VATICAN

 

 

 

 

 

Tenez ferme" : Message du pape François pour le carême 2015

"Dieu n'est pas indifférent au monde" (texte intégral)

  Rome,               Pape François 

Chers frères et sœurs,

Le Carême est un temps de renouveau pour l’Église, pour les communautés et pour chaque fidèle. Mais c’est surtout un « temps de grâce » (2 Cor 6, 2). Dieu ne nous demande rien qu’il ne nous ait donné auparavant : « Nous aimons parce que Dieu lui-même nous a aimés le premier » (1 Jn 4, 19). Il n’est pas indifférent à nous. Il porte chacun de nous dans son cœur, il nous connaît par notre nom, il prend soin de nous et il nous cherche quand nous l’abandonnons. Chacun de nous l’intéresse ; son amour l’empêche d’être indifférent à ce qui nous arrive. Mais il arrive que, quand nous allons bien et nous prenons nos aises, nous oublions sûrement de penser aux autres (ce que Dieu le Père ne fait jamais), nous ne nous intéressons plus à leurs problèmes, à leurs souffrances et aux injustices qu’ils subissent… alors notre cœur tombe dans l’indifférence : alors que je vais relativement bien et que tout me réussit, j’oublie ceux qui ne vont pas bien. Cette attitude égoïste, d’indifférence, a pris aujourd’hui une dimension mondiale, au point que nous pouvons parler d’une mondialisation de l’indifférence. Il s’agit d’un malaise que, comme chrétiens, nous devons affronter.

Quand le peuple de Dieu se convertit à son amour, il trouve les réponses à ces questions que l’histoire lui pose continuellement. Un des défis les plus urgents sur lesquels je veux m’arrêter dans ce message, est celui de la mondialisation de l’indifférence.

L’indifférence envers son prochain et envers Dieu est une tentation réelle même pour nous, chrétiens. C’est pour cela que nous avons besoin d’entendre, lors de chaque Carême, le cri des prophètes qui haussent la voix et qui nous réveillent.

Dieu n’est pas indifférent au monde, mais il l’aime jusqu’à donner son Fils pour le salut de tout homme. A travers l’incarnation, la vie terrestre, la mort et la résurrection du Fils de Dieu, la porte entre Dieu et l’homme, entre le ciel et la terre, s’est définitivement ouverte. Et l’Église est comme la main qui maintient ouverte cette porte grâce à la proclamation de la Parole, à la célébration des sacrements, au témoignage de la foi qui devient agissante dans l’amour (cf. Ga 5, 6). Toutefois, le monde tend à s’enfermer sur lui-même et à fermer cette porte par laquelle Dieu entre dans le monde et le monde en lui. Ainsi, la main, qui est l’Église, ne doit jamais être surprise si elle est repoussée, écrasée et blessée.

C’est pourquoi, le peuple de Dieu a besoin de renouveau, pour ne pas devenir indifférent et se renfermer sur lui-même. Je voudrais vous proposer trois pistes à méditer pour ce renouveau.

1. « Si un seul membre souffre, tous les membres partagent sa souffrance » (1Co 12, 26) – L’Église

La charité de Dieu qui rompt ce mortel enfermement sur soi-même qu’est l’indifférence, nous est offerte par l’Église dans son enseignement et, surtout, dans son témoignage. Cependant, on ne peut témoigner que de ce que l’on a éprouvé auparavant. Le chrétien est celui qui permet à Dieu de le revêtir de sa bonté et de sa miséricorde, de le revêtir du Christ, pour devenir comme lui, serviteur de Dieu et des hommes. La liturgie du Jeudi Saint, avec le rite du lavement des pieds, nous le rappelle bien. Pierre ne voulait pas que Jésus lui lave les pieds, mais il a ensuite compris que Jésus ne veut pas être seulement un exemple de la manière dont nous devons nous laver les pieds les uns les autres. Ce service ne peut être rendu que par celui qui s’est d’abord laissé laver les pieds par le Christ. Seul celui-là a « part » avec lui (Jn 13, 8) et peut ainsi servir l’homme.

Le Carême est un temps propice pour nous laisser servir par le Christ et apprendre ainsi à servir comme lui. Cela advient lorsque nous écoutons la Parole de Dieu et recevons les sacrements, en particulier l’Eucharistie. En elle, nous devenons ce que nous recevons : le Corps du Christ. Grâce à ce corps, cette indifférence, qui semble prendre si souvent le pouvoir sur nos cœurs, ne trouve plus de place en nous. Puisque ceux qui sont du Christ appartiennent à l’unique Corps du Christ et en lui personne n’est indifférent à l’autre. «  Si un seul membre souffre, tous les membres partagent sa souffrance ; si un membre est à l’honneur, tous partagent sa joie » (1 Co 12, 26).

L’Église est une communio sanctorum parce que les saints y prennent part, mais aussi parce qu’elle est communion de choses saintes : l’amour de Dieu révélé à nous dans le Christ ainsi que tous les dons divins. Parmi eux, il y a aussi la réponse de tous ceux qui se laissent atteindre par un tel amour. Dans cette communion des saints et dans cette participation aux choses saintes personne n’a rien en propre, et ce qu’il possède est pour tout le monde. Et puisque nous sommes liés en Dieu, nous pouvons faire quelque chose autant pour ceux qui sont loin, que pour ceux que nous ne pourrions jamais rejoindre par nos propres forces, puisque nous prions Dieu avec eux et pour eux, afin que nous nous ouvrions tous ensemble à son œuvre de salut.

2. « Où est ton frère ? » (Gn 4, 9) – Les paroisses et les communautés

Il est nécessaire de traduire tout l’enseignement de l’Église universelle dans la vie concrète des paroisses et des communautés chrétiennes. Réussit-on au cœur de ces réalités ecclésiales à faire l’expérience d’appartenir à un seul corps ? Un corps qui en même temps reçoit et partage tout ce que Dieu désire donner ? Un corps qui connaît et qui prend soin de ses membres les plus faibles, les plus pauvres et les plus petits ? Ou bien nous réfugions-nous dans un amour universel qui s’engage en faveur d’un monde lointain mais qui oublie le Lazare qui est assis devant sa propre porte fermée ? (cf. Lc 16, 19-31).

Pour recevoir et faire fructifier pleinement ce que Dieu nous donne, il faut dépasser les frontières de l’Église visible dans deux directions.

D’une part, en nous unissant à l’Église du ciel dans la prière. Quand l’Église terrestre prie, s’instaure une communion de service réciproque et de bien qui parvient jusqu’en la présence de Dieu. Avec les saints qui ont trouvé leur plénitude en Dieu, nous faisons partie de cette communion dans laquelle l’indifférence est vaincue par l’amour. L’Église du ciel n’est pas triomphante parce qu’elle a tourné le dos aux souffrances du monde et se réjouit toute seule. Au contraire, les saints peuvent déjà contempler et jouir du fait que, avec la mort et la résurrection de Jésus, ils ont vaincu définitivement l’indifférence, la dureté du cœur et la haine. Tant que cette victoire de l’amour ne pénètre pas le monde entier, les saints marchent avec nous qui sommes encore pèlerins. Sainte Thérèse de Lisieux, docteur de l’Église, convaincue que la joie dans le ciel par la victoire de l’amour crucifié n’est pas complète tant qu’un seul homme sur la terre souffre et gémit, écrivait: « Je compte bien ne pas rester inactive au Ciel, mon désir est de travailler encore pour l'Église et les âmes » (Lettre 254,14 juillet 1897).

Nous aussi, nous participons aux mérites et à la joie des saints et eux participent à notre lutte et à notre désir de paix et de réconciliation. Leur bonheur de jouir de la victoire du Christ ressuscité nous est un motif de force pour dépasser tant de formes d’indifférence et de dureté du cœur.

D’autre part, chaque communauté chrétienne est appelée à franchir le seuil qui la met en relation avec la société qui l’entoure, avec les pauvres et ceux qui sont loin. L’Église est, par nature, missionnaire, et elle n’est pas repliée sur elle-même, mais envoyée à tous les hommes.

Cette mission est le témoignage patient de celui qui veut porter au Père toute la réalité humaine et chaque homme en particulier. La mission est ce que l’amour ne peut pas taire. L’Église suit Jésus Christ sur la route qui la conduit vers tout homme, jusqu’aux confins de la terre (cf. Ac 1,8). Nous pouvons ainsi voir dans notre prochain le frère et la sœur pour lesquels le Christ est mort et ressuscité. Tout ce que nous avons reçu, nous l’avons reçu aussi pour eux. Et pareillement, ce que ces frères possèdent est un don pour l’Église et pour l’humanité entière.

Chers frères et sœurs, je désire tant que les lieux où se manifeste l’Église, en particulier nos paroisses et nos communautés, deviennent des îles de miséricorde au milieu de la mer de l’indifférence !

3. « Tenez ferme » (Jc 5, 8) – Chaque fidèle

Même en tant qu’individus nous sommes souvent tentés d’être indifférents à la misère des autres. Nous sommes saturés de nouvelles et d’images bouleversantes qui nous racontent la souffrance humaine et nous sentons en même temps toute notre incapacité à intervenir. Que faire pour ne pas se laisser absorber par cette spirale de peur et d’impuissance ?

Tout d’abord, nous pouvons prier dans la communion de l’Église terrestre et céleste. Ne négligeons pas la force de la prière de tant de personnes ! L’initiative 24 heures pour le Seigneur, qui, j’espère, aura lieu dans toute l’Église, même au niveau diocésain, les 13 et 14 mars, veut montrer cette nécessité de la prière.

Ensuite, nous pouvons aider par des gestes de charité, rejoignant aussi bien ceux qui sont proches que ceux qui sont loin, grâce aux nombreux organismes de charité de l’Église. Le Carême est un temps propice pour montrer cet intérêt envers l’autre par un signe, même petit, mais concret, de notre participation à notre humanité commune.

Enfin, la souffrance de l’autre constitue un appel à la conversion parce que le besoin du frère me rappelle la fragilité de ma vie, ma dépendance envers Dieu et mes frères. Si nous demandons humblement la grâce de Dieu et que nous acceptons les limites de nos possibilités, alors nous aurons confiance dans les possibilités infinies que l’amour de Dieu a en réserve. Et nous pourrons résister à la tentation diabolique qui nous fait croire que nous pouvons nous sauver et sauver le monde tout seuls.

Pour dépasser l’indifférence et nos prétentions de toute-puissance, je voudrais demander à tous de vivre ce temps de Carême comme un parcours de formation du cœur, comme l’a dit Benoît XVI (cf. Lett. Enc. Deus caritas est, n. 31). Avoir un cœur miséricordieux ne veut pas dire avoir un cœur faible. Celui qui veut être miséricordieux a besoin d’un cœur fort, solide, fermé au tentateur, mais ouvert à Dieu. Un cœur qui se laisse pénétrer par l’Esprit et porter sur les voies de l’amour qui conduisent à nos frères et à nos sœurs. Au fond, un cœur pauvre, qui connaisse en fait ses propres pauvretés et qui se dépense pour l’autre.

Pour cela, chers frères et sœurs, je désire prier avec vous le Christ en ce Carême : « Fac cor nostrum secundum cor tuum » : « Rends notre cœur semblable au tien » (Litanies du Sacré Cœur de Jésus). Alors nous aurons un cœur fort et miséricordieux, vigilant et généreux, qui ne se laisse pas enfermer en lui-même et qui ne tombe pas dans le vertige de la mondialisation de l’indifférence.

Avec ce souhait, je vous assure de ma prière afin que chaque croyant et chaque communauté ecclésiale parcourt avec fruit le chemin du Carême, et je vous demande de prier pour moi. Que le Seigneur vous bénisse et que la Vierge Marie vous garde

 

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Pape François : "Le démon entre par la poche" !

Retour sur le long colloque du Pape avec les prêtres du 12 juin 2015, à Saint-Jean-de-Latran.Quelques miettes nourrissantes du long colloque du Pape avec les prêtres du 12 juin 2015, à Saint-Jean-de-Latran.

 

ALETEIA 16 06 2015

 

 

 

 

 

Francisco AparecidaCTV

 
 
 
 
 

Les rencontres de François avec les pasteurs du grand troupeau qu’est l’Église universelle suscitent toujours l’intérêt de cette dernière, et la déception est rarement au rendez-vous. Le Pape, à l’aise et heureux au milieu de "ses" prêtres, trouve toujours de nouveaux mots et expressions pour parler du sacerdoce et répondre aux questions des ministres de l’Église.

Ce vendredi 12 juin 2015, en la fête du Sacré-Cœur de Jésus, il s’y est employé en présence des participants venus de tous les continents à la troisième retraite mondiale des prêtres organisée à Rome (10-14 juin) par le Service international du renouveau charismatique catholique et le mouvement Catholic Fraternity. Un long échange de deux heures en espagnol, difficile, donc, à restituer dans son intégralité. Mais quand la table est abondante, les miettes du festin suffisent à nourrir les absents. La preuve par ces extraits,
traduits par Aleteia depuis Radio Vatican, sur des sujets "tous azimuts" :


La discussion, nécessaire dans l’Église

La discussion, la franchise et la confrontation donnent de la vitalité à l’Église. Les Églises sans discussion sont des Églises mortes. Dans les cimetières, personne ne discute de rien.

L’importance des femmes dans l’Église

Marie est plus importante que les apôtres. (…) Le génie féminin de l’Église est une grâce, parce que l’Église est femme : elle est "la" Église et non "le" Église. L’Église est Épouse du Christ. Et Mère du saint peuple des fidèles de Dieu. (…) Et ces femmes qui sont là [aujourd’hui dans la basilique] sont à l’image et à la ressemblance de l’Église et de Marie.

La certitude que Dieu pardonne

Dans les pires moments, quand vous vous serez disputés avec le Seigneur ou quand vous Lui aurez été infidèles, ne craignez pas ! Approchez-vous du tabernacle, ouvrez votre cœur et laissez couler vos larmes. Soyez certains du pardon de Dieu dans la confession.

Sacerdoce : pas de duplicité de cœur

Le peuple de Dieu sait reconnaitre quand un prêtre est amoureux de Jésus ou quand c’est un fonctionnaire à horaires fixes ou une personne qui suit la loi à la lettre. Je vous en supplie : pas de duplicité de cœur ! Qu’il y ait de l’amour et pas d’hypocrisie ; qu’il y ait de la miséricorde, de la tendresse. La première raison d’évangéliser est l’amour de Jésus, que nous avons reçu de Lui, l'espérance d’être sauvés par Lui. (…) Chaque prêtre sent dans son cœur que le Seigneur le met là, au service de son peuple, malgré et à cause de ses manquements et de ses infidélités. Et c'est là une chose merveilleuse.

L’indispensable dialogue d’amour silencieux avec Dieu

Si tu es là, devant le Saint-Sacrement et que tu dors, ne t’inquiète pas ! Laisse-toi regarder par Lui [le Seigneur, présent dans le Saint-Sacrement, ndlr), mais vas-y, vas-y, devant ce tabernacle ! Ne le lâche pas ! Et si tu ne sais pas quoi Lui dire, si tu es fatigué, dis-Lui que tu es fatigué ; et si tu t’endors, demande-Lui de te regarder et que l’Esprit-Saint prie pour toi, là, dans ce dialogue qui est un dialogue d’amour, un dialogue silencieux, sans parole.

L’homélie : parler au cœur des gens

Une idée, un mot, une image et un sentiment. N’oubliez pas que l’homélie n’est pas une conférence, ce n’est pas une leçon de catéchisme, c’est un sacrement ! Ne faites pas peur au peuple fidèle de Dieu, ne le faites pas fuir, ne perdez pas de temps, parlez-leur de Jésus, de la joie d’une foi ancrée en Jésus.

Le baptême ne se refuse pas

Je dois vous dire que cela me fait beaucoup de peine quand un curé ne baptise pas un enfant qui vient de naître parce qu’il est le fils d’une mère célibataire ou d'un père remarié. Il n’a pas le droit ! Le baptême ne se refuse pas ! Quand cela arrive [c’est que] le prêtre a un cœur de bureaucrate, qu’il est lié de façon étroite à la loi de l’Église. L’Église, qui est Mère, se transforme [ainsi] en "marâtre" pour de nombreux fidèles : s’il vous plaît, faites sentir que l’Église est toujours Mère. (…) N’ayez pas peur : miséricorde dans les confessions, miséricorde ! L’amour transforme et contamine !

Ce qu’est l’évangélisation

Le sécularisme ne se combat pas en faisant du prosélytisme, qui est une "caricature de l’évangélisation". Mais en s’occupant des personnes, de la pauvreté, en annonçant l’Évangile et en témoignant, et cela sous toutes les latitudes, même les plus pauvres. 


L’argent et le sacerdoce

Jésus a prêché les béatitudes : prêchez l’Évangile, soyez avec les pauvres. Le peuple fidèle de Dieu ne pardonnera jamais à un prêtre d’être attaché à l’argent et de traiter mal les gens. N’oubliez pas que le démon entre par la poche, c’est par là précisément qu’il entre. Et une fois qu’il est rentré, la seconde étape, c’est la vanité.

Non au cléricalisme

Ne cléricalisez pas ! Le cléricalisme est l’un des péchés et l’une des attitudes les plus pernicieux qui freinent la liberté de l’Église.  

Repentance

Nous nous scandalisons quand des membres de l'État islamique brûlent vif un pauvre pilote dans une cage… Mais au cours de l’histoire, nous avons fait la même chose ! (…) Nous avons blessé notre sainte Mère l’Église ! Dans notre conscience, il doit y avoir ce pardon pour l’histoire de notre famille, pour toutes les fois où nous avons tué au nom de Dieu (les paroles du Pape rappellent par exemple que Jeanne d’Arc, pour ne citer qu’elle, a été condamnée au bûcher par des gens d’Église, ndlr).

Afrique et Europe

[Accueillir] ne suffit pas, c’est juste une réponse d’urgence. Ce qui est nécessaire, c’est que l’Europe aille en Afrique, non pour la dépouiller de ses richesses (bois, or, métal…), mais pour y investir ; pour que l’Afrique s’industrialise et qu’il y ait du travail, afin que les gens ne soient pas contraints de venir en Europe. La formation culturelle et l’assistance sanitaire dans laquelle l’Église est impliquée est également centrale et doit se développer, avec l’aide des chrétiens du monde entier.

Les réserves spirituelles de l’Asie

L’Asie est pour moi une des plus grandes promesses de l’Église. Et c’est pour cela que lors des deux derniers consistoires, [j’ai] voulu créer des cardinaux asiatiques, pour qu’ils soient témoins de toutes ces Églises dans l’Église de Rome. (…) L’Inde est une richesse merveilleuse. Dans la zone du Kerala, il continue à y avoir une grande quantité de vocations. (…) L’Occident est sur le chemin du relativisme, de l’hédonisme et du consumérisme. Au contraire, l’Asie a des réserves spirituelles.

 

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Pour le pape François, « la Bible est un livre extrêmement dangereux ! »

À l’occasion de la publication de la nouvelle Bible pour les jeunes de la collection Youcat en Allemagne le 21 octobre prochain, le pape François a écrit un avant-propos qui décrit de manière très personnelle son rapport à la Bible, comme l’expliquent nos confrères du quotidien allemand Bild.

La Bible est si dangereuse « que dans de nombreux pays, on se comporte comme si avoir une Bible équivalait à stocker des grenades militaires dans son armoire à vêtements ». Le Pape cite ainsi une citation de Gandhi très significative : « Vous autres chrétiens, vous avez entre vos mains un livre qui contient suffisamment de dynamite pour réduire en miettes toute la civilisation ». Il parlait de la Bible.

Voici l’avant-propos du Pape :

« Mes chers et jeunes amis,

Si jamais vous voyiez ma Bible, il se pourrait qu’elle ne vous impressionne pas tant que cela ; quoi, c’est cela la Bible du Pape ? Un vieux livre tout abîmé ! Vous pourriez m’en offrir une nouvelle, une à 1 000 dollars, mais je n’en voudrais pas. J’aime profondément ma vieille Bible qui m’a accompagné la moitié de ma vie. Elle a vu mes plus hautes joies et elle a été mouillée de mes larmes. C’est mon trésor le plus précieux. Je vis d’elle et pour rien au monde je ne voudrais m’en séparer.

Cette Bible que vous venez d’ouvrir me plaît énormément. Elle est si bariolée, si riche de témoignages, de témoignages de saints, de témoignages de jeunes, et elle donne envie d’aller plus loin dans la lecture jusqu’à la dernière page. Et ensuite ? Et ensuite vous la cachez. Elle disparaît sur une étagère, derrière la troisième rangée de livres. Elle prend la poussière. Et vos enfants iront la vendre un jour dans une brocante. Non, ce n’est pas cela qui doit se passer !

Comme si l’on stockait des grenades militaires

Je souhaite vous dire quelque chose : aujourd’hui, il y a plus de chrétiens persécutés que dans les premiers temps de l’Église. Et pourquoi sont-ils persécutés ? Ils sont persécutés parce qu’ils portent une croix et se font les témoins de Jésus. Ils se retrouvent au tribunal parce qu’ils possèdent une Bible.

La Bible est un livre extrêmement dangereux. Si dangereux que dans de nombreux pays on se comporte comme si avoir une Bible équivalait à stocker des grenades militaires dans son armoire à vêtements.

C’est un non chrétien, le Mahatma Gandhi, qui un jour a dit : « Vous autres chrétiens, vous avez entre vos mains un livre qui contient suffisamment de dynamite pour réduire en miettes toute la civilisation, renverser le monde, faire de ce monde dévasté par la guerre un monde en paix. Mais vous faites comme s’il s’agissait juste d’un morceau de bonne littérature et rien de plus ».

Plus que de la littérature

Que tenez-vous donc entre les mains ? Un peu de littérature ? Quelques belles et anciennes histoires ? Dans ce cas, il faut que vous disiez aux chrétiens qui se font emprisonner à cause de leur Bible : « Mais vous êtes stupides ! Il ne s’agit que d’un peu de littérature ! ». Non, c’est par le Verbe de Dieu que la Lumière est entrée dans le monde et elle ne va jamais s’éteindre.

Dans Evangelii Gaudium (175), j’avais déjà dit : « Nous ne cherchons pas à tâtons dans l’obscurité, nous ne devons pas non plus attendre que Dieu nous adresse la parole, parce que réellement ‘Dieu a parlé, Il n’est plus le grand inconnu mais Il s’est montré Lui-même’. Accueillons le sublime trésor de la Parole révélée ».

Un livre dans lequel Dieu nous parle

Vous avez quelque chose de divin entre les mains : un livre brûlant comme les flammes ! Un livre dans lequel Dieu nous parle. Ainsi, comprenez cela : la Bible n’est pas là pour être posée sur une étagère ; elle est là pour que vous l’ayez dans les mains, pour que vous la lisiez souvent, tous les jours, seuls ou à plusieurs. Vous faites du sport ensemble ou du shopping. Pourquoi ne liriez-vous pas la Bible ensemble à deux, trois ou quatre ? Dehors, dans la nature, dans la forêt, sur la plage, le soir à la lueur des bougies: vous feriez une expérience prodigieuse !

Ou peut-être avez-vous peur avec une telle proposition de vous ridiculiser les uns les autres ?

Lisez attentivement ! Ne restez pas à la surface comme lorsqu’on lit une bande dessinée ! Il ne faut jamais survoler la parole de Dieu ! Demandez-vous : qu’est-ce que cela dit à mon cœur ? Que me dit Dieu à travers ces mots ? Me touche-t-il dans la profondeur de mes aspirations ? Que dois-je faire en retour ?

Ce n’est que de cette manière que la force de la Parole de Dieu peut prendre toute sa dimension. Ce n’est qu’ainsi que notre vie peut changer, devenir grande et belle.

Je souhaite vous dire à quel point je lis ma vieille Bible ! Souvent je la prends ici, la lis un peu là, puis je la pose et je me laisse regarder par le Seigneur. Ce n’est pas moi qui Le regarde, c’est LUI qui me regarde. Oui, IL est là. Je Le laisse poser les yeux sur moi. Et je sens, sans sentimentalité aucune, je sens au plus profonds des choses ce que le Seigneur me dit.

Parfois aussi, Il ne parle pas

Parfois aussi, Il ne parle pas. Je ne sens rien, juste du vide, du vide, du vide… Mais je reste patient et j’attends. Je lis et je prie. Je prie assis parce que cela me fait mal de me mettre à genoux. Parfois même je m’endors en priant. Mais cela ne fait rien. Je suis comme un fils avec son père et c’est cela qui est important.

Voulez-vous me faire une joie ? Lisez la Bible !

Votre pape François »

 

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La prière du pape François pour le synode sur la famille

Jésus, Marie et Joseph,
en vous nous contemplons la splendeur de l’amour véritable,
à vous nous nous adressons avec confiance.

Sainte Famille de Nazareth,
fais aussi de nos familles des lieux de communion et des cénacles de prière,
des écoles authentiques de l’Évangile et des petites Églises domestiques.

Sainte Famille de Nazareth,
que jamais plus dans les familles on fasse l’expérience
de la violence, de la fermeture et de la division :
que quiconque a été blessé ou scandalisé connaisse rapidement consolation et guérison.

Sainte Famille de Nazareth,
que le prochain synode des évêques puisse réveiller en tous la conscience
du caractère sacré et inviolable de la famille, sa beauté dans le projet de Dieu.

Jésus, Marie et Joseph,
écoutez-nous, exaucez notre prière.

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LETTRE ENCYCLIQUE
LAUDATO SI’
DU SAINT-PÈRE
FRANÇOIS
SUR LA SAUVEGARDE DE LA
MAISON COMMUNE

 

 cliquez >>>  http://w2.vatican.va/content/francesco/fr/encyclicals/documents/papa-francesco_20150524_enciclica-laudato-si.html

 

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Le Pape François a rendu public ce mardi son message écrit pour le Carême 2015, intitulé « Tenez ferme » (Jc5,8).

« Chers frères et sœurs,

Le Carême est un temps de renouveau pour  l’Église, pour les communautés et pour chaque fidèle. Mais c’est surtout un « temps de grâce » (2 Co 6,2). Dieu ne nous demande rien qu’il ne nous ait donné auparavant : « Nous aimons parce que Dieu  lui-même nous a aimés le premier » (1 Jn4, 19). Il n’est pas indifférent à nous. Il porte chacun de nous dans son cœur, il nous connaît par notre nom, il prend soin de nous et il nous cherche quand nous l’abandonnons. Chacun de nous l’intéresse ; son amour l’empêche d’être indifférent à ce qui nous arrive. Mais il arrive que, quand nous allons bien et nous prenons nos aises, nous oublions sûrement de penser aux autres (ce que Dieu le Père ne fait  jamais), nous ne nous intéressons plus à leurs problèmes, à leurs souffrances et aux injustices qu’ils subissent… alors notre cœur tombe dans l’indifférence : alors que je vais relativement bien et que tout me réussit, j’oublie ceux qui ne vont pas bien. Cette attitude égoïste, d’indifférence, a pris aujourd’hui une dimension mondiale, au point que nous pouvons parler d’une mondialisation de l’indifférence. Il s’agit d’un malaise que, comme chrétiens, nous devons affronter.

Quand le peuple de Dieu se convertit à son amour, il trouve les réponses à ces questions que l’histoire lui pose continuellement. Un des défis les plus urgents sur lesquels je veux m’arrêter dans ce message, est celui de la mondialisation de l’indifférence. L’indifférence envers son prochain et envers Dieu est une tentation réelle même pour nous, chrétiens. C’est pour cela que nous avons besoin d’entendre, lors de chaque Carême, le cri des prophètes qui haussent la voix et qui nous réveillent. Dieu n’est pas indifférent au monde, mais il l’aime jusqu’à donner son Fils pour le salut de tout homme. À travers l’incarnation, la vie terrestre, la mort et la résurrection du Fils de Dieu, la porte entre Dieu et l’homme, entre le ciel et la terre, s’est définitivement ouverte. Et l’Église est comme la main qui maintient ouverte cette porte grâce à  la proclamation de la Parole, à la célébration des sacrements, au témoignage de la foi qui devient agissante dans l’amour (cf. Ga5,6). Toutefois, le monde tend à s’enfermer sur lui-même et à fermer cette porte par laquelle Dieu entre dans le monde et le monde en lui. Ainsi, la main, qui est l’Église, ne doit jamais être surprise si elle est repoussée, écrasée et blessée. C’est pourquoi, le peuple de Dieu a besoin de renouveau, pour ne pas devenir indifférent et se renfermer sur lui-même. Je voudrais vous proposer trois pistes à méditer pour ce renouveau.

 

1. « Si un seul membre souffre, tous les membres partagent sa souffrance » (1 Co12,26) – L’Église

La charité de Dieu qui rompt ce mortel enfermement sur soi-même qu’est l’indifférence, nous est offerte par l’Église dans son enseignement et, surtout, dans son témoignage. Cependant, on ne peut témoigner que de ce que l’on a éprouvé auparavant. Le chrétien est celui qui permet à Dieu de le revêtir de sa bonté et de sa miséricorde, de le revêtir du Christ, pour devenir comme lui, serviteur de Dieu et des hommes. La liturgie du Jeudi Saint, avec le rite du lavement des pieds, nous le rappelle bien. Pierre ne voulait pas que Jésus lui lave les pieds, mais il a ensuite compris que Jésus ne veut pas être seulement un exemple de la manière dont nous devons nous laver les pieds les uns les autres. Ce service ne peut être rendu que par celui qui s’est d’abord laissé laver les pieds par le Christ. Seul celui-là a « part » avec lui (Jn13,8) et peut ainsi servir l’homme. Le Carême est un temps propice pour nous laisser servir par le Christ et apprendre ainsi à servir comme lui. Cela advient lorsque nous écoutons la Parole de Dieu et recevons les sacrements, en particulier l’Eucharistie. En elle, nous devenons ce que nous recevons : le Corps du Christ. Grâce à ce corps, cette indifférence, qui semble prendre si souvent le pouvoir sur nos cœurs, ne trouve plus de place en nous. Puisque ceux qui sont du Christ appartiennent à l’unique Corps du Christ et en lui personne n’est indifférent à l’autre. « Si un seul membre souffre, tous les membres partagent sa souffrance ; si un membre est à l’honneur, tous partagent sa joie » (1 Co12,26).

L’Église est une communio sanctorum parce que les saints y prennent part, mais aussi parce qu’elle est communion de choses saintes : l’amour de Dieu révélé à nous dans le Christ ainsi que tous les dons divins. Parmi eux, il y a aussi la réponse de tous ceux qui se laissent atteindre par un tel amour. Dans cette communion des saints et dans cette participation aux choses saintes personne n’a rien en propre, et ce qu’il possède est pour tout le monde. Et puisque nous sommes liés en Dieu, nous pouvons faire quelque chose autant pour ceux qui sont loin, que pour ceux que nous ne pourrions jamais rejoindre par nos propres forces, puisque nous prions Dieu avec eux et pour eux, afin que nous nous ouvrions tous ensemble à son œuvre de salut.

 

2. « Où est ton frère ? » (Gn4,9) – Les paroisses et les communautés

Il est nécessaire de traduire tout l’enseignement de l’Église universelle dans la vie concrète des paroisses et des communautés chrétiennes. Réussit-on au cœur de ces réalités ecclésiales à faire l’expérience d’appartenir à un seul corps ? Un corps qui en même temps reçoit et partage tout ce que Dieu désire donner ? Un corps qui connaît et qui prend soin de ses membres les plus faibles, les plus pauvres et les plus petits ? Ou bien nous réfugions-nous dans un amour universel qui s’engage en faveur d’un monde lointain mais qui oublie le Lazare qui est assis devant sa propre porte fermée ? (cf. Lc16,19-31). Pour recevoir et faire  fructifier pleinement ce que Dieu nous donne, il faut dépasser les frontières de l’Église visible dans deux directions. D’une part, en nous unissant à l’Église du ciel dans la prière. Quand l’Église terrestre prie, s’instaure une communion de service réciproque et de bien qui parvient jusqu’en la présence de Dieu. Avec les saints qui ont trouvé leur plénitude en Dieu, nous faisons partie de cette communion dans laquelle l’indifférence est vaincue par l’amour.

L’Église du ciel n’est pas triomphante parce qu’elle a tourné le dos aux souffrances du monde et se réjouit toute seule. Au contraire, les saints peuvent déjà contempler et jouir du fait que, avec la mort et la résurrection de Jésus, ils ont vaincu définitivement l’indifférence, la dureté du cœur et la haine. Tant que cette victoire de l’amour ne pénètre pas le monde entier, les saints marchent avec nous qui sommes encore pèlerins. Sainte Thérèse de Lisieux, docteur de l’Église, convaincue que la joie dans le ciel par la victoire de l’amour crucifié n’est pas complète tant qu’un seul homme sur la terre souffre et gémit, écrivait : « Je compte bien ne pas rester inactive au Ciel, mon désir est de travailler encore pour l’Église et les âmes » (Lettre 254, 14  juillet 1897). Nous aussi, nous participons aux mérites et à la joie des saints et eux participent à notre lutte et à notre désir de paix et de réconciliation. Leur bonheur de jouir de la victoire du Christ ressuscité nous est un motif de force pour dépasser tant de formes d’indifférence et de dureté du cœur. D’autre part, chaque communauté chrétienne est appelée à franchir le seuil qui la met en relation avec la société qui l’entoure, avec les pauvres et ceux qui sont loin. L’Église est, par nature, missionnaire, et elle n’est pas repliée sur elle-même, mais envoyée à tous les hommes.

Cette mission est le témoignage patient de celui qui veut porter au Père toute la réalité humaine et chaque homme en particulier. La mission est ce que l’amour ne peut pas taire. L’Église suit Jésus Christ sur la route qui la conduit vers tout homme, jusqu’aux confins de la terre (cf. Ac1,8). Nous pouvons ainsi voir dans notre prochain le frère et la sœur pour lesquels le Christ est mort et ressuscité. Tout ce que nous avons reçu, nous l’avons reçu  aussi pour eux. Et pareillement, ce que ces frères possèdent est un don pour l’Église et pour l’humanité entière. Chers frères et sœurs, je désire tant que les lieux où se manifeste l’Église, en particulier nos paroisses et nos communautés, deviennent des îles de miséricorde au milieu de la mer de l’indifférence !

 

3. « Tenez ferme » (Jc5,8) – Chaque fidèle

Même en tant qu’individus nous sommes souvent tentés d’être indifférents à la misère des autres. Nous sommes saturés de nouvelles et d’images  bouleversantes qui nous racontent la souffrance humaine et nous sentons en même temps toute notre incapacité à intervenir. Que faire pour ne pas se laisser absorber par cette spirale de peur et d’impuissance ? Tout d’abord, nous pouvons prier dans la communion de l’Église terrestre et céleste. Ne négligeons pas la force de la prière de tant de personnes ! L’initiative 24 heures pour le Seigneur, qui, j’espère, aura lieu dans toute l’Église, même au niveau  diocésain, les 13 et 14 mars, veut montrer cette nécessité de la prière. Ensuite, nous pouvons aider par des gestes de charité, rejoignant aussi bien ceux qui sont proches que ceux qui sont loin, grâce aux nombreux organismes de charité de l’Église. Le Carême est un temps propice pour montrer cet intérêt envers l’autre par un signe, même petit, mais concret, de notre participation à notre humanité commune.

Enfin, la souffrance de l’autre constitue un appel à la conversion parce que le besoin du frère me rappelle la fragilité de ma vie, ma dépendance envers Dieu et mes frères. Si nous demandons humblement la grâce de Dieu et que nous acceptons les limites de nos possibilités, alors nous aurons confiance dans les possibilités infinies que l’amour de Dieu a en réserve. Et nous pourrons résister à la tentation diabolique qui nous fait croire que nous pouvons nous sauver et sauver le monde tout seuls.

Pour dépasser l’indifférence et nos prétentions de toute-puissance, je voudrais demander à tous de vivre ce temps de Carême comme un parcours de formation du cœur, comme l’a dit Benoît XVI  (cf. Lett. Enc. Deus caritas est, n. 31). Avoir un cœur miséricordieux ne veut pas dire avoir un  cœur faible. Celui qui veut être miséricordieux a besoin d’un cœur fort, solide, fermé au tentateur, mais ouvert à Dieu. Un cœur qui se laisse pénétrer par l’Esprit et porter sur les voies de l’amour qui conduisent à nos frères et à nos sœurs. Au fond, un cœur pauvre, qui connaisse en fait ses propres pauvretés et qui se dépense pour l’autre.

Pour cela, chers frères et sœurs, je désire prier avec vous le Christ en ce Carême : « Fac cor nostrum secundum cor tuum » : « Rends notre cœur semblable au tien » (Litanies du Sacré Cœur de  Jésus). Alors nous aurons un cœur fort et miséricordieux, vigilant et généreux, qui ne se laisse pas enfermer en lui-même et qui ne tombe pas dans le vertige de la mondialisation de l’indifférence. Avec ce souhait, je vous assure de ma prière afin que chaque croyant et chaque communauté ecclésiale parcourt avec fruit le chemin du Carême, et je vous demande de prier pour moi. Que le Seigneur vous bénisse et que la Vierge Marie vous garde.

Radio Vatican mardi 17 02 2015

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Le pape François : « Si le mal est contagieux, le bien l’est aussi »

Lors de l'Angélus de ce dimanche, le Saint-Père a appelé les chrétiens à se laisser contaminer par le bien

 
Angelus 15.02.15CTV
 
À l’Angélus, ce dimanche 15 février, devant des milliers de personnes rassemblées sur la place Saint-Pierre, le Pape François a commenté la guérison du lépreux racontée dans le premier chapitre de l’Évangile selon saint Marc. L’occasion pour lui d’expliquer comment Jésus lutte contre le mal et le péché et d’appeler les chrétiens à combattre toute forme de marginalisation.
Dans les Évangiles proposés ces derniers dimanches, a relevé le Saint-Père, Marc raconte l’action de Jésus contre toutes sortes de maux, au bénéfice de ceux qui souffrent dans leur corps et dans leur esprit : possédés, malades, pécheurs… Jésus se présente comme celui qui combat et vainc le mal qu’Il rencontre. Dans l’Évangile de ce dimanche, cette lutte est confrontée à un cas emblématique, car le malade est un lépreux. La lèpre est une maladie contagieuse et impitoyable, qui défigure ceux qui en sont atteints, et qui a été un symbole d’impureté : le lépreux devait rester en dehors des villes et signaler sa présence aux passants. Il vivait en marge des communautés civile et religieuse. Il était comme un mort ambulant.

 

Jésus s'expose directement au mal

Le récit de la guérison du lépreux se déroule en trois brefs passages : l’invocation du malade, la réponse de Jésus, les conséquences de la guérison prodigieuse. À la prière humble et confiante, Jésus réagit par une attitude profonde de son âme : la compassion, qui veut dire « pâtir avec l’autre ». Le cœur du Christ manifeste la compassion paternelle de Dieu pour cet homme. « Il y a un détail très important dans ce récit, a souligné le pape François, Jésus s’approche et touche le malade. La miséricorde de Dieu surmonte toutes les barrières. Jésus ne fixe pas une distance de sécurité, Il ne délègue pas, Il s’expose directement à la contagion de notre mal et notre mal devient le lieu de contact : Jésus prend notre humanité malade et nous prenons son humanité saine et qui assainit. Cela se produit chaque fois que nous recevons avec foi un sacrement, en particulier le sacrement de la réconciliation qui nous guérit de la lèpre de notre péché. »
Encore une fois, l’Évangile nous montre l’attitude de Dieu face à notre mal : Il ne vient pas « donner une leçon » sur la douleur ; Il ne vient pas non plus éliminer du monde la souffrance et la mort ; Il vient prendre sur Lui le poids de notre condition humaine pour nous libérer de manière radicale et définitive. C’est ainsi que le Christ combat les maux et les souffrances du monde : en s’en chargeant et en les vainquant par la force de la miséricorde de Dieu.

 

Se laisser contaminer par le bien

L’Évangile de la guérison du lépreux, a conclu le Souverain Pontife, nous dit que « si nous voulons être d’authentiques disciples de Jésus, nous sommes appelés à devenir, en union avec Lui, des artisans de son amour miséricordieux, en surmontant toute forme de marginalisation. Pour imiter le Christ, devant un pauvre ou un malade, nous ne devons pas avoir peur de le regarder dans les yeux et de nous approcher de lui avec tendresse et compassion. Si le mal est contagieux, le bien l’est aussi ». Et le pape François a exhorté les fidèles à se laisser contaminer par le bien.

 

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Qui est François ? >>> cliquez >>>  Photos 2013 pape francois1

 

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Quinze tentations, diagnostic et remèdes

"La curie romaine et le Corps du Christ" (texte intégral) 

  Rome,  22/12/2014 extrait de Zenit

Le discours du pape François à la curie romaine aura certainement un effet revigorant pour la foi des baptisés: on ne saurait en effet y lire un examen de conscience à l'usage exclusif de ses plus proches collaborateurs. Son exigence traduit certes l'importance du service de la curie pour le ministère de Pierre et pour l'Eglise universelle. Mais pas seulement. Le pape offre ici comme un Compendium du discernement quotidien proposé dans ses homélies du matin à Sainte-Marthe. 

 Le pape a reçu les membres de la curie romaine ce lundi matin, 22 décembre, à 10h30 en la salle Clémentine du Vatican à l'occasion de l'échange traditionnel des voeux de Noël. Après l'hommage lu, au nom des cardinaux, par le doyen du Collège cardinalice, le cardinal Angelo Sodano, le pape François a prononcé un discours où il a diagnostiqué ces quinze tentations - "maladies" - à surmonter par une forte spiritualité. 

L'examen de conscience part de l'affirmation du don de Dieu célébré à Noël qui est "la manifestation de l'amour de Dieu qui ne se limite pas à nous donner quelque chose ou à nous envoyer un message ou des messagers, mais nous fait le don de lui-même. Le mystère de Dieu qui prend sur lui notre condition humaine et nos péchés pour nous révéler Sa Vie divine, Sa grâce immense et Son pardon gratuit."

Chemin faisant, le pape brosse le portrait robot de l'apôtre appelé à être une personne "courtoise, sereine, enthousiaste et joyeuse, qui communique la joie où qu'il se trouve".

Ce discours annuel à la curie est toujours très attendu, comme celui au Corps diplomatique en janvier: on en attend notamment un état des lieux de l'Eglise universelle et pas seulement de la curie. Un des plus fameux est celui du pape Benoît XVI sur l'interprétation du concile Vatican II, le 22 décembre 2005.

Le discours de cette année montre que la réforme introduite par le pape François dans les structures curiales pour les rendre plus efficaces au service du Peuple de Dieu, est aussi avant tout une réforme spirituelle, centrée sur le Christ dans l'Esprit Saint, à la gloire du Père.

A.B.

Discours du  pape François

La curie romaine et le Corps du Christ “Tu es au-dessus des chérubins, toi qui a changé la misérable condition du monde quand tu t'es fait comme nous” (saint Athanase). 

Chers frères,

Au terme de l'Avent, nous nous rencontrons pour les salutations traditionnelles. Dans quelques jours, nous aurons la joie de célébrer la Nativité du Seigneur, l'événement de Dieu qui se fait homme pour sauver les hommes: la manifestation de l'amour de Dieu qui ne se limite pas à nous donner quelque chose ou à nous envoyer un message ou des messagers, mais qui nous fait le don de lui-même. Le mystère de Dieu qui prend sur lui notre condition humaine et nos péchés pour nous révéler Sa vie divine, Sa grâce immense et Son pardon gratuit. 

C'est le rendez-vous avec Dieu qui naît de la pauvreté de le grotte de Bethléem, pour nous enseigner la puissance de l'humilité. En effet, la Nativité est aussi une fête de la lumière qui n'est pas accueillie par les "gens élus" mais par "les gens pauvres et simples" qui attendaient le salut du Seigneur. 

Avant tout, je voudrais vous souhaiter à tous - collaborateurs, frères et soeurs, représentants pontificaux dispersés dans le monde -, et à tous ceux qui vous sont chers un Saint Noël et une heureuse Année nouvelle.Je désire surtout vous remercier de votre engagement quotidien au service du Saint-Siège, de l'Eglise catholique, des Eglises particulières et du Successeur de Pierre. 

Etant donné que nous sommes des "personnes" et pas des "numéros", ou seulement des "dénominations", je mentionne de façon particulière ceux qui ont terminé leur service cette année, pour limite d'âge ou parce qu'ils assument d'autres rôles ou parce qu'ils ont été rappelés à la Maison du Père.  Ma pensée et ma gratitude s'adressent aussi à eux tous et à leurs familles.

Je désire, avec vous, exprimer mes vifs et sincères remerciements au Seigneur pour l'année qui s'en va, pour les événements vécus et pour tout le bien qu'Il a voulu accomplir, généreusement, par le service du Saint-Siège, en Lui demandant humblement pardon pour les manquements commis "en pensée, en parole, par action et par omission".

C'est en partant justement de cette demande de pardon que je voudrais que cette rencontre et les réflexions que je partagerai avec vous deviennent pour nous tous un soutien et un stimulant pour un vrai examen de conscience pour préparer votre coeur à Noël.

En pensant à notre rencontre, il m'est venu à l'esprit l'image de l'Eglise comme "le Corps mystique de Jésus-Christ". C'est une expression qui, comme le pape Pie XII l'a expliqué, "jaillit et quasi germe de ce qui vient souvent exposé dans l'Ecriture Sainte et chez les Saints Pères" 1. A ce propos, saint Paul a écrit: "Le Corps, tout en étant un, a beaucoup de membres et tous le membres sont un seul corps, et il en est ainsi aussi dans le Christ" (1 Co 12, 12)2.

Dans ce sens, le Concile Vatican II rappelle que "dans l’édification du Corps du Christ règne également une diversité de membres et de fonctions. Unique est l’Esprit qui distribue des dons variés pour le bien de l’Église à la mesure de ses richesses et des exigences des services (cf. 1 Co 12, 11)"3. C'est pourquoi "le Christ et l'Eglise forment donc le "Christ total" [«Christus totus»]. L'Eglise fait un avec le Christ” 4.

C'est beau de penser à la curie romaine comme à un petit modèle de l'Eglise, c'est-à-dire comme un "corps" qui cherche sérieusement et quotidiennement à être plus vivant, plus sain, plus harmonieux et plus uni en lui-même et avec le Christ.

En réalité, la curie romaine est un corps complexe, composé de tant de dicastères, conseils, bureaux, tribunaux, commissions et de nombreux éléments qui n'ont pas tous la même tâche mais sont coordonnés pour un fonctionnement efficace, édifiant, discipliné et exemplaire, en dépit des différences culturelles, linguistiques et nationales de ses membres5.

Mais la curie étant un corps dynamique, elle ne peut pas vivre sans nourriture et sans soins. De fait, la curie - comme l'Eglise - ne peut pas vivre sans avoir un rapport vital, personnel authentique et solide, avec le Christ6. 

Un membre de la curie qui ne se nourrit pas de cette nourriture deviendra un bureaucrate (formaliste, fonctionnaire, employé): un sarment qui se dessèche, meurt peu à peu et est rejeté. La prière quotidienne, la participation assidue aux sacrements, en particulier l'eucharistie et la réconciliation, le contact quotidien avec la Parole de Dieu, et la spiritualité traduite en charité vécue, sont la nourriture vitale pour chacun de nous. Il faut que ce soit clair pour nous tous: sans Lui, nous ne pouvons rien faire (Cf. Jn 15, 8).

Par conséquent, le rapport vivant avec Dieu nourrit et fortifie aussi la communion avec les autres, c'est-à-dire que plus nous sommes intiment unis à Dieu, plus nous sommes unis entre nous, parce que l'Esprit de Dieu unit et l'esprit du malin divise.

La curie est appelée à s'améliorer, à toujours s'améliorer et à grandir en communion, sainteté et sagesse pour réaliser pleinement sa mission7. 

Pourtant, comme tout corps humain, elle est exposée aussi aux maladies, aux dysfonctionnements, aux infirmités. Et ici, je voudrais mentionner certaines de ces maladies éventuelles, maladies curiales. Ce sont des maladies plus habituelles dans notre vie de curie. Ce sont des maladies et des tentations qui affaiblissent notre service du Seigneur.

Je crois que ce catalogue des "maladies" dont nous parlons aujourd'hui nous aidera - sur le chemin des pères du désert, qui faisaient ces catalogues - : il nous aidera à nous préparer au Sacrement de la réconciliation, qui sera un beau pas en avant pour nous tous, pour nous préparer à Noël. 

1. La maladie de se sentir "immortel", "avec l'immunité" ou même "indispensable",en négligeant les contrôles habituels nécessaires. Une curie qui n'est pas autocritique qui ne se met pas à jour, qui ne cherche pas à s'améliorer est un corps malade. Une visite ordinaire aux cimetières pourrait nous aider à voir les noms de tant de personnes dont certains pensaient peut-être être immortels, ayant une immunité, et indispensables! C'est la maladie du riche stupide de l'Evangile qui pensait vivre éternellement (cf. Lc 12, 13-21) et aussi de ceux qui se transforment en maîtres et qui se sentent supérieur à tous, et non au service de tous. Elle découle souvent de la pathologie du pouvoir, du "complexe des élus", du narcissisme qui regarde passionnément sa propre image et ne voit pas l'image de Dieu imprimée sur le visage des autres, spécialement des plus faibles et des nécessiteux8. L’antidote à cette épidémie est la grâce de se sentir pécheurs et de dire de tout son coeur: "Nous sommes des serviteurs inutiles. Nous avons fait ce que nous devions faire" (Lc 17, 10).

2. Il y en a une autre: la maladie de du "marthalisme" (de sainte Marthe) de l'excès d'activité, c'est-à-dire de ceux qui se plongent sans le travail, en négligeant inévitablement, la "meilleure part" : s'asseoir aux pieds de Jésus (cf. Lc 10, 38-42). C'est pour cela que Jésus a appelé ses disciples à "se reposer un peu" (cf. Mc 6, 31), parce que négliger le repos nécessaire conduit au stress et à l'agitation. Le temps du repos est nécessaire à qui a accompli sa mission: c'est un devoir qui doit être vécu sérieusement, en passant un peu de temps avec sa famille, et en respectant les vacances comme des moments de recharge spirituelle et physique. Il faut apprendre ce que Qohélet enseigne: "Il y a un temps pour toute chose" (3, 1-15).

3. Il y a aussi la maladie de la "pétrification" mentale et spirituelle, de ceux qui ont un coeur de pierre ou une "nuque raide"(Ac 7, 51-60); de ceux qui, en chemin, perdent leur sérénité intérieure, leur vivacité, et leur audace et se cachent derrière les papiers, devenant des "machines à formulaires", et non des "hommes de Dieu" (cf. He 3, 12). C'est dangereux de perdre la sensibilité humaine nécessaire pour pouvoir pleurer avec ceux qui pleurent et nous réjouir avec ceux qui sont dans la joie! C'est la maladie de ceux qui perdent "les sentiments de Jésus" (cf. Ph 2, 5-11) parce que leur coeur, au fil du temps, se durcit, et devient incapable d'aimer de façon inconditionnelle leur Père et leur prochain (cf. Mt 22, 34-40). Etre chrétiens signifie en effet "avoir les sentiments mêmes du Christ Jésus, sentiments d'humilité et de don de soi, de détachement, et de générosité".

4. La maladie de l'excès de planification et de fonctionnarisme : quand l'apôtre planifie trop minutieusement et croit que grâce à une planification parfaite les choses avancent effectivement, devenant ainsi un comptable. C'est nécessaire de bien tout préparer mais sans jamais tomber dans la tentation de vouloir s'enfermer et piloter la liberté de l'Esprit Saint qui reste toujours plus grande, plus généreuse, que toute planification humaine (cf. Jn 3,8). On tombe dans cette maladie parce "qu'il est plus facile et plus commode de se reposer sur nos positions statiques et immuables. En réalité, l'Eglise se montre fidèle à l'Esprit Saint quand elle ne prétend pas le régler ou l'apprivoiser… Apprivoiser l'Esprit Saint… Il est fraîcheur, fantaisie, nouveauté"9.

5. La maladie de la mauvaise coordination :lorsque les membres perdent la communion entre eux et que le corps perd son fonctionnement harmonieux et sa tempérance en devenant un orchestre qui produit seulement du bruit parce que ses membres ne collaborent pas et ne vivent pas l'esprit de communion et d'équipe. Lorsque le pied dit au bras: "je n'ai pas besoin de toi" ou la main à la tête: "c'est moi qui commande", provoquant ainsi malaise et scandale.

6. Il y a aussi la maladie de l’Alzheimer spirituel,c'est-à-dire l'oubli de "l'histoire du salut", de l'histoire personnelle avec le Seigneur, du "premier amour" (Ap 2, 4). Il s'agit d'un déclin progressif des facultés spirituelles qui, dans un laps de temps plus ou moins long, causent un grave handicap à la personne en la faisant devenir incapable d'une activité autonome, du fait d'un état de dépendance absolue de ses vues souvent imaginaires. Nous le voyons dans ceux qui ont perdu la mémoire de leur rencontre avec le Seigneur, dans ceux qui ne font pas le sens "deutéronomique" de la vie; dans ceux qui sont totalement dépendants de leur "présent", de leurs passions, caprices et manies; dans ceux qui construisent autour d'eux des murs et des habitudes et deviennent toujours plus esclaves des idoles qu'ils ont sculptées de leurs propres mains.

7. La maladie de la rivalité et de la vaine gloire11: quand l'apparence, les couleurs des vêtements, les signes honorifiques, deviennent le premier objectif de la vie, et que l'on oublie les paroles de saint Paul: "ne faites rien par rivalité ou vaine gloire, mais que chacun de vous, en toute humilité, considère les autres supérieurs à soi. Ne cherchez pas votre propre intérêt mais celui des autres" (Ph 2, 1-4). C'est la maladie qui nous pousse à être des hommes et des femmes faux et à vivre un "faux mysticisme", un faux "quiétisme". Paul lui-même les définit comme des "ennemis de la croix du Christ" parce qu'ils "se vantent de ce dont ils devraient avoir honte et ne pensent qu'aux choses de la terre" (Ph 3, 19).

8. La maladie de la schizophrénie existentielle: c'est la maladie de ceux qui vivent une vie double, fruit de l'hypocrisie typique du médiocre et du vide spirituel progressif que des titres académiques ne peuvent combler. Une maladie qui frappe souvent ceux qui, abandonnant le service pastoral, se limitent à des affaires bureaucratiques et perdent ainsi le contact avec la réalité, avec les personnes concrètes. Ils créent ainsi un monde parallèle, à eux, où ils laissent de côté ce qu'ils enseignent sévèrement aux autres et ils commencent à vivre une vie cachée et souvent dissolue. La conversion est très urgente et indispensable pour cette maladie très grave (cf. Lc 15,11-32).

9. La maladie des bavardages, des murmures, et des commérages:j'ai déjà parlé de cette maladie grave qui commence simplement, peut-être seulement pour échanger quelques mots, et elle s'empare de la personne en la faisant devenir "semeur de zizanie" (comme satan), et dans beaucoup de cas "homicide de sang froid" de la réputation de ses collègues et de ses confrères. C'est la maladie des personnes lâches qui n'ont pas le courage de parler directement et parlent dans le dos. Saint Paul avertit: "faites tout sans murmurer et sans hésiter, pour être purs et sans reproche" (Ph 2, 14-18). Frères, gardons-nous du terrorisme des bavardages!

10. La maladie de diviniser les chefs :c'est la maladie de ceux qui font la cour à leurs supérieurs, en espérant obtenir leur bienveillance. Ils sont victimes du carriérisme et de l'opportunisme, ils honorent les personnes et non Dieu (cf. Mt 23, 8-12). Ce sont des personnes qui vivent le service en pensant uniquement à ce qu'ils doivent obtenir, et non à ce qu'ils doivent donner. Des personnes mesquines, malheureuses, et inspirées seulement par leur égoïsme fatal (cf. Ga 5,16-25). Cette maladie pourrait frapper aussi les supérieurs quand ils font la cour à certains de leurs collaborateurs pour obtenir leur soumission, leur loyauté, leur dépendance psychologique, mais le résultat final est vraiment qu'ils sont complices.

11. La maladie de l’indifférence envers les autres:quand chacun ne pense qu'à soi et perd la sincérité et la chaleur des relations humaines. Quand le plus expert ne met pas sa connaissance au service des collègues moins experts. Quand on vient à apprendre quelque chose et qu'on la garde pour soi au lieu de la partager positivement avec les autres. Quand, par jalousie ou par malice, on éprouve de la joie à voir l'autre tomber au lieu de le relever et de l'encourager.

12. La maladie du visage funèbre : celle des personnes revêches et sombres, qui estiment que pour être sérieux il faut revêtir son visage de tristesse, de sévérité, et traiter les autres - surtout ceux que l'on considère comme inférieurs - avec rigidité, dureté et arrogance. En réalité la sévérité théâtrale et le pessimisme stérile12 sont souvent des symptômes de peur et de manque de confiance en soi. L'apôtre doit s'efforcer d'être une personne courtoise, sereine, enthousiaste et joyeuse qui communique la joie où qu'il se trouve. Un coeur heureux qui rayonne et contamine par sa joie tous ceux qui l'entourent, on le voit tout de suite! Ne perdons donc pas cet esprit joyeux, plein de sens de l'humour, et même d'auto-dérision, qui font de nous des personnes aimables même dans des situations difficiles13. Comme une bonne dose d'humour sain nous fera du bien! Dire souvent la prière de saint Thomas More14 nous fera du bien: je la prie tous les jours, cela me fait du bien.

13. La maladie d'accumuler:quand l'apôtre cherche à combler un vide existentiel de son coeur en accumulant les biens matériels, non par nécessité, mais pour se sentir en sécurité. En réalité, nous ne pourrons emporter avec nous rien de matériel parce que "le linceul n'a pas de poches" et tous nos trésors terrestres - même si ce sont des cadeaux - ne pourront jamais combler ce vide, au contraire, ils le rendront encore plus exigeant, et plus profond. A ces personnes, le Seigneur redit: "Tu dis: je suis riche, je me suis enrichi, je n'ai besoin de rien. Mais tu ne sais pas que tu es malheureux, misérable, pauvre, aveugle et nu… Aie donc du zèle, et repens-toi" (Ap 3, 17-19). L'accumulation ne fait qu'alourdir et ralentir inexorablement la route. Je pense à une anecdote. Autrefois, les jésuites espagnols décrivaient la Compagnie de Jésus comme la "cavalerie légère de l'Eglise". Je me souviens du déménagement d'un jeune jésuite: il était en train de charger dans un camion tout ce qu'il avait - bagages, livres, objets, cadeaux -, quand il a entendu un vieux jésuite qui l'observait lui dire : "ce serait cela la "cavalerie légère de l'Eglise" ?" Nos déménagements sont un signe de cette maladie.

14. La maladie des cercles fermés :quand l'appartenance à un petit groupe devient plus forte que celle du Corps et, dans certaines situations, que du Christ même. Cette maladie aussi commence par des bonnes intentions, mais au fil du temps, elle rend ses membres esclaves, devient un "cancer" qui menace l'harmonie du Corps et cause tellement de mal - des scandales - spécialement aux plus petits de nos frères. L'autodestruction ou le "feu ami" des camarades est le danger le plus sournois15. C'est un mal qui frappe de l'intérieur 16 et, comme le dit le Christ, “tout royaume divisé contre lui-même va à la ruine” (Lc 11,17).

15. Et la dernière, la maladie du profit mondain, des "exhibitionnistes"17: quand l'apôtre transforme son service en pouvoir, et son pouvoir en marchandise, pour obtenir des profits mondains, ou plus de pouvoir. C'est la maladie des personnes qui cherchent insatiablement à multiplier les pouvoirs et dans ce but, ils sont capables de calomnier, de diffamer, de discréditer les autres, jusque sur les journaux ou les magazines. Naturellement, pour s'exhiber et montrer qu'ils sont plus capables que les autres.  Cette maladie-là aussi fait beaucoup de mal au corps parce qu'il conduit les personnes à justifier leur usage de tous les moyens pour atteindre ce but, souvent au nom de la justice et de la transparence! Il me vient à l'esprit le souvenir d'un prêtre qui appelait les journalistes pour leur raconter (et inventer) des choses privées personnelles et réservées sur ses confrères et ses paroissiens. Pour lui, la seule chose qui comptait, c'était de se voir à la une des journaux, parce qu'ainsi il se sentait "puissant et irrésistible". Il faisait tellement de mal aux autres et à l'Eglise. Le pauvre.

Frères, ces maladies et ces tentations sont naturellement un danger pour tout chrétien et pour toute curie, communauté, congrégation, paroisse, mouvement ecclésial, etc… Et elles peuvent frapper au niveau individuel ou communautaire.

Il faut être clair: seul l'Esprit Saint - l'âme du Corps mystique du Christ, comme l'affirme le Credo de Nicée-Constantinople: "Je crois en l'Esprit Saint qui est Seigneur et qui donne la vie" - guérit toute maladie. C'est l'Esprit Saint qui soutient tout effort sincère de purification et de bonne volonté de se convertir. C'est lui qui nous fait comprendre que tout membre participe à la sanctification du Corps et à son affaiblissement. C'est lui le promoteur de l'harmonie18: “ipse harmonia est”, dit saint Basile. Saint Augustin nous dit: "Tant qu'une partie adhère au Corps, sa guérison n'est pas désespérée. En revanche, ce qui a été taillé ne peut être ni soigné ni guéri"19. La guérison est aussi le fruit de la conscience de la maladie et de la décision personnelle et communautaire de se soigner en supportant le traitement avec patience et persévérance 20.

Nous sommes donc appelés - en ce temps de Noël et pour tout le temps de notre service et de notre existence - à vivre "dans la vérité de l’amour, nous grandirons pour nous élever en tout jusqu’à celui qui est la Tête, le Christ. Et par lui, dans l’harmonie et la cohésion, tout le corps poursuit sa croissance, grâce aux articulations qui le maintiennent, selon l’énergie qui est à la mesure de chaque membre. Ainsi le corps se construit dans l’amour" (Ep 4, 15-16).

Chers frères!

J'ai lu un jour que "les prêtres sont comme les avions: ils sont dans les journaux quand ils tombent, mais ils y en a tant qui volent; beaucoup critiquent et peu prient pour eux". C'est une phrase très sympathique mais aussi très vraie, parce qu'elle souligne l'importance et la délicatesse de notre service sacerdotal et combien de mal peut causer à tout le corps de l'Eglise un seul prêtre qui "tombe".

Donc, pour ne pas tomber, en ces jours où nous nous préparons à la Confession, demandons à la Vierge Marie, Mère de Dieu et Mère de l'Eglise, de guérir les blessures du péché que chacun de nous porte dans son coeur, et de soutenir l'Eglise et la curie pour qu'elles soient guéries et guérisseuses; saintes et sanctificatrices; à la gloire de son Fils et pour notre salut et celui du monde entier. Demandons-lui de nous faire aimer l'Eglise comme le Christ, son Fils et notre Seigneur, l'a aimée, et d'avoir le courage de nous reconnaître pécheurs et ayant besoin de sa Miséricorde et de ne pas avoir peur d'abandonner notre main à ses mains maternelles.

Tous mes voeux d'un saint Noël à vous tous, à vos familles, et à vos collaborateurs, et s'il vous plaît, n'oubliez pas de prier pour moi. Merci de tout coeur.

© Traduction de Zenit, Anita Bourdin

***

NOTES

1 Il affirme que l'Eglise, étant le Corps mystique du Christ, “exige encore une multiplicité de membres, qui soient reliés entre eux de manière à se venir mutuellement en aide. Que si, dans notre organisme mortel, lorsqu'un membre souffre, tous les autres souffrent avec lui, les membres sains prêtant leur secours aux malades, de même dans l'Eglise, chaque membre ne vit pas uniquement pour lui, mais il assiste aussi les autres, et tous s'aident réciproquement, pour leur mutuelle consolation aussi bien que pour un meilleur développement de tout le corps. De plus, le corps dans la nature n'est pas formé d'un assemblage quelconque de membres, mais il doit être muni d'organes, c'est-à-dire de membres qui n'aient pas la même activité et qui soient disposés dans un ordre convenable. L'Eglise, de même, doit son titre de corps surtout à cette raison qu'elle est formée de parties bien organisées, normalement unies entre elles, et pourvue de membres différents et accordés entre eux." Cf. «Mystici Corporis Christi, quod est Ecclesia»: AAS 35 (1943) 193-248.

2 Cf. Lettre aux Romains 12, 5: “de même, nous qui sommes plusieurs, nous sommes un seul corps dans le Christ, et membres les uns des autres". 3 Lumen Gentium, 7. 4 Il faut rappeler que “la comparaison de l’Église avec le corps jette une lumière sur le lien intime entre l’Église et le Christ. Elle n’est pas seulement rassemblée autour de lui; elle est unifiée en lui, dans son Corps. Trois aspects de l’Église–Corps du Christ sont plus spécifiquement à relever: l’unité de tous les membres entre eux par leur union au Christ; le Christ Tête du Corps; l’Église, Épouse du Christ”. Cf. Catéchisme de l'Eglise catholique, nn. 789 et 795.

5 Cf. Evangelii Gaudium, 130-131. 6 Plusieurs fois, Jésus a parlé de l'unité que les fidèles doivent avoir avec Lui: “De même que le sarment ne peut pas porter de fruit par lui-même s’il ne demeure pas sur la vigne, de même vous non plus, si vous ne demeurez pas en moi. Moi, je suis la vigne, et vous, les sarments” (Jn 15, 4-5). 7 Cf. Pastor Bounus Art. 1 et CIC can. 360. 8 Cf. Evangelii Gaudium, 197-201. 9 Benoît XVI, Audience générale, 1er juin 2005. 10 Pape François, Homélie de la messe en Turquie,  30 novembre 2014. 11 Cf. Evangelii Gaudium, 95-96. 12 Ibid, 84-86. 13 Ibid, 2. 14 Seigneur, donne-moi une bonne digestion, Seigneur, et aussi quelque chose à digérer. Donne-moi la santé du corps avec le sens de la garder au mieux, Donne-moi une âme sainte, Seigneur, qui ait les yeux sur la beauté et la pureté, afin qu’elle ne s’épouvante pas en voyant le péché, mais sache redresser la situation. Donne-moi une âme qui ignore l’ennui, le gémissement et le soupir. Ne permets pas que je me fasse trop de souci pour cette chose encombrante que j’appelle «moi». Seigneur, donne-moi l’humour pour que je tire quelque bonheur de cette vie et que j'en fasse profiter les autres. Amen. 15 Evangelii Gaudium, 88. 16 Le bienheureux Paul VI affirmait, à propos de la situation de l'Eglise, qu'il avait la sensation que "par quelque fissure était entrée la fumée de satan dans le temple de Dieu", Homélie, Solennité des apôtres Pierre et Paul, jeudi 29 juin 1972. Cf. Evangelii Gaudium, 98-101. 17 Cf. Evangelii Gaudium: Non à la mondanité spirituelle, nn. 93-97. 18 “L’Esprit Saint est l’âme de l’Église. Il donne la vie, il suscite les différents charismes qui enrichissent le peuple de Dieu et surtout, il crée l’unité entre les croyants : de beaucoup il fait un seul corps, le corps du Christ. (…) L’Esprit Saint fait l’unité de l’Église : unité dans la foi, unité dans la charité, unité dans la cohésion intérieure”, Pape François, Homélie de la messe en Turquie, 30 novembre 2014. 19 August. Serm., CXXXVII, 1; Migne, P. L., XXXVIII, 754. 20 Cf. Evangelii Gaudium, Pastorale en conversion, nn. 25-33.

© Traduction de Zenit, Anita Bourdin

 

 

 

Au Conseil de l’Europe, le pape François met en garde contre l’individualisme   

    
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Souffle, profondeur, mise en perspective. Le 25 novembre, le pape François a redit dans l’hémicycle du Conseil de l’Europe l’importance pour le « vieux » continent de renouer avec ses racines et de retrouver sa jeunesse d’esprit.

Après le Parlement européen, le pape François est venu rappeler, mardi 25 novembre, au Conseil de l’Europe, les racines chrétiennes du continent européen et l’importance de l’apport et de la responsabilité de l’Europe dans le développement culturel de l’humanité. Dans un discours profond et empreint de convictions, le Saint-Père a mis en garde contre l’édification d’un « droit individualiste », coupé de la vérité et de la recherche du bien commun. Cette nouvelle conception des droits de l’Homme contribue, selon le pape, à la « globalisation de l’indifférence et au culte de l’opulence ».

Appelant l’Europe à retrouver sa jeunesse et sa vigueur, le pape François lui a demandé de renouer avec sa fécondité en vivant pleinement sa multipolarité et en favorisant l’ouverture d’un dialogue transversal, y compris avec les religions et tout particulièrement l’Église catholique.

Extraits choisis

« La paix blessée » en Europe

« La voie privilégiée vers la paix, […] c’est de reconnaître dans l’autre non un ennemi à combattre, mais un frère à accueillir. […] Pour conquérir le bien de la paix, il faut avant tout y éduquer, en éloignant une culture du conflit qui vise à la peur de l’autre, à la marginalisation de celui qui pense ou vit de manière différente.

Malheureusement, la paix est encore trop souvent blessée. Elle l’est dans de nombreuses parties du monde […]. Elle l’est aussi ici en Europe […]. Que de douleur et combien de morts encore sur ce continent, qui aspire à la paix, mais pourtant retombe facilement dans les tentations d’autrefois ! Pour cela, l’œuvre du Conseil de l’Europe dans la recherche d’une solution politique aux crises en cours est importante et encourageante. Mais la paix est aussi mise à l’épreuve par d’autres formes de conflit, tels que le terrorisme religieux et international, qui nourrit un profond mépris pour la vie humaine et fauche sans discernement des victimes innocentes. Ce phénomène est malheureusement très souvent alimenté par un trafic d’armes en toute tranquillité. […] La paix est violée aussi par le trafic des êtres humains, qui est le nouvel esclavage de notre temps […]. »

Les « racines profondes » de l’Europe

« En un certain sens, nous pouvons penser l’Europe à la lumière […] d’un peuplier, avec ses branches élevées vers le ciel et agitées par le vent, son tronc solide et ferme, ainsi que ses racines profondes qui s’enfoncent dans la terre […]. Si les racines se perdent, lentement le tronc se vide et meurt et les branches – autrefois vigoureuses et droites – se plient vers la terre et tombent. Ici, se trouve peut-être l’un des paradoxes les plus incompréhensibles pour une mentalité scientifique qui s’isole : pour marcher vers l’avenir, il faut le passé, de profondes racines sont nécessaires et il faut aussi le courage de ne pas se cacher face au présent et à ses défis. […] Les racines s’alimentent de la vérité, qui constitue la nourriture, la “sève” vitale de n’importe quelle société qui désire être vraiment libre, humaine et solidaire. »

Les droits individualistes et le « culte de l’opulence »

« Sans cette recherche de la vérité, chacun devient la mesure de soi-même et de son propre agir, ouvrant la voie à l’affirmation subjective des droits, de sorte qu’à la conception de droit humain, qui a en soi une portée universelle, se substitue l’idée de droit individualiste. Cela conduit à être foncièrement insouciant des autres et à favoriser la “globalisation de l’indifférence” qui naît de l’égoïsme, fruit d’une conception de l’homme incapable d’accueillir la vérité et de vivre une authentique dimension sociale. Un tel individualisme rend humainement pauvre et culturellement stérile, puisqu’il rompt de fait les racines fécondes sur lesquelles se greffe l’arbre. De l’individualisme indifférent naît le culte de l’“opulence”, auquel correspond la culture du déchet dans laquelle nous sommes immergés. »

« Europe, où est ta vigueur ? »

« Aujourd’hui, nous avons devant les yeux l’image d’une Europe blessée, à cause des nombreuses épreuves du passé, mais aussi à cause des crises actuelles, qu’elle ne semble plus capable d’affronter avec la vitalité et l’énergie d’autrefois. Une Europe un peu fatiguée et pessimiste, qui se sent assiégée par les nouveautés provenant des autres continents. À l’Europe, nous pouvons demander : où est ta vigueur ? Où est cette tension vers un idéal qui a animé ton histoire et l’a rendue grande ? Où est ton esprit d’entreprise et de curiosité ? Où est ta soif de vérité, que jusqu’à présent tu as communiquée au monde avec passion ? De la réponse à ces questions, dépendra l’avenir du continent. »

Multipolarité et transversalité : les deux défis de l’Europe

« Les tensions – aussi bien celles qui construisent que celles qui détruisent – se produisent entre de multiples pôles culturels, religieux et politiques. L’Europe aujourd’hui affronte le défi de “globaliser” de manière originale cette multipolarité. Parler de la multipolarité européenne signifie parler de peuples qui naissent, croissent et se projettent vers l’avenir. Aujourd’hui, l’Europe est multipolaire dans ses relations et ses tensions ; on ne peut ni penser ni construire l’Europe sans assumer à fond cette réalité “multipolaire”.

Dans le monde politique actuel de l’Europe, le dialogue uniquement interne aux organismes (politiques, religieux, culturels) de sa propre appartenance se révèle stérile. L’histoire aujourd’hui demande pour la rencontre, la capacité de sortir des structures qui “contiennent” sa propre identité, afin de la rendre plus forte et plus féconde dans la confrontation fraternelle de la transversalité. Une Europe qui dialogue seulement entre ses groupes d’appartenance fermés reste à mi-chemin ; on a besoin de l’esprit de jeunesse qui accepte le défi de la transversalité. »

« Religion et société sont appelées à s’éclairer réciproquement »

« C’est dans cette logique qu’il faut comprendre l’apport que le christianisme peut fournir aujourd’hui au développement culturel et social européen dans le cadre d’une relation correcte entre religion et société. Dans la vision chrétienne, raison et foi, religion et société sont appelées à s’éclairer réciproquement, en se soutenant mutuellement et, si nécessaire, en se purifiant les unes les autres des extrémismes idéologiques dans lesquelles elles peuvent tomber. La société européenne tout entière ne peut que tirer profit d’un lien renouvelé entre les deux domaines, soit pour faire face à un fondamentalisme religieux qui est surtout ennemi de Dieu, soit pour remédier à une raison “réduite”, qui ne fait pas honneur à l’homme. »

Protection de la vie et accueil des migrants

« Les thèmes d’actualité, dans lesquels je suis convaincu qu’il peut y avoir un enrichissement mutuel, où l’Église catholique peut collaborer avec le Conseil de l’Europe et offrir une contribution fondamentale, sont très nombreux. Il y a le domaine d’une réflexion éthique sur les droits humains. Je pense particulièrement aux thèmes liés à la protection de la vie humaine, questions délicates qui ont besoin d’être soumises à un examen attentif, qui tienne compte de la vérité de tout l’être humain, sans se limiter à des domaines spécifiques médicaux, scientifiques ou juridiques.

De même, ils sont nombreux, les défis du monde contemporains qui requièrent une étude et un engagement commun, à commencer par l’accueil des migrants, […] le grave problème du travail, surtout en ce qui concerne les niveaux élevés de chômage des jeunes, […] la question de la dignité du travail, […] la protection de l’environnement. »

Une « nouvelle agorà »

Il s’agit d’effectuer ensemble une réflexion dans tous les domaines, afin que s’instaure une sorte de « nouvelle agorà », dans laquelle chaque instance civile et religieuse puisse librement se confronter avec les autres, même dans la séparation des domaines et dans la diversité des positions, animée exclusivement par le désir de “vérité” et par celui d’édifier le “bien commun”.

Antoine Pasquier   

 

 

Le discours du pape François au Parlement européen :  « Europe, retrouve ton âme » !

Par Jean-Claude Bésida 

                        

 

 

Ce mardi 25 novembre, à 11 h 20, devant les députés du Parlement de Strasbourg, le pape François a prononcé un discours particulièrement inspiré. Morceaux choisis par la Rédaction de Famille Chrétienne.

 

Se situant d’entrée de jeu dans la lignée de Jean-Paul II, qui s’exprimait dans la même enceinte il y a vingt-cinq ans, il annonce clairement être venu « en pasteur » pour donner « un message d’espérance et d’encouragement ». Espérance « dans le Seigneur qui transforme le mal en bien » et encouragement à « revenir » à la vision des Pères fondateurs, vision fondée sur la « confiance en l’homme vu comme personne dotée d’une dignité transcendante. »

Avec une phrase-clé qui résume tout son propos : « Une Europe qui n’a plus la capacité de s’ouvrir à la dimension transcendante de la vie est une Europe qui lentement risque de perdre son âme ». Et sa conclusion, extrêmement forte, se termine tranquillement sur l’affirmation d’une certitude : la foi chrétienne est à l’Europe ce que l’âme est au corps. Autrement dit : la foi chrétienne est l’âme de l’Europe. L’identité de l’Europe est chrétienne. Si elle l’oublie, elle se perd. C’est un appel à ce que l’Europe retrouve le sens : celui d’un projet « qui tourne, non pas autour de l’économie, mais autour de la sacralité de la personne humaine. »

Son discours s'est achevé par une standing ovation des eurodéputés. Plusieurs passages de son discours ont suscité l’émotion et déclenché des applaudissements nourris. Notamment lorsqu’il évoque les chrétiens persécutés, « personnes crucifiées, brûlées vives, sous le silence honteux et complice de beaucoup », ou la mission du Parlement qui est de se battre face au « pouvoir financier d’empires inconnus », ou encore sa critique du gaspillage (« on ne peut tolérer que des millions de personnes meurent de faim, tandis que des tonnes de denrées alimentaires sont jetées chaque jour de nos tables ») ou encore « l’Europe qui ne tourne pas autour de l’économie mais de la sacralité de la personne humaine » .

Morceaux choisis

Dignité personnelle contre solitude individualiste 

« Parler de la dignité transcendante de l’homme signifie donc faire appel à sa nature, à sa capacité innée de distinguer le bien du mal, à cette « boussole » inscrite dans nos cœurs et que Dieu a imprimée dans l’univers créé ; cela signifie surtout de regarder l’homme non pas comme un absolu, mais comme un être relationnel. Une des maladies que je vois la plus répandue aujourd’hui en Europe est la solitude, précisément de celui qui est privé de liens. On la voit particulièrement chez les personnes âgées, souvent abandonnées à leur destin, comme aussi chez les jeunes privés de points de référence et d’opportunités pour l’avenir ; on la voit chez les nombreux pauvres qui peuplent nos villes ; on la voit dans le regard perdu des migrants qui sont venus ici en recherche d’un avenir meilleur. »

Fécondité ou bureaucratie ?

« D’un peu partout, on a une impression générale de fatigue et de vieillissement, d’une Europe grand-mère et non plus féconde et vivante. Par conséquent, les grands idéaux qui ont inspiré l’Europe semblent avoir perdu leur force attractive, en faveur de la technique bureaucratique de ses institutions. »

L’anthropologie et non la technique

« À cela s’ajoutent des styles de vie un peu égoïstes, caractérisés par une opulence désormais insoutenable et souvent indifférente au monde environnant, surtout aux plus pauvres. On constate avec regret une prévalence des questions techniques et économiques au centre du débat politique, au détriment d’une authentique orientation anthropologique. L’être humain risque d’être réduit à un simple engrenage d’un mécanisme qui le traite à la manière d’un bien de consommation à utiliser, de sorte que – nous le remarquons malheureusement souvent – lorsque la vie n’est pas utile au fonctionnement de ce mécanisme, elle est éliminée sans trop de scrupule, comme dans le cas des malades en phase terminale, des personnes âgées abandonnées et sans soin, ou des enfants tués avant de naître. »

Le respect de la vie et non pas la culture du déchet

« C’est une grande méprise qui advient “quand l’absolutisation de la technique prévaut”, ce qui finit par produire “une confusion entre la fin et moyens”. Résultat inévitable de la “culture du déchet”  et de la “mentalité de consommation exagérée”. Au contraire, affirmer la dignité de la personne c’est reconnaître le caractère précieux de la vie humaine, qui nous est donnée gratuitement et qui ne peut, pour cette raison, être objet d’échange ou de commerce.

Dans votre vocation de parlementaires, vous êtes aussi appelés à une grande mission, bien qu’elle puisse sembler inutile : prendre soin de la fragilité des peuples et des personnes. Prendre soin de la fragilité veut dire force et tendresse, lutte et fécondité, au milieu d’un modèle fonctionnaliste et privatisé qui conduit inexorablement à la “culture du déchet”. Prendre soin de la fragilité de la personne et des peuples signifie garder la mémoire et l’espérance ; signifie prendre en charge la personne présente dans sa situation la plus marginale et angoissante et être capable de l’oindre de dignité. »

La grâce de l’Europe, unir la terre et le ciel

« Permettez-moi de recourir à une image. Une des fresques les plus célèbres de Raphaël qui se trouvent au Vatican représente la dite École d’Athènes. Au centre se trouvent Platon et Aristote. Le premier a le doigt qui pointe vers le haut, vers le monde des idées, nous pourrions dire vers le ciel ; le second tend la main en avant, vers celui qui regarde, vers la terre, la réalité concrète. Cela me paraît être une image qui décrit bien l’Europe et son histoire, faite de la rencontre continuelle entre le ciel et la terre, où le ciel indique l’ouverture à la transcendance, à Dieu, qui a depuis toujours caractérisé l’homme européen, et la terre qui représente sa capacité pratique et concrète à affronter les situations et les problèmes. »

Le christianisme, fondamental pour l’Europe, hier et aujourd’hui

« J’estime fondamental non seulement le patrimoine que le christianisme a laissé dans le passé pour la formation socioculturelle du continent, mais surtout la contribution qu’il veut donner, aujourd’hui et dans l’avenir, à sa croissance. Cette contribution n’est pas un danger pour la laïcité des États ni pour l’indépendance des institutions de l’Union, mais au contraire un enrichissement. Les idéaux qui l’ont formée dès l’origine le montrent bien : la paix, la subsidiarité et la solidarité réciproque, un humanisme centré sur le respect de la dignité de la personne. »

La famille indissoluble, vitale pour la société

« Donner espérance à l’Europe ne signifie pas seulement reconnaître la centralité de la personne humaine, mais implique aussi d’en favoriser les capacités. Il s’agit donc d’y investir ainsi que dans les domaines où ses talents se forment et portent du fruit. Le premier domaine est sûrement celui de l’éducation, à partir de la famille, cellule fondamentale et élément précieux de toute société. La famille unie, féconde et indissoluble porte avec elle les éléments fondamentaux pour donner espérance à l’avenir. Sans cette solidité, on finit par construire sur le sable, avec de graves conséquences sociales. »

Face aux migrations, à la fois accueillir et proposer avec clarté l’identité culturelle européenne

« Il est nécessaire d’affronter ensemble la question migratoire. On ne peut tolérer que la mer Méditerranéenne devienne un grand cimetière ! Dans les barques qui arrivent quotidiennement sur les côtes européennes, il y a des hommes et des femmes qui ont besoin d’accueil et d’aide. L’absence d’un soutien réciproque au sein de l’Union Européenne risque d’encourager des solutions particularistes aux problèmes, qui ne tiennent pas compte de la dignité humaine des immigrés, favorisant le travail d’esclave et des tensions sociales continuelles.

L’Europe sera en mesure de faire face aux problématiques liées à l’immigration si elle sait proposer avec clarté sa propre identité culturelle et mettre en acte des législations adéquates qui sachent en même temps protéger les droits des citoyens européens et garantir l’accueil des migrants ; si elle sait adopter des politiques justes, courageuses et concrètes qui aident leurs pays d’origine dans le développement sociopolitique et dans la résolution des conflits internes – cause principale de ce phénomène – au lieu des politiques d’intérêt qui accroissent et alimentent ces conflits. Il est nécessaire d’agir sur les causes et non seulement sur les effets. »

Conclusion : foi chrétienne, âme de l’Europe

« Un auteur anonyme du IIe siècle a écrit que “les chrétiens représentent dans le monde ce qu’est l’âme dans le corps”. Le rôle de l’âme est de soutenir le corps, d’en être la conscience et la mémoire historique. Et une histoire bimillénaire lie l’Europe et le christianisme. Une histoire non exempte de conflits et d’erreurs, mais toujours animée par le désir de construire pour le bien. Nous le voyons dans la beauté de nos villes, et plus encore dans celle des multiples œuvres de charité et d’édification commune qui parsèment le continent. Cette histoire, en grande partie, est encore à écrire. Elle est notre présent et aussi notre avenir. Elle est notre identité. Et l’Europe a fortement besoin de redécouvrir son visage pour grandir, selon l’esprit de ses Pères fondateurs, dans la paix et dans la concorde, puisqu’elle-même n’est pas encore à l’abri de conflits. »

 

 

L'ardente prière pour la paix du Pape François

Grand moment Place Saint Pierre, samedi soir 7 septembre, où 100 000 personnes ont répondu à l’invitation du Pape François à prier pour la paix.

 
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C’est comme si, trois heures durant, alors que la nuit tombait doucement sur Rome, la violence qui déchire le monde avait suspendu son vol.  Le recueillement de la foule, comptant notamment de nombreuses familles et des représentants des religions juives et musulmanes, rassemblée autour du pape pour prier pour la paix, a frappé les habitués des grands rassemblements sur la Place Saint- Pierre. Au point que certains commentateurs ont qualifié cette veillée -suivie par des millions de fidèles à travers le monde et retransmise notamment dans de nombreuses églises où les fidèles s'étaient rassemblés- de « moment historique ».
Marie, Reine de la paix, prie pour nous ! Pourquoi un tel climat ? Sans doute parce que l’heure est grave et que le monde en a conscience. Peut-être aussi parce que la veillée a été placée, d’emblée, sous le regard de Marie, invoquée comme « Reine de la Paix » et présente à travers la récitation des mystères joyeux du rosaire et la célèbre icône « Salus Popoli Romani » (sauvegarde du peuple romain). Le pape François est attachée à cette icône : il s’est déjà rendu quatre fois à Sainte-Marie-Majeure, où elle est exposée habituellement, depuis le début de son pontificat ; à commencer par le lendemain de son élection : le 14 mars. Objet de la vénération des Romains, l’image est arrivée sur la Place Saint-Pierre, portée par quatre gardes suisses ; et le Pape - détail touchant - est descendu de l’autel pour l’accueillir. Autre particularité, émouvante pour les nombreux chrétiens, dont le Pape lui-même, qui sont attachés à Sainte Thérèse de Lisieux : les mystères du rosaire étaient introduits par la lecture d’une strophe de la poésie de la sainte normande : « Pourquoi je t’aime, ô Marie ».
Plaidoyer pour la paix Entre la prière mariale et un long temps d’adoration et de supplication devant le Saint Sacrement, a résonné, la -très attendue - méditation du Pape. S’appuyant sur deux passages du livre de la Genèse, le souverain pontife a lancé un vibrant appel à retrouver, à travers le chemin du dialogue et du pardon, le plan d’harmonie voulu par le Créateur pour sa création, par Dieu pour l’humanité. Un plaidoyer pour la paix et la fraternité qui fera date dans les annales de l’Eglise et dont voici l’intégralité :
Notre monde est la maison de l’harmonie et de la paix « Dieu vit que cela était bon » (Gen 1,12.18.21.25). Le récit biblique du début de l’histoire du monde et de l’humanité nous parle de Dieu qui regarde la création, qui la contemple, presque, et répète : « cela est bon ». Ceci, chers frères et sœurs, nous fait entrer dans le cœur de Dieu et, de l’intime même de Dieu, nous recevons son message. Et nous pouvons nous demander : quelle signification a ce message ? Que dit ce message à moi, à toi, à nous tous ? Il dit simplement que notre monde, dans le cœur et dans la pensée de Dieu, est la maison de l’harmonie et de la paix ; le lieu où tous peuvent trouver leur place et se sentir « à la maison », parce que « cela est bon ».
Une unique famille dans laquelle l’autre est le frère ou la sœur à aimer « Toute la création forme un ensemble harmonieux, bon ; mais surtout, les humains, faits à l’image et à la ressemblance de Dieu, sont une unique famille, dans laquelle les relations sont marquées par une fraternité réelle, et non pas seulement proclamée par des mots : l’autre est le frère et la sœur à aimer ; et la relation avec le Dieu qui est amour, fidélité et bonté, se reflète sur toutes les relations entre les êtres humains et apportent l’harmonie à la création toute entière. Le monde de Dieu est un monde dans lequel chacun se sent responsable de l’autre, du bien de l’autre. »
Le monde actuel est-il celui que nous voulons ? « Ce soir, dans la réflexion, le jeûne et la prière,  chacun de nous, tous nous pensons au fond de nous- même : « Ce monde est-il vraiment celui que je désire ? Est-ce le monde que nous portons tous dans notre cœur ? Le monde que nous voulons n’est-il pas plutôt un monde d’harmonie et de paix, au fond de nous-même, dans nos rapports avec les autres, dans les familles, les villes, dans et entre les nations ? Et la vraie liberté dans le choix des routes à parcourir n’est-elle pas plutôt celle orientée vers le bien de tous et guidée par l’amour ? »
L’homme tenté d’abîmer le plan de Dieu « Mais demandons-nous maintenant : est-ce cela le monde dans lequel nous vivons ? La création conserve sa beauté qui nous remplit d’émerveillement et reste une œuvre bonne. Mais il y a aussi la violence, la division, le conflit, la guerre. Cela arrive quand l’homme, sommet de la création, cesse de regarder l’horizon de la beauté et de la bonté et se referme sur son propre égoïsme ; quand l’homme pense seulement à lui, à ses propres intérêts et se met au centre ; quand il se laisse fasciner par les idôles de la domination et du pouvoir ; quand il se met à la place de Dieu ; alors, il gâche toutes les relations, il abîme tout. Et il ouvre la porte à la violence, à l’indifférence, au conflit. »
Harmonie ou chaos « C’est exactement ce que veut nous faire comprendre le passage de la Genèse qui raconte le péché de l’être humain : l’homme entre en conflit avec lui-même, il s’aperçoit qu’il est nu et se cache parce qu’il a peur (Gen 3,10). Il a peur du regard de Dieu, il accuse la femme, celle qui est la chair de sa chair. Il rompt l’harmonie avec la création et en arrive à lever la main sur son frère pour le tuer. Ne peut-on pas dire qu’on passe de l’harmonie à la disharmonie ? Non, la disharmonie n’existe pas : ou il y a l’harmonie, ou alors on tombe dans le chaos où il y a la violence, la querelle, le conflit, la peur… »
Oui, je suis le gardien de mon frère ! « C’est justement dans ce chaos que Dieu demande à la conscience de l’homme : « Où est ton frère Abel ? » Et Caïn répond : « Je ne sais pas. Suis-je le gardien de mon frère ? » (Gen 4,9). Cette question s’adresse aussi à nous et nous ferions bien de nous demander : suis-je donc le gardien de mon frère ? Oui, tu es le gardien de ton frère ! Etre une personne humaine signifie être gardiens les uns des autres. Et au contraire, quand on brise l’harmonie, s’ensuit une métamorphose : le frère à garder, à aimer, devient l’adversaire à combattre, à supprimer. »
Dans chaque violence, dans chaque guerre, nous faisons renaître Caïn « Que de violence vient à ce moment-là, que de conflits et de guerre qui ont marqué notre histoire ! Il suffit de voir la souffrance de tant de frères et sœurs. Il ne s’agit pas de quelque chose de conjoncturel, mais c’est la vérité : dans chaque violence, dans chaque guerre, nous faisons revivre Caïn. Nous tous ! Et aujourd’hui aussi, nous continuons cette histoire de conflit entre frères ; aujourd’hui aussi, nous levons la main sur celui qui est notre frère ; aujourd’hui aussi, nous nous laissons guider par les idoles de l’égoïsme. Et cette attitude se poursuit : nous avons perfectionné nos armes, notre conscience s’est endormie, nous avons rendu plus subtiles les raisons avec lesquelles nous nous justifions. Comme si c’était une chose normale, nous continuons à semer la destruction, la douleur, la mort !
L’olivier de la Place de Mai, à Buenos Aires La violence, la guerre, apportent seulement la mort, parlent de mort ! La violence et la guerre ont le langage de la mort ! Après le chaos du déluge, la pluie s’est arrêtée : l’arc-en-ciel est apparu et la colombe a apporté un rameau d’olivier. Aujourd’hui, je pense à cet olivier que nous, les représentants des différentes religions, nous avons planté à Buenos Aires, sur la Place de Mai, en mai 2000, demandant qu’il n’y ait plus le chaos, qu’il n’y ait plus la guerre, demandant la paix ! »
Oui, nous pouvons tous marcher sur les chemins de la paix ! « Et alors, je me demande : est-il possible de parcourir une autre route ? Pouvons-nous sortir de cette spirale de douleur et de mort ? Pouvons-nous apprendre à nouveau à marcher et parcourir les chemins de la paix ? Invoquant l’aide de Dieu, sous le regard maternel de la « Salus populi romani », Reine de la paix, je veux répondre : oui, c’est possible pour tous ! Ce soir, je voudrais que de tous les coins de la terre, nous criions : Oui, c’est possible pour tous ! Plus, je voudrais que chacun de nous, du plus petit au plus grand, jusqu’à ceux qui sont appelés à gouverner les nations, nous répondions : Oui, nous le voulons ! »
Dans le silence de la croix, le bruit des armes se tait « Ma foi chrétienne (le pape s’arrête et répète) me pousse à regarder la croix. Comme je voudrais que pendant un instant, tous les hommes et les femmes de bonne volonté regardent la croix ! C’est là qu’on peut lire la réponse de Dieu ! Là, on n’a pas répondu à la violence par la violence, à la mort par le langage de la mort. Dans le silence de la croix, le bruit des armes se tait et le langage de la réconciliation, du pardon, du dialogue, de la paix, parle. » 
Ouvre-toi au dialogue et à la réconciliation « Je voudrais demander au Seigneur, ce soir, que nous, chrétiens, avec nos frères des autres religions et tous les hommes et les femmes de bonne volonté, nous criions avec force : la violence et la guerre ne sont jamais le chemin de la paix ! Que chacun s’applique à regarder au fond de sa propre conscience et écoute cette parole qui dit : sort de tes intérêts qui atrophient le cœur, dépasse l’indifférence envers l’autre qui rend le cœur insensible, vaincs tes raisons de mort et ouvre-toi au dialogue et à la réconciliation ! Regarde la souffrance de ton frère - je pense aux enfants, ne serait-ce qu’à eux - regarde la souffrance de ton frère et n’y ajoute pas d’autre souffrance ; arrête ta main, reconstruit l’harmonie qui s’est brisée ; et cela pas par le conflit, mais par la rencontre. »
Plus jamais la guerre ! « Que cesse le bruit des armes ! La guerre marque toujours l’échec de la paix, elle est toujours une défaite pour l’humanité. Que résonne encore une fois les paroles de Paul VI : « Plus les uns contre les autres, non, plus jamais ! Plus jamais la guerre, plus jamais ! » (Discours aux Nations unies, 4 octobre 1965 : AAS 57 [1965], 881). « La paix s’affermit seulement par la paix, celle qui n’est pas séparable des exigences de la justice, mais qui est alimentée par le sacrifice de soi, par la clémence, par la miséricorde, par la charité » (Message pour la Journée mondiale de la Paix 1976 AAS 67 [1975], 671). »
Soyons des hommes et des femmes de réconciliation et de paix « Frères et sœurs, pardon, dialogue, réconciliation sont les paroles de la paix : dans la bien-aimée nation syrienne, au Moyen-Orient, partout dans le monde ! Prions ce soir pour la réconciliation et pour la paix, travaillons pour la réconciliation et pour la paix, et devenons tous, dans tous les milieux, des hommes et des femmes de réconciliation et de paix ! Amen. »

ALETIA 27/10/2014

 

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Les 12 clés du Synode sur la famille

Qu'est-ce qui a été dit, qu'est-ce qui n’a pas été dit durant le synode sur la famille ? Et à quoi auront servi ces 15 jours de débat ? Aleteia fait le point.

Salvador Aragones aleteia (22 10 2014)
 
© Sabrina Fusco / ALETEIA
 
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Le Synode extraordinaire des évêques sur la famille s’est achevé avec la béatification du pape Paul VI. Et il semble que le grand public en soit ressorti un peu déconcerté par les articles de presse dans lesquels l’Eglise a parue divisée sur des thèmes d'actualité brûlants tels que l'accueil des personnes homosexuelles, les divorcés remariés, la  crise de la famille...
Aussi nous a-t-il semblé nécessaire, au-delà des idées préconçues de certains journalistes, des a priori orientés et des raccourcis réducteurs, de revenir sur quelques clés nécessaires pour bien comprendre ce qui s'est dit et passé durant ce synode extraordinaire. Un synode qui, en réalité, visait à préparer le Synode ordinaire sur le même thème, qui se tiendra en octobre de l’année prochaine. Voici donc 12 clés pour résumer ces deux semaines de Synode…
1.- Une grande liberté de parole Le pape a demandé explicitement aux personnes présentes au Synode (cardinaux, évêques, prêtres et laïcs) de s'exprimer avec la plus grande liberté ; ce qui, selon les participants au synode, a été le cas. “N’ayez pas peur de parler », avait  exhorté le Pape François. Garder présent à l’esprit que la famille, quelle que soit sa situation ou ses crises, doit être “accueillie”, “écoutée” et “accompagnée”, car  l’Eglise garde toujours “les portes ouvertes ”à tous les hommes, pour irrégulières ou difficiles que soient leurs vies, très proches ou éloignées de Dieu.
2.- De nombreuses interventions Les interventions auront été aussi nombreuses que variées, car la réalité de la famille est plurielle, selon les parties du monde, et les évêques aussi sont différents : la situation de la famille occidentale n’est pas la même que celle de la famille africaine et asiatique. Alors qu'en Asie, on constate beaucoup de mariages mixtes avec des non-croyants, en Afrique, l'homosexualité est rejetée et  il existe des familles polygames. Rien de plus logique, donc, que le fait que les évêques  s’expriment différemment quand ils parlent des familles.
3.-Le pape François a gardé le silence Il souhaitait  écouter et ne trancher que lorsque les thèmes abordés auront mûri et seront mieux posés lors du prochain Synode ordinaire de 2015. Le pape François ne publiera aucun document à partir des conclusions des «circuli minores» ou petits groupes  linguistiques. Les textes adoptés sont des "documents de travail" qui restent à l'étude au prochain Synode.  L’intention est de de conjuguer la “miséricorde” de Dieu avec l’accompagnement de l’Eglise à “toutes” les familles, quelle que soit leur situation, avec la doctrine immuable, issue de la Révélation sur la famille et le mariage.
4.- Un organe consultatif Un Synode est un organe consultatif du Pape auquel participent les représentants de toutes les conférences épiscopales. Son rôle est de se réunir avec le Pape et de débattre des thèmes d’actualité, dans le cas présent la famille. C’est ce qu’on appelle vivre la “synodalité” ou  “collégialité ”, selon l’expression du Concile. Autrement dit “cheminer ensemble et vivre la coresponsabilité dans la vie de l’Eglise sous Pierre, et avec Pierre. 
5.-  Le jeu médiatique des fuites Dans tous les Synodes – comme cela a été le cas dans le Concile  — il y a des fuites dans la presse, en particulier sur des faits susceptibles de produire un effet sur le public, comme le thème des homosexuels ou des divorcés. Les agences internationales diffusent ces fuites, comme si celles-ci étaient les opinions du Synode. Tel est le jeu actuel du monde de la communication : “si vous ne relatez pas des choses insolites, vous n’aurez pas votre gros titre”.  Lors des Synodes, c’est toujours ainsi, d’emblée les médias divisent les pères synodaux en « progressistes »  et « conservateurs ». Les conservateurs sont logiquement ceux de la Curie et les progressistes les pères synodaux qui se démarquent en rompant d’une manière ou d’une autre avec la doctrine traditionnelle. Dans ce Synode, le climat a été bon, malgré des divergences logiques et normales. Une chose est de ne pas être d’accord, en défendant avec force ses propres idées, une autre est de “se battre ”, comme l’ont prétendu certains médias. Les pères synodaux ont demandé d’élargir les tribunaux ecclésiastiques sur les nullités de mariage et qu’ils soient plus rapides.
6.-  Changer la pastorale, pas la doctrine Une chose est de comprendre et d’accompagner les familles en vivant avec elles la souffrance d’une crise ou de situations irrégulières, et une autre d’accepter ces  situations irrégulières, comme si  elles avaient l’approbation de l’Eglise. Le Synode n’est pas venu changer la doctrine, mais la pastorale.
7.-  Le message de la beauté de la famille Le message du Synode manifeste comment le Christ continue à passer dans les rues de nos villes et dans nos foyers en montrant la  “beauté” de la famille, reflétée dans le témoignage quotidien offert par de nombreuses familles à l’Eglise, ainsi qu’au monde par « leur fidélité, leur foi, leur espérance et leur amour“ , en dépit des difficultés… Il y a, avant tout, le grand défi de la fidélité dans l’amour conjugal  parce que l’affaiblissement de la foi et des valeurs, l'individualisme, l'appauvrissement des relations, le stress d’une frénésie qui empêche la réflexion marquent aussi la vie familiale.”On assiste alors à « de nombreuses crises matrimoniales, affrontées souvent de façon expéditive, sans avoir le courage de la patience, de la remise en question, du pardon mutuel, de la réconciliation et même du sacrifice ».
8.- "Le fétichisme de l'argent" Nous pensons, dit le Message du Synode, aux difficultés économiques causées par des systèmes pervers, par le « fétichisme de l'argent » et par « la dictature de l’économie sans visage et sans un but véritablement humain » (Evangelii gaudium, 55), qui humilie la dignité de la personne. Nous pensons aux pères et aux mères sans emploi, impuissants face aux besoins les plus élémentaires de leur famille ; et à ces jeunes qui se trouvent devant des journées désœuvrées et sans espérance, proies potentielles des dérives de la drogue et de la criminalité ”.  Nous pensons à la foule des familles pauvres, aux familles de réfugiés, à celles qui sont persécutées simplement à cause de leur foi,  à celles qui sont frappées par la brutalité des guerres, aux femmes qui subissent la violence, aux enfants et aux jeunes victimes d’abus ». Et d’ajouter: “ Nous faisons appel aux gouvernements et aux organisations internationales pour promouvoir les droits de la famille en vue du bien commun… Le Christ a voulu que son Église soit une maison avec la porte toujours ouverte et accueillante, sans exclure personne.”
9.-  Allers vers périphéries sans négliger les témoins Jésus-Christ n’est pas allé chercher les bons, mais les publicains et les pécheurs. Il faut sortir pour aller vers les périphéries, sans négliger les familles qui servent de modèles et de témoignage pour les autres familles. “Le sommet qui recueille et récapitule tous ces liens de la communion avec Dieu et avec le prochain –dit encore le Message du Synode - est l'Eucharistie dominicale, lorsque, avec toute l’Église, la famille prend place à la table du Seigneur. Lui-même se donne à nous tous, pèlerins de l'histoire en route vers la rencontre ultime lorsque le «Christ sera tout en tous ” (Col 3, 11). Pour cela, dans la première étape de notre chemin synodal, nous avons réfléchi à l’accompagnement pastoral et à la question de l’accès aux sacrements des personnes divorcées-remariées”.
10.- Le souci de miséricorde Le Synode ne remet pas en question la doctrine, mais réfléchit sur la pastorale, soit le discernement spirituel pour l’application de celle-ci. La miséricorde  ne supprime pas les commandements mais constitue leur clé herméneutique  (art d’interpréter les textes sacrés). La sexualité doit être abordée de façon très positive, car on parle si souvent des aspects négatifs  de la sexualité hors mariage qu’il semble que la sexualité dans le mariage soit “une concession à une imperfection  ”.  
11.-  L'Amour conjugal, unique et indissoluble
De par sa nature, l'amour tend à rimer avec toujours, jusqu'à donner sa vie pour la personne qu'on aime (cf. Jn 15, 13). L'amour conjugal, unique et indissoluble, persiste malgré les nombreuses difficultés des limites humaines ; c’est l’un des plus beaux miracles, bien qu’il soit aussi le plus commun”. L’amour  n’est pas seulement procréation,  mais aussi, éducation dans la foi et catéchèse des enfants. Ce devoir est souvent partagé et exercé avec beaucoup d'affection et de dévouement aussi par les grands-parents. Ainsi la famille se présente comme une authentique Église domestique ”. L’amour est “un don de biens partagés, de présence, d'amour et de miséricorde et aussi un témoignage de vérité, de lumière, de sens donné à la vie ”.

12.- Le mariage est une vocation à part entière
“Le mariage est une vocation à part entière, authentique, et comme tel requiert fidélité et cohérence”, dit enfin le message synodal. ”Personnalisée, la préparation  (sacramentelle) doit être longue et rigoureuse, au risque de diminuer le nombre de mariages célébrés dans l’Eglise ”. La famille doit être  l’école de l’“altérité” où l’on accepte l’autre tel qu’il est, avec amour. “La famille est confrontée à la  “dictature de la pensée unique” autour des concepts de la famille, vus de façon profane et au gré des modes de l’époque. La crise des valeurs, le sécularisme athée, l’hédonisme  et l’ambition du pouvoir sapent les valeurs de l’union entre l’homme et la femme ”.

Au terme de ces quinze jours de synode, cette réunion des évêques avec le successeur de Pierre et en communion avec lui, bien que dans une confrontation sereine sur les problèmes des familles, témoigne d’une Eglise vivante, vigoureuse, où tous partagent leur point de vue, souhaitant donner le meilleur au peuple chrétien, après que cela ait été approuvé et promulgué par le Pape.

Traduit de l’édition hispanophone d’Aleteia par Elisabeth de Lavigne
 

 

 4 octobre 2014 :Lors d'une grande veillée de prières en prologue du synode, place Saint-Pierre, le Pape est revenu sur l'importance de la famille, de la transmission et de l'écoute.

Il faut, estime le Saint-Père, "avec la joie de l'Evangile, retrouver une église réconciliée et miséricordieuse, pauvre et amie des pauvres, en mesure de vaincre avec passion les afflictions qui lui parviennent de l'intérieur comme de l'extérieur. Que le vent de la Pentecôte souffle sur les travaux du synode, sur l'Eglise, sur toute l'humanité. Qu'il défasse les nœuds qui empêchent les personnes de se rencontrer, qu'il guérisse les blessures qui saignent, ranime l'espérance. Il y a tant de gens sans espérance. Qu'il nous donne cette charité créative qui permet d'aimer comme Jésus a aimé. Et notre message retrouvera le dynamisme et la vivacité des premiers missionnaires de l'Evangile."
 

 


 

Pape François : "On ne fait pas la guerre au nom de Dieu"

« On ne fait pas la guerre au nom de Dieu » s’est insurgé le Pape à l’issue de la prière de l’Angélus, dimanche 10 août.

 
 
 
L’envoyé personnel du Pape en Irak quittera Rome demain pour rejoindre le Kurdistan irakien et manifester sur place la proximité de François aux milliers de personnes qui ont dû fuir leur maison ces derniers jours. « On ne fait pas la guerre au nom de Dieu », s’est insurgé le Pape à l’issue de la prière de l’Angélus, dimanche 10 août. François s’est dit « effaré » de la situation. Il a remercié ceux qui aident les réfugiés et exprimé sa confiance en une solution politique pour rétablir le droit. François a demandé à la foule de faire silence pour une prière : « Seigneur, donne-nous la paix » Le pape a également évoqué la reprise de la guerre à Gaza qui ne fait « qu'empirer » les relations entre Israéliens et Palestiniens. Il a prié pour les victimes du Ebola, avant d'évoquer enfin son prochain voyage en Corée du sud, demandant aux fidèles de prier ppour lui. « J’en ai tant besoin », a-t-il confié à la foule avant de souhaiter à tous un bon dimanche.  
 
Retranscription de l'intervention du Pape après la prière de l'Angélus
 
Chers Frères et sœurs, les nouvelles qui nous parviennent d’Irak, nous effarent, nous ne pouvons y croire : des milliers de personnes, dont tant de chrétiens chassés de leurs maisons de manière brutale ; des enfants morts de soif et de faim pendant leur fuite ; des femmes séquestrées ; des personnes massacrées des violences de tout type ; la destruction partout, des destructions de maisons, du patrimoine religieux, historique et culturel. Tout cela offense gravement Dieu et cela offense gravement l’humanité. On ne pratique pas la haine au nom de Dieu ! On ne fait pas la guerre au nom de Dieu ! Nous tous, en pensant à cette situation et à ces personnes, faisons silence et prions... ... Je remercie ceux qui avec courage sont en train de porter secours à ces frères et sœurs, et j’ai confiance en le fait qu’une efficace solution politique à un niveau international et local puisse arrêter ces crimes et rétablir le droit. Pour mieux assurer ces chères populations de ma proximité, j’ai nommé mon envoyé personnel en Irak, le cardinal Fernando Filoni, qui demain partira de Rome A Gaza aussi, après une trêve, la guerre a repris. Elle moissonne des victimes innocentes, enfants, et ne fait qu’empirer le conflit entre Israéliens et Palestiniens. Prions ensemble le Dieu de la paix, par intercession de la Vierge Marie : Donne la paix, Seigneur à notre temps et rends nous artisans de justice et de paix. Marie, reine de la paix, prie pour nous. Prions aussi pour les victimes du virus Ebola, et pour ceux qui luttent pour l’arrêter. Mercredi prochain jusqu’au lundi 18 août, je ferais un voyage apostolique en Corée. S’il vous plait accompagnez-moi avec la prière ! J’en ai besoin ! Merci.
  sources: Radio Vatican

 


 

 

Les paroles du Pape à 100 ans de la Première Guerre Mondiale

Publiée le 27-07-2014

Chers frères et sœurs,

C’est, demain, le centième anniversaire du déclenchement de la Première guerre mondiale, qui a causé des millions de victimes, et des destructions immenses. Ce conflit, que le pape Benoît XV a défini comme un « massacre inutile », a débouché, après quatre longues années, sur une paix qui s’est révélée plus fragile.

Demain ce sera une journée de deuil en souvenir de ce drame.

Alors que nous rappelons cet événement tragique, je souhaite que les erreurs du passé ne se répètent pas, mais que l’on ait à l’esprit les leçons de l’histoire, en faisant toujours prévaloir les raisons de la paix, grâce à un dialogue patient et courageux.

Ma pensée va en particulier aujourd'hui à trois régions en crise : le Moyen Orient, l’Irak, et l’Ukraine. Je vous demande de continuer à vous unir à ma prière afin que le Seigneur accorde aux populations et aux autorités de ces régions la sagesse et la force nécessaires pour poursuivre avec détermination le chemin de la paix, en affrontant tout différend par un dialogue et une négociation tenaces, et avec la force de la réconciliation.

Qu’au centre de chaque décision, on ne place pas les intérêts particuliers mais le bien commun et le respect de toute personne.

Rappelons-nous qu'on perd tout avec la guerre et qu'on ne perd rien avec la paix! Frères et soeurs, frères et soeurs, jamais la guerre! Jamais la guerre! Je pense surtout aux enfants auxquels on retire l'espérance d'une vie digne, d'un avenir, des enfants morts, des enfants blessés, des enfants mutilés, des enfants orphelins, des enfants qui ont comme jouets des restes de guerre, des enfants qui ne savent pas sourire. Arrêtez-vous, je vous en prie! Je vous le demande de tout mon coeur, c'est l'heure de s'arrêter: arrêtez-vous, je vous en prie!" 

Pape François, au terme de l'Angelus du 27 juillet 2014

 

 


 

Pape François : le texte intégral de son interview romaine (extrait de ALETEIA 1/7/2014)

Retrouvez la traduction dans son intégralité de l'interview donnée par le pape François au quotidien romain Il Messagero.

 
 
 
AP Photo/Gregorio Borgia
 
Dans les colonnes du quotidien italien Il Messagero, le pape François a abordé des thèmes aussi variés que la corruption, la fonction d’évêque de Rome, le déclin actuel de la politique, le communisme, et la femme, « la plus belle chose que Dieu ait créée ». Il a longuement évoqué aussi la question de la foi en Asie, l’exploitation des enfants. Et, selon le Pape, nous nous trouvons dans " une nouvelle ère qui alimente la décadence morale, non seulement politique, mais aussi dans l'entreprise ou le contexte social. "
Voici le texte intégral de son entretien avec la journaliste Franca Giansoldati (Il Messagero) :
C’est le moment du match Italie-Uruguay. Saint Père, qui soutenez-vous ?
Moi, vraiment personne, j'ai promis à la présidente du Brésil de rester neutre !
Nous commençons par Rome ?  
Mais savez-vous que je ne connais pas Rome ? Songez que j’ai vu la chapelle Sixtine pour la première fois lorsque j’ai participé au conclave qui a élu Benoît XVI (en 2005, ndr). Je ne suis pas allé non plus dans les musées. Le fait est que, comme cardinal, je ne venais pas souvent à Rome. Je connais Sainte-Marie-Majeure car j’y allais toujours. Et aussi San Lorenzo hors les murs, où je me rendais pour les confirmations du temps de don Giacomo Tantardini. Je connais bien sûr la Piazza Navona parce que je résidais toujours via della Scrofa, là derrière.  
Y a-t-il  un peu de romain dans l’argentin Bergoglio ?  
Peu et rien. Je suis avant tout piémontais, ce sont les racines originelles de ma famille. Mais je commence à me sentir Romain, je désire aller visiter le territoire, les paroisses. Ainsi, je découvre petit à petit cette ville. Une ville magnifique, unique, avec les problèmes des grandes villes métropolitaines. Une petite ville possède une structure presque univoque; une métropole, en revanche, englobe sept ou huit villes imaginaires superposées, à différents niveaux. Au niveau culturel aussi. Je pense par exemple aux tribus urbaines de jeunes. C’est pareil dans toutes les métropoles. En novembre nous allons organiser  à Barcelone un congrès consacré justement à la pastorale des métropoles […] Des villes dans la ville. L’Eglise doit savoir répondre aussi à ce phénomène.
Pourquoi, dès le début, avez-vous tant tenu à souligner la fonction de l’Evêque de Rome ?
Le premier service de François, c’est celui-là : être l’Evêque de Rome. Tous les titres du Pape, Pasteur universel, Vicaire du Christ, etc., il les détient parce qu’il est Evêque de Rome. C’est la première élection. La conséquence de la primauté de Pierre. Si demain le Pape voulait être évêque de Tivoli, il est clair qu’on le rejetterait.
Il y a quarante ans, avec Paul VI, le Vicariat a promu la conférence sur les problèmes de Rome. Est apparue l’image d’une ville dans laquelle celui qui avait beaucoup, avait le meilleur ; et celui qui avait peu, avait le pire. Aujourd’hui, selon vous, quels sont les maux de cette ville ?  
Ce sont les maux des grandes villes, comme Buenos Aires. Il y a ceux qui, de jour en jour, accroissent leurs profits, et ceux qui s’appauvrissent. Je n’étais pas au courant de ce congrès sur les problèmes de Rome. Ce sont des questions très romaines, et j’avais alors 38 ans. Je suis le premier Pape à n’avoir pas pris part au Concile et le premier à avoir étudié la théologie après le Concile. Et, à l’époque, pour nous la grande lumière  était  Paul  VI. Pour moi, Evangelii Nuntiandi reste le document pastoral jamais dépassé.  
Existe-t-il  une hiérarchie des valeurs à respecter dans la gestion des affaires publiques ?  
Assurément. Toujours sauvegarder le bien commun. Telle est la vocation de tout homme politique. Un concept large qui englobe, par exemple, la protection de la vie humaine, de sa dignité. Paul VI faisait l’éloge de la politique « la forme la plus haute de la charité ». Aujourd'hui, le problème, c’est que la  politique - je ne parle pas seulement de l'Italie, mais de tous les pays - est discréditée,  ruinée par la corruption, par le phénomène des pots-de-vins. Il me vient à l’esprit un document que les évêques français ont publié il y a 15 ans. Une lettre pastorale intitulée : Réhabiliter la politique, qui abordait ce thème. S’il n’y a pas service à la base, on ne peut pas comprendre non plus l’identité de la politique.  
La corruption sent le pourri, avez-vous dit. Et aussi que la corruption sociale est le fruit d’un cœur fermé, pas seulement de circonstances extérieures. Il n’y aurait pas de corruption sans cœurs corrompus. Le corrompu n’a pas d’amis, mais des idiots utiles.Pouvez-vous mieux nous l’expliquer ?
J’ai parlé deux jours de suite de ce thème parce que je commentais la lecture de la Vigne de Naboth. Le premier jour, j’ai abordé la phénoménologie de la corruption, le deuxième jour comment finissent les corrompus. Le corrompu, de toute façon, n’a pas d’amis, seulement des complices.
Selon vous, si on parle autant de corruption, est-ce parce que les médias insistent trop sur la question, ou qu’il s’agit effectivement d’un mal endémique grave ?  
Non, hélas,  il s’agit d’un phénomène mondial. Il y a des chefs d’Etat en prison à cause de cela. J’y ai beaucoup réfléchi, pour parvenir à la conclusion que les maux se multiplient, surtout durant les changements d’époque. Nous ne vivons pas tant une époque de changements, qu’un changement d’époque. Il s’agit donc d’un changement de culture; et c’est précisément dans cette phase qu’émerge ce genre de choses. Le changement d’époque alimente la décadence morale, non seulement en politique, mais aussi dans la sphère financière ou sociale.

Les chrétiens non plus ne semblent pas briller par leur témoignage...  
C'est l'environnement qui favorise la corruption. Je ne veux pas dire que tous sont corrompus, mais je pense qu'il est difficile de rester un honnête homme dans la politique. Je parle du monde, pas de l’Italie. Parfois certaines personnes  voudraient faire les choses au clair, mais elles se trouvent en difficulté, c'est comme si elles étaient phagocytées par un phénomène endémique, à divers niveaux, transversal. Non que ce soit la nature de la politique,  mais parce que lors d’un changement d’époque, les pressions se sont plus fortes.  

Avez-vous plus peur de la pauvreté morale ou matérielle d’une ville ? 
 Les deux m’effraient. Quelqu’un qui a faim, par exemple, je peux l’aider à ce qu’il n’ait plus faim, mais s’il a perdu son travail et qu’il est au chômage, il s’agit d’une autre pauvreté. Il n’a plus de dignité. Il pourrait sans doute aller à  Caritas et ramener chez lui un paquet de nourriture, mais il vit là une pauvreté très grave qui lui ronge le cœur. Un évêque auxiliaire de Rome  m’a raconté que beaucoup de personnes vont dans les cantines ou les restos et, remplis de honte, ramènent en cachette la nourriture chez eux. Leur dignité se paupérise petit à petit, ils vivent dans un état de prostration.

Dans les rues de Rome on voit des petites filles de 14 ans  contraintes de se prostituer dans l’indifférence générale, tandis que dans le métro on assiste à la mendicité des enfants. Vous sentez-vous impuissant face à cette dégradation morale ?  
J’éprouve de la douleur, une énorme douleur. L’exploitation des enfants me fait souffrir. C’est pareil en Argentine. On emploie des enfants pour des travaux manuels parce qu’ils ont des mains plus petites. Mais les enfants sont victimes aussi d’abus sexuels, dans des hôtels. Un jour, on m’a averti qu’il y avait des petites filles de 12 ans prostituées dans les rues de Buenos Aires. Je me suis renseigné, et c’était exact. Cela m’a fait mal. Encore plus de savoir que s’arrêtaient  de grosses voitures conduites par un vieillard, qui pourrait être leur grand-père. Ils payaient la petite fille 15 pesos, avec quoi ils achetaient les déchets de la drogue. Pour moi, les personnes qui font cela à des petites filles sont des pédophiles. Cela arrive aussi à Rome. La Ville Eternelle, qui devrait être un phare pour le monde, est le miroir de la dégradation morale de la société. Je pense que ce sont des problèmes qui se résolvent avec une bonne politique sociale.  

Que peut faire la politique ?  
Répondre de façon claire. Par exemple avec des services sociaux qui suivent les familles pour comprendre, en les accompagnant pour les sortir de situations très difficiles.  Le phénomène traduit une déficience de service social dans la société.

Mais l’Eglise travaille dur...  
Et doit continuer à le faire. Il faut aider les familles en difficulté, un travail qui nécessite de plus en plus l’effort de tous.
À Rome, de plus en plus de jeunes ne vont pas à l’église, ne font pas baptiser leurs enfants, ne savent même pas faire leur signe de croix. Que faire pour inverser cette tendance ?  
L'Eglise doit sortir dans la rue, aller à la rencontre des gens, visiter les familles, aller aux périphéries. Ne pas être une église qui se contente de recevoir, mais qui offre.

Et les prêtres ne doivent pas se tourner les pouces…
Evidemment. Nous sommes dans un temps de mission depuis une dizaine d’années. Nous devons insister  

Etes-vous préoccupé par la culture de la dénatalité en Italie ?
Je pense qu’il faut travailler davantage pour le bien commun des enfants. Fonder une famille est une tâche énorme, parfois le salaire n’est pas suffisant, on n’arrive pas à joindre les deux bouts. Les gens ont peur de perdre leur emploi ou de ne pas pouvoir payer le loyer. La politique sociale n’aide pas. L'Italie a un taux de natalité très bas, l’Espagne de  même. La France est un peu mieux, mais le taux est également faible. Comme si l'Europe avait assez d'être maman, préférant être grand-mère. Cela dépend beaucoup de la crise économique, et pas seulement d’une dérive culturelle marquée par l'égoïsme et l'hédonisme. L'autre jour, j'ai lu une statistique sur les critères de dépenses de la population à travers le monde. Après la nourriture, les vêtements et les médicaments, trois éléments nécessaires, viennent les cosmétiques et les dépenses pour les animaux domestiques.  

Les animaux comptent plus que les enfants ?  
Il s’agit d’un autre phénomène de dégradation culturelle. C'est parce que la relation affective avec les animaux est plus facile, plus programmable. Un animal n’est pas libre, tandis qu’avoir un enfant est un peu plus compliqué.   L’Evangile parle-t-elle davantage aux pauvres ou aux riches pour qu’ils se convertissent?  La pauvreté est au centre de l’Evangile On ne peut pas comprendre l’Evangile sans comprendre la pauvreté réelle, en considérant qu’il existe aussi une pauvreté, très belle, de l’esprit: être pauvre devant Dieu parce que Dieu te comble. L’Evangile s’adresse indistinctement aux pauvres et aux riches. Et il parle autant de pauvreté que de richesse. Il ne condamne pas en effet les riches, peut-être les richesses quand elles sont idolâtrées. Le Dieu argent, le veau d’or.

Vous passez pour être un Pape communiste, paupériste, populiste. The Economist qui vous a consacré une page de couverture,  affirme que vous parlez comme Lénine. Vous reconnaissez-vous dans ces modèles ?  
Je dis simplement que ce sont les communistes qui nous ont volé notre drapeau. Le drapeau des pauvres est chrétien. La pauvreté est au centre de l’Évangile.  Prenons Matthieu 25, le protocole sur lequel nous serons tous jugés: j'ai eu soif, j'ai eu faim, j'ai été en prison, j'étais malade, j'étais nu. Ou regardons les Béatitudes, une autre bannière. Les communistes disent que tout cela est communiste. Peut-être, mais avec vingt siècles de retard sur nous. Alors quand ils parlent ainsi, on pourrait leur dire: «  mais  alors, vous êtes chrétiens ! » (rires).  

Puis-je me permettre une critique.  
Bien sûr...  

Vous parlez peut-être peu des femmes, et quand vous le faîtes,  vous abordez le sujet  uniquement du point de vue de la maternité, la femme épouse etc. Et pourtant les femmes d’aujourd’hui président des Etats, des multinationales, des armées. Au sein de l’Eglise, selon vous, quelle place occupent les femmes ? 
Les femmes sont la plus belle chose que Dieu ait créée. L’Eglise est femme, l’Eglise est un mot féminin. On ne peut pas faire de la théologie sans cette féminité. Vous avez raison, on ne parle pas assez de cela, on devrait travailler davantage sur la théologie de la femme. Je l’ai dit, et nous travaillons en ce sens.  

N’y a-t-il pas là une certaine misogynie?  
Le fait que la femme soit sortie d’une côte … (éclat de rire). Je plaisante. Je suis d’accord pour que l’on approfondisse davantage la question féminine, sinon on ne peut pas comprendre l’Eglise elle-même.   

En août, vous irez en Corée. Est-ce la porte de la Chine ? Ciblez-vous l’Asie ?  
J’irai en Asie deux fois en six mois. En Corée en août, pour rencontrer les jeunes asiatiques. En janvier au Sri Lanka et aux Philippines. L’Eglise en Asie est une promesse. La Corée représente beaucoup, elle a derrière elle une belle histoire, durant deux siècles elle n’a pas eu de prêtres et le catholicisme a progressé grâce aux laïcs. Elle a eu aussi des martyrs. Quant à la Chine, il s’agit d’un grand défi culturel. Enorme. Et il y a l'exemple de Matteo Ricci qui a fait beaucoup de bien ...
 

Où  va l’Eglise de Bergoglio ?  
Grâce à Dieu, je n'ai aucune église, je suis le Christ. Je n’ai rien fondé. Du point de vie du style, je suis resté tel que j’étais à Buenos Aires. Oui, peut-être une ou deux petites choses, parce qu’il le faut, mais changer à mon âge aurait été ridicule. Sur le programme, en revanche, je suis ce que les cardinaux ont demandé durant les congrégations générales précédant le conclave. Je vais dans cette direction. Le Conseil de huit cardinaux, un organisme externe, est né de là. Il avait été demandé pour aider à réformer la Curie. Chose par ailleurs pas facile du tout, parce qu’on fait un  pas, mais ensuite il faut faire ceci ou cela, et si avant il  y avait un dicastère, par la suite il y en a quatre. Mes décisions sont le fruit des réunions précédant le conclave. Je n’ai rien fait tout seul.  

Une approche démocratique ...  
Il s’est agi des décisions des cardinaux. Je ne sais pas si c’est une approche démocratique, je dirais plutôt synodale, même si le terme pour les cardinaux n'est pas approprié.  

Que souhaitez-vous aux Romains en cette la fête de Saint-Pierre-et-Saint-Paul, leurs  saints patrons ?  
Qu'ils continuent à être bons. Ils sont si sympathiques. Je le vois dans les audiences et quand je vais dans les paroisses. Je leur souhaite de ne pas perdre la joie, l'espérance, la confiance, malgré les difficultés. Le dialecte romain est beau aussi.  

Wojtyla  a appris à dire volemose bene, damose da fa'. Avez-vous appris une ou deux phrases en dialecte romain ?  
Pour l’instant peu. Campa e fa' campa' (Vis et laisse vivre, ndt.). (Naturellement, rires).  

Entrevue accordée  à Franca Giansoldati, Il Messaggero


 

Renouveau charismatique : « un grand orchestre qui n’a qu’un seul chef, Jésus »

Le Pape Francois s’est rendu dimanche au stade olympique de Rome où étaient rassemblés 52 000 membres du Renouveau charismatique.

 
 
 
 
radio vaticana
 
01/06/14
C'était un événement sans précédent, au sein duquel 55 pays étaient représentés. Plus de 50 000 personnes étaient présentes au Stade Olympique de Rome ce dimanche en début de soirée. Le Pape François y a rencontré les membres du Renouveau charismatique catholique, qui y organisaient leur 37° Convocation.
Accueil, prière, chants, témoignages, dialogue, écoute, les participants ont passés environ 90 minutes avec le Saint-Père, point d’orgue d’un rassemblement qui a commencé dimanche matin et se poursuivra jusqu’à lundi soir. Un millier de prêtres, 150 séminaristes, 350 religieuses, 3 000 enfants et adolescents étaient présents. Parmi les personnalités présentes figurait le père Cantalamessa, prédicateur de la Maison Pontificale et ambassadeur du Renouveau dans le monde. Le Saint-Père a donné rendez-vous aux membres du Renouveau charismatique en 2017 place Saint-Pierre pour leur jubilé.
Dans un long discours, il a rappelé que le mouvement catholique était né d’une volonté de l’Esprit Saint comme « un courant de grâce dans l’Église et pour l’Église ». « Vous avez reçu le grand don de la diversité des charismes, la diversité qui porte à l’harmonie de l’Esprit Saint, au service de l’Église ».
Jésus est le seul chef « Quand je pense à vous a confié le Pape, je vois la même image de l’Église mais d’une façon particulière, je pense aussi à un grand orchestre dans lequel chaque instrument est diffèrent, chaque voix est différente mais tous sont nécessaires pour l’harmonie de la musique ». « Saint Paul nous le dit. Et donc, comme dans un orchestre personne au sein du Renouveau ne peut penser être plus important ou plus grand qu'un autre. Personne, insiste le Saint-Père, ne peut dire « je suis le chef ». Vous, comme toute l’Église, avait un seul chef, un seul Seigneur : Jésus ».
La grâce de Dieu ne peut être contrôlée Le Pape Francois a appelé les membres du Renouveau à « être attentifs à ne pas perdre la liberté que l’Esprit Saint nous a donné ». Il a mis en garde contre les dangers qui menacent le mouvement : le danger d’une « excessive organisation », le danger qui réside dans le fait de vouloir « contrôler la grâce de Dieu » en décidant qui peut ou non, recevoir le baptême dans l’Esprit. « Vous dispensez la grâce de Dieu, vous ne la contrôlez pas ».
Dans son discours, le Pape a par ailleurs reconnu qu’à sa création il n’aimait pas beaucoup le mouvement et qu’il lui semblait que le Renouveau était « une école de samba ». « Je ne partageais pas leur façon de prier mais après j’ai commencé à les connaitre et j’ai compris le bien que le Renouveau charismatique fait à l’Église ».
Appel à l'Unité Le Saint-Père a ensuite indiqué ce qu’il attendait du Renouveau charismatique. « J’attends de vous que vous partagiez avec tous, dans l’Église, la grâce du baptême dans l’Esprit Saint. «J’attends de vous une évangélisation avec la parole de Dieu qui annonce que Jésus est vivant et qu’il aime tous les hommes ». « J’attends que vous donniez des témoignages d’œcuménisme spirituel avec tous nos frères et sœurs des autres Églises ».
Le Pape invite également le mouvement à se rapprocher des pauvres. Et c’est sur un appel à l’Unité qu’il conclut son discours : « cherchez l’Unité dans le Renouveau, la division vient du démon ». « Fuyez les luttes internes s’il vous plait. Et laissez-vous guider par l’Esprit Saint ».
Ce mouvement catholique entend se placer dans une perspective missionnaire et soutenir l’œuvre de renouveau ecclésial lancée par le Pape François. Le Pape François qui connaît bien le Renouveau charismatique puisqu’il en a été l’évêque référendaire en Argentine. En mettant l’accent sur la grâce du baptême et en favorisant une relation d’intimité personnelle avec le Christ, le Renouveau charismatique met également l’accent sur l’articulation entre raison et cœur, sur la recherche de la sainteté et sur la vie fraternelle.
En 1975, alors que le mouvement était encore mal perçu, Paul VI avait déclaré : « Comment ce 'renouveau spirituel' ne pourrait-il pas être une 'chance' pour l’Eglise et pour le monde? Et comment, en ce cas, ne pas prendre tous les moyens pour qu’il le demeure? »

sources:Radio Vatican

 


 

VOYAGE DU PAPE FRANCOIS EN TERRE SAINTE

extrait du journal LaCroix du 26/05/2014  - cliquez ci dessous :

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Pape François : « J'ai pleuré pour les chrétiens crucifiés »

Lors de la messe qu’il a célébrée en la chapelle de la résidence Sainte-Marthe, le Pape, sans citer la Syrie, a confié avoir pleuré lorsqu’il a appris que des chrétiens étaient crucifiés en un certain pays. 

 

 
« J'ai pleuré pour les chrétiens crucifiés, aujourd’hui encore il y a des personnes qui tuent au nom de Dieu ».
Des paroles fortes du Pape François ce vendredi matin. Une religieuse syrienne témoignait sur les ondes de Radio Vatican il y a quelques semaines du calvaire vécu par les chrétiens de Syrie . « Aujourd’hui il y a des gens qui persécutent et qui tuent au nom de Dieu » rappelle le pape. « Dans certains pays, porter une Croix ou un Evangile suffit pour aller en prison, et des gens sont comme les apôtres, jugés dignes de subir des outrages au nom de Jésus.» Le pape François reliait cette actualité dramatique au récit de la flagellation des apôtres devant le Sanhédrin à Jérusalem, une scène évoquée dans le passage des Actes des Apôtres lu dans la liturgie de ce vendredi 2 mai.
Au centre de l’homélie du Pape, l’Évangile de la multiplication des pains et des poissons et la lecture tirée des Actes des Apôtres dans laquelle les disciples de Jésus sont flagellés par le sanhédrin. Le Pape François propose trois icônes : la première est l’amour de Jésus pour les gens, son attention portée aux problèmes des personnes. « Le Seigneur- observe le Pontife- ne se préoccupe pas de combien sont ceux qui le suivent, par exemple », « ça ne lui passe pas par la tête de faire un recensement pour voir si l’Église a grandi…non ! Il parle, il prêche, il aime, il accompagne, il parcourt le chemin avec les gens, bienveillant et humble. Et il parle avec autorité, c’est-à-dire avec la force de l’amour ».
Certains ne toléraient pas la douceur de Jésus La seconde icône est celle de « la jalousie » des autorités religieuses de l’époque : « Ils ne toléraient pas- affirme le Pape- que les gens suivent Jésus ! Ils ne le toléraient pas ! C’est un mauvais comportement. Et de la jalousie, nous passons à l’envie, et nous savons que le père de l’envie est ' le démon ' et c’est de par cette envie que le mal est entré dans le monde ». « Ces gens- souligne encore le Pape François- savaient bien qui étaient Jésus : il le savait ! Ces personnes étaient les mêmes qui avaient payé les gardes pour dire que les apôtres avaient volé le corps de Jésus ! » : « Ils avaient payé pour garder la vérité sous silence ».
« Mais les gens sont vraiment méchants ! Car lorsque nous payons pour cacher la vérité, nous sommes dans une très grande méchanceté. C’est pour cela que les gens savaient qui ils étaient. Ils ne les suivaient pas, ils les toléraient car ils avaient l’autorité : l’autorité du culte, l’autorité de la discipline ecclésiastique à cette époque, l’autorité du peuple…et les gens suivaient. Jésus disait d’eux qu’ils faisaient peser des poids opprimants sur les fidèles et les chargeaient sur les épaules des gens. Ces gens ne tolèrent pas la douceur de Jésus, ils ne tolèrent pas la douceur de l’Évangile, ils ne tolèrent pas l’amour. Et ils paient par envie, par haine ».
Devant le Sanhédrin, il y a « un homme sage », Gamaliel, qui invite les leaders religieux à libérer les apôtres. Ainsi, répète le Pape François, il y a ces deux premières icônes : Jésus qui s’émeut en voyant les gens « sans pasteurs » et les autorités religieuses…
Aujourd'hui encore des gens s'érigent en 'patrons des consciences' «Celles-ci, avec leurs manœuvres politiques, avec leurs manœuvres ecclésiales pour continuer à dominer le peuple…Et ainsi, ils font venir les apôtres, après avoir parlé avec ce sage homme. Ils rappelèrent les apôtres, les firent flageller et leur ordonnèrent de ne pas parler au nom de Jésus. Ensuite, ils les remirent en liberté. » « Mais nous devons faire quelque chose : nous leur donnerons de beaux coups de bâton et après, à la maison ! » « C’est injuste mais ils l’ont fait. Ils étaient les patrons des consciences et se sentaient avec le pouvoir de le faire. Patrons des consciences…Aujourd’hui aussi, dans le monde, il y en a beaucoup ».
« Moi, a dit le Pape François, J’ai pleuré lorsque j’ai appris par les médias » la nouvelle « des chrétiens crucifiés dans un certain pays non chrétien. Aujourd’hui encore-il y a encore des gens qui, au nom de Dieu, tuent et persécutent. Et aujourd’hui encore, nous voyons tant de gens qui « comme les apôtres », sont « contents d’avoir été jugés dignes de subir des outrages pour le nom de Jésus ». « Ceci- a-t-il dit- « est la troisième icône d’aujourd’hui ». La joie du témoignage » :
"La première icône : Jésus avec les gens, l’amour, le chemin qu’il nous a enseigné et que nous devons suivre. La seconde icône : l’hypocrisie de ces dirigeants religieux du peuple, qui ont emprisonné le peuple par tant de commandements, avec cette légalité froide et dure et qui ont payé pour cacher la vérité. La troisième icône : la joie des martyrs chrétiens, la joie de tant de nos frères et de nos sœurs qui ont ressenti cette joie, cette félicité d’avoir été jugés dignes de subir des outrages au nom de Jésus. Et aujourd’hui, il y en a tellement ! Pensez que dans certains pays, vous pouvez vous retrouver en prison par le simple fait que vous portez une Évangile. Tu ne peux pas porter de croix : ils te feront payer l’amende. Mais le cœur est content. Les trois icônes : regardons-les aujourd’hui ! Cela fait partie de notre histoire du salut ».
 

 

 Jean XXIII et Jean-Paul II ont été déclarés saints, hier à Rome, par le pape François qui a présidé la cérémonie de canonisation, entouré de 850 concélébrants, parmi lesquels le pape émérite Benoît XVI.

‣ 800 000 pèlerins avaient afflué durant le week-end vers la Ville éternelle, dont une grande majorité de Polonais venus rendre hommage à Karol Wojtyla.

‣ Dans le monde entier, les deux papes ont reçu un hommage intense pour l'exemple qu'ils ont donné à l'Eglise.

Toutes les générations derrière quatre papes

Le pape François, concélébrant avec Benoît XVI, a présidé hier la messe de canonisation de leurs prédécesseurs Jean XXIII et Jean-Paul II.
‣ Définissant le premier comme le « pape de la docilité à l’Esprit » et le second comme le « pape de la famille » , il a réuni la figure des nouveaux saints en invoquant le concile Vatican II.
‣ Très internationale, la célébration a été suivie par 800 000 fidèles massés sur et autour de la place SaintPierre, et en présence de plus de 90 délégations officielles.
ROME De l’un de nos envoyés spéciaux La Croix du 28/04/2014
 
La canonisation en soi n’aura duré qu’un bref moment. Déclenchant les applaudissements, le pape François a proclamé saints Jean XXIII et Jean-Paul II après un rite, au tout début de la célébration place Saint-Pierre, au cours duquel, par trois fois, le préfet de la Congrégation pour la cause des saints, le cardinal Angelo Amato, a demandé l’inscription des bienheureux. Mais l’Église catholique ne s’est pas « seulement » agrandie hier de deux saints. Devant une foule de 800 000 pèlerins, elle a fait une démonstration d’unité par la canonisation de ces deux papes au style et au parcours très différents. De surcroît par une célébration à laquelle le pape François a associé son prédécesseur, Benoît XVI.Le pape émérite, se déplaçant avec sa canne, a rejoint le parvis de la basilique Saint-Pierre sous les applaudissements. Sous les portraits fleuris des nouveaux saints papes, lui et son successeur ont échangé une fraternelle accolade au début de la célébration. Sans être placé aux côtés de son successeur, pour ne pas créer de confusion, l’ancien pape âgé de 86 ans a concélébré la messe, au milieu des cardinaux, livret en main et murmurant les chants de louange. Mais cette claire distinction des rôles n’empêchera pas ce 27 avril d’entrer dans l’histoire comme le « dimanche des quatre papes ». Le pape François l’a voulu ainsi.Cette volonté d’afficher l’unité, il l’a aussi exprimée par son homélie, lue en italien sans improvisation. Concis et direct, comme à son habitude, il a fait référence explicitement au concile Vatican II, qui réunit Jean XXIII son initiateur et Jean-Paul II pour sa mise en œuvre.« Jean XXIII et Jean-Paul II ont collaboré avec le Saint-Esprit pour restaurer et actualiser l’Église selon sa physionomie d’origine, la physionomie que lui ont donnée les saints au cours des siècles. »Une « physionomie d’origine » que le nouveau pape a invoquée pour mieux inviter son Église à en reprendre les traits. S’appuyant sur les lectures de ce deuxième dimanche de Pâques qui, en ce temps pascal, rappelle les premiers pas de l’Église après la Résurrection du Christ, il a évoqué la « première communauté des croyants » . Une manière d’en renouer avec l’état d’esprit. « C’est une communauté dans laquelle se vit l’essentiel de l’Évangile, c’est-à-dire l’amour, la miséricorde, dans la simplicité et la fraternité » , a dépeint celui qui, vivant non dans le palais apostolique mais dans la collectivité d’une résidence, s’évertue à placer son pontificat sous ses mots. « C’est l’image de l’Église que le concile Vatican II a eue devant lui », a-t-il insisté. Une semaine auparavant, dans son homélie de la vigile pascale, il avait déjà invité chaque croyant à « retourner en Galilée » , à retrouver la force du « premier amour » , le feu du « premier appel » .Le nom même de François, choisi pour le présent pontificat en référence au Poverello, renvoie à la simplicité et à la radicalité évangéliques. De même qu’il l’avait mis en avant à Assise le 4 octobre, le pape a fait valoir dans son homélie « le creuset du dépouillement, du fait de se vider de tout, de la proximité avec les pécheurs jusqu’à l’extrême, jusqu’à l’écœurement » . Un passage emprunté, selon lui, par les deux « papes du XXe siècle » désormais canonisés.L’unité autour de ces hautes figures, l’actuel pape du XXIe cherche à la réaliser pour servir l’un des grands desseins de son pontificat, la famille. Jean-Paul II est le « pape de la famille » , a-t-il dit, rappelant aussitôt le Synode d’octobre prochain sur la pastorale familiale qu’il a convoqué. Cette Assemblée extraordinaire des évêques doit en particulier réfléchir à l’accueil à réserver aux personnes divorcées et remariées. Un consistoire réunissant en février dernier les cardinaux, à la demande du pape, a fait ressortir les divisions entre eux sur cette question. Le pape François avait alors déjà demandé à son prédécesseur de se montrer auprès de lui, comme pour faire bloc, et pressé ses cardinaux de rester unis au pape.Une unité non pour s’enfermer mais pour s’ouvrir de manière « docile à l’Esprit Saint » , a poursuivi le pape dans son homélie.
 
 
 
 
Extraits de l’homélie du pape François lors de la messe de canonisation des papes Jean XXIII et Jean-Paul II, dimanche à Rome.
 
« Jean XXIII et Jean-Paul II ont eu le courage de regarder les plaies de Jésus, de toucher ses mains blessées et son côté transpercé. (…) Ils ont été deux hommes courageux, remplis de la liberté et du courage ( parresia ) du Saint-Esprit, et ils ont rendu témoignage à l’Église et au monde de la bonté de Dieu, de sa miséricorde.Ils ont été des prêtres, des évêques, des papes du XXe siècle. Ils en ont connu les tragédies, mais n’en ont pas été écrasés. En eux, Dieu était plus fort. (…)En ces deux hommes, contemplatifs des plaies du Christ et témoins de sa miséricorde, demeurait une “vivante espérance”, avec une “joie indicible et glorieuse” (1 P 1, 3.8). (…) Ce sont l’espérance et la joie que les deux saints papes ont reçues en don du Seigneur ressuscité, qui à leur tour les ont données au Peuple de Dieu, recevant en retour une éternelle reconnaissance.Cette espérance et cette joie se respiraient dans la première communauté des croyants, à Jérusalem, dont nous parlent les Actes des Apôtres (Cf. 2, 42-47). C’est une communauté dans laquelle se vit l’essentiel de l’Évangile, c’est-à-dire l’amour, la miséricorde, dans la simplicité et la fraternité.C’est l’image de l’Église que le concile Vatican II a eue devant lui. Jean XXIII et Jean-Paul II ont collaboré avec le SaintEsprit pour restaurer et actualiser l’Église selon sa physionomie d’origine, la physionomie que lui ont donnée les saints au cours des siècles. (…) Dans la convocation du Concile, Jean XXIII a montré une délicate docilité à l’Esprit Saint, il s’est laissé conduire et a été pour l’Église un pasteur, un guide-guidé. Cela a été le grand service qu’il a rendu à l’Église ; il a été le pape de la docilité à l’Esprit.Dans ce service du Peuple de Dieu, JeanPaul II a été le pape de la famille. Lui-même a dit un jour qu’il aurait voulu qu’on se souvienne de lui comme du pape de la famille. Cela me plaît de le souligner alors que nous vivons un chemin synodal sur la famille et avec les familles, un chemin que, du Ciel, certainement, il accompagne et soutient.Que ces deux nouveaux saints pasteurs du Peuple de Dieu intercèdent pour l’Église, afin que, durant ces deux années de chemin synodal, elle soit docile au Saint-Esprit dans son service pastoral de la famille. Qu’ils nous apprennent à ne pas nous scandaliser des plaies du Christ, et à entrer dans le mystère de la miséricorde divine qui toujours espère, toujours pardonne, parce qu’elle aime toujours. »

 

 

 


 

Pape François : pas de place pour la médiocrité chez le prêtre !

Devant les séminaristes romains, le Pape ne mâche pas ses mots pour rappeler les exigences du sacerdoce. Mais il se montre aussi rassurant.

extrait ALETEIA 15/04/2014 

 François a été séminariste, prêtre, puis responsable de la formation des prêtres comme provincial des Jésuites et comme archevêque. C’est donc en homme d’expérience qu’il s’est adressé aux séminaristes du « Leoniano », ce séminaire diocésain régional de la province du Latium, venus le rencontrer à Rome, le 14 avril 2014. Conscient que les motivations des candidats au sacerdoce ne sont pas toujours justes ou pures (en particulier pas dénuées d’ambition), François a rappelé que le séminaire n’est ni un refuge, ni une école de formation professionnelle. Conscient aussi du mal fait à l’Eglise et au peuple de Dieu par les prêtres qui vivent leur sacerdoce « à moitié », il s’est montré ferme : le sacerdoce est une vocation exigeante qui ne supporte pas la médiocrité. Mais en père plein de bonté, il s’est voulu aussi rassurant : avec l’aide de Dieu, l’intention de  départ, qui n’est peut-être pas totalement pure, se redresse, peu à peu. Et le prêtre peut devenir ce qu’il est appelé à être : un bon pasteur, qui prend soin du troupeau.
Extraits d’un  discours exigeant, mais encourageant.
Le prêtre : un pasteur, pas un fonctionnaire « Vous n’êtes pas en train de vous préparer à exercer un métier, à devenir fonctionnaire dans une entreprise ou un organisme bureaucratique. Nous avons tant, tant de prêtres à « mi chemin ». C’est une souffrance, qu’ils n’aient pas atteint la plénitude. Ils ont quelque chose du fonctionnaire, une dimension bureaucratique, et cela ne fait pas de bien à l’Eglise. Je vous en prie : Soyez attentifs à ne pas tomber là dedans ! Vous êtes en train de devenir des pasteurs à l’image du Bon Pasteur, Jésus, pour être comme lui, en sa personne, au milieu de son troupeau, pour paître ses brebis. »
S’offrir à Dieu, comme de l’argile à modeler « Face à une telle vocation, nous pouvons répondre, comme Marie à l’ange : « comment cela se fera-t-il ? ». Devenir des bons pasteurs à l’image de Jésus est une chose trop grande et nous sommes si petits (…) Mais ce n’est pas notre œuvre ! C’est celle de l’Esprit Saint, avec notre collaboration. Il s’agit de s’offrir humblement, comme de l’argile à modeler, pour que le potier, qui est Dieu, la travaille avec l’eau et le feu, avec la Parole et l’Esprit. »
Prie, et tu verras que ton intention se redressera « C’est vrai qu’au début, la droiture d’intention n’est pas toujours là. Mais j’ose vous dire : c’est difficile qu’elle y soit. Nous avons tous eu ces petites choses qui ne relèvent pas de la droiture d’intention, mais avec le temps, avec la conversion de chaque jour, cela s’arrange. Pensons donc aux apôtres ! Pensez à Jacques et Jean, qui voulaient devenir, l’un premier ministre et l’autre ministre de l’économie ! (…) Le Seigneur, avec une grande patience, a redressé leur intention et à la fin, elle était si droite, qu’ils ont donné leur vie à travers la prédication et le martyre (…) « Mais moi, je ne suis pas sûr de ne pas vouloir être prêtre pour la promotion… » « Mais aimes-tu Jésus ? » -  « Oui » - « Parle avec ton père spirituel, parle avec tes formateurs, prie, prie, prie, et tu verras que ton intention se redressera ! »
Pas de place pour la médiocrité chez les ministres du Christ « Méditer chaque jour l’Evangile, se confesser souvent, se nourrir avec foi et amour de l’Eucharistie pour en nourrir le peuple chrétien, être des hommes de prière, qui louent le père et intercèdent continuellement pour les frères… Je vous le dis du fond du cœur, sans intention de vous offenser : si vous n’êtes pas disposés à suivre cette route (…), il vaut mieux que vous ayez le courage d’en chercher une autre. Il y a beaucoup de façon, dans l’Eglise, d’offrir un témoignage chrétien et beaucoup de routes qui mènent à la sainteté. Chez les ministres du Christ, il n’y a pas de place pour la médiocrité, de cette médiocrité qui conduit à utiliser sans cesse le saint peuple de Dieu à ses propres fins. Malheurs aux mauvais pasteurs qui ne paissent qu’eux-mêmes, et non leur troupeau, s’écriaient les prophètes avec force. Je vous recommande de lire et de méditer cette phrase prophétique que Saint Augustin cite dans son De Pastoribus. (…) »
Le séminaire n’est pas un refuge « Le séminaire – disons la vérité - n’est pas un refuge pour toutes les limites que nous pouvons avoir, un refuge pour nos manquements psychologiques, ou parce que nous n’avons pas le courage d’affronter la vie et que nous cherchons un endroit pour nous réfugier (…) Si votre  séminaire était cela, ce serait une hypothèque pour l’Eglise ! Et le pape de citer Pie XI : il avait dit une fois qu’il valait mieux perdre une vocation que de se risquer à prendre un candidat peu sûr. Il était alpiniste, il était connaisseur en la matière. »
Se réfugier, oui, mais sous le manteau de Marie « N’oubliez jamais Marie ! Les mystiques russes disent que dans les moments de turbulences spirituelles, il faut se réfugier sous le manteau de la Mère de Dieu ! N’en sortons jamais ! [Restons] couverts par son manteau ! »

 


 

MESSAGE DE SA SAINTETÉ FRANÇOIS POUR LE CARÊME 2014

Il s'est fait pauvre pour nous  enrichir par sa pauvreté (cf  2 Cor 8,9)

 

 

Chers frères et sœurs,

Je voudrais vous offrir, à l’occasion du Carême, quelques réflexions  qui puissent vous aider dans un chemin personnel et communautaire de conversion.  Je m’inspirerai de la formule de Saint Paul : « Vous connaissez en effet la générosité de notre Seigneur Jésus Christ : lui qui  est riche, il est devenu pauvre à cause de vous, pour que vous deveniez riches  par sa pauvreté » (2 Co 8, 9). L’Apôtre s’adresse aux chrétiens de  Corinthe pour les encourager à être généreux vis-à-vis des fidèles de Jérusalem  qui étaient dans le besoin. Que nous disent-elles, ces paroles de saint Paul, à  nous chrétiens d’aujourd’hui ? Que signifie, pour nous aujourd’hui, cette  exhortation à la pauvreté, à une vie pauvre dans un sens évangélique ?

 

La grâce du Christ

Ces paroles nous disent avant tout quel est le style de Dieu. Dieu ne se révèle  pas par les moyens de la puissance et de la richesse du monde, mais par ceux de  la faiblesse et la pauvreté : « Lui qui est riche, il est devenu pauvre à  cause de vous … ». Le Christ, le Fils éternel de Dieu, qui est l’égal du  Père en puissance et en gloire, s’est fait pauvre ; il est descendu parmi nous,  il s’est fait proche de chacun de nous, il s’est dépouillé, « vidé », pour nous  devenir semblable en tout (cf. Ph 2, 7 ; He 4, 15). Quel grand  mystère que celui de l’Incarnation de Dieu ! C’est l’amour divin qui en est la  cause, un amour qui est grâce, générosité, désir d’être proche et qui n’hésite  pas à se donner, à se sacrifier pour ses créatures bien-aimées. La charité,  l’amour, signifient partager en tout le sort du bien-aimé. L’amour rend  semblable, il crée une égalité, il abat les murs et les distances. C’est ce qu’a  fait Dieu pour nous. Jésus en effet, « a travaillé avec des mains d’homme, il a pensé avec une intelligence d’homme, il  a agi avec une volonté d’homme, il a aimé avec un cœur d’homme. Né de la Vierge  Marie, il est vraiment devenu l’un de nous, en tout semblable à nous, hormis le  péché » (Conc. œcum. Vat. II, Const. past. Gaudium et Spes, n. 22 § 2).

La raison qui a poussé Jésus à se faire pauvre n’est pas la pauvreté en soi,  mais, – dit saint Paul – [pour que] « … vous deveniez riches par sa pauvreté ».  Il ne s’agit pas d’un jeu de mots, ni d’une figure de style ! Il s’agit au  contraire d’une synthèse de la logique de Dieu, de la logique de l’amour, de la  logique de l’Incarnation et de la Croix. Dieu n’a pas fait tomber sur nous le  salut depuis le haut,comme le ferait celui qui donne en aumône de son  superflu avec un piétisme philanthropique. Ce n’est pas cela l’amour du Christ !  Lorsque Jésus descend dans les eaux du Jourdain et se fait baptiser par Jean  Baptiste, il ne le fait pas par pénitence, ou parce qu’il a besoin de  conversion ; il le fait pour être au milieu des gens, de ceux qui ont besoin du  pardon, pour être au milieu de nous, qui sommes pécheurs, et pour se charger du  poids de nos péchés. Voilà la voie qu’il a choisie pour nous consoler, pour nous  sauver, pour nous libérer de notre misère. Nous sommes frappés par le fait que  l’Apôtre nous dise que nous avons été libérés,non pas grâce à la  richesse du Christ, mais par sa pauvreté. Pourtant saint Paul connaît  bien « la richesse insondable du Christ » (Ep 3, 8) « établi héritier de toutes choses » (He 1, 2).

Alors quelle est-elle cette pauvreté, grâce à laquelle Jésus nous délivre  et nous rend riches ? C’est justement sa manière de nous aimer, de se faire  proche de nous, tel le Bon Samaritain qui s’approche de l’homme laissé à moitié  mort sur le bord de la route (cf. Lc 10, 25ss). Ce qui nous donne  la vraie liberté, le vrai salut, le vrai bonheur, c’est son amour de compassion,  de tendresse et de partage. La pauvreté du Christ qui nous enrichit, c’est le  fait qu’il ait pris chair, qu’il ait assumé nos faiblesses, nos péchés, en nous  communiquant la miséricorde infinie de Dieu. La pauvreté du Christ est la plus  grande richesse : Jésus est riche de sa confiance sans limite envers le Père, de  pouvoir compter sur Lui à tout moment, en cherchant toujours et seulement la  volonté et la gloire du Père. Il est riche comme est riche un enfant qui se sent  aimé et qui aime ses parents et ne doute pas un seul instant de leur amour et de  leur tendresse. La richesse de Jésus, c’est d’être le Fils ; sa relation  unique avec le Père est la prérogative souveraine de ce Messie pauvre. Lorsque  Jésus nous invite à porter son « joug qui est doux », il nous invite à nous  enrichir de cette « riche pauvreté » et de cette « pauvre richesse » qui sont  les siennes, à partager avec lui son Esprit filial et fraternel, à devenir des  fils dans le Fils, des frères dans le Frère Premier-né (cf. Rm 8, 29).

On a dit qu’il n’y a qu’une seule tristesse, c’est celle de ne pas être des  saints (L. Bloy) ; nous pourrions également dire qu’il n’y a qu’une seule vraie  misère, c’est celle de ne pas vivre en enfants de Dieu et en frères du Christ.

Notre témoignage

Nous pourrions penser que cette « voie » de la pauvreté s’est limitée à Jésus,  et que nous, qui venons après Lui, pouvons sauver le monde avec des moyens  humains plus adéquats. Il n’en est rien. À chaque époque et dans chaque lieu,  Dieu continue à sauver les hommes et le monde grâce à la pauvreté du Christ,  qui s’est fait pauvre dans les sacrements, dans la Parole, et dans son Église,  qui est un peuple de pauvres. La richesse de Dieu ne peut nous rejoindre à  travers notre richesse, mais toujours et seulement à travers notre pauvreté  personnelle et communautaire, vivifiée par l’Esprit du Christ.

À l’exemple de notre Maître, nous les chrétiens, nous sommes appelés à  regarder la misère de nos frères, à la toucher, à la prendre sur nous et à  œuvrer concrètement pour la soulager. La misère ne coïncide pas avec la pauvreté ; la misère est la pauvreté sans confiance, sans solidarité,  sans espérance. Nous pouvons distinguer trois types de misère : la misère matérielle, la misère morale et la misère spirituelle. La misère matérielle est celle qui est appelée communément pauvreté et qui frappe tous ceux qui  vivent dans une situation contraire à la dignité de la personne humaine : ceux  qui sont privés des droits fondamentaux et des biens de première nécessité comme  la nourriture, l’eau et les conditions d’hygiène, le travail, la possibilité de  se développer et de croître culturellement. Face à cette misère, l’Église offre  son service, sa diakonia, pour répondre aux besoins et soigner ces plaies  qui enlaidissent le visage de l’humanité. Nous voyons dans les pauvres et les  laissés-pour-compte le visage du Christ ; en aimant et en aidant les pauvres  nous aimons et nous servons le Christ. Notre engagement nous pousse aussi à  faire en sorte que, dans le monde, cessent les atteintes à la dignité humaine,  les discriminations et les abus qui sont si souvent à l’origine de la misère.  Lorsque le pouvoir, le luxe et l’argent deviennent des idoles, ils prennent le  pas sur l’exigence d’une distribution équitable des richesses. C’est pourquoi il  est nécessaire que les consciences se convertissent à la justice, à l’égalité, à  la sobriété et au partage.

La misère morale n’est pas moins préoccupante. Elle consiste à se rendre  esclave du vice et du péché. Combien de familles sont dans l’angoisse parce que  quelques-uns de leurs membres – souvent des jeunes – sont dépendants de  l’alcool, de la drogue, du jeu, de la pornographie ! Combien de personnes ont  perdu le sens de la vie, sont sans perspectives pour l’avenir et ont perdu toute  espérance ! Et combien de personnes sont obligées de vivre dans cette misère à  cause de conditions sociales injustes, du manque de travail qui les prive de la  dignité de ramener le pain à la maison, de l’absence d’égalité dans les droits à  l’éducation et à la santé. Dans ces cas, la misère morale peut bien s’appeler  début de suicide. Cette forme de misère qui est aussi cause de ruine économique,  se rattache toujours à la misère spirituelle qui nous frappe, lorsque  nous nous éloignons de Dieu et refusons son amour. Si nous estimons ne pas avoir  besoin de Dieu, qui nous tend la main à travers le Christ, car nous  pensons nous suffire à nous-mêmes, nous nous engageons sur la voie de l’échec.  Seul Dieu nous sauve et nous libère vraiment.

L’Évangile est l’antidote véritable contre la misère spirituelle : le chrétien  est appelé à porter en tout lieu cette annonce libératrice selon laquelle le  pardon pour le mal commis existe, selon laquelle Dieu est plus grand que notre  péché et qu’il nous aime gratuitement, toujours, et selon laquelle nous sommes  faits pour la communion et pour la vie éternelle. Le Seigneur nous invite à être  des hérauts joyeux de ce message de miséricorde et d’espérance ! Il est beau  d’expérimenter la joie de répandre cette bonne nouvelle, de partager ce trésor  qui nous a été confié pour consoler les cœurs brisés et donner l’espérance à  tant de frères et de sœurs qui sont entourés de ténèbres. Il s’agit de suivre et  d’imiter Jésus qui est allé vers les pauvres et les pécheurs comme le berger est  allé à la recherche de la brebis perdue, et il y est allé avec tout son amour.  Unis à Lui, nous pouvons ouvrir courageusement de nouveaux chemins  d’évangélisation et de promotion humaine.

Chers frères et sœurs, que ce temps de Carême trouve toute l’Église disposée et  prête à témoigner du message évangélique à tous ceux qui sont dans la misère  matérielle, morale et spirituelle ; message qui se résume dans l’annonce de  l’amour du Père miséricordieux, prêt à embrasser toute personne, dans le Christ.  Nous ne pourrons le faire que dans la mesure où nous serons conformés au Christ,  Lui qui s’est fait pauvre et qui nous a enrichi par sa pauvreté. Le Carême est  un temps propice pour se dépouiller ; et il serait bon de nous demander de quoi  nous pouvons nous priver, afin d’aider et d’enrichir les autres avec  notre pauvreté. N’oublions pas que la vraie pauvreté fait mal : un dépouillement  sans cette dimension pénitentielle ne vaudrait pas grand chose. Je me méfie de  l’aumône qui ne coûte rien et qui ne fait pas mal.

Que l’Esprit Saint, grâce auquel nous « [sommes] pauvres, et nous faisons tant  de riches ; démunis de tout, et nous possédons tout » (2 Co 6, 10), nous  soutienne dans nos bonnes intentions et renforce en nous l’attention et la  responsabilité vis-à-vis de la misère humaine, pour que nous devenions  miséricordieux et artisans de miséricorde. Avec ce souhait je vous assure de ma  prière, afin que tout croyant et toute communauté ecclésiale puisse  parcourir avec profit ce chemin de Carême. Je vous demande également de prier  pour moi. Que le Seigneur vous bénisse et que la Vierge Marie vous garde.

 

Du Vatican, le 26 décembre 2013

Fête de Saint Étienne, diacre et protomartyr


 

Le pape rappelle l’importance de la participation à la messe dominicale

Hier, lors de l’audience générale, le pape François a poursuivi son cycle de catéchèses sur les sacrements, parlant de l’Eucharistie, source de la vie de l’Église. « Tout chemin authentique de foi, de communion et de témoignage jaillit de ce sacrement » a-t-il souligné avant de rappeler que le « dimanche est très important pour les chrétiens, qu’il est essentiel de participer à la messe, non seulement pour prier mais également pour recevoir la communion » . « Nous ne remercierons jamais assez le Seigneur pour le don qu’il nous a fait de l’Eucharistie, un don si grand, et c’est pour cela qu’il est important de se rendre à la messe le dimanche, pour recevoir ce pain qui est le corps de Jésus-Christ et qui nous sauve, nous pardonne. » (La Croix 6/2/2014)

 


 

Une composition anonyme présentant notre pape François en textes et en images (faire avancer manuellement) 

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MESSAGE DU PAPE
FRANÇOIS
POUR LA CÉLÉBRATION DE LA
XLVIIe JOURNÉE MONDIALE DE LA PAIX

1er JANVIER 2014

LA FRATERNITE, FONDEMENT ET ROUTE POUR LA PAIX

 

 

1. Dans mon premier message pour la Journée mondiale de la Paix je désire adresser à tous, personnes et peuples, le vœu d’une existence pleine de joie et d’espérance. Dans le cœur de chaque homme et de chaque femme habite en effet le désir d’une vie pleine, à laquelle appartient une soif irrépressible de fraternité, qui pousse vers la communion avec les autres, en qui nous ne trouvons pas des ennemis ou des concurrents, mais des frères à accueillir et à embrasser.

En effet, la fraternité est une dimension essentielle de l’homme, qui est un être relationnel. La vive conscience d’être en relation nous amène à voir et à traiter chaque personne comme une vraie sœur et un vrai frère ; sans cela, la construction d’une société juste, d’une paix solide et durable devient impossible. Et il faut immédiatement rappeler que la fraternité commence habituellement à s’apprendre au sein de la famille, surtout grâce aux rôles responsables et complémentaires de tous ses membres, en particulier du père et de la mère. La famille est la source de toute fraternité, et par conséquent elle est aussi le fondement et la première route de la paix, puisque par vocation, elle devrait gagner le monde par son amour.

Le nombre toujours croissant d’interconnexions et de communications qui enveloppent notre planète rend plus palpable la conscience de l’unité et du partage d’un destin commun entre les nations de la terre. Dans les dynamismes de l’histoire, de même que dans la diversité des ethnies, des sociétés et des cultures, nous voyons ainsi semée la vocation à former une communauté composée de frères qui s’accueillent réciproquement, en prenant soin les uns des autres. Mais une telle vocation est encore aujourd’hui souvent contrariée et démentie par les faits, dans un monde caractérisé par cette “ mondialisation de l’indifférence ”, qui nous fait lentement nous “ habituer ” à la souffrance de l’autre, en nous fermant sur nous-mêmes.

Dans de nombreuses parties du monde, la grave atteinte aux droits humains fondamentaux, surtout au droit à la vie et à la liberté religieuse ne semble pas connaître de pause. Le tragique phénomène du trafic des êtres humains, sur la vie et le désespoir desquels spéculent des personnes sans scrupules, en représente un exemple inquiétant. Aux guerres faites d’affrontements armés, s’ajoutent des guerres moins visibles, mais non moins cruelles, qui se livrent dans le domaine économique et financier avec des moyens aussi destructeurs de vies, de familles, d’entreprises.

Comme l’a affirmé Benoît XVI, la mondialisation nous rend proches, mais ne nous rend pas frères.[1] En outre, les nombreuses situations d’inégalités, de pauvreté et d’injustice, signalent non seulement une carence profonde de fraternité, mais aussi l’absence d’une culture de la solidarité. Les idéologies nouvelles, caractérisées par un individualisme diffus, un égocentrisme et un consumérisme matérialiste affaiblissent les liens sociaux, en alimentant cette mentalité du “ déchet ”, qui pousse au mépris et à l’abandon des plus faibles, de ceux qui sont considérés comme “ inutiles ”. Ainsi le vivre ensemble humain devient toujours plus semblable à un simple ‘do ut des’  pragmatique et égoïste.

En même temps, il apparaît clairement que les éthiques contemporaines deviennent aussi incapables de produire des liens authentiques de fraternité, puisqu’une fraternité privée de la référence à un Père commun, comme son fondement ultime, ne réussit pas à subsister.[2] Une fraternité véritable entre les hommes suppose et exige une paternité transcendante. À partir de la reconnaissance de cette paternité, se consolide la fraternité entre les hommes, c’est-à-dire l’attitude de se faire le “ prochain ” qui prend soin de l’autre.

« Où est ton frère » (Gn 4, 9)

2. Pour mieux comprendre cette vocation de l’homme à la fraternité, pour reconnaître de façon plus adéquate les obstacles qui s’opposent à sa réalisation et découvrir les chemins de leur dépassement, il est fondamental de se laisser guider par la connaissance du dessein de Dieu, tel qu’il est présenté de manière éminente dans la Sainte Écriture.

Selon le récit des origines, tous les hommes proviennent de parents communs, d’Adam et Ève, couple créé par Dieu à son image et à sa ressemblance (cf. Gn 1, 26), de qui naissent Caïn et Abel. Dans l’événement de la famille primitive, nous lisons la genèse de la société, l’évolution des relations entre les personnes et les peuples.

Abel est berger, Caïn est paysan. Leur identité profonde et à la fois leur vocation, est celle d’être frères, aussi dans la diversité de leur activité et de leur culture, de leur manière de se rapporter à Dieu et au créé. Mais le meurtre d'Abel par Caïn atteste tragiquement le rejet radical de la vocation à être frères. Leur histoire (cf. Gn 4, 1-16) met en évidence la tâche difficile à laquelle tous les hommes sont appelés, de vivre unis, en prenant soin l’un de l’autre. Caïn, n’acceptant pas la prédilection de Dieu pour Abel qui lui offrait le meilleur de son troupeau – « le Seigneur agréa Abel et son offrande, mais il n’agréa pas Caïn et son offrande » (Gn 4, 4-5) – tue Abel par jalousie. De cette façon, il refuse de se reconnaître frère, d’avoir une relation positive avec lui, de vivre devant Dieu, en assumant ses responsabilités de soin et de protection de l’autre. À la question : « Où es ton frère ? », avec laquelle Dieu interpelle Caïn, lui demandant compte de son œuvre, il répond : « Je ne sais pas. Suis-je le gardien de mon frère ? » (Gn 4, 9). Puis nous dit la Genèse, « Caïn se retira de la présence du Seigneur » (4, 16).

Il faut s’interroger sur les motifs profonds qui ont entrainé Caïn à méconnaître le lien de fraternité et, aussi le lien de réciprocité et de communion qui le liait à son frère Abel. Dieu lui-même dénonce et reproche à Caïn une proximité avec le mal : « le péché n’est-il pas à ta porte ? » (Gn 4, 7). Caïn, toutefois, refuse de s’opposer au mal et décide de « se jeter sur son frère Abel » (Gn 4, 8), méprisant le projet de Dieu. Il lèse ainsi sa vocation originaire à être fils de Dieu et à vivre la fraternité.

Le récit de Caïn et d’Abel enseigne que l’humanité porte inscrite en elle une vocation à la fraternité, mais aussi la possibilité dramatique de sa trahison. En témoigne l’égoïsme quotidien qui est à la base de nombreuses guerres et de nombreuses injustices : beaucoup d’hommes et de femmes meurent en effet par la main de frères et de sœurs qui ne savent pas se reconnaître tels, c’est-à-dire comme des êtres faits pour la réciprocité, pour la communion et pour le don.

« Et vous êtes tous des frères » (Mt 23, 8)

3. La question surgit spontanément : les hommes et les femmes de ce monde ne pourront-ils jamais correspondre pleinement à la soif de fraternité, inscrite en eux par Dieu Père ? Réussiront-ils avec leurs seules forces à vaincre l’indifférence, l’égoïsme et la haine, à accepter les différences légitimes qui caractérisent les frères et les sœurs ?

En paraphrasant ses paroles, nous pourrions synthétiser ainsi la réponse que nous donne le Seigneur Jésus : puisqu’il y a un seul Père qui est Dieu, vous êtes tous des frères (cf. Mt 23, 8-9). La racine de la fraternité est contenue dans la paternité de Dieu. Il ne s’agit pas d’une paternité générique, indistincte et inefficace historiquement, mais bien de l’amour personnel, précis et extraordinairement concret de Dieu pour chaque homme (cf. Mt 6, 25-30). Il s’agit donc d’une paternité efficacement génératrice de fraternité, parce que l’amour de Dieu, quand il est accueilli, devient le plus formidable agent de transformation de l’existence et des relations avec l’autre, ouvrant les hommes à la solidarité et au partage agissant.

En particulier, la fraternité humaine est régénérée en et par Jésus Christ dans sa mort et résurrection. La croix est le “lieu” définitif de fondation de la fraternité, que les hommes ne sont pas en mesure de générer tout seuls. Jésus Christ, qui a assumé la nature humaine pour la racheter, en aimant le Père jusqu’à la mort, et à la mort de la croix (cf. Ph 2, 8), nous constitue par sa résurrection comme humanité nouvelle, en pleine communion avec la volonté de Dieu, avec son projet, qui comprend la pleine réalisation de la vocation à la fraternité.

Jésus reprend depuis le commencement le projet du Père, en lui reconnaissant le primat sur toutes choses. Mais le Christ, dans son abandon à la mort par amour du Père, devient principe nouveau et définitif de nous tous, appelés à nous reconnaître en Lui comme frères parce qu’enfants du même Père. Il est l’Alliance même, l’espace personnel de la réconciliation de l’homme avec Dieu et des frères entre eux. Dans la mort en croix de Jésus, il y a aussi le dépassement de la séparation entre peuples, entre le peuple de l’Alliance et le peuple des Gentils, privé d’espérance parce que resté étranger jusqu’à ce moment aux engagements de la Promesse. Comme on lit dans la Lettre aux Éphésiens, Jésus Christ est celui qui réconcilie en lui tous les hommes. Il est la paix puisque des deux peuples il en a fait un seul, abattant le mur de séparation qui les divisait, c’est-à-dire l’inimitié. Il a créé en lui-même un seul peuple, un seul homme nouveau, une seule humanité nouvelle (cf. 2, 14-16).

Celui qui accepte la vie du Christ et vit en Lui, reconnaît Dieu comme Père et se donne lui-même totalement à Lui, en l’aimant au-dessus de toute chose. L’homme réconcilié voit en Dieu le Père de tous et, par conséquent, il est incité à vivre une fraternité ouverte à tous. Dans le Christ, l’autre est accueilli et aimé en tant que fils ou fille de Dieu, comme frère ou sœur, non comme un étranger, encore moins comme un antagoniste ou même un ennemi. Dans la famille de Dieu, où tous sont enfants d’un même Père, et parce que greffés dans le Christ, fils dans le Fils, il n’y a pas de “vies de déchet”. Tous jouissent d’une dignité égale et intangible. Tous sont aimés de Dieu, tous ont été rachetés par le sang du Christ, mort et ressuscité pour chacun. C’est la raison pour laquelle on ne peut rester indifférent au sort des frères.

La fraternité, fondement et route pour la paix

4. Cela posé, il est facile de comprendre que la fraternité est fondement et route pour la paix. Les Encycliques sociales de mes prédécesseurs offrent une aide précieuse dans ce sens. Il serait suffisant de se référer aux définitions de la paix de Populorum progressio de Paul VI ou de Sollicitudo rei socialis de Jean-Paul II. De la première nous retirons que le développement intégral des peuples est le nouveau nom de la paix.[3] De la seconde, que la paix est opus solidaritatis.[4]

Paul VI affirmait que non seulement les personnes mais aussi les nations doivent se rencontrer dans un esprit de fraternité. Et il explique : « Dans cette compréhension et cette amitié mutuelles, dans cette communion sacrée, nous devons […] œuvrer ensemble pour édifier l’avenir commun de l’humanité ».[5] Ce devoir concerne en premier lieu les plus favorisés. Leurs obligations sont enracinées dans la fraternité humaine et surnaturelle et se présentent sous un triple aspect : le devoir de solidarité, qui exige que les nations riches aident celles qui sont moins avancées ; le devoir de justice sociale qui demande la recomposition en termes plus corrects des relations défectueuses entre peuples forts et peuples faibles ; le devoir de charité universelle, qui implique la promotion d’un monde plus humain pour tous, un monde dans lequel tous aient quelque chose à donner et à recevoir, sans que le progrès des uns constitue un obstacle au développement des autres.[6]

Ainsi, si on considère la paix comme opus solidaritatis, de la même manière, on ne peut penser en même temps, que la fraternité n’en soit pas le fondement principal. La paix, affirme Jean-Paul II, est un bien indivisible. Ou c’est le bien de tous ou il ne l’est de personne. Elle peut être réellement acquise et goûtée, en tant que meilleure qualité de la vie et comme développement plus humain et durable, seulement si elle crée de la part de tous, « une détermination ferme et persévérante à s’engager pour le bien commun »[7]. Cela implique de ne pas se laisser guider par « l’appétit du profit » et par « la soif du pouvoir ». Il faut avoir la disponibilité de « “se perdre” en faveur de l’autre au lieu de l’exploiter, et de “le servir” au lieu de l’opprimer pour son propre avantage. […] L’“autre” – personne, peuple ou nation – [n’est pas vu] comme un instrument quelconque dont on exploite à peu de frais la capacité de travail et la résistance physique pour l’abandonner quand il ne sert plus, mais comme notre “semblable”, une “aide”.[8]

La solidarité chrétienne suppose que le prochain soit aimé non seulement comme « un être humain avec ses droits et son égalité fondamentale à l’égard de tous, mais [comme] l’image vivante de Dieu le Père, rachetée par le sang du Christ et objet de l’action constante de l’Esprit Saint »[9], comme un autre frère. « Alors – rappelle Jean-Paul II ‑ la conscience de la paternité commune de Dieu, de la fraternité de tous les hommes dans le Christ, “fils dans le Fils”, de la présence et de l’action vivifiante de l’Esprit Saint, donnera à notre regard sur le monde comme un nouveau critère d’interprétation »,[10] pour le transformer.

Fraternité, prémisse pour vaincre la pauvreté

5. Dans Caritas in veritate, mon Prédécesseur rappelait au monde combien le manque de fraternité entre les peuples et les hommes est une cause importante de la pauvreté.[11]Dans de nombreuses sociétés, nous expérimentons une profonde pauvreté relationnelle due à la carence de solides relations familiales et communautaires. Nous assistons avec préoccupation à la croissance de différents types de malaise, de marginalisation, de solitude et de formes variées de dépendance pathologique. Une semblable pauvreté peut être dépassée seulement par la redécouverte et la valorisation de rapports fraternels au sein des familles et des communautés, à travers le partage des joies et des souffrances, des difficultés et des succès qui accompagnent la vie des personnes.

En outre, si d’un côté on rencontre une réduction de la pauvreté absolue, d’un autre, on ne peut pas ne pas reconnaître une grave croissance de la pauvreté relative, c’est-à-dire des inégalités entre personnes et groupes qui vivent dans une même région, ou dans un même contexte historico-culturel. En ce sens, sont aussi utiles des politiques efficaces qui promeuvent le principe de la fraternité, assurant aux personnes – égales dans leur dignité et dans leurs droits fondamentaux – d’accéder aux « capitaux », aux services, aux ressources éducatives, sanitaires, technologiques afin que chacun ait l’opportunité d’exprimer et de réaliser son projet de vie, et puisse se développer pleinement comme personne.

On reconnaît aussi la nécessité de politiques qui servent à atténuer une répartition inéquitable excessive du revenu. Nous ne devons pas oublier l’enseignement de l’Église sur ce qu’on appelle l’hypothèque sociale, sur la base de laquelle, comme le dit saint Thomas d’Aquin, il est permis et même nécessaire « que l’homme ait la propriété des biens »[12], quant à l’usage, « il ne doit jamais tenir les choses qu’il possède comme n’appartenant qu’à lui, mais les regarder aussi comme communes, en ce sens qu’elles puissent profiter non seulement à lui mais aussi aux autres ».[13]

Enfin, il y a une dernière manière de promouvoir la fraternité – et ainsi de vaincre la pauvreté – qui doit être à la base de toutes les autres. C’est le détachement de celui qui choisit d’adopter des styles de vie sobres et basés sur l’essentiel, de celui qui, partageant ses propres richesses, réussit ainsi à faire l’expérience de la communion fraternelle avec les autres. Cela est fondamental pour suivre Jésus Christ et être vraiment des chrétiens. C’est le cas non seulement des personnes consacrées qui font vœux de pauvreté, mais aussi de nombreuses familles et de nombreux citoyens responsables, qui croient fermement que c’est la relation fraternelle avec le prochain qui constitue le bien le plus précieux.

La redécouverte de la fraternité dans l’économie.

 

6. Les graves crises financières et économiques contemporaines – qui trouvent leur origine, d’un côté dans l’éloignement progressif de l’homme vis-à-vis de Dieu et du « prochain », ainsi que dans la recherche avide des bien matériels, et, de l’autre, dans l’appauvrissement des relations interpersonnelles et communautaires – ont poussé de nombreuses personnes à rechercher la satisfaction, le bonheur et la sécurité dans la consommation et dans le gain, au-delà de toute logique d’une saine économie. Déjà en 1979 Jean Paul II dénonçait l’existence d’ « un danger réel et perceptible : tandis que progresse énormément la domination de l’homme sur le monde des choses, l’homme risque de perdre les fils conducteurs de cette domination, de voir son humanité soumise de diverses manières à ce monde, et de devenir ainsi lui-même l’objet de manipulations multiformes – pas toujours directement perceptibles – à travers toute l’organisation de la vie communautaire, à travers le système de production, par la pression des moyens de communication sociale ».[14]

La succession des crises économiques doit conduire à d’opportunes nouvelles réflexions sur les modèles de développement économique, et à un changement dans les modes de vie. La crise d’aujourd’hui, avec son lourd héritage pour la vie des personnes, peut être aussi une occasion propice pour retrouver les vertus de prudence, de tempérance, de justice et de force. Elles peuvent aider à dépasser les moments difficiles et à redécouvrir les liens fraternels qui nous lient les uns aux autres, avec la confiance profonde dont l’homme a besoin et est capable de quelque chose de plus que la maximalisation de ses propres intérêts individuels. Surtout ces vertus sont nécessaires pour construire et maintenir une société à la mesure de la dignité humaine.

 

La fraternité éteint la guerre

 

7. Dans l’année qui vient de s’écouler, beaucoup de nos frères et sœurs ont continué à vivre l’expérience déchirante de la guerre, qui constitue une grave et profonde blessure portée à la fraternité.

Nombreux sont les conflits qui se poursuivent dans l’indifférence générale. Á tous ceux qui vivent sur des terres où les armes imposent terreur et destructions, j’assure ma proximité personnelle et celle de toute l’Église. Cette dernière a pour mission de porter la charité du Christ également aux victimes sans défense des guerres oubliées, à travers la prière pour la paix, le service aux blessés, aux affamés, aux réfugiés, aux personnes déplacées et à tous ceux qui vivent dans la peur. L’Église élève aussi la voix pour faire parvenir aux responsables le cri de douleur de cette humanité souffrante, et pour faire cesser, avec les hostilités, tout abus et toute violation des droits fondamentaux de l’homme[15].

Pour cette raison, je désire adresser un appel fort à tous ceux qui, par les armes, sèment la violence et la mort : redécouvrez votre frère en celui qu’aujourd’hui vous considérez seulement comme un ennemi à abattre, et arrêtez votre main ! Renoncez à la voie des armes et allez à la rencontre de l’autre par le dialogue, le pardon, et la réconciliation, pour reconstruire la justice, la confiance et l’espérance autour de vous ! « Dans cette optique, il apparaît clair que, dans la vie des peuples, les conflits armés constituent toujours la négation délibérée de toute entente internationale possible, en créant des divisions profondes et des blessures déchirantes qui ont besoin de nombreuses années pour se refermer. Les guerres constituent le refus concret de s’engager pour atteindre les grands objectifs économiques et sociaux que la communauté internationale s’est donnée »[16].

Cependant, tant qu’il y aura une si grande quantité d’armement en circulation, comme actuellement, on pourra toujours trouver de nouveaux prétextes pour engager les hostilités. Pour cette raison, je fais mien l’appel de mes prédécesseurs en faveur de la non prolifération des armes et du désarmement de la part de tous, en commençant par le désarmement nucléaire et chimique.

Mais nous ne pouvons pas ne pas constater que les accords internationaux et les lois nationales, bien que nécessaires et hautement souhaitables, ne sont pas suffisants à eux seuls pour mettre l’humanité à l’abri du risque de conflits armés. Une conversion des cœurs est nécessaire, qui permette à chacun de reconnaître dans l’autre un frère dont il faut prendre soin, avec lequel travailler pour construire une vie en plénitude pour tous. Voilà l’esprit qui anime beaucoup d’initiatives de la société civile, y compris les organisations religieuses, en faveur de la paix. Je souhaite que l’engagement quotidien de tous continue à porter du fruit et que l’on puisse parvenir à l’application effective, dans le droit international, du droit à la paix, comme droit humain fondamental, condition préalable nécessaire à l’exercice de tous les autres droits.

 

La corruption et le crime organisé contrecarrent la fraternité

 

8. L’horizon de la fraternité renvoie à la croissance en plénitude de tout homme et de toute femme. Les justes ambitions d’une personne, surtout si elle est jeune, ne doivent pas être frustrées ni blessées, l’espérance de pouvoir les réaliser ne doit pas être volée. Cependant, l’ambition ne doit pas être confondue avec la prévarication. Au contraire, il convient de rivaliser dans l’estime réciproque (cf. Rm 12, 10). De même, dans les querelles, qui sont un aspect inévitable de la vie, il faut toujours se rappeler d’être frères, et, en conséquence, éduquer et s’éduquer à ne pas considérer le prochain comme un ennemi ou comme un adversaire à éliminer.

La fraternité génère la paix sociale, parce qu’elle crée un équilibre entre liberté et justice, entre responsabilité personnelle et solidarité, entre bien des individus et bien commun. Une communauté politique doit, alors, agir de manière transparente et responsable pour favoriser tout cela. Les citoyens doivent se sentir représentés par les pouvoirs publics dans le respect de leur liberté. Inversement, souvent, entre citoyen et institutions, se glissent des intérêts de parti qui déforment cette relation, favorisant la création d’un climat de perpétuel conflit.

Un authentique esprit de fraternité est vainqueur de l’égoïsme individuel qui empêche les personnes de vivre entre elles librement et harmonieusement. Cet égoïsme se développe socialement, soit dans les multiples formes de corruption, aujourd’hui partout répandues, soit dans la formation des organisations criminelles – des petits groupes jusqu’aux groupes organisés à l’échelle globale – qui, minant en profondeur la légalité et la justice, frappent au cœur la dignité de la personne. Ces organisations offensent gravement Dieu, nuisent aux frères et lèsent la création, et encore plus lorsqu’elles ont une connotation religieuse.

Je pense au drame déchirant de la drogue sur laquelle on s’enrichit dans le mépris des lois morales et civiles, à la dévastation des ressources naturelles et à pollution en cours, à la tragédie de l’exploitation dans le travail. Je pense aux trafics illicites d’argent comme à la spéculation financière, qui souvent prend un caractère prédateur et nocif pour des systèmes économiques et sociaux entiers, exposant des millions d’hommes et de femmes à la pauvreté. Je pense à la prostitution qui chaque jour fauche des victimes innocentes, surtout parmi les plus jeunes, leur volant leur avenir. Je pense à l’abomination du trafic des êtres humains, aux délits et aux abus contre les mineurs, à l’esclavage qui répand encore son horreur en tant de parties du monde, à la tragédie souvent pas entendue des migrants sur lesquels on spécule indignement dans l’illégalité. Jean XXIII a écrit à ce sujet : « Une société fondée uniquement sur des rapports de force n’aurait rien d’humain : elle comprimerait nécessairement la liberté des hommes, au lieu d’aider et d’encourager celle-ci à se développer et à se perfectionner »[17]. Mais l’homme peut se convertir et il ne faut jamais désespérer de la possibilité de changer de vie. Je voudrais que ce message soit un message de confiance pour tous, aussi pour ceux qui ont commis des crimes atroces, parce que Dieu ne veut pas la mort du pêcheur, mais qu’il se convertisse et qu’il vive (cf. Ez 18, 23).

Dans le vaste contexte de la société humaine, en ce qui concerne le délit et la peine, on pense aussi aux conditions inhumaines de tant de prisons, où le détenu est souvent réduit à un état sous-humain, sa dignité d’homme se trouvant violée, étouffé aussi dans son expression et sa volonté de rachat. L’Église fait beaucoup dans tous ces domaines, et le plus souvent en silence. J’exhorte et j’encourage à faire toujours plus, dans l’espérance que de telles actions mises en œuvre par tant d’hommes et de femmes courageux puissent être toujours plus loyalement et honnêtement soutenues aussi par les pouvoirs civils.

 

La fraternité aide à garder et à cultiver la nature

 

9. La famille humaine a reçu en commun un don du Créateur : la nature. La vision chrétienne de la création comporte un jugement positif sur la licéité des interventions sur la nature pour en tirer bénéfice, à condition d’agir de manière responsable, c'est-à-dire en en reconnaissant la “grammaire”qui est inscrite en elle, et en utilisant sagement les ressources au bénéfice de tous, respectant la beauté, la finalité et l’utilité de chaque être vivant et de sa fonction dans l’écosystème. Bref, la nature est à notre disposition, et nous sommes appelés à l’administrer de manière responsable. Par contre, nous sommes souvent guidés par l’avidité, par l’orgueil de dominer, de posséder, de manipuler, de tirer profit ; nous ne gardons pas la nature, nous ne la respectons pas, nous ne la considérons pas comme un don gratuit dont nous devons prendre soin et mettre au service des frères, y compris les générations futures.

En particulier, le secteur agricole est le secteur productif premier qui a la vocation vitale de cultiver et de garder les ressources naturelles pour nourrir l’humanité. À cet égard, la persistance honteuse de la faim dans le monde m’incite à partager avec vous cette demande : de quelle manière usons-nous des ressources de la terre ? Les sociétés doivent aujourd’hui réfléchir sur la hiérarchie des priorités auxquelles on destine la production. En effet, c’est un devoir contraignant d’utiliser les ressources de la terre de manière à ce que tous soient délivrés de la faim. Les initiatives et les solutions possibles sont nombreuses et ne se limitent pas à l’augmentation de la production. Il est bien connu que celle-ci est actuellement suffisante ; et pourtant il y a des millions de personnes qui souffrent et meurent de faim, et ceci est un vrai scandale. Il est donc nécessaire de trouver les moyens pour que tous puissent bénéficier des fruits de la terre, non seulement pour éviter que s’élargisse l’écart entre celui qui a plus et celui qui doit se contenter des miettes, mais aussi et surtout en raison d’une exigence de justice, d’équité et de respect envers tout être humain. En ce sens, je voudrais rappeler à tous cette nécessaire destination universelle des biens qui est un des principes cardinaux de la doctrine sociale de l’Église. Respecter ce principe est la condition essentielle pour permettre un efficace et équitable accès à ces biens essentiels et premiers dont tout homme a besoin et a droit.

 

Conclusion

 

10. La fraternité a besoin d’être découverte, aimée, expérimentée, annoncée, et témoignée. Mais c’est seulement l’amour donné par Dieu qui nous permet d’accueillir et de vivre pleinement la fraternité.

Le nécessaire réalisme de la politique et de l’économie ne peut se réduire à une technique privée d’idéal, qui ignore la dimension transcendante de l’homme. Quand manque cette ouverture à Dieu, toute activité humaine devient plus pauvre et les personnes sont réduites à un objet dont on tire profit. C’est seulement si l’on accepte de se déplacer dans le vaste espace assuré par cette ouverture à Celui qui aime chaque homme et chaque femme, que la politique et l’économie réussiront à se structurer sur la base d’un authentique esprit de charité fraternelle et qu’elles pourront être un instrument efficace de développement humain intégral et de paix.

 

Nous les chrétiens nous croyons que dans l’Église nous sommes tous membres les uns des autres, tous réciproquement nécessaires, parce qu’à chacun de nous a été donnée une grâce à la mesure du don du Christ, pour l’utilité commune (cf. Ep 4, 7.25 ; 1Co 12, 7). Le Christ est venu dans le monde pour nous apporter la grâce divine, c'est-à-dire la possibilité de participer à sa vie. Ceci implique de tisser une relation fraternelle, empreinte de réciprocité, de pardon, de don total de soi, selon la grandeur et la profondeur de l’amour de Dieu offert à l’humanité par celui qui, crucifié et ressuscité, attire tout à lui : « Je vous donne un commandement nouveau : c’est de vous aimer les uns les autres. Comme je vous ai aimés, vous aussi aimez-vous les uns les autres. Ce qui montrera à tous les hommes que vous êtes mes disciples, c’est l’amour que vous aurez les uns pour les autres » (Jn 13, 34-35). C’est cette bonne nouvelle qui réclame de chacun un pas de plus, un exercice persistant d’empathie, d’écoute de la souffrance et de l’espérance de l’autre, y compris de celui qui est plus loin de moi, en s’engageant sur le chemin exigeant de l’amour qui sait se donner et se dépenser gratuitement pour le bien de tout frère et de toute sœur.

Le Christ embrasse tout l’homme et veut qu’aucun ne se perde. « Dieu a envoyé son fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé » (Jn 3, 17). Il le fait sans opprimer, sans contraindre personne à lui ouvrir les portes de son cœur et de son esprit. « Le plus grand d’entre vous doit prendre la place du plus jeune, et celui qui commande, la place de celui qui sert » – dit Jésus-Christ – « moi je suis au milieu de vous comme celui qui sert » (Lc 22, 26.27). Toute activité doit être, alors, contresignée d’une attitude de service des personnes, spécialement celles qui sont les plus lointaines et les plus inconnues. Le service est l’âme de cette fraternité qui construit la paix.

Que Marie, Mère de Jésus, nous aide à comprendre et à vivre tous les jours la fraternité qui surgit du cœur de son Fils, pour porter la paix à tout homme sur notre terre bien-aimée.

 

Du Vatican, le 8 décembre 2013.

 

[1] Cf. Lett. enc. Caritas in veritate (29 juin 2009),n. 19 : AAS 101 (2009), 654-655.

[2] Cf. François, Lett. enc. Lumen fidei (29 juin 2013),n. 54 : AAS 105 (2013), 591-592.

[3] Cf. Paul VI, Lett. enc. Populorum progressio (26 mars 1967), n. 87 : AAS 59 (1967), 299.

[4] Cf. Jean-Paul II, Lett. enc. Sollicitudo rei socialis (30 dec 1987), n. 39 : AAS 80 (1988), 566-568.

[5] Lett. enc. Populorum progressio (26 mars 1967), n. 43 : AAS 59 (1967), 278-279.

[6] Cf. ibid., n. 44 : AAS 59 (1967), 279.

[7] Lett. enc. Sollicitudo rei socialis (30 décembre 1987), n. 38 : AAS 80 (1988), 566.

[8] Ibid., nn. 38-39: AAS 80 (1988), 566-567.

[9] Ibid., n. 40 : AAS 80 (1988), 569.

[10] Ibid.

[11] Cf. Lett. enc. Caritas in veritate, (29 juin 2009),n. 19 : AAS 101 (2009), 654-655.

[12] Summa Theologiae II-II, q.66, art 2.

[13] Conc.œcum. Vat.II, Const. past. sur l’Église dans le monde de ce temps Gaudium et spes, n. 69. Cf. Léon XIII, Lett. enc. Rerum novarum (15 mai 1891), n. 19 : ASS 23 (1890-1891), 651 ; Jean Paul II, Lett. enc. Sollicitudo rei socialis (30 décembre 1987), n. 42 : AAS 80 (1988), 573-754 ; Conseil Pontifical Justice et Paix, Compendium de la doctrine sociale de l’Église, n. 178.

[14] Lett. enc. Redemptor hominis (4 mars 1979), n. 16 : AAS 61 (1979), 290.

[15] Cf. Conseil Pontifical Justice et Paix, Compendium de la doctrine sociale de l’Église, n.159.

[16] François, Lettre au Président Poutine, 4 septembre 2013 : L’Osservatore Romano, ed. fr., 12 septembre 2013, p. 5.

[17] Lett. Enc. Pacem in terris (11 avril 1963), n. 17 : AAS 55 (1963), 265.

 


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EXHORTATION APOSTOLIQUE
EVANGELII GAUDIUM

DU PAPE
FRANÇOIS
AUX ÉVÊQUES
AUX PRÊTRES ET AUX DIACRES
AUX PERSONNES CONSACRÉES
ET À TOUS LES FIDÈLES LAÏCS
SUR L'ANNONCE DE L'ÉVANGILE
DANS LE MONDE D'AUJOURD'HUI

 

TABLE DES MATIÈRES (cliquer sur une ligne donne accés direct au paragraphe concerné)

 

La joie de l'Évangile [1]

I. Une joie qui se renouvelle et se communique [2-8]
II. La douce et réconfortante joie d’évangéliser [9-13]
Une éternelle nouveauté [11-13]
III. La nouvelle évangélisation pour la transmission de la foi [14-18]
Propositions et limites de cette Exhortation [16-18]

Chapitre 1 : La transformation missionnaire de l’Église [19-49]

I. Une Église « en sortie » [20-24]
Prendre l’initiative, s’impliquer, accompagner, porter du fruit et fêter [24]
II. Pastorale en conversion [25-33]
Un renouveau ecclésial qu’on ne peut différer [27-33]
III. À partir du cœur de l’Évangile [34-39]
IV. La mission qui s’incarne dans les limites humaines [40-45]
V. Une mère au cœur ouvert [46-49] 

Chapitre 2 : Dans la crise de l’engagement communautaire[50-109] 

I. Quelques défis du monde actuel [52-75]
Non à une économie de l’exclusion [53-54]
Non à la nouvelle idolâtrie de l’argent[55-56]
Non à l’argent qui gouverne au lieu de servir[57-58]
Non à la disparité sociale qui engendre la violence [59-60]
Quelques défis culturels [61-67]
Défis de l’inculturation de la foi [68-70]
Défis des cultures urbaines [71-75] 

II. Tentations des agents pastoraux [76-109]
Oui au défi d’une spiritualité missionnaire [78-80]
Non à l’acédie égoïste [81-83]
Non au pessimisme stérile[84-86]
Oui aux relations nouvelles engendrées par Jésus Christ [87-92]
Non à la mondanité spirituelle [93-97]
Non à la guerre entre nous [98-101]
Autres défis ecclésiaux[102-109] 

Chapitre 3 : L’annonce de l’Évangile

I. Tout le Peuple de Dieu annonce l’Évangile [111-134]
Un peuple pour tous [112-114]
Un peuple aux multiples visages [115-118]
Nous sommes tous des disciples missionnaires [119-121]
La force évangélisatrice de la piété populaire [122-126]
De personne à personne [127-129]
Les charismes au service de la communion évangélisatrice [130-131]
Culture, pensée et éducation[132-134]
 

II. L’homélie[135-144]
Le contexte liturgique [137-138]
La conversation d’une mère [139-141]
Des paroles qui font brûler les cœurs [142-144] 


III. La préparation de la prédication [145-159]
Le culte de la vérité [146-148]
La personnalisation de la Parole [149-151]
La lecture spirituelle [152-153]
À l’écoute du peuple [154-155]
Instruments pédagogiques [156-159]

IV. Une évangélisation pour l’approfondissement du kerygme[160-175]
Une catéchèse kérygmatique et mystagogique [163-168]
L’accompagnement personnel des processus de croissance [169-173]
Au sujet de la Parole de Dieu [174-175] 

Chapitre 4 : La dimension sociale de l’évangélisation 

I. Les répercussions communautaires et sociales du kerygme[177-185]
Confession de la foi et engagement social [178-179]
Le Royaume qui nous appelle [180-181]
L’enseignement de l’Église sur les questions sociales [182-185] 

II. L’intégration sociale des pauvres [186-216]
Unis à Dieu nous écoutons un cri [18 7-192]
Fidélité à l’Évangile pour ne pas courir en vain [193-196]
La place privilégiée des pauvres dans le peuple de Dieu [197-201]
Économie et distribution des revenus [202-208]
Avoir soin de la fragilité [209-216] 

III. Le bien commun et la paix sociale [217-237]
Le temps est supérieur à l’espace [222-225]
L’unité prévaut sur le conflit [226-230]
La réalité est plus importante que l’idée [231-233]
Le tout est supérieur à la partie [234-237] 

IV. Le dialogue social comme contribution à la paix [238-258]
Le dialogue entre la foi, la raison et les sciences [242-243]
Le dialogue œcuménique [244-246]
Les relations avec le judaïsme [247-249]
Le dialogue interreligieux [250-254]
Le dialogue social dans un contexte de liberté religieuse [255-258] 

Chapitre 5 : Évangélisateurs avec Esprit 

1. Motivations pour une impulsion missionnaire renouvelée[262-288]
La rencontre personnelle avec l’amour de Jésus qui nous sauve [264-267]
Le plaisir spirituel d’être un peuple [268-274]
L’action mystérieuse du Ressuscité et de son Esprit [275-280]
La force missionnaire de l’intercession [281-283]

2. Marie, Mère de l’évangélisation [284-288]
Le don de Jésus à son peuple [285-286]
L’Étoile de la nouvelle évangélisation [287-288]

 

pour accéder au texte intégral cliquez >>>  20131124-evangelii-gaudium-fr.pdf 20131124-evangelii-gaudium-fr.pdf 

 


 

LE PAPE OPPOSE LA FRATERNITE A LA "MONDIALISATION DE L'INDIFFERENCE" 

 Rendu public hier, le premier message du pape François  pour la Journée mondiale de la paix, le 1er janvier prochain .....

extrait  de La Croix du 13 12 2013 

cliquez pour lire  >>> le-pape-oppose-la-fraternite-a-la-mondialisation-de-l-indifference.pdf le-pape-oppose-la-fraternite-a-la-mondialisation-de-l-indifference.pdf  

 


 

Pape François : « Le centre, c’est le Christ ! »

Le Pape a clôturé l’Année de la foi en réaffirmant deux grands fondamentaux de la foi chrétienne : la centralité du Christ et sa magnanimité.

 

              Elisabeth de Baudoüin ELETEIA               
 
                
©ALESSIA GIULIANI/CPP                        
 
 
 (légende photo : le Pape tenant le reliquaire de saint Pierre) 25/11/2013
 
  L’Année de la foi a pris fin. Inaugurée par Benoît XVI le 11 octobre 2012, cette longue année (treize mois et treize jours) a été clôturée le dimanche 24 novembre 2013, par une messe pontificale concélébrée Place Saint Pierre par le Pape et de nombreux cardinaux et évêques, en la solennité du Christ Roi de L’Univers.   Placé à droite de l’autel, un objet hautement symbolique rappelait une nouvelle fois l’importance de cette année charnière entre deux pontificats, et qui a donné lieu à de nombreux débats et manifestations dans l’Eglise : le reliquaire de saint Pierre, une urne en bronze offerte par Paul VI en 1971, contenant les ossements présumés de ce simple pêcheur de Galilée sur lequel, il y a deux mille ans, le Christ a bâti son Eglise. 
  Au terme de la célébration, le Saint Père a remis son exhortation apostolique Evangelii gaudium à 36 représentants du Peuple de Dieu, provenant de 18 pays différents. Une lettre qui encourage les catholiques à être missionnaires et qui sera rendue publique officiellement le mardi 26 novembre 2013.   Auparavant, dans une homélie très attendue par les milliers de fidèles présents, le successeur de Pierre a une nouvelle fois appelé de tous ses vœux la paix au Proche Orient et salué le courage de ces chrétiens qui « confessent le nom du Christ avec une fidélité exemplaire, souvent payée fort chère ». (Preuve que ce souci ne le quitte jamais, il aura une nouvelle pensée pour « ces chrétiens, si nombreux, qui sont persécutés à cause de leur foi », lors de l’Angélus qui suivra la messe).   Puis on est entré dans le cœur du sujet. « Le Christ est au centre, Il est Le centre. Et il donne toujours plus que ce que nous lui demandons ». Ce sont les deux grandes lignes de cette homélie, feuille de route pour continuer à marcher sur celle de la foi. Le Pape nous invite à remettre Jésus, Roi aussi bien de l’Univers que de nos vies, au centre de tout.  Et, pourquoi pas, à prendre pour modèle ce « bon Larron », canonisé sur la croix par le Christ lui-même. Une homélie « cœur de cible », que voici dans sa presque totalité :   
 Remettre Jésus au centre de nos vies  
 Rappelant que « l’apôtre Paul nous offre une vision très profonde de la centralité de Jésus », le Pape a commencé par réaffirmer que « Jésus est au centre de la création », et que « l’attitude du croyant est de reconnaître et d’accueillir dans sa vie cette centralité de Jésus-Christ, dans ses pensées, dans ses paroles et dans ses œuvres ». « Ainsi, a-t-il poursuivi, nos pensées seront des pensées chrétiennes, des pensées du Christ. Nos œuvres seront des œuvres chrétiennes, des œuvres du Christ, nos paroles seront des paroles chrétiennes, des paroles du Christ. Par contre, quand on perd ce centre, parce qu’on le substitue avec quelque chose d’autre, il n’en vient que des dommages, pour l’environnement autour de nous et pour l’homme lui-même ». 
 
En Lui, nous sommes un Mais « le Christ est aussi centre du Peuple de Dieu, a ajouté le Saint Père. Et précisément aujourd’hui il est ici, au milieu de nous. Maintenant il est ici dans la Parole, et il sera ici sur l’autel, vivant, présent, au milieu de nous, son peuple ». « Le Christ est le "frère" autour duquel se constitue le peuple, qui prend soin de son peuple, de nous tous, au prix de sa vie. En lui nous sommes un ; un seul peuple uni à lui, nous partageons un seul chemin, un seul destin. C’est seulement en lui, en lui comme centre, que nous avons notre identité comme peuple ». 
 
Quand Jésus est au centre, il nous donne l’espérance Enfin, « le Christ est le centre de l’histoire de l’humanité, et aussi le centre de l’histoire de tout homme. C’est à lui que nous pouvons rapporter les joies et les espérances, les tristesses et les angoisses dont notre vie est tissée. Lorsque Jésus est au centre, même les moments les plus sombres de notre existence s’éclairent, et il nous donne l’espérance ». 
 
« Aujourd’hui, avec moi tu seras dans mon Royaume » Pour preuve, l’histoire du Bon larron, racontée dans l’Evangile du jour : « Tandis que tous les autres s’adressent à Jésus avec mépris – " Si tu es le Christ, le Roi Messie, sauve-toi toi-même en descendant de la croix !" – cet homme, qui a commis des erreurs dans sa vie, à la fin, repenti, s’agrippe à Jésus crucifié en implorant : « Souviens-toi de moi quand tu entreras dans ton Royaume » (Lc 23, 42). Et Jésus lui promet : « Aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis » (v. 43) : son Royaume ». 
 
« Souviens-toi de moi, Seigneur ! » Rebondissant sur cette histoire, Le Pape a encouragé les fidèles, et au-delà, chaque croyant, à se mettre dans la peau de ce pécheur repentant et confiant : « Jésus prononce seulement la parole du pardon, non celle de la condamnation ; et quand l’homme trouve le courage de demander ce pardon, le Seigneur ne laisse jamais tomber une telle demande. Aujourd’hui, nous pouvons tous penser à notre histoire, à notre cheminement. Chacun de nous a son histoire ; chacun de nous a aussi ses erreurs, ses péchés, ses moments heureux et ses moments sombres. Cela fera du bien, au cours de cette journée, de penser à notre histoire, et regarder Jésus, et de tout cœur lui répéter de nombreuses fois, mais avec le cœur, en silence, chacun de nous : "Souviens-toi de moi, Seigneur, maintenant que tu es dans ton Royaume ! Jésus, souviens-toi de moi, parce que je veux devenir bon, je veux devenir bon, mais je n’ai pas la force, je ne peux pas : je suis pécheur, je suis pécheresse. Mais souviens-toi de moi, Jésus. Tu peux te souvenir de moi, parce que tu es au centre, tu es justement dans ton Royaume !". Que c’est beau ! Faisons-le tous aujourd’hui, chacun dans son cœur, de nombreuses fois. "Souviens-toi de moi, Seigneur, toi qui es au centre, toi qui es dans ton Royaume!
 
Le Seigneur donne toujours plus ! « La promesse de Jésus au bon larron nous donne une grande espérance : elle nous dit que la grâce de Dieu est toujours plus abondante que la prière qui l’a demandée. Le Seigneur donne toujours plus, il est tellement généreux, il donne toujours plus que ce qui lui est demandé : on lui demande qu’il se rappelle de nous et il nous emmène dans son Royaume ! Jésus est bien le centre de nos désirs de joie et de salut. Allons tous ensemble sur cette route » a conclu le Pape François

 

 

 


 

A l'audience du mercredi: un pape pour chacun:

Place Saint-Pierre, à Rome, les audiences générales du pape se succèdent et ne désemplissent pas....

 La Croix du 20/11/2013

cliquez pour lire l'article >>>  a-l-audience-du-mercredi-un-pape-pour-chacun.pdf a-l-audience-du-mercredi-un-pape-pour-chacun.pdf

 

Déclaration du pape François : Même le pape a besoin de se confesser ... (20/11/2013) 

 Le prêtre,  instrument de miséricorde, a aussi besoin de la miséricorde de Dieu. Nous avons tous besoin de nous confesser, tous, même le Pape  : « Le pardon de Dieu, qui nous est donné dans l’Eglise, nous est transmis par le biais du ministère de l’un de nos frères : le prêtre. Un homme lui aussi qui comme nous a besoin de miséricorde et devient vraiment instrument de miséricorde, qui nous donne l’amour sans limite de Dieu notre Père. Les prêtres aussi doivent se confesser ; et même les évêques : nous sommes tous pécheurs. Même le pape se confesse tous les quinze jours, parce que le pape aussi est un pécheur ! (applaudissements). Et le confesseur entend les choses que je lui dis, il me pardonne, il me conseille, parce que nous avons tous besoin de ce pardon ».
Le prêtre qui n’a pas le cœur en paix doit s’abstenir de confesser les fidèles qui ont le droit de trouver en chaque prêtre un serviteur du pardon de Dieu : « Le service que le prêtre offre, comme ministre, de la part de Dieu, pour pardonner les péchés, est très délicat et exige que son cœur soit en paix, que le prêtre ait le cœur en paix ; qu’il ne maltraite pas les fidèles, mais qu’il soit doux, bienveillant et miséricordieux ; qu’il sache semer l’espérance dans les cœurs et surtout, qu’il soit conscient que le frère ou la sœur qui s’approche du sacrement de réconciliation recherche le pardon et le fait comme toutes ces personnes qui s’approchaient de Jésus pour qu’il les guérisse. Si le prêtre n’a pas cette disposition d’esprit, il vaut mieux que tant qu’il ne s’est pas corrigé, il n’administre pas ce sacrement. Les fidèles ont le droit – le  devoir ? – tous les fidèles ont le droit de trouver dans les prêtres des serviteurs du pardon de Dieu ».

 


 

    LE PAPE FRANCOIS SUSPEND L' "EVEQUE DE LUXE" ALLEMAND

 LePoint.fr 26/10/2013  
 
 

 

Apôtre d'une Eglise "pauvre pour les pauvres", le pape François a suspendu mercredi le très dépensier évêque de Limburg, dans le sud-ouest de l'Allemagne, surnommé "l'évêque de luxe", sans toutefois le démettre.

"Le Saint-Siège considère qu'il est opportun", dans l'attente des résultats d'une enquête de l'Eglise allemande, d'"autoriser Mgr Frans-Peter Tebartz-van Elst à une période de séjour en dehors du diocèse", indique le Vatican dans un communiqué.

"Une situation s'est créée dans le diocèse telle que l'évêque Mgr Tebarts-van Elst ne peut pas exercer à l'heure actuelle son ministère épiscopal", poursuit le Vatican qui précise que "le Saint Père a été constamment informé en détail et de manière objective de la situation dans le diocèse de Limburg".

Depuis 15 jours, l'évêque de Limburg fait les gros titres des journaux en Allemagne. Celui que les médias ont surnommé "l'évêque de luxe" ou "l'évêque bling bling" est au coeur d'une polémique sur les coûts de la nouvelle maison diocésaine qu'il a fait construire à Limburg, passés de 5,5 millions d'euros à au moins 31 millions... en raison de ses demandes somptuaires, disent ses détracteurs.

Selon les médias allemands, l'évêque a longtemps cherché à dissimuler le coût réel des travaux, qui ne cessait de croître. Ses appartements auraient notamment coûté la bagatelle de 2,9 millions d'euros, avec une salle à manger de 63 mètres carrés et une baignoire de 15.000 euros.

Une commission a été depuis nommée par l'Eglise allemande pour enquêter sur les dépenses de l'évêché.

"Dans l'attente des résultats" de cette enquête sur "les éventuelles responsabilités" le pape a décidé d'éloigner et de suspendre l'évêque de Limburg, lui nommant un substitut en la personne du vicaire général, Wolfgang Rösch, qui s'occupera du diocèse.

Interrogé à ce propos par la presse, le porte-parole du gouvernement allemand, Georg Streiter, a refusé de commenter cette "affaire intérieure à l'Eglise".

Les fidèles du diocèse de Limburg ont récemment  critiqué dans une lettre ouverte le style autoritaire et les dépenses jugées excessives du prélat.

Mercredi, le Comité central des catholiques allemands a vu dans la décision du Vatican "la chance d'un nouveau départ au sein de l'évêché de Limburg".

"La situation de ces dernières semaines était devenue pesante tant pour les croyants là-bas que pour l'Eglise dans l'ensemble de l'Allemagne", affirme le président du Comité, Alois Glück, dans un communiqué.

Mais les ennuis de l'évêque ne s'arrêtent pas là : le parquet de Hambourg (nord) a demandé il y a deux semaines une ordonnance pénale car il l'accuse d'avoir menti sous serment.

La justice met en cause des déclarations au magazine Der Spiegel, dans lesquelles l'évêque reconnaissait avoir effectué un voyage en classe affaires pour rendre visite à des pauvres en Inde. Mais sous serment, il a par la suite assuré avoir refusé de répondre à la question du journaliste.

Avant de prendre sa décision, le pape François a reçu, il y a une semaine, le président de la conférence épiscopale allemande, Mgr Robert Zollitsch, pour évoquer cette affaire.

Le pape argentin a ensuite reçu, il y a deux jours, Mgr Tebartz-van Elst et le cardinal Joachim Meisner, archevêque du très puissant diocèse de Cologne, et considéré comme étant proche de l'évêque de Limburg, avant de rendre publique sa décision.

Depuis son élection, le pape François ne cesse de prêcher pour une église plus simple, plus dépouillée et plus proche des gens. Il n'a pas pris de mesures spectaculaires contre la richesse de certaines Églises, mais a accepté en septembre la démission d'évêques slovènes eux aussi très dépensiers, et engagé une réforme des finances du Vatican.

"La bonne gestion de l'argent est essentielle" pour le pape François, a commenté pour l'AFP-TV à Rome le vaticaniste Marco Politi.

"Le pape a déjà démontré qu'il savait intervenir énergiquement. Il a dit que les prêtres, même quand ils achètent une voiture, doivent penser aux enfants du Tiers-Monde qui ont faim", a ajouté M. Politi


 

Pape François: "La nouvelle  évangélisation doit rendre visible la miséricorde de Dieu"

Centrés sur le Christ, nous devons aller vers les autres avec les gestes et les mots de la miséricorde, a dit le Pape à l’Assemblée du Conseil pontifical pour la nouvelle évangélisation.

        extrait de ALETEIA 15/10/2013       
 
 
                
© DR                        
                              
      « La nouvelle évangélisation ne peut qu’utiliser le langage de la miséricorde, fait de gestes et d’attitudes avant même que les paroles  ».  Et il faut « aller vers les autres  », en dialoguant avec tous. C’est ce qu’a déclaré le pape François  qui recevait, le 12 octobre, les participants à l'Assemblée plénière du Conseil pontifical pour la nouvelle évangélisation, dirigé par Mgr Rino Fisichella.  
Devant ses interlocuteurs, le Pape François a développé sa vision de l’évangélisation, en rappelant qu’il fallait se concentrer sur l’essentiel, le Christ lui-même   Voici un compte-rendu du vaticaniste Andrea Tornielli pour Vatican Insider, traduit par nos soins :   (…) Le Pape a  tenu tout d’abord à remercier les participants pour tout ce qui est fait au service de la nouvelle évangélisation. Il a résumé son discours  en trois points: « primat du témoignage » ; « urgence d’aller à la rencontre » et nécessité d’un « projet pastoral centré sur l’essentiel ».
A notre époque, a dit le Pape à ses hôtes, « on constate souvent une attitude d'indifférence envers la foi ». Il est important que nous, chrétiens, à travers le témoignage de notre  vie de foi, nous suscitions des questions, des doutes chez tous ceux que nous rencontrons : « Pourquoi vivent-ils ainsi ? Qu'est-ce qui les motive ? ». Il a ensuite observé : « Ce dont nous avons besoin, spécialement à notre époque, ce sont de  témoins crédibles qui, par leur vie et aussi leur parole,  rendent visibles l’Evangile et réveillent l’attraction pour Jésus-Christ, pour la beauté de Dieu  ».
 De nombreuses personnes, a constaté François,  se sont éloignées de l'Eglise, mais c’est une erreur de rejeter la faute sur les autres. « Plus encore, il ne faut pas parler de fautes. Il y a des responsabilités dans l’histoire de l’Eglise et de ses hommes, il y en a dans certaines idéologies et aussi chez des individus. Comme enfants de l’Eglise– a ajouté le Pape – nous devons poursuivre le chemin ouvert par le Concile Vatican II, nous défaire de choses inutiles ou nuisibles, des fausses sécurités mondaines qui appesantissent l’Eglise et défigurent son vrai visage ».
«  Nous avons besoin de chrétiens qui rendent visibles aux hommes d'aujourd'hui la miséricorde de Dieu, sa tendresse pour toute créature. Nous savons tous que la crise de l’humanité contemporaine n’est pas superficielle, mais profonde. C’est pourquoi, la nouvelle évangélisation, qui est appelée à avoir le courage d’aller à contre-courant, à se convertir, des idoles vers  l’unique vrai Dieu, ne peut qu’utiliser le langage de la miséricorde, fait de gestes et d’attitudes avant même que de paroles ».
Tout baptisé est « un “christophore”, porteur du Christ comme disaient les Pères anciens. Celui qui a rencontré le Christ, comme la Samaritaine du puits, ne peut pas garder pour soi cette expérience. Il faut tous se demander si celui que nous rencontrons perçoit dans notre vie la chaleur de la foi, s’il voit sur notre visage la joie d’avoir rencontré le Christ! ».
Le Pape a souligné que « la nouvelle évangélisation est un mouvement renouvelé vers celui qui a perdu la foi et le sens profond de la vie. » Et de même que le « Fils de Dieu est “sorti” de sa condition divine et est venu à notre rencontre »,  tout chrétien « est appelé à aller à la rencontre des autres, à dialoguer avec ceux qui ne pensent pas comme nous, avec ceux qui ont une autre foi, ou qui n'ont pas la foi. Les rencontrer tous, car tous ont en commun d'être créés à l'image et à la ressemblance de Dieu. Nous pouvons aller à la rencontre de tous, sans peur et sans renoncer à notre appartenance. ».
 « Personne  – a observé François – n'est exclu de l'espérance de la vie, de l'amour de Dieu. L’Église est envoyée éveiller partout cette espérance, spécialement là où elle est étouffée par des conditions existentielles difficiles, parfois inhumaines, là où l'espérance ne respire pas, étouffe. Elle a besoin de l'oxygène de l’Évangile, du souffle de l'Esprit du Christ ressuscité, qui la rallume dans les cœurs. L'Eglise est la maison dont les portes sont toujours ouvertes, non seulement pour que chacun puisse y trouver un accueil et respirer amour et espérance, mais aussi pour que nous puissions sortir pour apporter cet amour et cette espérance. L'Esprit Saint nous pousse à sortir de notre enclos et nous conduit jusqu'aux périphéries de l'humanité».
 Pour conclure, le Pape François a indiqué qu’« Il ne sert à rien de se disperser dans tant de choses secondaires ou superflues », mais il faut « se concentrer sur la réalité fondamentale, qui est la rencontre avec le Christ, avec sa miséricorde, avec son amour, et qui est aussi  d’aimer nos frères comme Lui nous a aimés... Il faut « emprunter des voies nouvelles, avec courage, sans se fossiliser !».
Le Pape a souligné « l’importance de la catéchèse, comme moment de l’Evangélisation»  pour dépasser la fracture entre Évangile et culture et analphabétisme de nos jours en matière de foi». « J'ai rappelé à plusieurs reprises  – a-t-il ajouté –un fait qui m'a impressionné dans mon ministère : rencontrer des enfants qui ne savaient pas faire le signe de la Croix ! ». « Les catéchistes rendent un précieux service pour la nouvelle évangélisation, et il est important que les parents soient les premiers catéchistes, les premiers éducateurs de la foi dans leur famille par le témoignage et par la parole. ».  
  Article traduit par Elisabeth de Lavigne
 
 
 

 

Sans évangélisation, pas d’Eglise !

C’est l’annonce de l’Evangile qui distingue l’Eglise d’une ONG, rappelle Mgr Fisichella en citant le pape François : aux chrétiens de raviver le don de la foi.

               extrait de ALETEIA  08.10.2013            
                        
        Plus d’une centaine de délégations venus de plus de 50 pays dans le monde et 1.600 participants, y compris des évêques, des prêtres, des religieux et autant de laïcs : ce sont les chiffres du Congrès international de la catéchèse, qui a eu lieu du 26 au 28 septembre 2013 dans la Salle Paul VI, au Vatican, sur le thème « Le catéchiste témoin de la foi ». Aleteia a évoqué ces journées avec Mgr. Rino Fisichella, président du Conseil pontifical pour la promotion de la nouvelle évangélisation et promoteur de l'événement, qui a profité de l'occasion pour remercier notre site pour le travail qu’il accomplit.
Q . Dans votre introduction aux travaux du Congrès, vous avez dit que l’évangélisation n’est pas, pour l’Eglise, une tâche parmi d’autres. Qu’entendez-vous par là?
Mgr Fisichella: L'évangélisation est la mission propre de  l’Eglise, elle est la nature même de l’Eglise. S’il n’en était pas ainsi, nous ne  serions, comme le dit souvent le Pape François, qu’une simple ONG plus ou moins organisée, capable d’accomplir, comme d’autres, de nombreuses œuvres de solidarité, mais elle ne serait pas l'Eglise de Jésus-Christ. Jésus a voulu son Eglise afin qu’à tous les hommes, à chaque homme, chaque femme dans le monde, sans limites, sans relâche, sans savoir ce qu’est la fin de la journée, nous puissions porter son Evangile. Voici pourquoi, de toute façon, l’évangélisation n’est pas simplement une de nos initiatives parmi mille autres, elle est la mission et la nature même de l’Eglise. Je pense pouvoir dire, dans une formule d’une radicalité extrême, mais aussi avec honnêteté : s’il n’y a pas d’évangélisation, il n’y a pas l’Eglise.
Q. Quel rapport entre la nouvelle évangélisation et la catéchèse?
C’est un sujet qu’il nous faut  étudier, même si nous disposons déjà d’un certain nombre d’éléments. La nouvelle évangélisation porte en soi l’exigence de faire comprendre d’abord aux chrétiens le rôle qui est le leur en ce moment historique et, donc, ils doivent  raviver leur foi : nous devons nous montrer capables de prendre à nouveau la parole et d’annoncer Jésus-Christ, également par le témoignage de notre vie, à tous ceux qui, bien que vivant dans les pays d'anciennes traditions chrétiennes, sont en proie à l'indifférence, ne connaissent plus les contenus fondamentaux de la foi, et où il semble que Jésus n’ait plus d’influence, et que n’existent même plus la foi et l’exigence de croire. La catéchèse a besoin de s'intégrer dans le contexte et dans le processus qui se présentent à  l'Eglise pour les prochaines décennies.
Q. Qu’ont en commun les différentes expressions de l’Eglise, les unes, peut-être un peu lasses, de ces pays d’ancienne tradition chrétienne, les autres qui sont minoritaires dans d’autres contextes culturels ?   Tout d'abord, nous avons en commun le fait que nous sommes tous chrétiens, baptisés, désireux de communiquer la joie de notre foi, même si nous la vivons dans des contextes culturels différents. Les difficultés d’un pays peuvent être soulagées par tel autre pays, tel pays peut puiser dans la richesse d’un autre. Telle est, je crois, la forme importante que nous devons adopter : dans la catéchèse, nous possédons un trésor d’expériences.   Il y a une catéchèse qui ne se limite pas uniquement au moment de la réception des sacrements de l’eucharistie et de la confirmation, mais présente de nombreux autres témoignages de  parcours différents dans le monde. Je pense, par exemple, au Chili et à la possibilité d’avoir une très forte pénétration concernant la catéchèse familiale. Dans d’autres pays, ce sera l’expérience du catéchuménat, qui s’adresse principalement aux adultes, pour leur porter l’annonce de la foi ; nous avons aussi des possibilités de catéchèse dites "permanentes". Grâce à cet éventail d’expériences, je crois que la richesse des uns et le désir des autres peuvent conduire à trouver une possibilité d’engagement qui est loin d’être secondaire.
Q. L'année de la foi est inspirée par le vingtième anniversaire de la publication du Catéchisme de l’Eglise catholique: quel bilan pouvez-vous tirer de cette période?
Le catéchisme représente désormais un fait permanent dans l’Eglise: il est traduit en plus de 57 langues, la dernière étant l'urdu (ou l’ourdou), qui est en cours de traduction. Dans quelques jours, nous aurons la chance d’avoir, d’abord en Italie, sur le smartphone, sur la tablette, une application avec le Catéchisme de l'Église catholique et son Compendium. Il s'agit d'une étape importante pour nous, car elle nous permet une fois de plus de mettre à profit de nouveaux outils et de nouvelles langues pour atteindre un large public.
Traduit par Elisabeth de Lavigne

 


 

 

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LE  PAPE EST CHRETIEN ! par Christine PEDOTTI (extrait de TEMOIGNAGE CHRETIEN .FR du 19/10/2013) 

 Sept mois après son élection, la détermination du pape François ne fait plus de doute, et ses adversaires commencent à relever la tête. 

Jusqu’au début du mois de septembre, on pouvait encore penser que François différait surtout par son style. En soi, ce n’était pas rien, tant le catholicisme est un empire des signes. Mais on pouvait douter d’une volonté profonde de changement.
Depuis quelques semaines, le doute n’est plus permis. François a bien décidé, comme son illustre modèle d’Assise de « rebâtir » l’Église. Est-ce une révolution ? Oui et non.
Lorsque le cardinal Ratzinger, quelques jours avant son élection, déclare que « la barque de Pierre prend l’eau de toutes parts » (1), il prépare bien les esprits à une nécessaire reconstruction – en régime catholique, on hésite toujours à employer le mot « réforme », qui rappelle de mauvais souvenirs.
Benoît XVI n’en a pas eu la force, et c’est sans doute la raison profonde de sa démission. C’est la feuille de route que les cardinaux ont explicitement confiée à Jorge-Maria Bergoglio quand il est devenu le pape François. Pour autant, les options de ce dernier sont-elles celles des hommes en rouge qui l’ont élu ?
Bonne nouvelle
Où va François ? En un mot comme en cent, à l’Évangile, tout simplement. L’Évangile et sa puissance subversive !
Souvenons-nous que le premier à prendre l’Évangile au sérieux fut celui qui le proclamait, Jésus de Nazareth, et que sa trajectoire s’acheva sur la croix. C’est un aspect des choses qui n’a pas échappé au pape François. Ses fréquentes allusions à la puissance du mal, à celle du diable, sont le signe de cette clairvoyance.
Voilà donc l’Évangile qui tout à la fois porte le pape et est porté par lui ! Non pas porté en procession ou avec des pincettes, ou bien rangé dans un catéchisme, non, porté à même la peau par un homme qui s’agenouille aux pieds d’une femme musulmane, qui pleure parce que les 350 migrants qui viennent de périr au large de Lampedusa sont ses frères et ses sœurs.
Voilà qu’un monde indifférent et blasé, celui des médias, découvre que l’Évangile n’est pas un manuel de bonne conduite (voire de maintien sexuel) mais d’abord et avant tout « la Bonne Nouvelle annoncée aux pauvres ».
Sous la houlette de François, l’Église pourrait-elle devenir (redevenir ?) messagère de la Bonne Nouvelle ? Pourrait-elle être une Église pauvre pour les pauvres ? En tout cas, c’est ce qu’il ne cesse de marteler.
Que va-t-il faire ? Il s’est adjoint un groupe de 8 cardinaux, surnommés le G8, dont 7 membres ne viennent pas de la Curie. Leur mission vient d’être pérennisée. On tient là l’embryon de ce gouvernement collégial que tant de catholiques appelaient de leurs vœux.
Mais plus précisément, que peut-on attendre ? La barque de Pierre, a fortiori si elle prend l’eau n’est pas facile à manier. Et une partie de l’équipage rechigne à la manœuvre.
Notre soutien
À Rome, la Curie ne voit pas vraiment d’un bon œil la réforme qui s’annonce. Comme toute administration, elle se croit aussi efficace qu’indispensable. Depuis des siècles, elle se prend pour le dragon qui défend la princesse – comprenez le pape, l’Église et le dépôt de la foi.
Il n’est plus besoin de tendre l’oreille pour entendre les inquiétudes des fonctionnaires relayées par des vaticanistes qui depuis l’arrivée de François ont perdu leurs repères et leurs relais d’information habituels.
On s’inquiète de ce pape qui parle à tort et à travers et dont la parole n’est plus « contrôlée ». Du côté des évêques, pour l’instant, le silence est de règle (2). Habitués à un régime de soupçon et de délation, ils n’ont pas l’habitude d’un pape qui ne leur dicte pas leurs discours. Il faut dire qu’il n’est guère tendre à leur égard, les traitant de « fonctionnaires », de « mondains », de « distants »… La correction, pour être fraternelle, n’en est pas moins sévère.
Du côté des courants traditionnels on n’a plus d’illusion désormais. François ne poursuivra pas le mouvement de restauration engagé depuis près de trente-cinq ans.
Pour les Légionnaires du Christ, l’Opus Dei, les nouvelles communautés jusque là bien en cour, le vent tourne, et l’humeur devient chagrine voir agressive. On regrette Benoît XVI et sa « hauteur théologique », quand François prêcherait comme un curé de campagne.
Les couteaux s’aiguisent. C’est pourquoi François a besoin de soutien, non parce qu’il est le pape mais parce qu’il endosse l’Évangile. Nous ne sommes pas papolâtres. François n’est qu’un homme, plein de qualités et de défauts. Il ne réussira pas seul. Plus encore que de confiance et d’approbation, il a besoin que se lève parmi les catholiques une dynamique créative. Si nous croyons qu’il manœuvre la barque dans le bon sens, souquons avec lui.
(1) Méditation du Chemin de Croix au Colisée, 25 mars 2005.
(2) On notera cependant les récents propos de soutien à François de Mgr Dagens.

 

 

 


 

 

Le Pape François consulte son "G8" pour réformer l'Eglise

(La Croix du 01 10 2013)

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Giuseppe Bertello, l'homme de confiance du "G8" (La Croix du 01 10 2013)

 

Le 1er octobre, le pape François réunira à Rome les huit cardinaux des cinq continents choisis pour le conseiller dans le gouvernement de l’Église et la réforme de la Curie.

Diplomate de carrière, le cardinal Bertello, qui fut donné favori pour devenir le bras droit du nouveau pape, fréquente depuis longtemps Jorge Bergoglio, dont il partage la simplicité.

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Vendredi 4 octobre le Pape François à Assise(La Croix du 28 09 2013)

  Cliquez pour voir l'article    le-pape-francois-a-assise-1.pdf le-pape-francois-a-assise-1.pdf

LA RÉFORME DE LA CURIE  (La Croix du 28 09 2013)

Vendredi après-midi, en la basilique Sainte-Claire, le pape se recueillera en silence devant le crucifix de San Damiano ...

cliquez >>>  la-reforme-de-la-curie.pdf la-reforme-de-la-curie.pdf

 

UNE ÉGLISE PAUVRE ET POUR LES PAUVRES (La Croix du 28 09 2013)

 Juste après son élection, le 13 mars, le pape avait expliqué avoir justement choisi son nom en référence à François d’Assise...

cliquez>>>  une-eglise-pour-les-pauvres.pdf une-eglise-pour-les-pauvres.pdf

 

 

 


 

Le pape François est-il trop libre pour la Curie ?

Ce fut la sensation du week-end dernier. Samedi 22 juin, lors d'un concert de la Neuvième Symphonie de Beethoven donné à l'occasion de l'année de la Foi, le siège du pape resta vide au milieu de la grande salle Paul VI du Vatican, où 6000 personnes l'avaient attendu. A Rome, le « siège vacant » est tellement porteur de symbole que l'image a provoqué une émotion très forte, et animé les commentateurs pour les jours suivants.

D'ailleurs, le soir-même, le correspondant de La Croix à Rome, Frédéric Mounier, écrivait sur son blog : « On aurait tort de s’en tenir à la simple anecdote. A Rome, tout a un sens, même et surtout une absence du pape ». D'autant que selon le vaticaniste italien Giacomo Galeazzi, le pape aurait expliqué à des proches – en privé, donc aucune confirmation de ses propos n'est ensuite intervenue – la raison de son absence : « Je ne suis pas un prince de la Renaissance qui écoute de la musique au lien de travailler ».

Pour Frédéric Mounier, cette soirée était d'abord l'occasion pour François de rencontrer les nonces apostoliques (sortes d'ambassadeurs du Vatican) venus du monde entier et repartant pour une bonne part le lendemain. « On imagine aisément que devant une telle opportunité de rencontres, le pape ait vite compris qu’il lui serait plus utile d’écouter attentivement tel ou tel nonce venu de tant de pays chahutés dans le monde, que d’assister à un concert. », écrit-il ainsi, avant de préciser au sujet de la petite phrase rapportée par son confrère italien qu'elle exprimerait « la force de caractère de ce pape, qui n’hésite pas à prendre à rebrousse-poil la machine romaine qui l’entoure pour aller droit à l’essentiel de sa mission ».

Une analyse que semble parfaitement partager notre collaborateur Jean Mercier, qui consacre lui aussi un article à la force symbolique de cette « chaise vide ». « Le choix de Bergoglio ne pas aller au concert donne tout son poids à ses paroles antérieures de dénonciation de la mondanité. Il ne se contente pas de parler, mais d’agir, y compris avec une forme de “violence” calculée. Car le pape prend sciemment le risque de déplaire profondément à ceux qui ont organisé le concert, et de s’en faire des ennemis, même s’ils garderont le sourire devant lui. (…) Cette prise de risque montre le prix que le pape est déterminé à payer pour faire preuve de sa liberté. Déjà, son choix de ne pas habiter les appartements pontificaux avait paru comme une forme de résistance au système de cour qui prévaut au Vatican, où l’on parlait auparavant du “palais apostolique” avec une nuance de révérence sacrée, parce que le pape y habitait. »

Au contraire, pour le vaticaniste italien Sandro Magister, qui collabore au journal L'Espresso, ce désistement du pape lors d'un concert « a rendu encore plus indéchiffrable le début de ce pontificat ». Pour lui en effet, « l’élan évangélisateur du pape François, sa volonté d’atteindre les "périphéries existentielles" de l'humanité, trouveraient justement dans le grand langage musical un véhicule d’une extraordinaire efficacité. (…) Après chaque
concert public auquel il assistait, Benoît XVI communiquait ses réflexions, qui touchaient l’esprit et le cœur du public ».

Si l'on peut légitimement s'interroger sur la réelle capacité du pape à toucher les « périphéries existentielles » lors d'un événement aussi mondain qu'un concert salle Paul VI, un autre vaticaniste, John Allen, du journal américain National Catholic Reporter, signale que le concert était « à l'origine conçu pour être donné en plein air, auprès d'un public populaire, mais il a finalement été déplacé dans la salle d'audience » du Vatican.

Dans un article intitulé « Recette pour surinterpréter le pape », John Allen appelle par ailleurs à ne pas accorder à cette absence une importance démesurée. Selon lui, « cette dérobade pourrait en réalité signifier davantage son dévouement au travail qu'un rejet d'une ostentation digne de la Renaissance ». Il en profite aussi pour rappeler qu'en 2005, le prédécesseur de François avait lui-même renoncé à se rendre à un concert de Noël au Vatican, « ce qui avait conduit à un torrent d'interviews énervées de musiciens et chanteurs, ainsi qu'à des spéculations autour d'une supposée indifférence de Benoît XVI pour la dimension populaire de cet événement. En d'autres termes, son absence avait été interprétée comme une attitude hautaine et un signe de dédain, tandis qu'avec François le même geste est salué comme une manifestation de simplicité évangélique ».

C'est d'ailleurs sur cette dernière dimension de la comparaison de François avec les autres papes que le blogueur anglais Laurence England se montre embarrassé. « Ce que je n'aime pas, écrit-il, dans ce signe de la "chaise vide", c'est qu'on peut aussi l'interpréter comme une volonté de la part de pape de montrer du doigt l'attitude des autres en se donnant le beau rôle, et de recevoir des louanges tout en jetant les cardinaux en pâture au regard des médias et du public. (…) Et est-ce que le pape doit toujours "faire" quelque chose de radical ? Est-ce que la papauté se transforme en un "show" ? (…) Tous les papes ne seront pas comme François. Mais comment un pape pourra-t-il venir après lui ? Qu'est-ce que ces preuves de son humilité ont comme conséquences sur la perception de tous ses prédécesseurs ? Comment quelqu'un pourrait-il être encore un "pape ordinaire ou banal" ? Cette humilité est compliquée pour nous tous. »

L'intérêt médiatique pour cet épisode, à tout juste cent jours de l'élection du pape François, semble en tout cas révéler un tournant dans son action depuis son élection : l'image ne sera désormais plus celle d'un pape qui prend des libertés avec les programmes ou les discours préparés pour lui, mais aussi celle d'un pape capable de se rebeller pleinement contre les impératifs protocolaires de son agenda. Un homme libre, certainement, mais au risque par moments de paraître grossier par rapport aux habitudes de la Curie. Trop libre pour le microcosme romain ? La période qui s'ouvre désormais – avec les réformes (de la gouvernance et de la banque vaticane), les premiers voyages et les encycliques à venir – devrait donner définitivement le ton du pontificat. Et des surprises sont encore à attendre...

 

 


 

Pour le pape François, les chrétiens  doivent être révolutionnaires

 

« Un chrétien, s'il n'est pas un  révolutionnaire en ce temps, n'est pas chrétien. Il doit être révolutionnaire  par la grâce. » (« Un cristiano, se non è rivoluzionario, in questo  tempo, non è cristiano ! Deve essere rivoluzionario per la grazia ! » -  discours complet en italien.) C'est ce qu'a lancé le pape François le 17 juin devant des milliers de participants au Congrès  ecclésial du diocèse de Rome.

Dans une longue intervention  apparemment improvisée, le souverain pontife a appelé une énième fois  les chrétiens à sortir de leurs églises, quitter leur sécurité et oser semer  l'Evangile, notamment auprès des pauvres. Cette fois-ci, le langage a été  musclé. Il a critiqué les « communautés fermées », rappelant  l'enseignement du Nouveau testament qui incite tous les chrétiens à être des  pasteurs et non des « brosseurs de brebis ». Pour que l’assemblée  comprenne l’urgence, le pape a fait allusion au célèbre passage dans l’Evangile où Jésus évoque un berger qui  part à la recherche d’une brebis manquante sur 99 : « Frères et sœurs, mais  nous en avons une seule, il nous en manque 99 ! »

Il a surtout utilisé l’idée d’une «  révolution qui change en profondeur le cœur de l’homme ». Celle-ci serait apportée par Jésus seul. « La vraie révolution, celle qui  transforme complètement la vie », selon le pape, a déjà été accomplie par  Jésus, à travers sa mort pour nous sur la croix, puis sa résurrection. Une  raison de plus pour François de critiquer les « chrétiens découragés et  tristes », dont « on se demande s’ils croient en Christ ou en la déesse  des plaintes ».

L’objectif de ce Congrès ecclésial à  Rome, qui se termine le 19 juin, est de faire réfléchir sur la  responsabilité missionnaire de tous les  baptisés. 

 


 

Le pape énonce un code de bonne conduite pour les évêques

FRÉDÉRIC MOUNIER

S’adressant en des termes sévères à l’épiscopat italien, jeudi, à la basilique Saint-Pierre, l’évêque de Rome a donné une feuille de route à l’ensemble de ses confrères.

La rencontre était attendue: jeudi, à l’issue de l’Assemblée plénière des évêques italiens, elle-même succédant à leur visite ad limina , les paroles du pape devaient tracer un axe. Selon son habitude, il l’a fait tant par les mots que par les gestes.

Tout d’abord, il est entré dans la basilique sans procession, sans mitre ni vêtements liturgiques, sans férule ni bâton pastoral, vêtu de sa simple soutane blanche. Puis, répondant à l’improviste à l’adresse d’ouverture du cardinal Angelo Bagnasco, archevêque de Gênes et président de l’épiscopat italien (CEI), le pape, debout et sans notes, les a remerciés pour leur travail, notamment « le dialogue avec les institutions culturelles, politiques et sociales, un dialogue si difficile ».

Il a signé là un renversement de doctrine important. En effet, en 2007, le cardinal secrétaire d’État Tarcisio Bertone avait explicitement retiré à l’épiscopat italien le dossier des relations avec l’État italien, préférant le gérer en direct. Cette ère est désormais révolue. Ensuite, de manière impromptue, il a évoqué la nécessité « peut-être de réduire un peu le nombre des diocèses » . « Ils sont nombreux. C’est un peu lourd. Mais il y a une commission pour cela, hein ? » a affirmé le pape, touchant là un point important pour l’Église de la péninsule, qui compte, à territoire et population équivalents à la France, deux fois plus de diocèses.

Mais, surtout, sa méditation sur la question de Jésus à Pierre ( « M’aimes-tu ? » , Jn 21, 15) lui a permis de définir qualitativement le rôle de l’évêque, se livrant à une véritable mise en garde contre nombre des maux dont souffre l’épiscopat italien: « Le manque de vigilance rend tiède le pasteur, le rend distrait, oublieux et même indifférent (…) . Il risque d’être séduit par la perspective d’une carrière, la tentation de l’argent, et les compromis avec l’esprit du monde » , a dit le pape.

S’il se laisse aller, le pasteur « devient paresseux » , il est « transformé en un fonctionnaire, un agent public plus préoccupé de lui-même, de l’organisation et des structures que du vrai bien du peuple de Dieu  », a-t-il ajouté. « On court alors le risque de renier le Seigneur : même si formellement on parle en son nom, on offusque la sainteté de la mère Église hiérarchique, en la rendant moins féconde  », a-t-il lancé, appelant fermement les évêques à laisser « ouverts leur cœur, leurs mains et leur porte en toutes circonstances » .

« Votre voix doit être reconnaissable de ceux qui ont embrassé la foi, mais aussi de ceux qui ne sont pas encore dans ce troupeau. La maison de Dieu ne connaît pas d’exclusion de personnes et de peuples » , a-t-il lancé. Certes, il sait que la liberté des évêques est « assiégée de mille conditionnements internes et externes, qui souvent suscitent déception, frustration, voire incrédulité » . De ces attitudes, « profite l’Ennemi, le Diable ». Mais « vivre du Seigneur est la mesure de notre service ecclésial, qui s’exprime dans la disponibilité à l’obéissance, à l’abaissement et au don total » .

Le pape s’est livré à une véritable mise en garde contre nombre des maux dont souffre l’épiscopat italien.

 

 


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Les mots du pape François :  Ses verbes pour croire et vivre

            Depuis son élection, le nouveau pape a mis en évidence, à travers ses homélies, discours et autres interventions, les axes principaux de sa pensée. Florilège      

 

Le 3 avril dernier, le pape François arrive sur la place Saint-Pierre à Rome pour son audience he...

                   

Le 3 avril dernier, le pape François arrive sur la place Saint-Pierre à Rome pour son audience he...                                            

Alessia GIULIANI / CPP / CIRIC

Le 3 avril dernier, le pape François arrive sur la place Saint-Pierre à Rome pour son audience hebdomadaire.

 

                

 

Le 3 avril dernier, le pape François arrive sur la place Saint-Pierre à Rome pour son audience hebdomadaire.    

                                                                                                                                                                                                                            

L’agir chrétien se décline pour le pape François en sept verbes dynamiques : « marcher », « édifier », « confesser », « annoncer », « témoigner », « adorer », et aussi « sortir ». Un programme qu’il a développé au lendemain de son élection, célébrant la messe Pro Ecclesia dans la chapelle Sixtine, le 14 mars, devant les cardinaux électeurs :

  «   Marcher : notre vie est une marche et quand nous nous arrêtons, cela ne va plus. Marcher toujours, en présence du Seigneur, à la lumière du Seigneur, cherchant à vivre avec cette irréprochabilité que Dieu demandait à Abraham, dans sa promesse. » « Édifier : Édifier l’Église (…), l’Épouse du Christ, sur cette pierre angulaire qui est le Seigneur lui-même. » « Confesser : Nous pouvons marcher comme nous voulons, nous pouvons édifier de nombreuses choses, mais si nous ne confessons pas Jésus-Christ, cela ne va pas. Nous deviendrons une ONG humanitaire, mais non l’Église, Épouse du Seigneur. » 

Dans la basilique Saint-Paul-hors-les-Murs, le 15 avril, le pape François a fait résonner ces verbes (« annoncer, témoigner, adorer ») dans trois questions : « Comment, moi, je témoigne du Christ dans ma foi ? Ai-je le courage de Pierre et des autres apôtres de penser, de choisir et de vivre en chrétien, dans l’obéissance de Dieu ? » 

Ensuite : « Toi, moi, adorons-nous le Seigneur ? Allons-nous à Dieu seulement pour demander, pour remercier, ou allons-nous aussi à lui pour l’adorer ? » Enfin : « Ai-je pensé à cette idole cachée que j’ai dans ma vie et qui m’empêche d’adorer le Seigneur ? » 

À plusieurs reprises, notamment lors de l’audience du 27 mars, le pape a insisté sur le fait que suivre le Christ exige un « sortir ». « Sortir de soi-même, d’une façon de vivre la foi de façon habituelle, de la tentation de s’enfermer dans ses propres schémas qui finissent par fermer l’horizon de l’action créative de Dieu. Dieu est sorti de lui-même pour venir au milieu de nous. » « Ayons le courage de “sortir” pour porter cette joie et cette lumière, en tous lieux de notre vie ! » reprenait-il encore sur la place Saint-Pierre le 3 avril.

Pour le pape, l’Église doit s’adresser en priorité aux « périphéries », mot-clé de sa pensée. Il s’agit pour les baptisés « d’aller vers les périphéries de l’existence, nous déplacer d’abord vers nos frères et sœurs les plus éloignés, ceux qui sont oubliés, qui ont le plus besoin de compréhension, de consolation, d’aide ».

 

Jamais sans la croix

Insistant sur les aspects positifs du christianisme, le pape ne souhaite pas pour autant qu’on oublie la croix. Le 14 mars, lors de la messe Pro Ecclesia, il a insisté : « Quand nous marchons sans la croix, quand nous édifions sans la croix et quand nous confessons un Christ sans croix, nous ne sommes pas disciples du Seigneur : nous sommes mondains, nous sommes des évêques, des prêtres, des cardinaux, des papes, mais pas des disciples du Seigneur. » 

De même, citant Benoît XVI dans son homélie des Rameaux, le 24 mars, il rappelle aux cardinaux qu’ils sont les princes « d’un Roi crucifié » :

 « Le bois de la croix est le trône de Jésus. (…) Jésus prend sur lui le mal, la saleté, le péché du monde, et aussi notre péché, de nous tous, et il le lave, il le lave avec son sang, avec la miséricorde, avec l’amour de Dieu. Regardons autour de nous : combien de blessures le mal inflige-t-il à l’humanité ! Guerres, violences, conflits économiques qui frappent celui qui est plus faible (…). Amour de l’argent, pouvoir, corruption, divisions, crimes contre la vie humaine et contre la création ! Et aussi – chacun de nous le sait et le reconnaît – nos péchés personnels… » 

 

Lutter contre le diable

Le pape François n’hésite pas à mentionner régulièrement le diable. Ainsi lors de la messe dans la chapelle Sixtine devant les cardinaux le 14 mars : « Quand on ne confesse pas Jésus-Christ, me vient la phrase de Léon Bloy : “Celui qui ne prie pas le Seigneur prie le diable”. Quand on ne confesse pas Jésus-Christ, on confesse la mondanité du diable, la mondanité du démon. » Puis, deux jours plus tard, s’adressant toujours à un groupe de cardinaux, il les exhortait « à ne pas céder à l’amertume et au pessimisme auxquels le diable nous pousse chaque jour ». Le pape condamne en particulier la calomnie qui à ses yeux est « pire qu’un péché » : elle est « l’expression directe de Satan », car elle « naît de la haine. Et celui qui créela haine, c’est Satan », affirmait-il le 15 avril lors d’une messe à Sainte-Marthe.

 

Miséricorde, patience et joie

Pour le pape François, le message « le plus fort du Seigneur » est « la miséricorde ». « Lui-même l’a dit : je ne suis pas venu pour les justes ; les justes se justifient tout seuls », explique-t-il, le 17 mars, dans son homélie dans la petite église Sainte-Anne au Vatican, martelant : « Le Seigneur ne se lasse jamais de pardonner : jamais ! C’est nous qui nous lassons de lui demander pardon. » 

Conviction qu’il reprend avec force, à Saint-Jean-de-Latran, le 7 avril : « Tel est le style de Dieu : il n’est pas impatient comme nous, nous qui voulons souvent tout et tout de suite, même avec les personnes. Dieu est patient avec nous car il nous aime, et qui aime comprend, espère, fait confiance, n’abandonne pas, ne coupe pas les ponts, sait pardonner. Souvenons-nous de cela dans notre vie de chrétiens : Dieu nous attend toujours, même quand nous nous sommes éloignés ! Lui n’est jamais loin, et si nous revenons à lui, il est prêt à nous embrasser. » 

Le 30 mars, lors de la veillée pascale, il donne un conseil : « Ne nous fermons pas à la nouveauté que Dieu veut apporter dans notre vie ! Ne sommes-nous pas souvent fatigués, déçus, tristes, ne sentons-nous pas le poids de nos péchés, ne pensons-nous pas que nous n’y arriverons pas ? Ne nous replions pas sur nous-mêmes, ne perdons pas confiance, ne nous résignons jamais : il n’y a pas de situations que Dieu ne puisse changer, il n’y a aucun péché qu’il ne puisse pardonner si nous nous ouvrons à Lui. » 

C’est ce qui fonde la joie à laquelle il appelle les chrétiens, lors des Rameaux, le 24 mars : « Ne soyez jamais des hommes et des femmes tristes : un chrétien ne peut jamais l’être ! Ne vous laissez jamais prendre par le découragement ! Notre joie n’est pas une joie qui naît du fait de posséder de nombreuses choses, mais elle naît du fait d’avoir rencontré une Personne : Jésus, qui est parmi nous. »

 À plusieurs reprises, le pape François fait l’éloge de la tendresse comme première attitude d’accueil : « Le fait de prendre soin, de garder, demande bonté, demande d’être vécu avec tendresse, dit-il lors de sa messe d’inauguration le 19 mars. Dans les Évangiles, saint Joseph apparaît comme un homme fort, courageux, travailleur, mais dans son âme émerge une grande tendresse, qui n’est pas la vertu du faible, mais au contraire dénote une force d’âme et une capacité d’attention, de compassion, de vraie ouverture à l’autre, d’amour. Nous ne devons pas avoir peur de la bonté, pas plus que de la tendresse ! » 

 

Garder la Création

Les choix franciscains du pape apparaissent dès le 19 mars, lorsqu’il inaugure son ministère pétrinien : « Je voudrais demander, s’il vous plaît, à tous ceux qui occupent des rôles de responsabilité dans le domaine économique, politique ou social, à tous les hommes et à toutes les femmes de bonne volonté : nous sommes “gardiens” de la création, du dessein de Dieu inscrit dans la nature, gardiens de l’autre, de l’environnement ; ne permettons pas que des signes de destruction et de mort accompagnent la marche de notre monde ! » 

Et le pape de préciser, « Mais pour “garder” nous devons aussi avoir soin de nous-mêmes ! Rappelons-nous que la haine, l’envie, l’orgueil souillent la vie ! Garder veut dire alors veiller sur nos sentiments, sur notre cœur, parce que c’est de là que sortent les intentions bonnes et mauvaises : celles qui construisent et celles qui détruisent ! » 

 

Repères :  Les deux auteurs français du pape François

Au fil de ses interventions, le pape François a cité deux auteurs français, peu lus aujourd’hui.

L’un, Joseph Malègue (1876-1940) fut surnommé le « Proust catholique » pour ses deux romans : Augustin, ou le Maître est là (1933) et Pierres noires : les classes moyennes du salut (œuvre posthume de 1958). Cet Auvergnat connut un certain succès entre les deux guerres. 

Collaborateur de la revue dominicaine Temps présent et de La vie intellectuelle, il était également prisé de Paul VI, grand lecteur de littérature française. C’est à Joseph Malègue qu’on doit l’expression « classes moyennes de la sainteté », ou, plus exactement, « du salut », reprise par le pape dans son homélie du 14 avril, à Saint-Paul-hors-les-Murs, pour inviter les baptisés à la sainteté. 

Il le cite également dans un recueil de conversations publié en 2010 (Je crois en l’homme. Conversations inédites, avec Sergio Rubini et Francesca Ambrogetti (Flammarion, 2013). Il se souvient du dialogue entre un agnostiqueet un croyant, le premier estimant que « le problème pour lui serait que le Christ ne serait pas Dieu, tandis que, pour le croyant, la question serait de savoir ce qui se passerait si Dieu ne s’était pas fait Christ ». 

L’autre, Léon Bloy (1846-1917), converti au contact de Barbey d’Aurevilly, fut un polémiste catholique virulent, décrit par la critique comme un « anarchiste de droite ». Son œuvre, qui suscita de nombreuses conversions au catholicisme parmi les intellectuels de son temps, s’inquiète du naufrage spirituel d’une société en voie de sécularisation, au bordde l’Apocalypse. « Celui qui ne prie pas Dieu prie le diable », écrivait-il, repris par le pape François dans sa toute première homélie pontificale, le 14 mars.  (Extrait du quotidien LA CROIX 27 04 2013)

 


Le voile se lève sur un nouveau visage de la Curie romaine (LA CROIX 23 04 2013)

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Un "dieu aérosol", non merci   (Homélie du pape François  18 avril 2013)

 

Dieu n’est pas un « dieu-aérosol », il est « Père, Fils, Esprit-Saint » et « quand nous parlons avec Dieu, nous parlons avec des Personnes », souligne le pape François dans son homélie de ce jour, rapportée par Radio Vatican.

Le pape a en effet célébré sa messe quotidienne, ce jeudi matin, 18 avril, à la Maison Sainte-Marthe, en présence de policiers italiens de l’Inspectorat de Sécurité publique auprès du Vatican.

Citant le Christ dans l’évangile du jour « Personne ne peut venir à moi, si le Père qui m'a envoyé ne l'attire vers moi » (Jn 6,44), le pape a fait observer qu’ « aller à Jésus, trouver Jésus, connaître Jésus est un don du Père. La foi est un don ».

Et même si le croyant pense avoir la foi, le pape l’a invité à se poser la question : « en quel Dieu crois-tu ? » : « Tant de fois la réponse est “en Dieu”. Un dieu diffus, un dieu-aérosol, qui est un peu partout mais dont on ne sait pas ce qu’il est », a-t-il ajouté.

Le pape a rappelé le Dieu de la foi chrétienne : « Nous, nous croyons en un Dieu qui est Père, qui est Fils, qui est Esprit-Saint. Nous croyons en des Personnes, et quand nous parlons avec Dieu, nous parlons avec des Personnes : soit je parle avec le Père, soit je parle avec le Fils, soit je parle avec l’Esprit-Saint. C’est cela, la foi. »

Et puisque la foi « est un don », la tâche de l’homme est de « continuer sur ce chemin », tout comme l’Ethiopien dans la première lecture (Ac 8,26-40) : « si nous avançons sur cette route, avec toutes nos affaires, il nous arrivera la même chose qu’à ce ministre de l’économie » : « il poursuivit son chemin tout joyeux ».

Pour le pape, « c’est la joie de la foi, la joie d’avoir rencontré Jésus, la joie que Jésus seul nous donne, la joie qui donne la paix : non pas celle que donne le monde, mais celle que donne Jésus. Voilà notre foi. »

Il s’agit d’avancer avec courage : « nous avons toujours quelque chose qui ne va pas, mais le Seigneur nous pardonne si nous lui demandons pardon, et nous continuons à aller de l’avant, sans nous décourager ».

« Demandons au Seigneur qu’il nous fasse grandir dans cette foi, cette foi qui nous rend forts, qui nous rend joyeux, cette foi qui commence toujours par la rencontre avec Jésus et qui se poursuit toujours dans notre vie par des petites rencontres quotidiennes avec Jésus. », a conclu le pape.

À la fin de la messe, après la prière à saint Michel Archange, patron de la Police d’Etat, le pape François a adressé des remerciements particuliers à l’Inspectorat de sécurité publique auprès du Vatican pour le service rendu dans la société, « un service pour le bien commun, pour la paix commune », qui « exige une droiture d’esprit, une volonté forte, des sentiments honnêtes, de la sérénité ».

ZENIT  -  traduction d’Hélène Ginabat  

 

 


 

Invitation à se laisser "déranger" par l'Esprit-Saint

Homélie du pape François 16 04 2013

La résistance à l’Esprit de Vatican II

Le pape a dénoncé sans ambages cette "résistance à l’Esprit" dans la réception de Vatican II, qui a été « une belle œuvre de l’Esprit-Saint » : « cinquante ans plus tard, avons-nous fait tout ce que l’Esprit-Saint nous a dit dans le Concile » ?

« Non », a répondu le pape : comme dans l’Ancien Testament, « nous fêtons cet anniversaire » en érigeant « un monument » au concile, mais « nous souhaitons surtout qu’il ne nous dérange pas. Nous ne voulons pas changer ».

En outre, a-t-il ajouté fermement, « quelques voix demandent à retourner en arrière. Cela s’appelle “être entêté”, cela s’appelle vouloir “apprivoiser l’Esprit-Saint”, cela s’appelle devenir “sot et lent du coeur”».

« L’Esprit-Saint ne s’apprivoise pas »

Cette "résistance" se situe aussi au niveau personnel, a souligné le pape : « Dans notre vie personnelle aussi, dans notre vie privée, la même chose arrive : l’Esprit nous pousse à prendre une route plus évangélique et nous disons : “Mais non, ça va bien ainsi, Seigneur...”».

« Nous voulons que l’Esprit-Saint s’assoupisse. Nous voulons apprivoiser l’Esprit-Saint. Et cela ne va pas. Car il est Dieu et il est ce vent qui va et vient, et on ne sait d’où il vient. Il est la force de Dieu ; il donne la consolation et la force pour aller de l’avant. Et ceci dérange. Le confort est meilleur », a poursuivi le pape François.  

En conclusion, il a donc exhorté à « ne pas opposer de résistance à l’Esprit-Saint : c’est la grâce que je voudrais que nous demandions tous au Seigneur ; la docilité à l’Esprit-Saint, à cet Esprit qui vient à nous et nous fait avancer sur la route de la sainteté. La grâce de la docilité à l’Esprit-Saint. »

 

 


 

Le pape François aborde la réforme de la Curie (LA CROIX 15 04 2013) 

FRÉDÉRIC MOUNIER  ROME De notre envoyé spécial permanent

Le Vatican a annoncé samedi la formation par le pape d’un groupe de huit cardinaux pour « le conseiller dans le gouvernement de l’Église » .Ils étudieront aussi un projet de révision de la constitution Pastor Bonus organisant la Curie romaine.Un mois après son élection, le pape François manifeste une volonté forte de réforme.

Un mois jour pour jour après son élection, le pape François a ouvert l’un des chantiers sur lesquels il était très attendu : la réforme de la Curie romaine. Il l’a fait à sa façon, sans fébrilité, mais avec une détermination toujours collégiale. C’est par un bref communiqué émanant de la Secrétairerie d’État, auquel le pape François a rendu une « visite de remerciement » remarquée, vendredi, que le Vatican a annoncé, dès le lendemain, la formation d’un groupe de huit cardinaux provenant de tous les continents, « pour conseiller le pape dans le gouvernement de l’Église. »

Pour comprendre la portée de ce geste, qualifié de « signal » par le P. Federico Lombardi, directeur de la Salle de presse du Saint-Siège, il faut en peser les mots et les temps. Cette décision a été publiée exactement un mois après l’élection du pape François, soit un délai bref qui témoigne de sa détermination. Le communiqué précise qu’elle s’inscrit directement dans le sillage des congrégations générales précédant le conclave. Au cours de celles-ci, de nombreuses inquiétudes avaient été exprimées par les cardinaux du monde entier, ébranlés par ce que l’affaire des fuites de documents confidentiels de Benoît XVI, dite « Vatileaks », avait fait apparaître sur la qualité et l’efficacité du gouvernement central de l’Église.

Le pape François manifeste donc clairement sa volonté de rester à l’écoute de ceux qu’il appelle ses « frères cardinaux », dans la dimension universelle de l’Église, leur rendant leur véritable rôle de conseillers. Évidemment, il sait que rien ne se fera sans affronter le difficile dossier de la remise en route de la Curie. Mais, pour autant, il souhaite prendre son temps : la première réunion de cette instance n’aura lieu que du 1 au 3 octobre, en trois journées de travail, un rythme supérieur au rythme habituel des réunions cardinalices. Le communiqué précise cependant qu’il est déjà en contact avec les huit cardinaux. Le P. Lombardi a pris soin de souligner également que ce «  groupe  » ne serait «  ni un comité, ni une commission, ni un conseil  ». «  C’est un organe consultatif et non décisionnel  », a-t-il tempéré, faisant valoir que la Curie n’est nullement rétrogradée «  au second plan  » ni «  ses responsabilités réduites  ».

La composition de ce groupe manifeste un regain de collégialité. Les instances épiscopales continentales, dont les présidents sont élus par leurs pairs, sont toutes représentées. L’Italie ne compte qu’un membre, le cardinal Giuseppe Bertello, président du gouvernorat de l’État de la Cité du Vatican, dont le nom circule avec insistance, parmi d’autres, comme futur possible secrétaire d’État. Le second représentant européen est le cardinal allemand Reinhard Marx, archevêque de Munich et président de la Commission des épiscopats de la Communauté européenne (Comece). Deux cardinaux latino-américains seront présents : le Chilien Francisco Javier Errázuriz Ossa, archevêque émérite de Santiago du Chili, qui a présidé le Conseil des conférences épiscopales latino-américaines (Celam), et le Hondurien Oscar Maradiaga. Nommé par le pape coordonnateur de ce groupe, celui-ci est également président de Caritas Internationalis, et notoirement en froid avec l’actuel secrétaire d’État, Tarcisio Bertone, salésien comme lui.

Le cardinal américain Sean O’Malley, franciscain, archevêque de Boston et ancien « papabile » au conclave, est réputé pour son engagement dans la lutte contre les abus sexuels, et pour la rigueur de la gestion de son diocèse. L’Asie sera représentée par le cardinal indien Oswald Gracias, archevêque de Bombay et président des évêques d’Asie (FABC) ; l’Afrique par le cardinal Laurent Monsengwo Pasinya, archevêque de Kinshasa, qui a présidé le Conseil des conférences épiscopales d’Afrique et de Madagascar (Secam). Enfin, pour l’Océanie, le cardinal australien George Pell, archevêque de Sydney, illustrera par sa présence une conception toute ratzingérienne de l’Église.

La révision de la constitution apostolique Pastor Bonus , promulguée par Jean-Paul II en 1988, sur la Curie romaine, sera la ligne d’horizon de ce groupe. Ce texte avait rationalisé plus que modifié l’organisation de la Curie. Aujourd’hui, les points de progrès sont connus et attendus : améliorer la circulation de l’information entre les dicastères et favoriser les synergies thématiques, soit par des regroupements soit par des fixations d’objectifs communs. Sans oublier l’évaluation des missions confiées.

Le pape François manifeste clairement sa volonté de rester à l’écoute de ses « frères cardinaux» dans la dimension universelle de l’Église .

 

  


 

 

7/4/2013  - Le pape: « n'ayez pas peur d'être des chrétiens »

 Le Pape François s'est adressé dimanche 7 avril à environ 100.000 pèlerins réunis sur la place Saint-Pierre à Rome pour recevoir sa traditionnelle bénédiction hebdomadaire, les invitant à évangéliser et à "ne pas voir peur d'être des Chrétiens".        

                                      

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GABRIEL BOUYS / AFP

 
 
                

 

"Nous ne devons pas avoir peur d'être des Chrétiens ni de vivre comme des Chrétiens," a lancé à la foule depuis une fenêtre du Palais du Vatican le nouveau pape argentin, premier pape latino-américain élu il y a un mois.

"Nous devons avoir le courage de proclamer au grand jour le Christ ressuscité ," a-t-il dit devant 100.000 personnes, selon le Vatican.

François, 76 ans, doit célébrer la messe ce dimanche dans la basilique Saint Jean de Latran, siège officiel de l'évêque de Rome, et présider la cérémonie au cours de laquelle il prendra officiellement possession de l'église, un rituel qui consacrera son installation formelle comme souverain pontife. (AFP)

  


 

Pour que la foi des baptisés ne soit pas « à l’eau de rose », le pape François suggère de dire cette prière tous les jours : « Seigneur, merci pour la foi. Protège ma foi, fais-la grandir. Que ma foi soit forte, courageuse. Et aide moi dans les moments où, comme Pierre et Jean, je dois la rendre publique. Donne-moi le courage ».

06-04-2013

 


 

Accepte alors que Jésus Ressuscité entre dans ta vie, accueille-le comme ami, avec confiance : Lui est la vie ! Si jusqu’à présent tu as été loin de Lui, fais un petit pas : il t’accueillera à bras ouverts. Si tu es indifférent, accepte de risquer : tu ne seras pas déçu. S’il te semble difficile de le suivre, n’aies pas peur, fais-lui confiance, sois sûr que Lui, il t’est proche, il est avec toi et te donnera la paix que tu cherches et la force pour vivre comme Lui le veut.

 

Pape François 30 03 2013

 

 

 


 

JEUDI SAINT 28 03 2013  Homélie du pape François

Chers frères et soeurs,

C’est avec joie qu’en tant qu’Evêque de Rome, je célèbre cette première Messe chrismale. Je vous salue tous avec affection, vous en particulier chers prêtres qui vous souvenez avec moi aujourd’hui du jour de votre Ordination.

Les lectures et le psaume nous parlent de ceux qui ont reçu l’onction: le serviteur de Dieu chez Isaïe, le roi David, et Jésus, Notre Seigneur. Les trois ont en commun que l’onction qu’ils reçoivent, est pour oindre le peuple des fidèles de Dieu dont ils sont les serviteurs. Leur onction est pour les pauvres, pour les prisonniers, pour les opprimés… Une très belle image de cet « être pour » du Saint Chrême est celle que nous offre le psaume : « On dirait un baume précieux, un parfum sur la tête, qui descend sur la barbe, la barbe d’Aaron, qui descend sur les bords de son vêtement » (Ps 132 (133), 2). L’image de l’huile qui se répand - qui descend de la barbe d’Aaron jusqu’à la bordure de ses vêtements sacrés, est l’image de l’onction sacerdotale qui, à travers celui qui est oint, arrive jusqu’aux confins de l’univers représenté par les vêtements.

Les vêtements sacrés du grand prêtre sont riches de symboles ; l’un d’eux est celui du nom des fils d’Israël inscrit sur les pierres d’onyx qui ornaient les épaulettes de l’éphod, dont provient notre actuelle chasuble, six noms sur la pierre de l’épaule droite, et six sur celle de l’épaule gauche (cf. Ex 28, 6-14). Sur le pectoral aussi étaient inscrits les noms des douze tribus d’Israël (cf. Ex 28, 21). C’est-à-dire que le prêtre célèbre en chargeant sur ses épaules le peuple qui lui est confié, et en portant leurs noms gravés en son coeur. Revêtir notre humble chasuble peut bien nous faire sentir, sur les épaules et dans notre coeur, le poids et le visage de notre peuple fidèle, de nos saints et de nos martyrs. De la beauté de la chose liturgique, qui n’est pas seulement un ornement et un goût pour les vêtements, mais la présence de la gloire de notre Dieu resplendissant en son peuple vivant et consolé, considérons-en l’action !

L’huile précieuse qui oint la tête d’Aaron ne se contente pas de parfumer sa personne mais se diffuse et atteint toutes les ‘périphéries’. Le Seigneur le dira clairement : son onction est pour les pauvres, pour les prisonniers, pour les malades, pour ceux qui sont tristes et seuls. L’onction n’est pas destinée à nous parfumer nous-mêmes, ni davantage pour que nous la conservions dans un vase, parce que l’huile deviendrait rance … et le coeur amère.

On reconnaît un bon prêtre à sa façon d’oindre son peuple. Quand nos fidèles reçoivent une huile de joie, on s’en rend compte : lorsqu’ils sortent de la messe, par exemple, avec le visagede ceux qui ont reçu une bonne nouvelle. Nos fidèles apprécient l’Evangile annoncé avec l’onction, lorsque l’Evangile que nous prêchons, arrive jusqu’à sa vie quotidienne, lorsqu’il touche comme l’huile d’Aaron aux extrémités de la réalité, lorsqu’il illumine les situations limites, les ‘périphéries’ où le peuple fidèle est exposé à l’invasion de ceux qui veulent saccager sa foi.

Les fidèles nous en remercient parce qu’ils ressentent que nous avons prié avec les réalités de leur vie quotidienne, leurs peines et leurs joies, leurs peurs et leurs espérances. Et lorsqu’ils ressentent que le parfum de l’Oint, du Christ, arrive à travers nous, ils sont encourager à nous confier ce qu’ils veulent faire arriver jusqu’au Seigneur : « priez pour moi, père, car j’ai tel problème… » ; « bénissez-moi » et « priez pour moi », sont des signes de ce que l’onction est parvenue jusqu’à l’extrémité du manteau car elle est transformé en demandes.

Lorsque nous sommes dans ce rapport avec Dieu et avec son peuple et que la grâce passe à travers nous, alors nous sommes prêtres, médiateurs entre Dieu et les hommes. Ce que j’entends souligner c’est que nous avons toujours à raviver la grâce et discerner en chaque demande, parfois inopportune, parfois seulement matérielle ou même banale - mais elle l’est seulement apparemment -, le désir de nos fidèles de recevoir l’onction par l’huile parfumée car ils savent que nous la détenons.

Deviner et ressentir, à la manière du Seigneur, l’angoisse pleine d’espérance de la femme hémorroïsse lorsqu’elle toucha le bord de son manteau. Cet épisode de la vie de Jésus, présent au milieu des gens qui le pressent de partout, traduit toute la beauté d’Aaron vêtu comme prêtre avec l’huile qui descend le long de ses vêtements. C’est une beauté cachée qui resplendit seulement pour des yeux remplis de la foi de cette femme qui souffrait de pertes de sang. Les disciples eux-mêmes - futurs prêtres - ne réussissent pas à voir, ni ne comprennent : de la ‘périphérie existentielle’, ils voient seulement la superficialité de la multitude qui presse departout Jésus jusqu’à le suffoquer (cf. Lc 8, 42). Le Seigneur, en revanche, sent la force del’onction divine qui arrive jusqu’aux bords de son manteau.

C’est ainsi que nous devons faire l’expérience de notre onction, son pouvoir et son efficacité rédemptrice : aux ‘périphéries’ où se trouve la souffrance, où le sang est versé, il y a un aveuglement qui désire voir, il y a des prisonniers de tant de mauvais patrons. Ce ne sont pas précisément dans les auto-expériences ou les introspections répétées qui nous rencontrons le Seigneur : les cours pour s’aider soi-même dans la vie peuvent être utiles, mais vivre passant d’un bord à l’autre, de méthode en méthode, pousse à devenir pélagiens, à minimiser le pouvoir de la grâce qui s’actualise et croît dans la mesure selon laquelle, avec foi, nous sortons pour nous donner nous-mêmes et pour donner l’Evangile aux autres ; pour donner la petite onction que nous tenons à ceux qui n’ont rien de rien.

Le prêtre qui sort peu de lui-même, qui oint avec parcimonie - je ne dis pas « jamais » car, grâce à Dieu, nos fidèles nous ‘volent’ l’onction -, perd le meilleur de notre peuple, ce qui est capable d’allumer le plus profond de son coeur de prêtre. Celui qui ne sort pas de lui-même, au lieu d’être un médiateur, se convertit peu à peu en intermédiaire, en gestionnaire. Nous connaissons tous la différence : l’intermédiaire et le gestionnaire « ont déjà reçu leur récompense », et comme ils ne paient pas d’eux-mêmes, ni de leur coeur, ils ne reçoivent pas non plus un merci affectueux qui vient du coeur. De là provient précisément cette insatisfaction chez certains qui finissent par être tristes et convertis en collectionneurs d’antiquités ou de nouveautés au lieu d’être des pasteurs pénétrés de ‘l’odeur de leurs brebis’, - je vous demande d'être des pasteurs qui portent l'odeur des brebis! - pasteurs au milieu de leur propre troupeau, et pêcheurs d’hommes.

En vérité, la dite crise d’identité sacerdotale nous menace tous et se greffe sur une crise de civilisation ; mais si nous savons dompter cette vague, nous pourrons avancer au large au nom du Seigneur et jeter les filets. Il est bon que la réalité même nous pousse à aller là où ce que nous sommes par grâce apparaît clairement comme étant pure grâce, sur cette mer du monde actuel où seule compte l’onction - et non la fonction -, et seront remplis les filets jetés seulement au nom de Celui en qui nous nous sommes confiés : Jésus.

Chers fidèles, soyez proches de vos prêtres par l’affection et par la prière afin qu’ils soient toujours des pasteurs selon le coeur de Dieu.

Que le Père renouvelle en nous, chers prêtres, l’Esprit de Sainteté par lequel nous avons reçu l’onction, qu’Il le renouvelle en notre coeur de telle manière que l’onction rejoigne tous, même les ‘périphéries’, là où notre peuple fidèle en a le plus besoin et l’apprécie. Que nos fidèles nous sentent disciples du Seigneur, qu’ils comprennent que nous sommes revêtus de leur noms, et que nous ne cherchons nulle autre identité ; qu’ils puissent recevoir, par nos paroles et nos oeuvres, cette huile de joie que Jésus, l’Oint du Seigneur, est venu nous donner. Amen 

 


 

Entretien croisé F. Roger MARCHAL, franciscain, définiteur général de l’ordre  et 

 P. Marc ROTSAERT, supérieur de la communauté jésuite de l’université grégorienne à Rome

«La pauvreté permet de s’attacher à l’essentiel»

Pour « La Croix », un jésuite et un franciscain échangent sur la question de la pauvreté, que le pape François, jésuite proche de la spiritualité de François d’Assise, a mise en avant dès les premières heures de son pontificat

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Le pape François et Benoît XVI se sont longuement rencontrés

            Samedi 23 mars, à Castel Gandolfo, les deux papes, l’émérite et l’élu, se sont retrouvés.        

 

                                         

Le pape François et Benoît XVI  le samedi 23 mars à  Castel Gandolfo.                             
Le pape François et Benoît XVI  le samedi 23 mars à  Castel Gandolfo.                                            

Uncredited / ASSOCIATED PRESS

Le pape François et Benoît XVI  le samedi 23 mars à  Castel Gandolfo.

 
                

 

Le pape François et Benoît XVI  le samedi 23 mars à  Castel Gandolfo.        

Dans une ambiance fraternelle et simple, ils ont échangé, face à face, durant 45 minutes.                                                                                                                                               

 Samedi matin, les responsables du protocole du Vatican avouaient leur perplexité : comment régler cette rencontre absolument inédite entre les deux hommes en blanc ? Certes, ils se sont déjà parlé au téléphone, le pape François ayant tenu à informer personnellement son prédécesseur de son élection au soir du 13 mars, puis le 19 mars, jour de la saint Joseph, il a souhaité bonne fête à Joseph Ratzinger.

Finalement, la question protocolaire ne s’est pas posée. Alors que l’hélicoptère du pape François avait atterri vers 12 h 15 sur l’héliport de Castel Gandolfo, le P. Lombardi a décrit, dès 13 h 40, la grande simplicité de cette rencontre inédite.

 

45 minutes d’échanges

Accompagné du Substitut, Mgr Angelo Becciu, du régent de la Maison pontificale, Mgr Sapienza, et de l’actuel secrétaire du pape, Mgr Alfred Xuereb, le pape François est descendu de son hélicoptère. Benoît XVI, qui l’attendait, vêtu d’un chaud manteau blanc, s’est alors dirigé vers lui et l’a étreint. Puis, les deux hommes en blanc sont montés dans la même voiture, le pape régnant assis, comme il se doit, à droite. Mgr Georg Gänswein, préfet de la Maison pontificale, était également à bord. Puis, une fois arrivés au Palais, ils se sont rendus à la chapelle, Benoît XVI avançant à petits pas, s’aidant d’une canne. Là, le pape François s’est spontanément dirigé vers le fauteuil pontifical. Mais, s’inquiétant de la place de Benoît XVI, en dépit des signes donnés par celui-ci, qui voulait absolument prier en retrait, il le rejoignit finalement, et les deux hommes se sont agenouillés sur le même banc, délaissant le fauteuil pontifical. Puis ils se sont dirigés vers la bibliothèque où ils ont échangé, à huis clos et en italien, durant 45 minutes, de part et d’autre d’une petite table basse.

 

Aucune apparition publique

Le pape émérite portait une soutane blanche sans mantelet ni ceinture, le différenciant ainsi de son successeur. Ensuite, le repas s’est déroulé en présence des deux secrétaires, Mgr Gänswein et Mgr Xuereb. À l’issue du repas, Benoît XVI a raccompagné son successeur à l’héliport. Aucune apparition publique des deux papes n’a eu lieu.

On sait que le pape François, dès le soir de son élection, a qualifié son prédécesseur d’« évêque émérite de Rome ». Faisant cela, il a rectifié la version officielle du nouveau statut de son prédécesseur, qualifié jusque-là de « pape émérite ». Les deux hommes étant pareillement attentifs au choix des mots, le Vatican a voulu modérer le choc des images, en ce jour de rencontre inédite à Castel Gandolfo. Seules trois séquences ont été diffusées, montrant l’accueil à l’héliport, la prière commune et le début de la rencontre privée. Étranges images jamais vues : deux papes priant et travaillant ensemble.

 

Les dossiers de fond

Il est probable que les deux hommes en blanc, qui se connaissent assez peu, même si le pape élu a été, au conclave de 2005, le compétiteur de Benoît XVI, ont dû aborder, au fil de leur tête-à-tête, les dossiers de fond. Parmi eux, le rapport, toujours secret, signé des trois cardinaux non électeurs chargés par Benoît XVI de faire la lumière sur l’affaire des « Vatileaks ». Le pape François a peut-être déjà pris connaissance de l’unique exemplaire déposé dans le coffre-fort de l’appartement pontifical, au troisième étage du palais apostolique. Les commentaires personnels de Joseph Ratzinger lui ont donc probablement été précieux. Plus fondamentalement, cette rencontre privée a probablement vu un « tuilage » sur les questions ouvertes : réforme de la curie romaine, évolution du gouvernement de l’Église, point sur le dossier lefebvriste, voire sur les finances vaticanes.

 

Des nominations à la Curie

Jamais loin des deux hommes, la personne de Mgr Georg Gänswein, toujours secrétaire de Joseph Ratzinger et encore préfet de la Maison pontificale, attire les regards. Celui qui savait tout des ombres et des lumières du précédent pontificat sera-t-il aussi au centre du suivant ? C’est peu probable. Et chacun s’accorde, à Rome, à penser que Joseph Ratzinger, après son séjour de quelques semaines à Castel Gandolfo, vivra en reclus au monastère Mater Ecclesiae. Certes présent au Vatican, il ne devrait pas faire d’ombre au pape François. Celui-ci, se sachant pressé par le temps compte tenu de son âge, devrait, dès après Pâques, annoncer les nominations les plus décisives, notamment à la Curie. 

 LA CROIX Frédéric Mounier, à Rome


 

DISCOURS DU PAPE FRANÇOIS AUX REPRÉSENTANTS DES ÉGLISES ET DES COMMUNAUTÉS ECCLÉSIALES, ET DES DIFFÉRENTES RELIGIONS

Salle Clémentine Mercredi 20 mars 2013

 

Chers frères et sœurs,

Avant toute chose, je remercie de tout cœur pour les paroles que mon Frère  André [le patriarche œcuménique Bartholomée Ier] nous a adressées. Merci  beaucoup ! Merci beaucoup !

C’est pour moi un motif de joie particulière de vous rencontrer aujourd’hui,  Délégués des Églises orthodoxes, des Églises orthodoxes orientales et des  Communautés ecclésiales occidentales. Je vous remercie d’avoir voulu prendre  part à la célébration qui a marqué le début de mon ministère d’Évêque de Rome et  de Successeur de Pierre.

Hier matin, durant la Sainte Messe, j’ai reconnu spirituellement à travers vos  personnes la présence des communautés que vous représentez. Par cette  manifestation de foi, il m’a ainsi semblé vivre de manière plus pressante encore  la prière pour l’unité des croyants dans le Christ, et d’en voir ensemble, en  quelque sorte, préfigurée cette réalisation plénière qui dépend du plan de Dieu  et de notre collaboration loyale.

Je commence mon ministère apostolique durant cette année que mon vénéré  prédécesseur,  Benoît XVI, avec une intuition vraiment inspirée, a proclamée être  l’Année de la foi pour l’Église catholique. Par cette initiative, que je désire  poursuivre et qui, j’espère, sera un stimulant pour le cheminement de foi de  chacun, il a voulu marquer le 50ème anniversaire du début du  Concile  Vatican II, proposant en quelque sorte un pèlerinage vers ce qui représente  l’essentiel pour chaque chrétien : le rapport personnel et transformant avec  Jésus Christ, Fils de Dieu, mort et ressuscité pour notre salut. C’est justement  dans le désir d’annoncer aux hommes de tous les temps ce trésor de la foi  perpétuellement valable, que réside le cœur du message conciliaire.

Ensemble avec vous, je ne peux oublier tout ce que ce Concile a signifié pour le  cheminement œcuménique. Il me plaît de rappeler les paroles que le bienheureux  Jean XXIII a prononcées, lui dont nous nous rappellerons dans peu de temps le 50ème anniversaire de son décès. Il a dit dans son discours inoubliable d’ouverture :  « L'Église catholique estime que son devoir est de faire tous ses efforts pour que  s'accomplisse le grand mystère de cette unité que Jésus-Christ, à l'approche de  son sacrifice, a demandée à son Père dans une ardente prière; et elle éprouve  une douce paix à savoir qu'elle est étroitement unie à ces prières du Christ » (AAS 54 (1962), 793). Ce Pape Jean !

Oui, chers frères et sœurs dans le Christ, sentons-nous tous intimement unis à  la prière de notre Sauveur durant la Dernière Cène, à son invocation : ut  unum sint (qu’ils soient un). Demandons au Père miséricordieux de vivre en  plénitude cette foi que nous avons reçue en don le jour de notre baptême, et de  pouvoir en donner le libre, joyeux et courageux témoignage. Ce sera là notre  meilleur service à la cause de l’unité des chrétiens, un service d’espérance  pour un monde encore marqué par des divisions, des oppositions et des rivalités.  Plus nous serons fidèles à sa volonté, en pensées, dans les paroles et dans les  œuvres, plus nous cheminerons vraiment et substantiellement vers l’unité.

Pour ma part, je désire vous assurer, suivant en cela mes prédécesseurs, de la  volonté ferme de poursuivre le chemin du dialogue œcuménique, et je remercie  déjà le  Conseil pontifical pour la promotion de l’Unité des Chrétiens, pour  l’aide qu’il continuera à offrir, en mon nom, à cette très noble cause. Je vous  demande, chers frères et sœurs, de porter ma salutation cordiale et l’assurance  de mon souvenir dans le Seigneur Jésus aux Églises et aux Communautés  chrétiennes que vous représentez. Et je vous demande d’avoir la charité d’une  prière spéciale pour ma personne, afin que je puisse être un Pasteur selon le  cœur du Christ.

Et maintenant, je m’adresse à vous, distingués représentants du peuple juif,  auquel un lien spirituel très spécial nous unit puisque, comme l’affirme le  Concile  Vatican II : « L’Église du Christ reconnaît que les prémices de sa foi  et de son élection se trouvent déjà, selon le mystère divin du salut, dans les  patriarches, Moïse et les prophètes » (Décl. Nostra aetate, 4). Je vous  remercie pour votre présence et j’ai confiance qu’avec l’aide du Très-Haut, nous  pourrons poursuivre avec profit ce dialogue fraternel que le Concile a souhaité  (cf. ibid.) et qui s’est effectivement réalisé, portant des fruits non  négligeables, spécialement au cours des dernières décennies.

Je vous salue ensuite et je vous remercie cordialement, chers amis appartenant à  d’autres traditions religieuses : d’abord les musulmans qui adorent Dieu unique,  vivant et miséricordieux, et l’invoquent par la prière, et vous tous. J’apprécie  beaucoup votre présence. En elle, je vois un signe tangible de la volonté de  croître dans l’estime réciproque et dans la coopération pour le bien commun de  l’humanité.

L’Église catholique est consciente de l’importance de la promotion de l’amitié  et du respect entre les hommes et les femmes des diverses traditions religieuses  – je voudrai le répéter : la promotion de l’amitié et du respect entre les  hommes et les femmes des diverses traditions religieuses. En porte attestation  aussi le précieux travail effectué par le  Conseil pontifical pour le Dialogue  interreligieux. Elle (l’Église) est consciente également de la responsabilité  que tous nous portons envers ce monde, envers la création toute entière, que  nous devons aimer et sauvegarder. Et nous pouvons faire beaucoup pour le bien de  celui qui est pauvre, de celui qui est faible et de celui qui souffre, pour  favoriser la justice, pour promouvoir la réconciliation, pour construire la  paix. Mais surtout nous devons maintenir vive dans le monde la soif d’absolu, ne  permettant pas que prévale une vision unidimensionnelle de la personne humaine,  selon laquelle l’homme se réduit à ce qu’il produit et à ce qu’il consomme :  c’est là l’un des pièges les plus dangereux de notre temps.

Nous savons combien la tentative d’éliminer Dieu et le divin de l’horizon de  l’humanité a produit de violence dans l’histoire récente, et nous percevons la  valeur de témoigner dans nos sociétés de l’ouverture originaire à la  transcendance inscrite dans le cœur de l’homme. En cela, nous nous sentons  également proches de tous ces hommes et ces femmes qui, bien que reconnaissant  n’appartenir à aucune tradition religieuse, se sentent pourtant en recherche de  la vérité, de la bonté et de la beauté : de cette vérité, de cette bonté et de  cette beauté de Dieu, et qui sont nos alliés précieux dans l’engagement pour la  défense de la dignité de l’homme, dans la construction d’une vie en commun  pacifique entre les peuples et dans la sauvegarde soigneuse de la création.

Chers amis, merci encore pour votre présence ! Mon salut cordial et fraternel va  vers tous !

 


 

Le pape François, un « cyclone » de bonté

 

Ce qu'en disent les lecteurs de Zenit sur Facebook (21 03 2013):

 

Était-il toujours ainsi en Argentine, lorsqu’il était le cardinal Jorge Mario Bergoglio, archevêque de Buenos Aires ? 

 

C’est un fait : le pape François, à chacune de ses sorties, qu’il parle ou pas, a une manière de faire avec les personnes, de bouger au milieu d’elles, qui suscite une joie et un enthousiasme contagieux, révélant chaque jour des qualités humaines et spirituelles qui, une semaine après son élection, se propagent à une vitesse folle dans le monde entier. 

 

Son esprit joyeux et bon enfant suscite beaucoup d’émotion parmi les gens. Il n’est pas seulement le père que tous attendaient mais un pape sensible et proche des personnes, qui inspire confiance, sécurité, sérénité, le pouce toujours levé comme pour dire : « Tout va bien… tout va bien ! »

 

Mardi matin, 19 mars, avant le début de la messe inaugurale de son pontificat qu’il s’apprêtait à célébrer, tandis qu’il se trouvait à bord de la jeep au milieu de la foule, un homme handicapé s’est mis à hurler. Il a fait arrêter la voiture, l’a embrassé et celui-ci s’est mis à rire, et les personnes autour de lui riaient et pleuraient.

 

Une petite fille qu’on lui a amenée pleurait elle aussi, il l’a embrassée et elle s’est calmée.

 

Sans vouloir exagérer, le pape François fait des gestes qui ressemblent beaucoup à ceux que rapportent les évangiles, quand Jésus se déplaçait au milieu des foules.

 

L’évêque de Tarente (Italie), Mgr Filippo Santoro, qui a connu Jorge Mario Bergoglio lors d’une rencontre au Brésil en 2007, dit avoir été très impressionné par ses qualités d’« accueil et de transparence » et par son intelligence « d’une très grande profondeur ».

 

À Buenos Aires, le cardinal Bergoglio s’occupait beaucoup d’évangélisation et portait assistance aux plus pauvres dans les quartiers malfamés, et souvent, le Jeudi saint, il lavait les pieds des détenus dans les prisons, raconte un missionnaire argentin, le père Pedro Pablo Opeka à l’hebdomadaire italien Famiglia Cristiana, en rapportant ce que lui racontent ses sœurs qui vivent dans la capitale argentine.

 

En regardant sur les réseaux sociaux les plus fréquentés comme Twitter et Facebook, on se trouve face à un véritable « cyclone » de bonté qui trouve confirmation dans les réactions des personnes.

 

Une Sicilienne dit : « C’est un pape merveilleux ! » et une jeune étudiante ajoute : « On voit tout de suite qu’il est bon et doux ».

 

Un follower – abonné - à l’adresse de twitter @pontifex écrit : « Pape François, bienvenue ! Je pleure d’émotion quand je t’entends parler. Tu seras notre guide ! ». Et un autre : « Ils ont choisi un homme d’une spiritualité immense et très attentif aux pauvres. »

 

Un autre abonné fait remarquer que le pape François « le Jeudi saint ne reste pas dans sa cathédrale, mais va à l’hôpital des malades du sida ».

 

En français des lecteurs de Zenit ont écrit leur sentiment sur Facebook : « C’est un vrai homme; très profond et simple à la fois. Il m'inspire confiance et je vois en lui un très bon pasteur pour notre temps. Merci Seigneur de le garder dans ton amour pour qu'il guide ton Eglise”; “Il est humble, près de son peuple, il aime l'Eglise et être au service des autres... Il est très profond. Je l'apprécie vraiment et je prie pour Lui”; “Je le trouve simple, pauvre de coeur et très humble: que l'esprit de Dieu l'accompagne”; “Vous êtes un pape qui a l’air très aimable, un jésuite, un grand croyant”.

 

Ou encore: “Homme simple, bon, ami des plus pauvres , humble... Je l'aime de tout mon coeur, et je serai très à l’écoute de ses enseignements !”; “Il semble être un homme chaleureux et spontané qui a une vraie profondeur spirituelle”; “Ce qui m'a le plus frappé c'est son amour de tout homme, son humilité, son audace cordiale pour nous engager avec lui et pour lui dans la prière. Il est l'un de nous. Avec nous. Pour nous. Ensemble à la suite du Christ. Quelle joie !”. Ils aiment “sa simplicité”.

 

Une lectrice écrit: "Que Dieu te guide, l'Esprit t'éclaire et Marie tenant ta main te conduis vers les brebis égarés afin qu'ils reviennent au bercail. Pour tout souffrant donne leur l'espoir de vivre par ton évangélisation. Pape François Merci".

 

Voici quelques uns des messages arrivés sur la page Facebook de ZENIT en espagnol : « C’est un pape spectaculaire » et il nous rappelle que « le Seigneur est miséricordieux avec toutes ses créatures » ; « Il est doté d’une sainte humilité, de spontanéité et d’honnêteté et reflète l’amour de Dieu », « On ne peut pas juger en si peu de temps mais on voit que c’est un homme bon » ; « Il suscite espérance et charité » ; « C’est un retour aux origines de notre Église, compassion, humilité et amour » ; « C’est un père très proche et attentif à son prochain. Prophète de notre temps envoyé par l’Esprit Saint ».

 

Ou encore : « Jean-Paul II a été le pape de l’espérance, Benoît XVI celui de la foi et François est le pape de la charité » ; « C’est un saint chrétien pour l’humanité » ; « Espérance, douceur et sincérité, nous devons encore comprendre combien il est bon » ; « Sa vie d’homme, de prêtre, d’évêque et de cardinal le montre sous les traits d’un Pasteur cohérent qui défend les pauvres » ; « Un pape capable de provoquer des changements bénéfiques à l’intérieur et en dehors de l’Église », et enfin : « Il est le pape que nous espérions tous ».

 

Quant aux lecteurs de ZENIT en anglais, voici ce qu’ils ont écrit : « Un pape humble et simple » ; « Parfait pour notre époque » ; « Un réformateur qui fera beaucoup de bien à l’Église » ; « Sa vie c’est prier Dieu » ; « Son humilité est énorme, les autres leaders religieux devraient suivre son exemple » ; « Un grand pape qui succède à Benoît XVI, espérons qu’il continue sur les traces de son prédécesseur » ; « Il a rallumé ma foi. Il me donne le désir de devenir un chrétien meilleur » ; « Un homme qui n’oublie pas les démunis ».

 

Ou encore : « Par l’exemple, il nous rappelle ce que signifie être des hommes de Dieu » ; « Un humble serviteur de Dieu » ; « Sa simplicité est grande, son humilité désarme ceux qui critiquent l’Église catholique » ; « Espérons qu’il reste comme ça. Soutenons-le en priant » ; « Nous devons prier pour lui chaque jour ».

 

« Il m’a plu dès le premier instant et je pense que l’Esprit Saint nous a révélé une personne spéciale » ; « Le pape François est un cadeau pour le monde, une âme pieuse et humble, pleine de joie, courage et force pour porter la croix comme le Christ » ; « Fantastique! Je n’avais jamais entendu parler de lui avant : combien d’autres cardinaux sont comme ça ? L’Esprit Saint encore une fois nous a surpris » ; « Un pape dont le nom et les premiers gestes inspirent confiance à l’Église et à l’humanité » ; « L’Esprit Saint a choisi le meilleur » ; « Incroyable ! C’est vraiment un grand don ».

 

Traduction d’Océane Le Gall                          

 

 

 

 

 


 

QUOTIDIEN LA CROIX du 20 03 2013

Cérémonie d'inauguration du pontificat du 19 mars compte rendu:

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Texte de l'Homélie:

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Le pape devant les médias :  « Comme je voudrais une Église pauvre »

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Dans une audience samedi 16 mars aux médias, le pape François a expliqué comment le choix de son nom de pontife exprime l’attention aux pauvres.       

Il a invité les journalistes à « communiquer la vérité, la bonté, la beauté »

 

Recevant le 16 mars en fin de matinée en audience les milliers de journalistes du monde entier ayant couvert son élection, François a donné les clés de lecture du nom qu’il a choisi pour son pontificat.

« Pourquoi François ? Certains ont pensé à saint François-Xavier ou à saint François de Sales (patron des journalistes, NDLR) », a expliqué en italien le nouveau pape, revenant sur le conclave des 12-13 mars dernier.

 « Quand les votes ont atteint les deux tiers, le cardinal Hummes m’a dit : + Et n’oublie pas les pauvres ! + ».

« Durant l’élection, j’étais à côté de l’archevêque de São Paulo Claudio Hummes, un grand ami », a raconté le nouveau pape, citant le préfet émérite de la Congrégation pour le clergé, créé cardinal en même temps que lui en 2001 et qui est un franciscain brésilien. « Quand les choses sont devenues dangereuses, il m’a réconforté, et quand les votes ont atteint les deux tiers, il m’a serré dans ses bras, embrassé et m’a dit : + Et n’oublie pas les pauvres ! + ».

« Cette phrase m’est restée », a poursuivi le pape, pointant son doigt vers sa tête, « et c’est ainsi que j’ai pensé au nom de François ». Solidaire des plus marginalisés de son temps, saint François d’Assise (XIIIe siècle) est à l’origine de l’ordre des franciscains dans l’Église catholique.

« Comme je voudrais une Église pauvre », a poursuivi le pape François, sans développer davantage cette phrase, qui pourrait toutefois imprimer son pontificat.

 Humour jésuite

Maniant profondeur mais aussi humour dans la vaste salle Paul VI du Vatican aux trois quarts pleine, le pape a livré d’autres anecdotes sur le choix de son nom : « J’avais pensé à Adrien VI en hommage à celui qui a réformé l’Église. On m’a aussi suggéré Clément XV, après celui qui a supprimé la Compagnie de Jésus ! ». François appartient à l’ordre jésuite et figure ainsi aussi comme le premier pape issu de cette spiritualité.

À la suite des gestes et paroles d’humilité qui caractérisent son début de pontificat, il a rappelé qu’il n’incarnait pas le centre de l’Église : « C’est le Christ le centre de l’Église, pas le successeur de Pierre ».

 Être au service de « la vérité, la beauté, la bonté »

En préalable à cette audience d’une vingtaine de minutes, nourrie d’applaudissements, durant laquelle il a de nouveau séduit les médias par sa simplicité et son sens de l’humour, le pape a salué leur travail. « Vous avez beaucoup travaillé », a-t-il d’emblée reconnu, en souriant. Il a invité le monde professionnel à rester au service de « la vérité, la beauté, la bonté ». Il a répété plus tard ce triptyque.

Avant de prendre congé de la salle, François a reçu chaleureusement, l’un après l’autre, le personnel des services d’information du Saint-Siège, notamment ceux travaillant pour Radio Vatican et l’Osservatore Romano, et une poignée de journalistes représentant tous les continents. Tous avaient été invités à venir avec familles et amis.

 Une bénédiction respectueuse des croyances de chacun

Au final, le pape a donné sa bénédiction mais sans geste afin, a-t-il expliqué cette fois en espagnol, de respecter la croyance ou non de chacun, invitant à recevoir cette bénédiction en silence.

Le pape prononcera son premier Angélus dimanche 17 mars depuis les appartements pontificaux, qu’il n’occupe pas encore. Il doit rencontrer son prédécesseur, Benoît XVI, le samedi 23 mars, à Castel Gondolfo, résidence d’été des papes, où séjourne le pape émérite.

 Un million de fidèles attendus mardi

Un million de personnes sont attendues mardi 19 mars à Rome pour sa messe d’intronisation.

  (LA CROIX 16 03 2013)


 

Les 10 premiers signes du pape François (LA VIE ,Aymeric Christensen avec Jean Mercier, à Rome)37831-francois-foule-440x260.jpg

Les premières heures du pontificat ont été marquées par une multitude de gestes et de mots qui impriment déjà le style très personnel du nouveau pape. En voici quelques-uns des plus forts.

François

Elu comme successeur de Pierre, Jorge Mario Bergoglio a eu l’audace de choisir un prénom encore jamais porté avant lui, ce qui ne s’était plus fait depuis le pape Landon en 913 (si on excepte Jean-Paul Ier, dont le nom était en réalité une double reprise). Et pour le premier pape d’Amérique du Sud, le nom de François a la force de parler directement au coeur des Italiens : la foule réunie place Saint-Pierre a d’ailleurs exulté en entendant l’annonce de son nom, presque plus qu’en apprenant qui était le cardinal élu, alors peu connu des fidèles réunis à Rome.

Pierre

François, c’est bien sûr le poverello d’Assise, mais c’est aussi le saint qui a entendu l’appel du Christ à "rebâtir l’Eglise en ruines". Dans sa première homélie dans la chapelle Sixtine jeudi 14 mars, le nouveau pape a d’ailleurs insisté sur l’importance de cette dimension de bâtir et édifier. Le voilà devenu Pierre lui-même, pour cette mission de reconstruction d’une Eglise secouée ces dernières années par les scandales et dont les observateurs s’accordent pour souligner le besoin de réforme et de coordination au sein de la curie.

Chemin


C’était l’un de ses premiers mots quand il est apparu à la loggia de Saint-Pierre mercredi soir : "Nous commençons un chemin..." C’est aussi l’un des trois termes sur lesquels il a insisté durant sa première homélie en tant que pape : "Cheminer, édifier, confesser". Le pape François a précisé l’importance du "mouvement" dans ces trois actions. On peut aussi y voir une continuité avec Benoît XVI, qui a déclaré lors de sa dernière apparition à Castel Gandolfo qu’il redevenait un "simple pèlerin".

Proximité

Les services de sécurité du Saint-Siège vont probablement devoir s’adapter au style de ce pape qui avait pour habitude de circuler dans Buenos Aires en transports en commun. Ses premiers mots à la foule auront en tout cas témoigné de sa grande proximité avec les gens : "Buona sera", a-t-il simplement lancé en saluant la foule. En deux mots, la place Saint-Pierre entière a aimé son pape. Quelques minutes plus tard, après la bénédiction, on l’a encore vu réclamer le micro pour souhaiter simplement "bonne nuit et bon repos" aux fidèles.

Croix

Repoussant les croix préparées pour son élection, le pape François a délibérément choisi de conserver celle qu’il portait déjà comme archevêque de Buenos Aires. En conservant sa croix pectorale, il manifeste non seulement qu’il reste le même, mais souligne la continuité de sa mission comme pape aujourd’hui. Par ailleurs, sa première homélie a été aussi l’occasion pour lui d’insister sur le signe des chrétiens : "Sans la croix, nous ne sommes pas les disciples du Seigneur. Nous sommes des mondains. Nous sommes des évêques, des prêtres, des cardinaux, des papes... mais nous ne sommes pas des disciples du Seigneur."

Dépouillement

Sans la mosette (la fameuse pèlerine rouge courte portée par les cardinaux et les papes), sans même l’étole pontificale, le pape François s’est présenté à la foule simplement vêtu de sa soutane blanche. De même, ses chaussures n’étaient pas les célèbres escarpins rouges portés par Benoît XVI mais de simples chaussures noires, sans ostentation. Ce n’est qu’au moment de bénir la foule qu’il a accepté de revêtir l’étole brodée que le cérémoniaire Guido Marini tenait à sa disposition, et il l’a retirée aussitôt après ce geste, distinguant ainsi son apparition publique de sa fonction liturgique.

Rome

A aucun moment lors de son apparition à la loggia mercredi soir François n’a prononcé le mot de pape, ni pour désigner son prédécesseur ni pour lui-même. C’est comme "évêque de Rome" qu’il s’est présenté à la foule, affichant aussi son espérance de voir ce lien entre les fidèles de son diocèse et lui "porter du fruit pour l’évangélisation de Rome". Il a enfin rappelé que le rôle de Rome n’était pas de diriger l’Eglise mais de "présider à la charité de toutes les Eglises". Un signe particulièrement fort, à très grande dimension oecuménique.

Service

L’image d’un pape qui s’incline devant la foule afin qu’elle prie pour lui et le bénisse, dans un silence impressionnant de profondeur, restera comme un symbole d’une immense force. Avant de délivrer le moindre message, il a voulu faire prier l’assemblée. Avant de la bénir, il lui a demandé de lui accorder sa propre bénédiction. Dans les deux cas, François fait passer sa personne au second plan : donnant la priorité à Dieu, saluant son prédécesseur et courbant la tête devant les fidèles, il a rappelé que le rôle du pape était bien d’être d'abord le "serviteur des serviteurs de Dieu".

Humilité

Le pape François a multiplié les gestes de simplicité depuis son élection, manifestant ostensiblement qu’il ne souhaitait pas être traité différemment des autres cardinaux, qu’il appelle "mes frères" : c’est ainsi qu’il est allé embrasser le cardinal Dias (en fauteuil roulant) avant de recevoir, debout, l’hommage des électeurs dans la chapelle Sixtine, qu’il a partagé le minibus avec eux en rentrant mercredi soir, ou encore qu’il est allé lui-même régler la note de l’hôtel où il résidait avant le conclave.

Fraternité

C’est encore l’un des mots qu’il a prononcé lors de sa première apparition : "Nous commençons un chemin de fraternité, évêque et peuple", avec un geste qui semblait signifier que l’un et l’autre marcheraient main dans la main. Puis il a, selon la tradition, béni la foule en précisant qu’il l’accordait certes aux fidèles de Rome et du monde entier, mais aussi "à tous les hommes et les femmes de bonne volonté".

 

 

 


 

QUOTIDIEN LA CROIX 14 03 2013:

François 1er sud-américain, jésuite et proche des pauvres

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COURRIER RECU

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Les cardinaux ont voulu se donner le temps de mûrir le choix de la personnalité à qui ils confieront la charge suprême.       

Installation dans la chapelle Sixtine du poêle qui, par une fumée blanche ou noire, indiquera deu...
AP
Installation dans la chapelle Sixtine du poêle qui, par une fumée blanche ou noire, indiquera deux fois par jour les résultats des votes des cardinaux.
 
 

Le P. Lombardi n’a même pas attendu la fin de la congrégation de l’après-midi, ce vendredi 8 mars, pour annoncer que le conclave débutera le mardi 12 mars. Les cardinaux ont donc décidé d’utiliser le nouvel article 37 du motu proprio Normas nonnullas de Benoît XVI leur ouvrant la possibilité d’avancer la date du conclave, en les affranchissant du délai des 15 à 20 jours nécessaires après l’ouverture des congrégations générales.

Vu de l’extérieur, la façon dont les cardinaux, électeurs et non électeurs, se sont hâtés lentement pour décider de la date de leur entrée en conclave peut laisser perplexe. Elle n’est guère conforme au temps accéléré qui régit les médias et la vie politique. Mais, précisément, les cardinaux ont voulu laisser du temps au temps. Tout d’abord, en réponse aux inquiétudes des cardinaux à l’agenda local déjà bouclé par des engagements importants – le cardinal Raï, de Beyrouth, était en visite à Moscou ; d’autres célébraient des ordinations, des obsèques, etc. – et les nonces avaient fait savoir que chacun pouvait prendre son temps, pourvu qu’il soit présent à l’ouverture du conclave. D’où plusieurs retards, notamment européens, inexplicables a priori par la distance.Par ailleurs, il s’est vérifié, durant ces congrégations, combien les cardinaux, hors curie, se connaissent peu et mal. Il leur a donc fallu du temps pour faire connaissance, partager leurs expériences. Sans oublier que beaucoup, compte tenu des scandales récurrents à la Curie, sont apparus a priori méfiants vis-à-vis de toute main mise implicite ou explicite sur leur ordre du jour. D’où la prudence avec laquelle le cardinal doyen du Collège, Angelo Sodano, simple « primus inter pares », a mené les débats. Si le « parti romain » a mené campagne, c’est en coulisses et en ville, mais pas dans l’aula du synode. LA CROIX au 08/03/13

 

 

 

 


 

 

 

QUOTIDIEN LA CROIX du 05 03 2013: 

Les relations entre les évêques les épiscopats et Rome doivent être retravaillées

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QUOTIDIEN LA CROIX du 04 03 2013:

Le pape parfait nous ne le trouverons pas

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QUOTIDIEN LA CROIX du 01 03 2013 :

Texte intégral du salut adressé par Benoît XVI aux cardinaux

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QUOTIDIEN LA CROIX du 28 2 2013:

Benoît XVI a livré son testament spirituel

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Le pape n'est jamais seul:

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PRIERE A L'ESPRIT SAINT POUR L'ELECTION DE NOTRE NOUVEAU PAPE

 Viens Esprit Saint ! Nous demandons ta bénédiction sur les Cardinaux et sur le prochain Pasteur de l’Église universelle. Seigneur, fais du successeur de saint Pierre un instrument de ta paix, Là où est la haine, qu'il mette l'amour. Là où est l'offense, qu'il mette le pardon. Là où est la discorde, qu'il mette l'union. Là où est l'erreur, qu'il mette la vérité. Là où est le doute, qu'il mette la foi. Là où est le désespoir, qu'il mette l'espérance. Là où sont les ténèbres, qu'il mette la lumière. Là où est la tristesse, qu'il mette la joie. Viens Esprit Saint. Viens répandre sur lui les dons de piété, de science, de force, de conseil, d'intelligence et de Sagesse. Viens avec tes dons innombrables demeurer au cœur de notre nouveau Saint Père. Amen.


 

 

DU SITE DE NOTRE DIOCESE:

Démission du Pape

BXVIBenoit XVI vient d’annoncer ce lundi 11 février sa démission, à partir du  28 février prochain. 

Voir sa déclaration, ainsi que celle de Mgr Dufour, archevêque d’Aix et d’Arles, qui l’a rencontré dernièrement.

 

La déclaration du pape Benoît XVI

Frères très chers,

Je vous ai convoqués à ce Consistoire non seulement pour les trois canonisations, mais également pour vous communiquer une décision de grande importance pour la vie de l’Eglise. Après avoir examiné ma conscience devant Dieu, à diverses reprises, je suis parvenu à la certitude que mes forces, en raison de l’avancement de mon âge, ne sont plus aptes à exercer adéquatement le ministère pétrinien. Je suis bien conscient que ce ministère, de par son essence spirituelle, doit être accompli non seulement par les œuvres et par la parole, mais aussi, et pas moins, par la souffrance et par la prière. Cependant, dans le monde d’aujourd’hui, sujet à de rapides changements et agité par des questions de grande importance pour la vie de la foi, pour gouverner la barque de saint Pierre et annoncer l’Evangile, la vigueur du corps et de l’esprit est aussi nécessaire, vigueur qui, ces derniers mois, s’est amoindrie en moi d’une telle manière que je dois reconnaître mon incapacité à bien administrer le ministère qui m’a été confié. C’est pourquoi, bien conscient de la gravité de cet acte, en pleine liberté, je déclare renoncer au ministère d’Evêque de Rome, Successeur de saint Pierre, qui m’a été confié par les mains des cardinaux le 19 avril 2005, de telle sorte que, à partir du 28 février 2013 à vingt heures, le Siège de Rome, le Siège de saint Pierre, sera vacant et le conclave pour l’élection du nouveau Souverain Pontife devra être convoqué par ceux à qui il appartient de le faire.

La déclaration de Mgr DufourDufour-fr3

Nous venons d’apprendre la nouvelle de la démission de notre Saint Père, le pape Benoît XVI.

Cette nouvelle est une surprise et elle nous bouleverse ; je la reçois comme un acte de foi de notre pape, un acte de confiance de l’Esprit Saint qui conduit l’Eglise, un acte de sagesse.

Oserais-je dire que cette nouvelle ne m’étonne pas ? Au cours de notre visite ad limina, à Rome, il y a deux mois, j’ai eu le bonheur de rencontrer Benoît XVI. C’était le 1er décembre 2012 avec les évêques de la Province ecclésiastique de Marseille. Il nous a impressionnés par son étonnante lucidité sur l’Eglise et sur le Monde. Il nous a donné une leçon de grande sagesse que nous savons inspirée par Dieu dans les longues heures de prière qu’il lui consacre chaque jour.

En nous annonçant sa démission, il nous surprend et en même temps, il nous invite à la confiance et à l’espérance Dans l’action de grâce, nous lui redisons notre profonde communion et notre reconnaissance.

† Christophe Dufour

Archevêque d’Aix-en-Provence et Arles

11 février 2013, en la fête de Notre-Dame de Lourdes

Voir la vidéo de Mgr Dufour en replay sur France3: http://pluzz.francetv.fr/videos/jt_1920_provence_alpes_,77486321.html

D’autres informations

COMPOSITION DU CONCLAVE

Cite du Vatican, 11 février 2013 (VIS). Le conclave qui élira le successeur de Benoît XVI sera régi par l’Ordo Rituum Conclavis de la Constitution apostolique Universi Dominici Gregis, en son paragraphe 27. Le Cardinal Camerlingue, qui préside aux sorts de l’Eglise durant la vacance du siège apostolique est le Cardinal Tarcisio Bertone, nommé par Benoît XVI le 4 avril 2007. Les Cardinaux électeurs européens sont 61, latino-américains 19, nord-américains 14, africains 11, asiatiques 11, pour 1 seul provenant de l’Océanie. Ces chiffres peuvent encore varier en fonction de la date d’entrée en conclave, car le Cardinal Walter Kasper atteindra ses 80 ans le 5 mars. Le plus grand groupe est celui des Cardinaux italiens (21). Benoît XVI a créé 67 Cardinaux, les 50 restants étant de son prédécesseur. Le 28 février prochain, les 117 Cardinaux votants logeront reclus dans la Domus S.Marthae du Vatican, par décision de Jean-Paul II, d’où ils gagneront la Chapelle Sixtine pour les votes. Durant tout le conclave ils sont absolument coupés du monde extérieur. Quant au poêle de la chapelle, il fonctionnera selon le système ancestral pour annoncer l’issue des votes.

PRESENTATION A LA PRESSE DE LA RENONCIATION PAPALE

Cite du Vatican, 11 février 2013 (VIS). En débit d’après-midi près la Salle de Presse du Saint Siège, le P.Federico Lombardi, SJ, a fait un exposé de la situation avant de répondre aux journalistes. Voici les moments principaux de l’intervention du Directeur: « Dans sa déclaration, le Pape précise avoir pris en compte un contexte particulièrement frénétique et rapide, où la quantité des événements et des problèmes nécessitent une plus grande vigueur que par le passé, une vigueur qu’il a vu diminuer ces derniers mois. La phrase où il se dit parfaitement conscient de sa décision est importante. Il déclare formellement renoncer au ministère d’Evêque de Rome et de Successeur de Pierre, dans le respect du droit. Le canon 332,2 du CIC dit qu’en cas de renonciation, l’acte est valide si elle est consentie librement et manifestée selon les formes. Il n’est pas besoin que qui que ce soit l’accepte. Les deux conditions sont donc la liberté et la manifestation publique, en l’occurrence un consistoire public. Benoît XVI conserve la plénitude de ses fonctions jusqu’au 28 février à 20 h, heure à laquelle s’ouvre la vacance du siège apostolique, selon les normes de la constitution apostolique Universi Domini Gregis de Jean-Paul II ».

« La déclaration du Saint-Père est cohérente avec ce qu’il avait dit dans le livre interview intitulé La lumière du monde. Le journaliste Peter Seewald lui avait posé deux questions sur une perspective de renonciation à la papauté à cause d’une situation délicate du pontificat. Benoît XVI avait répondu ne pas l’envisager parce que, avait-il dit, on ne peut fuir devant le danger. Ce n’était pas selon lui le moment de s’en aller devant la crise des abus sexuels du clergé. Dans une telle situation il convenait de résister pour surmonter la difficulté. Telle était sa pensée. Un Pape ne pourrait se retirer que dans un climat serein, ou s’il ne réussit plus à accomplir ses fonctions correctement, non face au danger dans l’espoir que d’autres s’en chargent… La seconde question était: Peut on imaginer un cas dans lequel vous pourriez estimer opportun de que le Pape se retire. Benoît XVI avait répondu: Oui, s’il parvient à la claire conclusion de ne plus être en mesure d’accomplir le devoir qui lui a été confié, physiquement, intellectuellement et spirituellement. Il aurait alors le droit et probablement aussi le devoir de renoncer à ses fonctions ».

« Avec le début de la Sede Vacante, le Pape gagnera d’abord Castelgandolfo. Puis, lorsque seront achevés les travaux d’aménagement en cours, il s’installera dans l’ancien couvent des soeurs de clôture des jardins vaticans. Tout le monde a accueilli l’annonce papale avec admiration. C’est la preuve d’un grand courage, de sa liberté d’esprit, d’une grande conscience de ses responsabilités. Par son pontificat, Benoît XVI a montré sa sollicitude pour les problèmes qui se posent à l’Eglise et au monde ».

En principe, le 1 mars débutera l’iter portant à l’élection du nouveau Pape. La date de convocation du conclave n’est pas encore connue, mais comme il n’y aura pas les Novendiales (offices pour le Pontife défunt et ses funérailles), ce qui permet de penser que le successeur de Benoît XVI sera élu pour Pâques. Benoît XVI n’aura aucun rôle dans le conclave de mars 2013, ni dans la gestion de l’Eglise durant la vacance du siège apostolique. La Constitution apostolique ne prévoit d’ailleurs aucune rôle pour le Pape qui s’est retiré.

 

 


 

 

 

 

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Serviteur fidèle
 

Benoît XVI a annoncé ce lundi qu’il renoncera à sa charge de pape et d’évêque de Rome le 28 février,  à 20 h, estimant que ses forces ne lui permettaient plus d’« exercer de façon adéquate (son) ministère ». « Dans le monde d’aujourd’hui, sujet à de rapides changements et agité par des questions de grande importance pour la vie de la foi, pour gouverner la barque de saint Pierre et annoncer l’Évangile, la vigueur du corps et de l’esprit est aussi nécessaire », a expliqué le pape.

Cette annonce est une demi-surprise. Aucun pape, n’avait posé un tel geste depuis 700 ans. Son prédécesseur et ami Jean-Paul II avait tenu à assumer jusqu’au bout sa charge, ne cachant pas aux yeux des foules la précarité de son état de santé. Ces dernières semaines, Benoît XVI était apparu particulièrement fatigué. Il avait déjà annoncé à plusieurs reprises au cours de son pontificat qu’il n’hésiterait à renoncer, s’il était dans l’incapacité physique, psychologique ou spirituelle d’accomplir les tâches de sa fonction.

Au cours de ces derniers mois, il avait d’ailleurs donné le sentiment de vouloir régler de manière définitive des dossiers difficiles – prêtres pédophiles, négociation avec la fraternité Saint-Pie X - pour en libérer son successeur. Et signe qui ne trompe pas, en 2012, il avait à deux reprises consolidé le nombre de cardinaux électeurs, se plaçant clairement dans l’optique d’un éventuel conclave.

Élu en 2005 à une fonction à laquelle il n’aspirait pas, l’homme de foi a vu dans le choix du collège cardinalice un appel de Dieu auquel il ne pouvait se dérober. Au cours de son pontificat, les épreuves n’ont pas manqué et ont probablement pesé sur un organisme déjà fatigué. Benoît XVI peut se retirer avec la conscience du serviteur fidèle qui a accompli son devoir. Et c’est aussi en homme de foi qu’il a décidé de renoncer : que l’annonce soit faite un 11 février, fête de Notre-Dame de Lourdes et journée mondiale de prière pour les malades – voulue par Jean-Paul II – n’est certainement pas fortuit.        Dominique Greiner   

 

QUOTIDIEN LA CROIX du 12 02 2013 :

Le 28 février à 20 heures, Benoît XVI démissionnera :

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Benoît XVI jusqu'au bout inattendu :

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