la connaissance de l’époque en philosophie et en rhétorique. Il avait aussi suivi des études de théologie rabbinique à l’université de Jérusalem. Et ils tuaient les chrétiens. Jusqu’au jour où il a rencontré le Christ. Vous connaissez son histoire. Une rencontre bouleversante sur le chemin de Damas. A partir de jour-là, l’apôtre Paul a suivi le Christ, il a mis toute sa vie derrière lui.

Saint Paul a suivi la trace de Jésus, il a entendu sa parole et il l’a proclamée sur toute la terre. Ecoutez bien ses conseils. « Qu’il n’y ait pas de divisions entre vous, soyez en parfaite harmonie de pensées et de sentiments ». Tous derrière Jésus, tous unis à la suite de Jésus. Votre témoignage de ce soir, tous unis dans la même foi, est un témoignage d’amour qui réjouit le cœur de Dieu, un beau témoignage de fraternité scoute. L’apôtre Paul dit encore : « Par-dessus tout, qu’il y ait l’amour ». AMEN.

 


 

Homélie de Mgr Christophe DUFOUR – Consécration autel paroisse Saint François à Aix – Dimanche 19 janvier 2014 – 2ème dimanche ordinaire année A

Que voyez-vous lorsque vous entrez dans une église ? Vous voyez le tabernacle et la petite lumière rouge qui indique la présence réelle de Jésus. Oui, c’est important de tourner son cœur vers Jésus présent réellement dans l’église. Vous voyez aussi la statue de Marie. Oui, vous venez la prier et lui confier votre cœur et toutes vos intentions de prière. Vous voyez… Mais le plus important, c’est l’autel. Et nous sommes tous réunis aujourd’hui autour de cet autel que nous allons consacrer dans cette église Saint François d’Assise à Aix en Provence.

Cet autel est le cœur de l’église, il attire nos regards. Cet autel rend visible l’évènement le plus important de toute l’histoire de l’humanité, l’évènement qui donne à voir l’Eternel Amour de Dieu, l’évènement qui a changé et sauvé l’humanité : le don d’amour de Dieu en Jésus sur la croix. Dieu se rend visible, Dieu se donne. Chaque fois que nous faisons mémoire de la mort et de la résurrection du Christ, mystère pascal, mystère de la foi, Dieu se rend réellement présent au milieu de nous, il vient habiter au milieu de nous. O qu’il est grand le mystère de notre foi chrétienne !

Cet autel est sacrement de l’amour. Cet autel est mémoire du don d’amour de Dieu, selon la grande tradition de notre Eglise. Tradition dans la continuité du premier testament, depuis le jour où Noé bâtit un autel lorsqu’il sortit de l’arche, sauvé des eaux du déluge ; depuis ce jour où Abraham dressa un autel pour faire mémoire de la promesse de Dieu et de sa rencontre avec lui. Ainsi, en cette église saint François, l’autel est le lieu où, à chaque eucharistie, nous ferons mémoire du don d’amour de Dieu manifesté dans la mort du Christ sur la croix et sa résurrection d’entre les morts.

La belle liturgie de consécration de l’autel nous donne à voir quatre gestes :

1- Nous avons mouillé l’autel : comme le Christ dans le Jourdain, comme le chrétien à son baptême.

2- Nous allons le consacrer par l’onction : comme le Christ – Christ signifie celui qui a reçu l’onction -, comme le chrétien à son baptême. Onction de l’Esprit Saint qui nous fait naître de l’amour de Dieu. Onction qui fait de nous des enfants de Dieu, nés de l’amour. Onction qui nous fait renaître à chaque eucharistie lorsque nous implorons l’Esprit Saint sur nos offrandes.

3- Nous allons l’encenser, le parfumer : pour qu’il répande, comme le baptisé, le parfum d’amour du Christ. Parfum de notre prière qui monte vers Dieu comme l’encens. Parfum de nos offrandes transformées par l’amour du Christ.

4- Nous allons l’illuminer : pour qu’il répande la lumière du Christ ressuscité, lumière de l’amour plus fort que la mort.

Ce sont les quatre gestes du baptême.

Pour le Christ, l’autel, c’est la croix, sur laquelle il a été sacrifié. Pour nous, baptisés dans le Christ, le Christ est lui-même l’autel sur lequel nous offrons notre vie. Pour le monde, le chrétien est l’autel sur lequel les hommes peuvent s’appuyer comme sur un roc. L’Eglise tout entière est aujourd’hui l’autel du sacrifice, l’autel de l’amour, l’autel sur lequel est offert le sacrement du don d’amour de Dieu.

Autel du partage du pain. Autel d’un mystérieux échange où nous nous offrons à Dieu et où le Christ se donne, pour une communion de vie et d’amour en Dieu. Pour notre libération de nos médisances et de nos aliénations, de toutes nos fautes et nos péchés.

Nous voici aujourd’hui tous réunis en UN seul corps, UNE seule construction, autour de la pierre d’angle. Nous nous souvenons que nous sommes entrés hier dans la semaine de prière pour l’unité des chrétiens. Il n’y a pas plusieurs maisons de Dieu, mais une seule, et le grand projet de Dieu, c’est que l’humanité tout entière soit rassemblée dans l’amour. Et l’Eglise a mission d’être le signe de cette grande unité du genre humain. Nous prions à cette intention, autour de notre pape François.

C’est aussi aujourd’hui la 100ème journée mondiale des migrants décrétée par le pape Benoît XV en 1914. « Tu as du prix à mes yeux » dit Dieu. Toute personne migrante au milieu de nous a du prix aux yeux de Dieu. Tous ont leur place dans notre Eglise. Avec le pape François nous prions aujourd’hui pour que nos communautés chrétiennes sachent les accueillir.

Pour conclure, je formulerai trois souhaits :

1- Quand le prêtre célèbre, quand les cloches appellent, quand Dieu vous invite, venez…

2- Le dimanche, que les pauvres soient au cœur de notre rassemblement de la famille de Dieu ; le dimanche est pour eux le jour le plus triste de la semaine parce que tous les guichets sont fermés, qu’il soit avec nous un jour de joie et de fête.

3- Qui célébrera la messe demain sur cet autel que nous allons consacrer dans cette église saint François ? Dominique… Et pour vos enfants ? Et pour les enfants de vos enfants ? Y aura-t-il un enfant de Jas de Bouffan qui célébrera un jour sa première messe sur cet autel ? Avec vous je prie à cette intention aujourd’hui.

Saint sacrement, hostie, Jésus, attire-nous-nous à toi, comme un aimant et fais-nous brûler d’amour

 


 

Homélie de Mgr Christophe Dufour – Confirmations à Martigues – 12 janvier 2014

 

Fête du baptême de Jésus année A

Qui se souvient de son baptême ? La plupart d’entre nous avons été baptisés lorsque nous étions petits. Aujourd’hui ils sont de plus en plus nombreux à demander le baptême à l’âge adulte, ou lorsqu’ils sont collégiens ou lycéens. Ceux-là se souviendront. Et s’ils ont été baptisés à Martigues ils se souviendront qu’ils ont été plongés dans l’eau, par trois fois, au nom du Père, et du Fils, et du Saint Esprit.

Le baptême de Jésus que nous fêtons aujourd’hui avec toute l’Eglise n’est pas encore le baptême chrétien. C’est le baptême de la communauté des baptistes, le baptême de Jean, un baptême de pénitence pour la conversion des péchés. Un préalable à la venue de Dieu. « Convertissez-vous, dit Jean Baptiste, Dieu est tout proche, il vient, retournez-vous vers lui, lavez-vous de vos péchés ». Mais le baptême de Jésus transforme le baptême de Jean et nous pouvons y voir tous les éléments du baptême chrétien et de la confirmation.

Que voyons-nous ? Qu’entendons-nous dans ce récit du baptême de Jésus ? - Le signe de l’eau. Jésus est plongé tout entier dans l’eau du Jourdain – c’est là, au bord du désert – que Jean-Baptiste baptisait. - Un phénomène dans le ciel : les cieux qui se déchirent. - Le signe de la colombe. - Une voix qui vient du ciel.

Reprenons chacun de ces signes.

Le signe de l’eau. Quelle est la différence entre l’eau du baptême de Jean et l’eau du baptême chrétien ? L’eau dans laquelle Jean Baptiste plongeait les foules qui venaient à lui était une eau sale, impure, on dirait aujourd’hui polluée. Elle était sale de tous les péchés dont les pécheurs venaient se laver. Sale de tous nos égoïsmes, de nos jalousies, de nos médisances, de nos colères, de nos rejets de l’autre, de nos pensées et actes impurs. Telles sont les eaux dans lesquelles Jésus, le Fils de Dieu, se laisse plonger, nos eaux sales qu’il vient purifier, l’eau mortelle dont il fera l’eau de la vie éternelle. En descendant dans l’eau du Jourdain, Jésus descend dans la mort. Et voilà qu’il sort de l’eau, comme il sortira du tombeau. Tel est le premier signe, le signe de l’eau, de la mort à la vie. De l’eau sale et impure à l’eau recréée comme à l’origine, l’eau à la source du Créateur.

Que voyons-nous alors ? Un signe du ciel. Le ciel qui s’ouvre. C’est Dieu lui-même qui ouvre la fenêtre du ciel pour communiquer. C’est l’Esprit Saint lui-même qui descend. L’Esprit Saint qui est en Dieu, l’Esprit Saint de Dieu est donné. Et il descend comme une colombe. Quelle est-elle cette colombe ? On en a fait un symbole de paix. Mais elle est d’abord une messagère. Messagère d’une bonne nouvelle. C’était au temps de Noé, le déluge avait ravagé la terre, et Noé se demandait s’il pourrait y survivre quand tout n’était que mort sur la terre. Et la colombe a traversé la mort, elle revient avec un rameau tout frais d’olivier. Du néant de la mort, l’Esprit Créateur a fait surgir la vie. En Noé Dieu a sauvé l’humanité.

Mais la colombe est aussi présente dans un autre livre de la Bible, le chant des chants, le « Cantique des Cantiques ». « Tu es belle, dit le bien-aimé à la bien-aimée, tu es belle comme une colombe ». La colombe évoque l’amour de Dieu pour son peuple. Et le baptême est aussi une déclaration d’amour de Dieu, la voix qui nous dit : « Tu es mon Fils bien-aimé, en toi j’ai mis tout mon amour ».

Ainsi le récit du baptême de Jésus révèle qui est Jésus, le Fils de Dieu. Il descend dans les eaux sales de notre humanité pour les purifier. Il descend dans la mort pour nous faire revivre de la vie même de Dieu. Il ouvre le ciel pour nous donner l’Esprit Saint. Il est Dieu, l’Eternel Amour, venant à la rencontre de l’humanité et qui vient nous dire de la part de Dieu : « Je t’aime, en toi j’ai mis tout mon amour ». Cette parole s’adresse à Jésus, elle atteste qui est Jésus. Mais cette parole s’adresse à l’humanité et lui révèle sa finalité, sa dignité : en chaque être humain, Dieu met tout son amour. C’est le cœur de la foi des chrétiens.

Il nous reste à vivre en chrétiens, baptisés confirmés, enfants bien-aimés de Dieu, disciples de Jésus. Il nous reste à vivre selon l’Esprit Saint de Dieu qui nous est donné. Mais attention, là où est l’Esprit de Dieu, là rôde aussi le démon. Il est jaloux et il veut détruire l’œuvre de Dieu. Jésus aura à le combattre. Il sera tenté. Toute sa vie sera un combat contre les forces du mal, il résistera jusqu’au sang, il vaincra par la douceur et l’amour.

Voilà pourquoi il faut beaucoup prier l’Esprit Saint, pour qu’il nous donne ses dons de force et de conseil. Jésus a promis qu’il prierait pour le Père d’envoyer son Esprit sur nous. Il le fait pour nous et il prie en particulier aujourd’hui pour Louise, Morgane, Naomi, Ugo qui vont être confirmés. « Père, au nom de Jésus, donne-nous ton Esprit ».

« Je souhaite que la paix vienne sur ce monde qui regorge de beauté, il suffit de lever les yeux pour s’en apercevoir. Je veux que les personnes qui me sont chères,et même celles qui ne le sont pas, connaissent elles aussi la paix, l’amour et le bonheur, qu’elles apprennent à aimer, aider et pardonner. C’est avec un grand bonheur que je vous demande le don de l’Esprit saint dans le sacrement de confirmation, avec mon aumônerie. Merci de la confiance que me fait l’Eglise » (Louise).

« Je me sens prête à recevoir le don de l’Esprit dans le sacrement de confirmation » (Morgane).

« Recevoir la confirmation est pour moi un pas dans la foi, je me sens prête, Dieu m’appelle » (Naomi).

« Pour arriver à ce stade de ma foi, j’ai passé différentes étapes que j’ai entretenues dans la prière. C’est pourquoi je suis heureux de vous demander le sacrement de confirmation » (Ugo).

 


 

LES VOEUX DE NOTRE ARCHEVEQUE

En ce début d’année nouvelle, un vœu, un seul : la joie. Avec le pape François, je vous souhaite la joie. Malgré les épreuves, les difficultés, les lourdeurs de la mission de l’Église, les inquiétudes pour l’avenir… nous sommes appelés à la joie. Que la joie soit au cœur de notre témoignage, jusque dans les plus petites choses de l’existence quotidienne, au sein de nos familles, de nos groupes humains, de nos communautés. Plus qu’un vœu, c’est un défi, une volonté, une tâche. Le pape François en a fait son programme et nous montre l’exemple.

À quelle source allons-nous puiser la joie ? À l’Évangile. « Avec Jésus-Christ la joie naît et renaît toujours. » Quelle est cette joie qui naît et renaît toujours ? Je la caractériserai en deux mot : la joie d’une rencontre et la joie de l’annonce. J’y ajouterai une condition : la résistance aux poisons.

La joie de l’Évangile est joie d’une rencontre. « La joie de l’Évangile remplit le cœur et toute la vie de ceux qui rencontrent Jésus. » Mais ce processus qui fait naître la joie d’une rencontre n’est pas automatique, il nécessite une décision à renouveler chaque jour la rencontre. Le pape François invite chaque chrétien à «prendre la décision de se laisser rencontrer par le Christ et de le chercher chaque jour sans cesse. »

La joie de l’Évangile est joie de l’annonce. « La joie de l’Évangile qui remplit la communauté des disciples est une joie missionnaire. » Avec audace, le pape François invite les chrétiens à goûter la joie d’annoncer la joie. « Une annonce renouvelée donne aux croyants, même à ceux qui sont tièdes ou qui ne pratiquent pas, une nouvelle joie dans la foi. »

Mais pour être accueillie et goûtée, la joie de l’Évangile nécessite un combat, une résistance aux poisons qui rendent tristes. Et le premier poison, c’est le mirage d’une société de consommation qui tue l’âme et d’une liberté des mœurs qui détruit le cœur de la personne humaine. « Le plus grand risque du monde d’aujourd’hui est une tristesse individualiste qui vient du cœur bien installé et avare. » La joie de l’Évangile est promise aux résistants, aux veilleurs.

Je vous souhaite la joie, je vous souhaite de la cultiver et de l’offrir. Je vous souhaite de décider chaque jour de la boire à la source de la rencontre du Christ. Je vous souhaite de vous entraîner à l’annoncer. Et je souhaite que l’exhortation apostolique du pape François soit lue, méditée, priée dans les communautés chrétiennes de notre diocèse, qu’elle nous renouvelle dans la joie de l’Évangile et nous stimule dans le témoignage de cette joie.

Bonne, sainte et joyeuse année 2014.

† Christophe Dufour archevêque d’Aix & Arles


 

Homélie de Mgr Christophe Dufour

Messes de Noël  à la cathédrale Saint-Sauveur  Mercredi 25 décembre 2013

Frères et sœurs, en ce Noël 2013, je vous souhaite la joie. Oui, demandez la joie, le cadeau de la joie, la grâce de la joie. Pas la joie d’un instant, mais la joie qui dure, pas la joie comme un plaisir, mais la joie comme une source, la joie qui irrigue et remplit le cœur, la joie qui ne s’éteint pas dans la tempête, la joie que même l’épreuve ne pourra jamais nous ravir. En cette fête de Noël, nous sommes venus boire à la source de la joie.

Quelle est donc cette source de joie qui nous est offerte comme cadeau de Noël ?

Un enfant. Un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire. Un enfant dans lequel nous mettons toute notre foi, notre foi de chrétiens, notre foi de disciples de Jésus. Cet enfant n’est pas un rêve ; sa naissance n’est pas un conte. Cet enfant est né de Marie, c’était en Palestine au temps où Quirinius était gouverneur de Judée. Et si le récit fait appel à des anges, c’est pour nous dire que cet enfant porte un secret que nous ne pouvons pas connaître par nous-mêmes. Un secret que nous ne pouvons connaître que parce que Dieu lui-même nous le fait connaître. Un secret que nous ne pouvons connaître que par la foi.

Entendez-vous les anges ? Ils sont les messagers de la joie de Dieu. Les bergers ont entendu leur chant. Nous sommes aujourd’hui les bergers, les santons de la crèche. Entendez-vous le chant des anges : « Gloire à Dieu, paix aux hommes ». Dieu dans les cieux, hommes sur la terre. L’enfant de la crèche réunit le ciel et la terre. Dieu qui demeure au plus haut des cieux se fait proche, à hauteur d’homme. De l’enfant de la crèche on dira que Dieu a mis en lui tout son amour. Plus tard on dira : « Jamais un homme n’a aimé comme lui, car il aimait d’un amour divin, à la manière de Dieu ». Cet enfant vient répandre l’amour de Dieu par toute la terre. Gloire à Dieu, paix aux hommes qu’il aime. La paix accompagne la gloire, l’enfant vient changer les cœurs, il est le Prince de la paix.

Telle est la source de notre joie. Dans la foi, nous reconnaissons la source : la source, c’est Jésus-Christ. Comment y puiser ? Le pape François nous a adressé une lettre qu’il a intitulée « La joie de l’Evangile ». Il nous dit comment puiser la joie. Je résume en deux mots.

Comment puiser la joie ? En rencontrant le Christ. « La joie de l’Évangile remplit le cœur et toute la vie de ceux qui rencontrent Jésus ». Et la rencontre nécessite de notre part une décision, « la décision de se laisser rencontrer par le Christ et de le chercher chaque jour sans cesse ».

Comment puiser la joie ? En l’annonçant. « La joie de l’Évangile qui remplit la communauté des disciples est une joie missionnaire ». Annoncer la bonne nouvelle de l’amour du Christ donne la joie et renouvelle la foi, la joie de croire.

Avec le pape François j’ajouterai un mot : la joie a un prix, le prix d’un combat ; la joie de l’Évangile exige de résister aux poisons qui rendent tristes. Et le premier poison, c’est le mirage d’une société de consommation qui tue l’âme et d’une liberté des mœurs qui détruit le cœur de la personne humaine. « Le plus grand risque du monde d’aujourd’hui est une tristesse individualiste ». La joie de l’Évangile est promise aux résistants, aux veilleurs.

Je vous souhaite la joie. Malgré les épreuves, les difficultés de la vie, les inquiétudes pour l’avenir, les catastrophes qui surviendront, nous sommes appelés à la joie, la joie surnaturelle, la joie divine, la joie de la foi.  Je vous souhaite de la cultiver et de l’offrir. Je vous souhaite de prendre chaque jour la décision de boire la joie à la source de la rencontre du Christ.

Amen. Joyeux Noël !

 


 

Homélie de Mgr Christophe Dufour – Fête de l’Immaculée Conception – 9 décembre 2013 – Cathédrale St-Sauveur

« J’ai pris peur parce que je suis nu ». Avec le péché des origines, Adam nous a transmis la peur, et il n’est pas un seul jour où nous entendons cette peur, autour de nous, mais aussi en nous. Peur de la violence, peur de se faire voler ou agresser, peur pour ses enfants, peur de perdre son travail… La pire des peurs est celle de l’autre. Oui peur de l’autre, peur de celui qui est différent… Peur pour l’avenir, peur de l’inconnu… La peur est une rupture de la confiance. Même notre foi chrétienne ne nous a pas totalement guéris de la peur. « J’ai pris peur parce que je suis nu » dit Adam. Sa force résidait dans la confiance en Dieu. Et le voilà nu. Son péché lui a révélé sa fragilité. Et il prend peur.

Devant l’horrible spectacle du mal, qui nous guérira de la peur ? Marie dans son Immaculée Conception vient nous en guérir et raviver en nous l’espérance. Dans l’Immaculée Conception, nous contemplons le OUI parfait de Marie à Dieu. Sur le chemin de Noël, je vous invite à contempler ce OUI de Marie et à le redire avec elle.

Contempler le OUI de Marie

Le OUI de Marie est la porte d’entrée de Dieu en notre humanité, il a permis l’enfantement du Messie, l’enfantement de Dieu dans l’histoire. Le OUI de Marie est l’expression achevée de la foi d’Abraham et de tout Israël. Ce OUI est sa réponse à l’annonce de l’ange Gabriel. Ce OUI, elle le redira au pied de la Croix lorsqu’elle offrira à Dieu celui qu’elle a enfanté.

Le OUI de Marie est total, parfait, sans restriction, sans aucune retenue, sans aucun égoïsme. Marie s’offre toute entière, et en s’offrant, elle offre toute la nature humaine à Dieu. « Si dans le OUI de Marie il n’y avait eu ne serait-ce que l’ombre d’une réserve, dit le théologien Urs Von Balthasar, sa foi aurait été souillée d’une tâche et l’enfant n’aurait pas pu prendre possession de toute la nature humaine ».

Le péché au contraire est fermeture de l’homme sur lui-même, manque de confiance en Dieu, incapacité à l’accueillir totalement et à le laisser agir. Le OUI de Marie est confiance totale, parfaite ouverture à l’agir de Dieu, à l’Esprit Créateur. Ne nous lassons pas d’écouter ce oui de Marie Immaculée, le oui de Marie à l’impossible. Au cœur de nos difficultés et de nos épreuves, reconnaissons notre manque de foi, mais ne nous lassons pas de contempler Marie, son oui nous guérit de nos peurs, il ravive notre foi.

Dire OUI avec Marie

Contempler Marie qui dit OUI à Dieu dans la foi, c’est un exercice qui nous apprend à dire nous-mêmes OUI à Dieu, dans la confiance, à lâcher prise et à le laisser agir. « N’ayez pas peur » nous dit Marie. Dites oui à Dieu. Mettez toute votre confiance en son amour et en sa miséricorde infinie. J’aime cette unique parole du film « le grand silence ». Elle est prononcée à la fin des 120 minutes de silence du film, et c’est un vieux moine aveugle qui la prononce : « Dieu est infiniment bon, pourquoi s’inquiéter ». Marie a mis toute sa confiance en cette bonté infinie de Dieu. Bonté à l’œuvre dès sa conception. « J’étais pécheur dès le sein de ma mère » disons-nous dans la prière du psaume 50. Marie a pu dire : « Dans le sein de ma mère, j’étais déjà sauvée, immaculée ». Et elle a cru en la parole qui lui fut dite de la part de Dieu : « Tu es comblée de grâce, tu as trouvé grâce auprès de Dieu ».

La foi ne supprime pas nos peurs, nous sommes pécheurs. Mais la foi nous donne la force de les traverser. Je pense en particulier à la peur d’aimer. La peur d’aimer ceux qui sont différents, ceux qui nous font ou nous veulent du mal, ceux qui nous font peur. J’ai reçu cette semaine le témoignage d’habitants de Centrafrique. Là-bas, les chrétiens ont beaucoup souffert des violences des milices islamistes qui ont pillé, détruit, violé… Et pourtant des chrétiens témoignent encore de l’amitié avec des musulmans ; la foi est capable de vaincre la peur. La prière de Marie nous donnera la lumière pour être lucides sur les évènements du monde, elle nous donnera aussi la force de vaincre la peur et de vivre dans l’espérance.

A l’occasion de ce temps de l’Avent, dites OUI à Dieu.
Dites OUI au grand projet de Dieu sur l’homme.
Dites OUI à la venue de l’Esprit.
Dites OUI à l’Eternel Amour qui purifie et qui guérit.
Il attend notre OUI pour nous rendre purs et sans péchés devant sa face.
Il attend notre OUI pour travailler à son œuvre de paix et de réconciliation.
Car rien n’est impossible à Dieu, pourvu que nous lui disions oui dans une foi purifiée de l’orgueil, une foi chaque jour renouvelée dans l’humilité.

Redisons OUI avec Marie.

Après la communion, prière de l’angelus

L’ange du Seigneur apporta l’annonce à Marie,
Et elle conçut du Saint Esprit.

Voici la servante du Seigneur
Qu’il me soit fait selon ta parole.

Et le Verbe s’est fait chair,
Et il a habité parmi nous.

 


 

Homélie de Mgr Christophe Dufour – Marie reine de la paix (autour de la fête patronale du diocèse) – 7 décembre 2013 – Cathédrale St-Sauveur

« Illuminez l’intérieur ». Vous avez tous eu en mains ce tract vous invitant à illuminer aussi l’intérieur. La ville a illuminé ses rues, les commerçants ont illuminé leurs vitrines, nous allons illuminer nos maisons. Mais préparer Noël, c’est aussi illuminer nos cœurs, nos foyers, nos communautés, les illuminer d’une lumière intérieure. Quelle est donc cette lumière ? Nous le demandons aujourd’hui à Marie. Elle nous dit : « L’enfant que je porte en mon sein, l’enfant de la Nativité, il est la lumière du monde, il est le Prince de la paix ». Marie, bénie entre toutes les femmes, Marie porte en son sein le mystère caché que Dieu veut révéler au monde. Dieu trace la route de l’homme vers son devenir.

Lumière du monde

Quelle est la méthode de Dieu ? Rappelons ce qu’il fit à l’origine, lorsque les ténèbres recouvraient l’abîme. Dieu dit : « Que la lumière soit » et la lumière fut. Des ténèbres, Dieu a fait jaillir la lumière. Telle est la méthode de Dieu quand il crée. Il illumine de l’intérieur. Permettez que j’évoque ici le souvenir d’une rencontre. C’était à Jérusalem, au monastère des bénédictines du mont des Oliviers, je rencontrais sœur Marie-Paule, d’origine égyptienne, peintre d’icônes. Quelques années auparavant, l’abbesse du monastère avait demandé à deux sœurs d’apprendre l’art de l’icône. L’une avait fait une école des beaux arts avant d’entrer au monastère. Elle, sœur Marie-Paule, n’avait jamais peint ni dessiné. La première, celle qui avait fait les beaux arts, ne sut jamais peindre l’icône. Sœur Marie-Paule est aujourd’hui connue dans le monde entier pour ses œuvres divines et magnifiques. C’est que l’art de l’icône consiste à faire jaillir la lumière des ténèbres, tandis qu’aux beaux arts, on apprend à mettre des ombres sur la lumière.

Telle est la méthode de Dieu : il illumine de l’intérieur. Avec Jésus, la lumière est venue dans le monde, et les ténèbres n’ont pas pu l’arrêter. Voilà ce que vient nous dire Marie aujourd’hui. C’est de l’intérieur de l’histoire de l’humanité que Dieu se révèle. C’est en se faisant l’un de nous qu’il nous sauve. C’est en plongeant dans nos ténèbres qu’il nous recrée. Par sa miséricorde, il tire du mal un bien. Dieu est Amour, Dieu est Lumière, lumière de l’Amour. L’enfant de la crèche est lumière du monde. Il illumine l’homme de l’intérieur et lui révèle sa dignité d’enfant de Dieu. Voilà la grande révélation de Noël. Nous sommes enfants de Dieu, nous sommes une famille, la famille de Dieu. Nous sommes aimés, nous sommes frères.

Prince de la paix

Nous avons fait cette après-midi une grande chaîne humaine pour la paix. Est-ce qu’on va parvenir à la faire, cette paix ? C’est sûrement ce que nous désirons le plus à l’approche de Noël. Faire advenir la paix, entre les peuples, au sein de nos communautés, dans nos familles. L’enfant de la crèche, nous dit Marie, cet enfant est le Prince de la Paix. Oui la violence n’aura aucune prise sur lui, il ne craint pas la calomnie. Il a tué la haine, nous dira l’apôtre Paul, il a réconcilié le monde avec Dieu.

Illuminez l’intérieur. Voici quelques petits moyens pour faire entrer la lumière de Noël dans nos âmes, nos maisons et le monde.

- Illuminez vos âmes : pour que la lumière de Dieu entre dans nos âmes, prendre davantage le temps du silence et de la prière ; je recommande la prière autour de la crèche ; je sais qu’en Provence on attend souvent le dernier moment ; mais attendre la naissance en famille, avec Marie, voilà une belle manière de prier. La prière en famille fait entrer dans nos maisons la lumière de l’amour. Sacrement de réconciliation, le pardon.
- Illuminez vos maisons : une famille chrétienne vit Noël dans la simplicité, à l’image de la Sainte Famille. Un repas de fête, joyeux mais simple. Des cadeaux, oui, pour dire la tendresse et l’amour, mais soyez vigilants, résistez aux modes et aux tentations. Le cadeau du temps est un cadeau précieux : « Jamais vous ne retrouverez le temps que vous n’avez pas passé avec vos enfants » (Guy Gilbert).
- Illuminez le monde : par votre témoignage d’abord, par votre engagement chrétien dans la société, chacun à votre manière, selon votre don. Pensez en particulier à tous ceux, proches ou lointains, pour qui Noël ce n’est pas la joie.

Prince de la paix, nous te prions, fais descendre la paix sur nos familles. Lumière du monde, viens illuminer nos âmes et nos maisons. Marie, Reine de la paix, mère du Prince de la paix, sainte Mère de Dieu, priez pour nous. AMEN.

 


 

Une neuvaine pour la fraternité

 

 

Des jeunes sont inquiets et ils le disent. Inquiets de voir qu’un tiers d’entre eux ne trouvent pas d’emploi. Inquiets de savoir qu’ils devront payer les dettes d’un État qui dépense trop. Inquiets de constater combien la violence mine les relations humaines, met à mal la fraternité et rend difficile, voire impossible le dialogue pour le bien commun. Inquiets pour nos élus et pour notre pays. Voici le courrier reçu cette semaine, adressé aux évêques.

 

« Depuis plusieurs semaines, la France connaît une phase d’agitation populaire assez inquiétante. Le peuple français est en plein désarroi (crise économique, sociale, anthropologique) et en rupture avec ses élus politiques. La tentation de la violence physique ou verbale est évidente. Les revendications portent de plus en plus sur les personnes (démission du Président de la République, dissolution de l’Assemblée nationale) et de moins en moins sur les idées qui les animent. Les catholiques sont aussi tentés par cette logique. Un appel à prier pour nos élus de la part de nos évêques serait particulièrement adapté. »

 

J’adhère totalement à cet appel et invite chaque fidèle, chaque famille, chaque communauté, chaque paroisse, à vivre la neuvaine de prière pour les élus et pour la France, du samedi 30 novembre au dimanche 8 décembre. Neuf jours qui nous conduisent du premier dimanche de l’Avent à la fête de l’Immaculée Conception. Et que chacun trouve une manière de jeûner le vendredi 6 décembre.

 

Rappelons que le 8 décembre est la fête patronale de notre diocèse ; la neuvaine est donc particulièrement bienvenue pour confier notre diocèse à la prière de Marie Immaculée, mère de l’Église. A Aix-en-Provence, il sera possible de rejoindre la veillée de prière le vendredi 6 à 20 heures à l’église du Saint-Esprit. En vigile de notre fête, le samedi à 16h30, une messe solennelle sera célébrée à la cathédrale Saint-Sauveur suivie d’une procession à Notre-Dame-de-la-Seds.

 

Prier pour nos élus a du sens. Prier pour qu’ils servent la fraternité et le bien commun. Prier pour qu’ils soient éclairés par l’Esprit. Prier pour que nous sachions, nous aussi, édifier avec tous nos proches une fraternité pleine d’attention les uns pour les autres. Fraternité familiale et de bon voisinage. Fraternité paisible et joyeuse. Fraternité réconciliée. Cette fraternité est mon vœu le plus cher pour ce Noël qui vient, l’enfant de la crèche nous y invite. « Ne soyez inquiets de rien, dit l’apôtre Paul, mais en toute circonstance, dans l’action de grâces, priez et suppliez pour faire connaître à Dieu vos demandes. » (Phil 4,6).

 

+ Christophe DUFOUR
Archevêque d’Aix en Provence et Arles

 

Prière pour la neuvaine : « Dieu qui veilles sur notre monde, regarde le pays où tu nous as donné de vivre ; accorde à tous ses habitants de rechercher le bien commun, à ceux qui nous gouvernent de le faire avec sagesse, afin qu’il y ait parmi nous plus de justice et dans le monde entier plus de bonheur et de paix. Amen. » On peut y ajouter un Notre Père, une dizaine de chapelet, ou une prière de son choix.

 

 

 


 

Homélie de Mgr Dufour à Arles, lors de la messe du dimanche 13 octobre célébrée à Saint-Trophime en l’honneur de saint Césaire

 « Relève-toi et va, ta foi t’a sauvé ». Voilà une belle parole du Christ pour donner le point d’orgue de notre beau colloque sur Saint Césaire et en même temps ouvrir la semaine missionnaire mondiale. Avec cette parole, nous pouvons faire entrer trois récits en dialogue : celui de l’action de grâces du lépreux guéri, celui de l’œuvre édifiante de Saint Césaire d’Arles au VIe siècle et celui de la mission d’évangélisation de l’Église, toujours actuelle, jusqu’aux extrémités de la terre. Entendez-vous cette profession de foi qui fait aujourd’hui le tour de la planète et qui proclame en toutes les langues : « l’Évangile pour tous, j’y crois ». C’est le thème de la semaine missionnaire mondiale. Et quel est cet Évangile ? « Jésus Christ est ressuscité d’entre les morts, voilà mon Évangile » écrit l’apôtre Paul à son disciple Timothée. Celui que Dieu a relevé d’entre les morts te dit : « Relève-toi et va ». Et il ajoute : « Ta foi t’a sauvé ». Mettons-nous, frères et sœurs, à l’écoute de cette divine parole. 

Que nous enseigne le récit évangélique ? Il nous enseigne qu’il ne suffit pas d’être guéri pour être sauvé. Je le redirai en trois mots : purifié, guéri, sauvé. 

Purifié : le mot désigne un diagnostic et selon le code de loi du Lévitique, le constat légal qui s’ensuit, signé par le prêtre et qui permettra au lépreux de réintégrer la communauté dont il avait été exclu. Le lépreux est redevenu pur. Comment ? Qui l’a purifié ? Ce n’est pas la question. Y a-t-il quelque chose de changé dans la vie du lépreux purifié ? Le récit ne le dit pas. 

Guéri : « L’un d’eux, voyant qu’il était guéri, revint sur ses pas ». C’est une prise de conscience. Il voit. Je suis guéri, je suis guéri… se dit le lépreux, et c’est Jésus qui m’a guéri, sa parole est efficace, Dieu lui-même m’a guéri. Et le lépreux guéri chante à Dieu son merci. Nous sommes ici au cœur de la foi chrétienne : l’acte de foi donne à voir l’action de Dieu dans l’histoire, les merveilles de Dieu qui aime et qui agit, qui appelle à se retourner vers lui et à mettre sa confiance en lui ; l’action de Dieu produit une vraie transformation de l’être intérieur et de la vie toute entière. Le lépreux revient à Jésus. Désormais une relation mystérieuse, intime, le relie à son Sauveur. Il ne sera jamais plus comme avant. Il est guéri. Il entre dans une vie nouvelle. 

Sauvé : c’est Jésus qui le dit : « Tu es sauvé, ta foi t’a sauvé ». C’est la réponse ultime à la prière du lépreux, au cri de l’humanité couverte de lèpre, qui gémit et pleure de ne pas savoir se sauver elle-même ; Dieu entend la prière, il prend pitié et sauve. Il en a donné la preuve en Jésus ; la croix, instrument de supplice le plus honteux est devenu le signe du salut, le signe de l’Éternel Amour invisible, rendu visible en Jésus. A celui qui croit et ouvre la porte de la foi, Jésus déclare : « Ta foi t’a sauvé. Relève-toi et va ». 

« Voilà mon Évangile » dit l’Apôtre. L’Évangile pour tous, la Bonne Nouvelle qui change la face de la terre. Cet évangile est venu jusqu’à nous, en Provence et Camargue. Il est venu jusqu’à nous… 

Nous avons le témoignage précieux de notre tradition provençale, la tradition de la barque qui, sans voile ni rame, amena les Saintes Marie Salomé et Jacobé et avec elles la parole du Ressuscité. Tradition légendaire certes, mais elle nous enseigne que l’Évangile n’est pas venu par les armes ou de belles promesses d’or et d’argent. L’Évangile est venu jusqu’à nous pauvrement, par des missionnaires aux mains nues. L’Église est née pauvre et fragile, comme son Seigneur sur la paille de l’étable de Bethléem. 

Nous avons le témoignage des martyrs, premier témoignage de l’histoire. C’est à Lyon, en 177. L’Évangile suscite la contradiction face aux pouvoirs humains souvent orgueilleux, idolâtres, totalitaires, idéologiques. Quand elle naît, l’Église est persécutée, comme son Sauveur. 

Venons-en au témoignage de notre grand saint Césaire d’Arles. Le colloque nous en a dit long. De l’enseignement de Césaire, je retiendrai ceci : la foi est morte si elle n’est pas nourrie et si elle ne se convertit pas en charité. Allons plus loin… Depuis mon arrivée en Provence – il y a cinq ans presque jour pour jour, le 12 octobre 2008, j’étais accueilli à la cathédrale Saint Sauveur à Aix – depuis lors, je n’ai pas cessé de prier saint Césaire et de recueillir son témoignage. Comment peut-il éclairer la mission de l’Église aujourd’hui dans notre diocèse ? Comme l’ont dit les conférenciers au colloque, Césaire nous conduit au cœur de la foi. Il enseigne la vocation transcendante de l’homme et appelle à la vivre dans la prière quotidienne incessante. Il enseigne l’écoute de la Parole qui vient de l’au-delà de l’homme, parole de Dieu, et il appelle à l’entendre, pas seulement le dimanche à la messe mais ensemble dans les maisons. Il enseigne la charité, signe d’une foi en actes, authentique et vraie, et il appelle à la mettre en pratique. Prie, écoute, aime, c’est l’ADN du baptisé, son code génétique, sa triple vocation. 

Allons plus loin encore… Quels repères Césaire nous donne t-il pour la mission d’évangélisation de notre Église ? Comme lui, nous vivons un temps de rupture de transmission de notre tradition ; cette rupture pourrait conduire à l’effacement d’une civilisation et elle remplit l’avenir d’incertitudes, elle est génératrice d’angoisses et de peurs. 

Si Césaire pouvait nous adresser la parole aujourd’hui, il nous enverrait proclamer l’Évangile. Comme en 514, il convoquerait à Arles un concile pour la nouvelle évangélisation et la transmission de la foi. Il relirait la page de l’Évangile de Luc que nous avons proclamée en ce dimanche. Et il ferait siennes les paroles de Jésus « Est-ce que tous les 10 n’ont pas été purifiés : et les 9 autres, où sont-ils ? On ne les a pas vus revenir pour rendre gloire à Dieu : il n’y a que cet étranger ! » Césaire partirait à la recherche des 9 autres pour les ramener au Christ. En son temps, il avait fait le constat que beaucoup étaient chrétiens mais non formés – on dirait aujourd’hui des « chrétiens sociologiques » ! Peut-être beaucoup étaient chrétiens parce le chef était chrétien, ou chrétiens de tradition, chrétiens perméables aux hérésies, chrétiens sans vie chrétienne vraie, chrétiens sans lien vital au Christ Jésus. Ce christianisme-là aurait pu mourir, emporté par la tempête des évènements politiques et des profondes transformations de la société. Ce christianisme-là aurait pu mourir s’il n’y avait pas eu des géants de la foi de la taille de notre grand Saint Césaire qui n’ait de cesse de nourrir et faire vivre la foi. 

En cette semaine missionnaire mondiale, je salue les membres des jeunes Églises d’Afrique qui sont missionnaires au milieu de nous. Les prêtres, Michel et Martin, du Sénégal et du Bénin, nos sœurs de Ziguinchor, Filles de la Résurrection. Oui, chez nous, la mission est difficile, notre Église est pauvre et fragile. Mais elle est vivante, bien vivante sur tous les continents, toujours en train de naître. Un chiffre témoigne de cette vitalité, et il faut l’entendre pour vivre dans l’espérance et l’action de grâces : sous le pontificat de Jean-Paul II, un quart de siècle environ, le nombre de séminaristes est passé de 60 000 à 120 000. Deo gratias ! 

Aujourd’hui Césaire nous appellerait à être missionnaires, témoins d’une foi chrétienne vivante. Pour conclure, je voudrais donner trois témoignages pour nous encourager dans notre mission de porter l’Évangile aux pauvres et aux jeunes – les jeunes générations et les pauvres sont les deux orientations missionnaires de notre diocèse. Premier témoignage : cet enfant de CM2, catéchisé dans une paroisse, que les copains invitent à rejoindre leur équipe de rugby, et qui leur répond : « Je viens jouer au rugby si vous venez avec moi au catéchisme » ; cette année-là, dans cette paroisse, le nombre d’enfants catéchisés a fait un bond en avant ! Second témoignage : dans une autre paroisse, un lycéen est baptisé par immersion ; il a invité ses copains ; parmi eux trois ne sont pas baptisés ; ils ont demandé à se préparer au baptême et furent à leur tour baptisés en juin dernier – je préconise de revenir à cette ancienne tradition du baptême par immersion. Témoignage enfin de notre pape François ; au congrès des catéchistes en septembre dernier, il invitait à nouveau à aller aux périphéries ; « de nombreux enfants, disaient-ils, ne savent même pas faire le signe de croix ». Invitation à aller nous aussi aux périphéries de nos villes, de nos quartiers et de nos villages, et apprendre aux enfants à tracer sur eux le signe de la croix, le signe de l’amour que Dieu a pour eux. 

Vivez et portez la Parole que le Christ adresse au lépreux guéri : « Relève-toi et va : ta foi t’a sauvé ». L’Évangile est pour tous, j’y crois. Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. AMEN. 

 

 


 

Homélie de Mgr Ch. Dufour – Confirmations doyenné Pays de Gardanne – Cathédrale St-Sauveur – Samedi 5 octobre 2013

27ème dimanche ordinaire année C

« Seigneur, augmente en nous la foi ». C’est la prière des apôtres à Jésus sur le chemin. Je vous fais une confidence : je prie souvent, presque chaque jour, pour demander la foi. Et particulièrement Marie, mère de la foi, pour lui demander de veiller sur la foi des enfants et des jeunes. La foi est fragile. La foi des jeunes est fragile, je le sais par vos lettres, chers amis qui allez aujourd’hui être confirmés dans la foi.

« Du côté de la foi, je me pose des questions » m’écrit l’un de vous dans sa lettre. Et le confirmand ajoute : « Pour ma confirmation, j’aimerais comprendre ce que c’est, vraiment, être chrétien ». Il est temps que je réponde. C’est quoi, vraiment, être chrétien ?  A la manière du pape François, je le résumerai en trois mots : écouter Jésus, le suivre et l’aimer.

ECOUTER

Vous avez appris à connaître Jésus. Nous pouvons le connaître par ceux qui l’ont connu de son vivant sur la terre et qui nous ont rapporté toutes les merveilles dont ils ont été les témoins, ses rencontres, ses gestes et ses paroles. Si on doit résumer toute sa vie humaine, nous pourrions dire ceci : jamais un homme n’a aimé comme lui. Exemple : il avait dit « Aimez vos ennemis ; si vous aimez vos amis, que faites-vous d’extraordinaire ? Moi je vous dis ‘’aimez vos ennemis, priez pour ceux qui vous persécutent, si on te frappe sur la joue droite, tend l’autre joue ». Il l’a dit et il l’a fait. Lui le seul innocent que la terre ait porté a été condamné à mort. La plus grande erreur judiciaire de tous les temps. Et il n’a pas répondu par la vengeance, il a pardonné à ses bourreaux. Oui en lui nous avons reconnu l’amour et nous avons cru. Jamais un homme n’a aimé comme cet homme. Nous reconnaissons Dieu en lui. Il a rendu visible l’Eternel Amour du Dieu invisible. Il a déminé la violence, il est venu arracher le mal du cœur de l’homme, il est venu le réconcilier et lui donner la paix. Il est venu guérir et sauver l’humanité.

SUIVRE

Beaucoup de gens venaient à Jésus. Ils s’approchaient de lui, curieux de le connaître. Ils se pressaient autour de lui pour l’écouter et le toucher. Toujours Jésus leur demandaient : « Que voulez-vous que je fasse pour vous ? » Jésus respecte la liberté de chacun. Il vous demande aujourd’hui : « Voulez-vous me suivre ? » Comme il l’avait dit à ses apôtres, il vous dit : « Viens et suis-moi, je vais t’apprendre à aimer ». A aimer vraiment. Et ils ont tout quitté pour le suivre, ils se sont laissés aimer par le Christ pour apprendre à aimer comme lui. Voulez-vous suivre le Christ pour apprendre à aimer comme il a aimé et comme il aime aujourd’hui dans la gloire du ciel ?

AIMER

A la fin de l’évangile de Jean, Jésus pose une question à Pierre : « Pierre m’aimes-tu ? » Pierre l’avait renié… Jésus lui pardonne, mais il lui demande : « M’aimes-tu ? » Cette question il la pose à chacun de nous. Il nous appelle à faire de notre vie une réponse d’amour à l’amour.

Ainsi, c’est notre foi de chrétien, Jésus nous révèle Dieu. Il nous dit qui est Dieu, et ce qu’il n’est pas. Un Dieu humble, qui respecte notre liberté… Reste la question que me pose aussi le confirmand dans sa lettre : « Les juifs, les musulmans, les bouddhistes… ont chacun leurs dieux, tous différents. Pourquoi le nôtre, le dieu des chrétiens serait le seul et le vrai ? Comment savoir qui a raison ? »

Voici la réponse : il n’y a qu’un seul Dieu. Il est unique. Sinon il n’est pas Dieu. Etre chrétien, c’est croire en ce Dieu tel que nous le révèle Jésus Christ. Je vais illustrer cette conviction de foi par une parabole de la montagne. On dit que Dieu serait comme le sommet d’une montagne et qu’il y aurait plusieurs chemins pour l’atteindre et parvenir jusqu’à lui, ce qui est le but de notre vie. Il y aurait le chemin de chrétiens, celui des musulmans, celui des juifs, celui des bouddhistes, celui des hindouistes, et même celui des agnostiques et des incroyants… Eh bien, nous disons, nous chrétiens, qu’il n’y a qu’un seul chemin pour aller à Dieu, et c’est Jésus qui nous le dit, ce chemin est l’amour des frères. Celui qui aime est en chemin vers Dieu, celui qui n’aime pas n’est pas en chemin vers Dieu qui est Eternel Amour.

Alors, c’est quoi, vraiment, être chrétien ? C’est accueillir dans la foi la Bonne Nouvelle que nous sommes aimés infiniment par Dieu qui est Amour. C’est être à l’écoute de Jésus qui nous rend visible l’Amour de Dieu, c’est le suivre et faire de notre vie une réponse d’amour à l’Amour. Jésus, le Christ, l’envoyé de Dieu, le Fils du Père, nous apprend à aimer et nous introduit dans la communion d’amour du Père, du Fils et du Saint Esprit.

Nous pouvons faire notre la prière des apôtres : « Seigneur augmente en nous la foi ». Jésus lui-même a dit : « Je prierai le Père et il vous enverra le Saint Esprit ». Le Saint Esprit est notre GPS qui nous montre, au jour le jour, la route vers Dieu. Priez-le de vous indiquer le bon chemin. Il est toujours avec vous. Aujourd’hui, vous allez en être rempli. Ouvrez-lui la porte de votre cœur, de votre esprit, de votre âme. « Père, au nom de Jésus, donne-nous ton Esprit » AMEN.

 


Homélie de Mgr Ch. Dufour – Récollection Service Evangélique des Malades et équipes aumôneries cliniques et hôpitaux – Jeudi 3 octobre 2013

« Allez ! Je vous envoie ». Au cœur de notre récollection, cet ordre de Jésus nous rappelle que c’est en son nom que nous vivons notre service auprès des personnes malades. Je vous propose de méditer en trois mots clés cet ordre du Christ dans l’évangile de Luc au chapitre 10 : la FOI, la PAROLE, et l’ACTION.

La FOI

Les disciples envoyés par le Christ n’ont qu’un seul bagage : la foi. Ils sont envoyés les mains nues. « N’emportez rien ». Bigre ! En général, on assure nos arrières. Eh bien, justement, en arrière, Il est là. Oui, eux devant et lui derrière. « Il les envoya devant lui », dit l’évangile, dans toutes les villes et localités où lui-même devait aller. Oserais-je dire pour vous qu’il les envoya devant lui dans tous les services et toutes les chambres où il devait aller. Devant lui… Bigre ! Il ne va même pas nous tracer le chemin. A nous de défricher. Et lui, il reste derrière, invisible. Les envoyés n’ont même plus devant eux sa présence visible et sensible pour se rassurer. Ils n’ont, pour s’appuyer, que la parole du Maître : « Allez ! » dit-il. Son ordre nous suffit. Nous lui faisons confiance puisqu’il nous fait confiance. Frères et sœurs, chers amis, au cœur de votre mission, en tout premier lieu, que demeure cette confiance, que demeure la foi, ravivée par la prière et la parole de Dieu qui sont vos seuls bagages. Vous êtes envoyés comme des agneaux, remplis de douceur. N’ayez pas peur. Cela vous configure au Christ, l’Agneau de Dieu. Ayez confiance. Entretenez la flamme de la foi, elle est votre trésor. Si la flamme brûle en vous, elle réchauffera, elle  éclairera et elle se communiquera.

La PAROLE

« Dans toute maison où vous entrerez : ‘Dites…’ » Vous recevez l’ordre de parler. Il ne s’agit pas de faire de grands et longs discours. La parole se résume d’abord en un mot, un seul : « Paix ! » Tel sera le testament de Jésus : « Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix »  (Jn 14,24). Ce sera son message de Ressuscité : « La paix soit avec vous ! » (Et c’était celui de la Nativité : « Gloire à Dieu et paix aux hommes ! » Zacharie l’avait annoncé à la naissance de Jean Baptiste : « Il conduira nos pas au chemin de la paix » (Jn 1,79). Et c’est la parole du Christ qui est source de paix : « Je vous ai dit cela pour qu’en moi vous ayez la paix » (Jn 16,33). Frères et sœurs, chers amis, l’Evangile est en tout premier lieu un message de paix. Auprès des personnes malades, vous êtes témoins des bouleversements en profondeur que provoquent la maladie et la souffrance et qui troublent la paix de l’être. Celui qui est malade vit un combat. Il engage tout son être dans ce combat, tantôt avec force, tantôt lâchant prise ; tantôt serein, tantôt révolté.  Vous êtes témoins de ces combats, et vous portez en vous la paix que le Christ vous a donnée en vous faisant confiance, en vous donnant la foi. En vous donnant la paix, le Christ vous envoie l’annoncer. Dites « Paix ». Je ne vous enseignerai pas ici le moyen de dire « Paix ». Chacun parlera avec le don qui est le sien. L’équipe sera votre école pour l’apprendre et le partager. Mais l’Evangile est clair sur un point : ce n’est pas vous décidez à qui vous le direz et à qui vous ne le direz pas. Vous le direz à tous, « dans toute maison où vous entrerez » dit Jésus. Et en entrant, vous discernerez l’ami de la paix. Quelle merveilleuse mission est la vôtre ! Vous ne jugerez pas à priori.  Mais vous discernerez l’ami de la paix. Il n’est pas dit s’il aime le Christ ou non. Il n’est pas dit s’il est croyant ou non. Il est dit seulement « ami de la paix ». Je suis sûr, chers amis, que dans votre mission, ce discernement vous est donné. C’est la grâce de ceux qui écoutent. Demandez chaque jour cette grâce dans la prière au Père. Demandez le don d’écouter les amis de la paix. J’ai l’intime conviction qu’ils sont nombreux, ces amis de la paix vers lesquels vous êtes envoyés.

L’ACTION

« Guérissez » dit le Christ. Jésus vous commande de guérir.  Avec cet ordre, nous sommes encore au cœur du message chrétien. Bien sûr, tous les malades ne vont pas se lever sur votre ordre, comme par miracle. Que signifie donc cet ordre « Guérissez » ? Le terme grec utilisé est « terapeuete », qui signifie en fait « soignez », « prenez soin ». Et quand l’évangéliste emploie le passif pour désigner celui qui est guéri, il dit « ugies » qui signifie « sain », « en bonne santé ».  Quelle est donc la mission que vous recevez ?  Dans la Bible et l’Evangile, l’action n’est pas sans doute pas étrangère à la parole. Ce que Dieu dit, il le fait. C’est le dynamisme de son acte créateur au premier chapitre de la Genèse: « Et Dieu dit… et cela fut… ». C’est aussi ce qui donne à Jésus son autorité, il fait ce qu’il.  « Guérissez », nous dit-il, « Dites paix ». Ainsi, guérir, c’est donner la paix. Guérir non seulement le corps, mais aussi l’âme, le fond de l’être. Guérir non seulement le psychisme, mais aussi cette blessure intérieure, cette brisure fondamentale qui incline au mal être et au péché. Guérissez, prenez soin de la personne, de son être le plus profond, prenez soin de la demeure de Dieu en son être le plus intime. Guérissez et dites : « Le règne de Dieu est tout proche de vous ». Dites-le en vous faisant proches, vous aussi, en vous faisant messager de cette paix que vous portez parce que vous l’avez puisée au cœur même du Christ.

Pour conclure, je citerai Maurice BELLET dans son petit livre de la divine douceur. Cette divine douceur qui est « paix, et encore paix, apaisement intérieur, certitude qui ne tient qu’en sa source, construction de l’homme encore nouveau au dedans du corps qui se défait lorsque tout s’en va ». « L’ineffable invisible nous devient visage et nous parle, par la vérité de cet amour en nous ? C’est la ferme douceur, paternelle et maternante : elle veut la vie, elle veut le sain et sauf, elle redresse le tordu, rafraîchit le brûlant, réchauffe le glacé, dénoue le nœud d’angoisse, éveille ce qui mort ».

Soyez des messagers de cette divine douceur. Cette divine douceur de Dieu qui s’approche. Cette divine douceur de l’Esprit de Dieu qui se fait corps. Cette divine douceur qui fait entrer le corps dans l’Eternel Amour

 


Homélie de Mgr Ch. Dufour – Messe de rentrée universitaire – Eglise du St-Esprit – Jeudi 26 septembre 2013

 

« Allez dans la montagne, rapportez du bois pour rebâtir la maison de Dieu ». En cette messe de rentrée universitaire, nous pouvons nous interroger : comment allons-nous répondre à cet ordre de Dieu qui nous est donné par la bouche du prophète Aggée. De quel bois allons-nous bâtir cette année une maison pour Dieu ?  

Mais peut être dois-je vous dire d’abord qui est ce prophète Aggée. Avec lui, c’est le retour d’Exil. Souvenez-vous. En 587 avant Jésus-Christ, c’est la chute de Jérusalem ; le temple – oui ce fameux temple bâti par Salomon, et qui a fait la fierté des croyants de foi juive – le temple a été rasé par Nabuchodonosor, roi de Babylone. Mais, après une génération, le cours de l’histoire s’inverse, un homme se lève, un homme providentiel, Cyrus, roi de Perse ; en 538, il proclame un édit autorisant les juifs à retourner à Jérusalem. C’est le retour d’exil, et les juifs sont invités à rebâtir. Il en faut du courage, pour rebâtir et reconstruire. Les prophètes Aggée et Zacharie les ont encouragés. Aggée parle à la fin de l’été 520. Le temple sera achevé 5 ans après, en 515. 

Mais pourquoi reconstruire une maison pour Dieu ? Et de quel bois ? Voici le chemin qui conduit à l’édification. 

En premier lieu l’expérience du manque et de la soif. Nous le lisons dans la parole du prophète proclamée ce soir. Il y a le manger, dit le prophète, mais il ne rassasie pas le manque. Il y a le boire, dit le prophète, mais il n’apaise pas la soif. Il y a l’habit, dit le prophète, mais dans le froid il ne réchauffe pas le cœur. Il y a l’argent, dit le prophète, mais il file entre les doigts et ne fait pas le bonheur. Oui, le manque et la soif nous tenaillent. Ceci, avouons-le, est notre expérience intime, existentielle, au creux de l’âme. 

C’est alors que nous pouvons entendre la promesse de Dieu. Oui, Dieu exprime son désir de venir habiter au milieu de son peuple. « J’y prendrai du plaisir » dit-il par la bouche du prophète. Et le prophète appelle à rebâtir un temple. Cet appel fait remonter à ma mémoire la parole de Kipling : « Si tu peux voir détruit l’ouvrage de ta vie et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir, tu seras un homme, mon fils ». Rebâtir, c’est le courage de la foi, le courage de l’espérance. Et ils rebâtirent le temple. Un temple modeste, en attendant que près de 5 siècles plus tard, le roi Hérode le fasse en grand, somptueux, rappelant celui de Salomon. Ce fut au temps de la naissance du Christ. 

En écho encore, entendez-vous cette parole de Jésus, parole étonnante, surprenante, choquante : « Détruisez ce temple et je le rebâtirai en trois jours ». On comprend la parole d’Hérode, le fils, le prince de Galilée : « Qui est cet homme ? » et il ne fut pas le seul à la poser. 

« Le temple dont il parlait, c’était son corps… » L’évangéliste Jean donne la clé de l’énigme de la parole de Jésus. Ainsi, nous ne bâtirons pas la maison de Dieu. Dieu lui-même l’avait annoncé à David, par la bouche du prophète Nathan. David désirait bâtir pour Dieu un temple de pierre – jusqu’ici, Dieu n’avait qu’une tente, la tente de la Présence, au désert. Mais par la bouche de Nathan, Dieu dit à David : « Je bâtirai moi-même ma maison ». 

Jésus est la demeure de Dieu, ou plutôt la pierre angulaire de la maison que Dieu construit. Telle est notre foi de chrétiens. « Vous êtes le corps du Christ » dira l’apôtre Paul. « Vous êtes le Temple de l’Esprit ». « Vous êtes la maison de pierres vivantes où Dieu vient demeurer » dira Pierre. Nous sommes l’Eglise, la maison que Dieu construit, dont le Christ est la pierre d’angle. 

Mais il nous faut encore nous interroger : de quel bois Dieu édifie son Eglise ? Nous lisons la réponse en contemplant le crucifix. Le bois avec lequel Dieu édifie son Eglise, c’est le bois de la croix, sur la montagne du Golgotha. Ce bois est celui de l’amour, l’amour divin. Ce bois est celui sur lequel est crucifié l’égoïsme. Ce bois est l’amour livré, l’amour dont témoigne à jamais le Christ, que nous voulons imiter et dont nous voulons vivre. 

« Allez dans la montagne, rapportez du bois pour rebâtir la maison de Dieu ». 

Chers amis, en cette rentrée universitaire, en ce moment où nous prenons des résolutions, écoutons l’ordre de Dieu tel que nous le recevons à la lumière du Christ. Oui, il nous appelle à témoigner jusqu’aux extrémités de la terre, jusqu’aux périphéries, dira le pape François. Oui, il nous appelle à proclamer haut et fort l’Evangile de l’amour, à faire de toutes les nations des disciples. Oui, il nous appelle à évangéliser le monde, à permettre que tout être humain soit à nouveau configuré au Christ. Oui il nous appelle à l’engagement chrétien, dans l’Eglise et dans la société. Mais avant tout, il nous invite à gravir la montagne pour y puiser l’amour divin, à prendre de la hauteur pour contempler le monde à la manière de Dieu. La montagne qui est le lieu de la prière, la montagne où se révèle la Parole de Dieu, pour apprendre à aimer comme le Christ. 

Père, au nom de Jésus, tout au long de cette année, édifie ton Eglise, donne-lui la lumière de l’Amour, la force de l’Esprit. AMEN. 

 

 


 

Homélie de Mgr Christophe DUFOUR – Installation du Père Benoît Tissot – Cathédrale St-Sauveur – Dimanche 8 septembre 2013

23ème dimanche ordinaire année C

Qu’est-ce qu’un curé ? Le curé est d’abord et avant tout un disciple de Jésus, comme l’évêque, comme les prêtres et les diacres, comme les religieux et religieuses, et comme vous tous, chers amis, frères et sœurs. Mettons-nous donc ensemble à l’écoute de l’Evangile du Christ Jésus, dans cette page de l’évangile de Luc que nous avons proclamée aujourd’hui et qui nous donne trois conditions pour être disciple : préférer le Christ à sa famille et à sa propre vie ; porter sa croix ; renoncer à tous ses biens. Bigre ! Les conditions sont dures. Souvenons-nous du jeune homme riche qui a renoncé à suivre le Christ car il avait de grands biens. « Celui qui ne renonce pas à tout ce qui lui appartient ne peut pas être mon disciple ». « Si quelqu’un vient à moi sans me préférer à son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères et sœurs, et même à sa propre vie, il ne peut pas être mon disciple ». Qui peut dire qu’il est disciple de Jésus dans ces conditions ?

Ces conditions se résument à une seule : se laisser aimer. Et pour se laisser aimer, se donner. Comme dans les noces, comme dans une alliance d’amour. Cet été, les prêtres et les diacres de notre diocèse ont célébré de nombreux mariages d’hommes et de femmes qui se sont engagés dans l’amour devant Dieu pour toujours. Quelle est la première des conditions pour un tel engagement ? C’est que l’homme et la femme se disent l’un à l’autre : « Je te donne tout… ; je renonce à moi-même et je me donne tout entier à toi, je me laisse aimer par toi, je me laisse remplir de ton amour, je fais de la place pour toi en moi ». Comme le disait la petite Thérèse de Lisieux : « Aimer, c’est tout donner, c’est se donner soi-même ».

Mais j’entends murmurer cette question : n’est-ce pas renoncer à être soi-même ? Non, renoncer à soi-même n’est pas renoncer à être soi-même. Au contraire, renoncer à soi-même, se donner, c’est devenir totalement soi-même dans l’amour et par l’amour. Ainsi en est-il avec le Christ : devenir son disciple, se laisser aimer par lui, faire de la place pour lui dans notre vie, lui donner la première place, c’est devenir soi-même, c’est le chemin du bonheur qu’il nous promet.

Suivre le Christ, c’est se laisser aimer. Telle est la condition pour être disciple de Jésus. Mais nous pouvons en déduire une autre condition : mettre Jésus devant. Etre disciple, c’est suivre le Christ, c’est-à-dire le mettre devant. Non pas derrière, ni sur le côté comme si nous sommes si souvent tentés de le faire dans notre société matérialiste et indifférente à Dieu. Mettre Jésus devant, c’est le mettre en premier dans toutes nos préoccupations. Suivre le Christ, c’est le contempler, c’est le regarder, c’est se mettre à son écoute. Regardez-le, il est lui-même tout entier don, il se donne tout entier, il renonce à lui pour se donner, et ainsi il nous dit qui est Dieu : Dieu est don. Dieu se donne.

Quelle est la mission d’un curé ? Il vous aidera à devenir disciple du Christ, il vous apprendra à vous laisser aimer par l’Eternel Amour, il vous invitera à mettre Jésus devant. Voici, comme nous l’a rappelé le concile Vatican II la triple mission du curé.

1- Annoncer l’Evangile aux disciples du Christ. Le curé est un éducateur de la foi. Mais il a aussi le désir de susciter de nouveaux disciples. Proposer la foi, rendre crédible le christianisme pour nos contemporains. Témoigner de l’Amour de Dieu que nous contemplons dans le Christ Jésus, manifesté, rendu visible, Amour qui sauve, Amour qui sauve l’humanité entière. Rappelons les deux priorités missionnaires de notre diocèse : les jeunes générations et ceux qui sont blessés par la vie.

2- Sanctifier les disciples du Christ. Au cœur de la vie du curé : la prière, la liturgie des heures et les sacrements. Et parmi les sacrements, le curé met au cœur de sa vie et au cœur de la vie de la paroisse l’Eucharistie, et particulièrement l’eucharistie dominicale. Oui je demande au curé de soigner le dimanche, d’en faire le jour saint, le jour consacré au Seigneur.

3- Animer la communauté des disciples du Christ. Le curé n’est pas d’abord un administrateur de paroisse ou le gérant d’une entreprise – même si je sais que, par certains aspects, une paroisse ressemble à une entreprise. Mais la mission du curé est en tout premier lieu de faire vivre la communion et l’amour fraternel entre les membres de la paroisse. Je voudrais ici mettre en exergue le témoignage d’Onésime dans la lettre de Paul à Philémon que nous avons proclamée. Cette lettre nous dit tout ce que vient transformer le Christ dans nos relations humaines, et comment les premières communautés chrétiennes ont vécu cette transformation – on pourrait presque dire cette révolution. Onésime est un esclave. Il s’est enfui de chez son maître Philémon, un chrétien, sans doute de la communauté des Colossiens. Or la Providence conduit Onésime chez Paul, et Onésime demande à devenir chrétien. Et Onésime devient chrétien. Paul demande à Philémon de l’accueillir. L’accueillera –t-il comme un esclave ou comme un frère ? Désormais Philémon le maître, et Onésime, l’esclave, seront frères, rassemblés dans le Christ en qui il n’y a plus ni maître ni esclave. Servir la fraternité, telle est la mission du curé. En avant première, je puis vous dire qu’à la suite de Diaconia 2013, nous ferons de ce service de la fraternité l’orientation de notre année pastorale.

La mission du curé s’exerce sur le territoire d’une paroisse. Parlons un peu de cette paroisse Saint Sauveur dont le père Benoît TISSOT a reçu aujourd’hui les clés.

Une paroisse, 6 églises.
Des collaborateurs : des prêtres (Damien ETEMAD ZADEH nouvellement nommé, René GRANDMOTTET, Luc Marie LALANNE, Dominique PETIT, vicaires et aussi Jacques LEFUR, auxiliaire), des diacres (André BAROIN et Lionel CASTANIER), des religieuses (sœur Marie-Claire, les sœurs missionnaires du Perpétuel Secours, et nous espérons une petite fraternité pour Notre Dame de la Seds). De très nombreux collaborateurs parmi les fidèles laïcs, conseil pastoral, conseil économique, équipe d’animation paroissiale, et bien d’autres pour le service des malades, de la catéchèse, de l’aumônerie des jeunes, de l’accueil, membres de l’association Cathédrale Vivante, école cathédrale…

Six églises, chacune avec sa communauté vivante et missionnaire, rassemblée autour de l’eucharistie dominicale ; j’ai eu la joie de visiter chacune de ces communautés lors de ma visite pastorale : Sainte Marie Madeleine, Saint Eutrope, Sainte Anne des Pinchinats, Saint Esprit, Saint Jean Baptiste.

Et la cathédrale. Elle est « la mère des églises du diocèse », dit le concile. « Elle est un signe d’unité de l’Eglise particulière, lieu où se réalise le moment le plus haut de la vie du diocèse et s’accomplit aussi l’acte le plus noble et sacré de la mission de sanctification qui est confiée à l’évêque » (Directoire pour le ministère pastoral des évêques). Au cœur de cette ville d’Aix, elle joue aussi un rôle missionnaire particulier, accueillant chaque jour, été comme hiver, des foules de visiteurs.

En ce dimanche 8 septembre, fête de la Nativité de Marie, nous confions à la prière de Notre Dame de la Seds le ministère du nouveau curé et la paroisse Saint Sauveur. Je n’oublie pas de rendre grâces pour tout ce que le père ALIGER a donné à cette paroisse ; il a été accueilli ce matin comme curé de la paroisse du Christ Roi aux Pennes Mirabeau ; merci à lui.

Vous tous, disciples de Jésus, avec mes frères prêtres, avec votre nouveau curé, je vous porte dans le Christ en cette Eucharistie.
Seigneur Jésus,
Vois ton Eglise pauvre et fragile,
Donne-lui d’être fervente et fraternelle.
Fais que jamais ne manque le pain de ta parole, de ta miséricorde et de ton pain.
AMEN 

 


 

Retour aux sources – Edito de Mgr Christophe Dufour – EAA septembre 2013

Êtes-vous de ceux qui déchantent ? Pour caractériser ce temps dit de « postmodernité », les philosophes parlent de désenchantement ; l’un d’entre eux, Marcel Gauchet, qui se dit pourtant agnostique, invite même les chrétiens à ré-enchanter le monde. Et devant l’effondrement de la raison suffisante et de ses idéologies, Jean-Luc Marion, philosophe catholique et académicien, demande aux chrétiens de mettre de la rationalité dans leur foi et de fortifier leur foi en la « raison plus haute » qui leur est donnée.

L’année de la foi est l’occasion d’un retour aux sources ; elle aura son point d’orgue à la fête du Christ Roi, le 25 novembre prochain, et il n’est pas trop tard pour approfondir la raison plus haute de notre Credo. Conjuguée à l’année « Marseille-Provence, capitale européenne de la culture », l’année de la foi aura été pour nous l’occasion de mettre en exergue ce que la culture en Provence doit à la foi chrétienne. Nous recommandons à ce sujet les deux excellents ouvrages édités par l’association « Aux sources chrétiennes ». Le premier, L’Antiquité tardive en Provence (IVe – VIe siècle), sous la direction de Jean Guyon et Marc Heijmans, est une mine précieuse sur la naissance d’une chrétienté, en soixante brèves contributions, toutes passionnantes. Le second ouvrage est une bande dessinée sur saint Césaire d’Arles ; elle fera le bonheur de tous et pourra être lue en famille.
Avec saint Césaire et les saintes Maries

Dans ce retour aux sources, deux évènements diocésains marqueront la rentrée. Le premier est un colloque sur saint Césaire d’Arles, les 11-12-13 octobre prochains, à l’occasion du 1500e anniversaire de la remise du pallium par le pape Symmaque à notre saint évêque. Colloque savant, certes, mais les manifestations du samedi après-midi et du dimanche sont accessibles à tous ; demandez le programme !
Et nos saints de Provence, saintes Marthe et Marie-Madeleine, les saintes Marie Jacobé et Salomé ? Faut-il les taire ? Il est vrai que, comme le dit Jean Guyon, la réalité de leur venue en Provence est impossible à déterminer (voir son interview sur le site du diocèse).
Mais la légende dit ce qui est à lire. Légende que nos saintes sont venues de Palestine dans une barque sans rame ni voile ? Ce qui est à lire, c’est que le peuple de Provence a accueilli l’Évangile du Christ, et que cet Évangile ne nous est pas parvenu par une armée ou de puissants moyens humains, mais par des pauvres. Quel bel enseignement pour notre temps de nouvelle évangélisation !
Pour prier à cette intention, je vous donne à tous rendez-vous au pèlerinage des Provençaux, présidé par les trois évêques de Marseille, Toulon-Fréjus, Aix et Arles, aux Saintes-Maries-de-la-Mer les 19 et 20 octobre prochains. Veillée sur la plage et messe dans les arènes !

  


  

Prise de parole de Mgr Christophe Dufour, archevêque d’Aix et d’Arles à propos du conflit syrien

Depuis l’utilisation des armes chimiques en Syrie – acte horrible et condamnable – les avis sont partagés, et ceux qui n’ont pas d’avis sont tiraillés. Les uns pensent que le gouvernement syrien doit être puni par une intervention militaire, même brève et ciblée ; les autres refusent cette intervention au nom du risque d’un embrasement d’une violence plus grande encore, comme ce fut le cas en Irak.

Le pape François a choisi ; il dit clairement NON à une intervention militaire et il invite les catholiques à prier pour la paix. Et avec lui de nombreux évêques des Églises d’Orient. Une frappe des armées d’Occident mettrait le feu à tout le Moyen-Orient et peut-être au monde entier puisque, on l’a vu à la rencontre du G20, États-Unis et Russie soutiennent chacun leur camp en Syrie.

Car la guerre en Syrie n’est pas seulement un soulèvement d’un peuple contre une dictature. La guerre en Syrie a pris une dimension internationale dont l’un des enjeux est la conquête du pétrole syrien dont il semblerait que les réserves soient plus importantes que celles estimées jusqu’ici. Et Assad – certes, il n’a pas les mains propres lui non plus – a osé s’opposer au transit sur le territoire syrien, d’oléoducs permettant d’acheminer le pétrole de la péninsule arabique vers la Méditerranée et l’Europe. Voilà l’une des vraies raisons de la guerre : la Syrie a contrarié les grosses compagnies pétrolières occidentales et pétromonarchiques arabiques.

Qui a la clé de la paix ? Elle n’est pas dans une seule main mais dans une poignée de mains. Dans la foi, nous croyons que la prière et le jeûne sont une arme pour transformer les cœurs et illuminer les intelligences.

† Christophe Dufour
Archevêque d’Aix et Arles
Lundi 9 septembre 2013

 


  

Homélie de Mgr Christophe DUFOUR – Fête de Sainte Marie-Madeleine – Saint Maximin – Dimanche 28 juillet 2013

 

Frères et sœurs, chers amis, en cette fête de sainte Marie Madeleine, l’Eglise nous invite à revenir au commencement, à l’origine, à nos racines. Nous avons voulu qu’en cette année où la Provence est capitale européenne de la culture soient mises en exergue les trois fêtes qui, en nos trois diocèses de Marseille, Fréjus-Toulon et Aix-Arles, manifestent les racines de notre foi. Depuis 2000 ans, la foi chrétienne a progressivement imprégné la culture en Provence, culture faite de traditions, de rites et de chansons, de gestes et de poésies, de fêtes et de musiques, de couleurs et d’images, mais aussi tout un art de vivre ensemble, une vision du monde et de l’histoire, une manière d’être. Lumineuse foi !

Mais comment est née la foi ? C’est une longue histoire, une très longue histoire dont témoigne la Bible. Revenons au commencement.

A l’origine, la foi naît d’une parole. « La foi naît de ce qu’on entend » écrira l’apôtre Paul. « La foi est écoute d’une parole » écrit le pape François dans une très belle encyclique qu’il vient de publier et qui s’intitule « Lumière de la foi ». Ecoute… Oui, c’est ainsi que tout a commencé : lorsque l’homme a écouté. Lorsque l’homme, oui ce petit homme perdu sur cette petite planète « Terre » dans l’immensité des galaxies, oui, tout a commencé lorsque l’homme a capté une parole, la Parole. Il a capté la Parole qui vient de l’au-delà de l’homme, la Parole du Créateur. Il fallait un cœur, une intelligence, un esprit, créé à l’image du Créateur, pour accueillir l’éternelle Parole, la Parole qui appelle, la Parole qui est promesse. Cet homme, le premier, toute l’humanité en un seul homme, il s’appelait Abraham. On l’appelle le « père des croyants » parce qu’il fut le premier à entendre la Parole éternelle. L’homme n’était pas perdu puisqu’il était mystérieusement relié au Tout Autre, au Très Haut, l’Eternel, par une Parole, la Parole. C’est ainsi qu’a commencé l’histoire de notre foi. Au commencement était le Verbe. Je vous recommande la lecture et la méditation de la lettre du pape François, pour revenir à l’origine, apprendre à écouter et à mettre votre cœur sur la bonne longueur d’onde. Que de bruits dans ce monde si médiatisé ! Oui, je vous conseille de prendre le temps du silence, à l’écoute de cette mystérieuse parole que Dieu a semée en sa Création.

Nous recueillons aujourd’hui le témoignage de sainte Marie-Madeleine. Mais comment est née sa foi ? Elle est née, pour elle aussi, à l’écoute d’une parole, de la Parole.

Revenons à ce récit que nous avons proclamé en cette fête. Nous contemplons Marie-Madeleine en larmes. C’est après la mort de Jésus, elle pleure. Son Jésus est mort. Mort et enterré. C’est la fin d’une belle histoire. Toute vie doit-elle s’achever ainsi ? Tous nos amours sont-ils mortels ?

L’histoire de Marie de Magdala était pourtant merveilleuse. Non, ce n’était pas un conte, mais l’histoire d’une rencontre. Elle avait rencontré Jésus, ou plutôt elle s’était laissée rencontrer. Elle avait croisé son regard. Elle, la femme pécheresse. Elle, la femme aux sept démons. « Une de ces femmes libres, belles, attrayantes, aimant le luxe et les plaisirs, fréquentant la cour d’Hérode et ses palais, exorcisant sa solitude dans des rencontres futiles et revêtant d’apparences sa profonde misère intérieure » – je cite ici Mgr Jean-Pierre Ravotti qui imagine ainsi Marie-Madeleine à la suite du père Bruckberger. Elle avait donné son cœur à Jésus de Nazareth, elle s’était mise à son écoute, et le Fils de l’Homme lui avait offert son pardon au nom du Père des miséricordes. Et en lui offrant le pardon, il l’avait relevée, ressuscitée. Souvenez-vous, elle avait tressailli d’émotions en se jetant à ses pieds. « Qu’ils sont beaux les pieds du messager de la Bonne nouvelle ! » Peut être avait-elle lu ces paroles du prophète qui annonçait le Christ. A Béthanie, elle avait parfumé les pieds du Fils de Dieu. Geste prophétique, elle avait par avance embaumé son corps pour l’ensevelissement. Et la voilà encore en pleurs dans le jardin. Est-ce fini ?

Mais c’est là que tout a commencé. A nouveau par une parole qui l’a fait renaître. Il fait encore sombre. Les yeux de la foi ne sont pas encore tout entier ouverts. Elle pleure et elle cherche. « Qui cherches-tu ? » lui demande la voix. Elle n’est pas encore entrée dans la profondeur du mystère d’amour que Jésus le Christ est venu donner à voir. Elle n’est pas encore entrée dans la vision. Elle n’est restée qu’à la surface et elle a besoin de laisser descendre la parole jusqu’au fond de son âme. Et voilà qu’elle se retourne : la foi est retournement, conversion. Marie-Madeleine reconnaît la voix du bien-aimé, et elle voit. Elle voit avec les yeux de la foi. Jésus n’est pas seulement homme, il est Dieu. Derrière le voile de son humanité, avec les yeux de la foi, elle voit le Fils de Dieu. Il vient de Dieu et il retourne à Dieu. Le Christ ressuscité éclaire désormais tout homme venant en ce monde. La foi éclaire le mystère de l’homme, son origine et sa fin : nous sommes nés de Dieu et nous retournons à lui ; en nous Dieu a mis tout son amour ; comme le dit l’apôtre Paul, nous sommes ressuscités avec le Christ.

Frères et sœurs, c’est en pèlerins que nous sommes venus prier Marie-Madeleine. Quelle joie de nous retrouver avec elle, ici à Saint Maximin où elle est vénérée ! Elle a porté son témoignage jusqu’en Provence, et nous sommes venus auprès d’elle raviver la foi qui illumine notre existence, la foi qui donne à voir la vérité de l’Eternel Amour de Dieu. Mais avouons-le, nous portons une question : ce témoignage de la foi est-il encore entendu par nos contemporains ? Cette question, je la porte avec mes frères évêques, avec les prêtres, avec vous tous : la foi chrétienne ne va plus de soi. Et pourtant l’humanité pleure comme Marie-Madeleine devant le tombeau. Que souffrances, que de larmes ! O homme, ô femme pourquoi pleures-tu, qui cherches-tu ? dit encore aujourd’hui le Ressuscité.

En ce vingt et unième siècle qui ouvre le troisième millénaire, le temps est venu d’une nouvelle évangélisation. Si notre culture ne porte qu’un vernis chrétien, elle sera balayée, et nos belles traditions disparaîtront. Il nous faut suivre le chemin de Marie-Madeleine auprès du tombeau, vivre une nouvelle conversion. Si vous ne vivez pas une vraie rencontre du Christ vivant, une amitié, un compagnonnage avec lui, votre foi sera bientôt morte. Si vous ne prenez pas chaque jour le temps de l’écoute du Christ dans sa Parole, si vous n’ouvrez jamais l’Evangile, votre âme chrétienne se fanera.
Et puis le Christ nous confie une mission : « Va trouver mes frères et dis-leur qu’ils sont aimés de Dieu ». Courrez vers eux, comme Marie-Madeleine, et dites à vos amis qu’ils sont aimés de Dieu.

Nos papes nous appellent avec insistance à cette nouvelle évangélisation. Jean-Paul II disait en l’an 2000 : « On doit considérer comme dépassé dans les pays d’ancienne évangélisation la situation d’une société chrétienne qui se référait explicitement aux valeurs évangéliques. Alors que l’humanité est en recherche et bien souvent malade, notre époque nécessite une impulsion missionnaire nouvelle ». Et Benoît XVI dans son discours d’ouverture du synode pour la nouvelle évangélisation en octobre 2012 : « Il faut raviver en nous l’élan des origines, en nous laissant pénétrer de l’ardeur de la prédication qui a suivi la Pentecôte ». Et le pape François nous stimule déjà dans cette direction, en nous appelant à être présents au cœur de la société – c’était l’appel aux jeunes dans l’avion qui le transportait à Rio pour les JMJ. La lumière de la foi ne peut pas être mise sous le boisseau.

O Marie-Madeleine, toi qui étais auprès de la croix avec la Vierge Marie, heureuse toi qui as cru avec elle, prie pour nous.
O Marie Madeleine, toi qui as porté jusqu’à nous la Parole du Christ Ressuscité, prie pour nous.
O Marie Madeleine, toi l’apôtre des apôtres, prie pour nous.

Textes de la fête de sainte Marie-Madeleine :
Cantique des Cantiques 3,1-4
II Corinthiens 5,14-17
Psaume 62
Jean 20,1.11-18

 


  

Présentation de l’encyclique Lumière de la foi

Le 29 juin 2013, un peu plus de 100 jours après son élection, le pape François a signé sa première encyclique. « Une lettre écrite à quatre mains » dira-t-il. Et il écrit : « Benoît XVI avait déjà pratiquement achevé une première rédaction… J’assume son précieux travail » (§ 7). Voilà donc mené à son terme le projet de Benoît XVI d’offrir aux catholiques une trilogie sur les trois vertus théologales : la charité (« Deus est caritas » le 25 décembre 2005), l’espérance (« Spes salvi » le 30 novembre 2007), la foi (« Lumen fidei » le 29 juin 2013). Rappelons que l’encyclique sur la foi est publiée au cœur de l’année de la foi qui s’est ouverte le 11 octobre 2012 à l’occasion du 50ème anniversaire de l’ouverture du concile Vatican II, et s’achèvera le 24 novembre 2013 en la fête du Christ Roi.

Voici une rapide présentation de l’encyclique, en 4 parties que je reformulerai sous la forme de 4 questions : Comment naît la foi ? Ce que nous croyons, est-ce la vérité ? Comment transmettre la foi ? Qu’est-ce que change la foi ?

1-Comment naît la foi ?

La foi chrétienne se résume ainsi : « Nous avons cru en l’Amour » (I Jn 4,16). Comment cet acte de foi a-t-il été rendu possible ? « Si nous voulons comprendre ce qu’est la foi, nous devons raconter son parcours » (§ 8). Comment la foi est-elle née ? La réponse est à chercher dans la Bible.

Dans l’histoire de la foi telle que la raconte la Bible, le premier à croire est Abraham, « père des croyants ». Il est le premier à écouter une parole, la Parole. Une parole mystérieuse, venant du fond des âges, éternelle, la Parole du Créateur de l’univers. L’Eternel, le Tout Autre, le Très Haut, a déposé sa Parole en sa Création. Qui pourra l’entendre ? Il faudra qu’advienne dans l’univers une conscience, une intelligence, un esprit, un cœur, capable d’entendre la Parole divine. Et ce fut l’homme, dont la Bible dira qu’il fut créé à l’image de Dieu. Et Abraham, le premier, écouta la Parole.

Ainsi « la foi est née de l’écoute. Abraham ne voit pas Dieu, mais il entend sa voix » (§ 8). Et la Parole est à la fois appel et promesse. Appel à sortir, à s’ouvrir à une vie nouvelle, à marcher avec confiance où la Parole le conduit, gardant fidèlement la mémoire de la promesse qui projette sa lumière sur l’avenir. La foi est réponse à la Parole, elle éclaire l’origine et la fin. « Pour Abraham la foi en Dieu éclaire les racines les plus profondes de son être, lui permet de reconnaître la source de bonté qui est à l’origine de toute chose, et de confirmer que sa vie ne procède pas du néant ou du hasard, mais d’un appel et d’un amour personnel » (§ 11).

Avec l’Exode, c’est tout un peuple qui « s’ouvre à l’action de Dieu qui veut le libérer de sa misère » (§ 12). La foi est ici conversion, rupture avec les idoles. Et « l’acte de foi s’insère dans celui d’une communauté » (§ 15). Moïse en est le médiateur.

Au terme d’une longue histoire où la foi a ses hauts et ses bas, ses hautes fidélités et ses lourdes trahisons, surgit le Christ. Il est « fiable », il dit la « fiabilité » de la Parole de Dieu, il est le « oui » définitif à toutes les promesses, « il est la pleine manifestation de la fiabilité de Dieu ». Et la preuve de cette fiabilité, c’est sa mort pour l’homme. « A la lumière de la Résurrection, la mort du Christ dévoile la fiabilité totale de l’amour de Dieu » (§ 17). « Nous avons reconnu l’amour et nous avons cru » dira l’apôtre Jean. Et l’apôtre Paul décrira dans ses lettres l’existence croyante selon le Christ.

Aujourd’hui nous sommes dans le temps de l’Eglise. Elle est le corps où le croyant se comprend lui-même, en relation au Christ et aux frères. Elle est appelée elle-même à rendre fiable la parole du Christ.

2-Ce que nous croyons, est-ce la Vérité ?

De l’acte de foi au contenu de la foi, nous voyons ici comment la foi est connaissance et intelligence de la vérité. La fermeté de la foi passe par la compréhension de l’action de Dieu dans l’histoire. « L’homme a besoin de connaissance, il a besoin de vérité, car sans elle il ne se maintient pas, il n’avance pas » (§ 24). Sans la vérité, la foi risque de n’être qu’un beau conte, un beau sentiment. La foi est lumière, elle fait entrer dans une vision. Cette dimension de la foi est importante en ce temps de « crise de la vérité » où « la vérité qui explique l’ensemble de la vie personnelle et sociale est regardée avec suspicion » (§ 25).

Quel est le type de connaissance propre à la foi ? Elle est connaissance du cœur. Dans la Bible, le cœur est le centre de l’homme, où se croisent toutes ses dimensions, l’intelligence, la volonté et l’affectivité. Ici foi et amour se rejoignent. « La foi connaît dans la mesure où elle est liée à l’amour » (§ 26). Dans le premier testament, le peuple de la Bible parvient à comprendre l’action de Dieu en expérimentant son amour. Dans le Christ, Dieu lui-même se donne à voir ; en lui la lumière de la foi devient celle d’un visage ; en lui « s’accomplit pleinement la connaissance propre à l’amour » (§ 31). C’est en se laissant toucher au cœur par cet amour que le croyant entre dans la vision et la connaissance de la vérité de l’amour de Dieu.

Cette approche rend possible le dialogue entre foi et raison sur le mystère de l’homme. La foi chrétienne, contemplant et annonçant la vérité de l’amour total de Dieu, « arrive au plus profond de l’expérience de chaque homme » (§ 32). Cette vérité est humble, elle ne s’impose pas avec violence ; contrairement à celle des totalitarismes, elle n’écrase pas l’individu. Elle éclaire toutes les dimensions de l’existence humaine. Elle entre en dialogue avec tout être humain qui cherche Dieu et avec les croyants des autres religions.

3-Comment transmettre la foi ?

La foi ne peut être gardée pour soi, elle est reçue pour être transmise. « Je vous transmets ce que j’ai reçu » dit l’apôtre Paul aux chrétiens de Corinthe (I Co 15,3). Ce chapitre aborde la transmission de la foi comme parole et lumière. Il décrit le processus : de l’écoute à la foi et de la foi à la parole. De visage en visage d’une part : depuis le visage de Jésus la lumière se reflète sur les visages des chrétiens. De générations d’autre part se transmet la mémoire qu’est l’Eglise, mère de la foi, dans sa Tradition.

Quatre éléments résument le trésor de mémoire que transmet l’Eglise.
• La confession de foi (Credo) pour une foi connue et professée (§ 45).
• Les sacrements, pour une foi nourrie et célébrée (§ 40 à 44).
• Le Décalogue, pour une foi vécue (§ 46) ; c’est la dimension morale et éthique de la vie chrétienne éclairée par l’Evangile.
• Le Notre Père, pour une foi priée (§ 46) ; la prière chrétienne à distinguer de la prière « magique ».
Ce sont les quatre parties du Catéchisme de l’Eglise Catholique.

4-La foi, qu’est-ce que ça change ?

La foi n’est pas seulement un chemin, elle est aussi l’édification d’un lieu où les hommes peuvent habiter ensemble, « une cité fiable » (§ 50). Parce qu’elle est liée à l’amour, « la lumière de la foi se met au service de la justice, du droit et de la paix » (§ 51). La foi chrétienne éclaire ainsi tous les domaines de la vie humaine : le mariage et la famille, les rapports sociaux (fraternité), la dignité unique de chaque personne… La foi nous fait respecter davantage la nature. Elle nous aide à trouver des modèles de développement. Elle nous enseigne à découvrir des formes justes de gouvernement. Elle affirme la possibilité du pardon. Elle éclaire à l’heure de l’épreuve et ne fait pas oublier les souffrances du monde. « Le service rendu par la foi au bien commun est toujours service d’espérance » (§ 57).

En finale, le Saint Père se tourne vers Marie, Mère de l’Eglise et Mère de notre foi : « O Mère, aide notre foi ! »

Lourdes, le 16 juillet 2013.

+ Christophe DUFOUR
Archevêque d’Aix en Provence et Arles

 


 

 

Lettre pastorale de Mgr Dufour

 

                        

 

 « Aujourd’hui, Dieu ouvre la porte de la foi »

 

Notre archevêque vient d’écrire une lettre pastorale, qui va être diffusée le 14 octobre, dans les paroisses du diocèse. C’est la relecture de ses visites sur le terrain durant 19 mois (lire son interview du journal diocésain). Il nous invite avec lui à un regard renouvelé sur les réalités humaines et ecclésiales de notre région, à travers le triple filtre de la foi, de l’espérance et de la charité.

 

« A leur arrivée, ils réunirent l’Église et se mirent à rapporter tout ce que Dieu avait fait avec eux, et comment il avait ouvert aux païens la porte de la foi ». Comme Paul et Barnabé à Antioche de Pisidie, j’ai vu s’ouvrir la porte de la foi. Au terme des 200 jours de visite pastorale dans les paroisses de notre diocèse d’Aix-en-Provence et Arles, c’est là l’essentiel du témoignage que je porte désormais : Dieu ouvre chez nous, aujourd’hui encore, la porte de la foi, porte ouverte sur l’Évangile du Christ, son Éternel Amour, mystère invisible, caché depuis la fondation du monde.

 

Je veux donc témoigner de ce que j’ai vu et entendu, de tout ce qui m’a été donné à voir et à entendre des réalités humaines des 97 communes et des 10 doyennés visités, depuis ce 3 octobre où nous étions rassemblés à Martigues et où j’annonçais que je me mettrais en route pour vous visiter…. »

 

I Tout ce que Dieu a fait pour vous : Regard sur quelques réalités humaines, ecclésiales ; la foi est toujours en train d’éclore ; la charité est inventive; l’espérance jaillit de la vie.

 

II Discernons où l’esprit nous conduit : Raviver le don de la foi, le don de la charité, de l’espérance.

 

III Propostions pour l’année de la foi.

 

 

Télécharger la lettre pastorale du 14 octobre 2012

 

Cliquez ici : lettre pastorale 2012 (pdf – 948Ko)