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Commentaires de Valérie, animatrice de l'atelier, sur l'écriture d'icônes, 

 extraits de la conférence qu'elle nous a donnée au printemps 2013 à l'issue du repas partage

 

L’icône (1ère partie)

 

Etymologie  du mot  eikwn: vient de eikw, qui signifie « être semblable à, ressembler ».  

 

« Si Celui qui se fait corps se fait homme pour toi, tu es autorisé à peindre sa figure humaine. (St Jean Damascène).

 

L’icône relève d’un art sacré ; fenêtre de l’invisible, elle est  offerte à la contemplation, destinée à être vénérée dans la liturgie de l’Eglise ou dans le cadre de la prière dans nos maisons.  L’homme tombé si bas lors de la chute se trouve aspiré vers le haut par la seule contemplation de l’icône du Christ, visage humain de Dieu, parce que Dieu est descendu dans le monde, il a pris chair humaine en son Fils Jésus-Christ. : « Il est l’image du Dieu invisible….. » Col. 1, 15. Ne sommes-nous pas créés à l’image et à la ressemblance de notre Créateur (Gn 1,26).

 

Mais attention à ne pas verser dans l’idolâtrie ; l’icône du Christ n’est pas le Christ, elle permet la communion orante, spirituelle avec sa Personne, elle conduit au prototype et annonce sa présence, témoigne de sa parousie.

 

Remontons dans le temps : l’Egypte est riche d’art sacré, durant des millénaires à la recherche de l’union avec son Créateur. Il a fallu la venue de la Sainte Famille pour que cette terre devienne sacrée pour les Egyptiens, ce qui  eut pour effet de faire voler en éclat les anciens cultes. Nos frères coptes reconnaissent la bénédiction  particulière de Dieu pour leur terre et leur peuple, « fuite en Egypte » disent les occidentaux, «entrée en Egypte» disent les Egyptiens. Leur terre est devenue sainte et lieu de pèlerinage, ne soyons donc pas étonnés que les premières icônes aient vu le jour sur cette terre bien aimée du Seigneur.  On retrouve dans l’écriture de l’icône une similitude avec les portraits du Fayoum ne serait-ce que par la technique utilisée (nous verrons cela dans la deuxième partie sur l’icône).  Les icônes les plus anciennes se trouvent au monastère sainte Catherine dans le Sinaï et datent du VIème siècle, elles sont au nombre de 2000.

 

L’icône est une catéchèse écrite à ses débuts sur des panneaux portables afin de transmettre l‘Evangile au peuple égyptien victime de profanation des églises lors de l’invasion islamique.  Pourquoi la Bible en images ? Pour que ceux qui ne connaissaient pas l’écriture puissent apprendre la vie de notre Seigneur, souci à l’époque pour les Pères du désert d’évangéliser le peuple.

 

De l’Egypte la tradition de l’écriture s’est étendue dans l’empire byzantin, puis est arrivée dans les pays de l’Est aux alentours du XIème siècle. C’est seulement au  20ème siècle que les catholiques découvrent la spiritualité de l’icône.

 

L’icône (2ème partie)

Je vais aujourd’hui tenter de vous décrire la technique de l’icône.

Revenons aux peintres du Fayoum, les portraits du Fayoum étaient faits à l’encaustique à chaud. Pour ce faire il fallait faire chauffer la cire d’abeille à température élevée et lorsqu’elle était fondue, on ajoutait des couleurs végétales, le tout étalé sur une planche de bois. L’artiste avait au préalable fait son dessin et utilisait de petits outils métalliques rougis par le feu. Cette technique à l’encaustique a été utilisée pendant sept siècles, seules 8 icônes sont conservées au monastère sainte Catherine.

Vient ensuite l’élaboration de la technique à la cerra colla (encaustique à froid), puis la technique à la tempéra ou technique à l’œuf. Il y a de nombreuses variantes pour cette technique, on peut utiliser soit le jaune d’œuf pur, soit le jaune avec un additif (bière, vinaigre….), le tout dilué avec un peu d’eau. On utilise les pigments naturels (différents oxydes), et des pinceaux en poils de martre. La technique à la tempéra reste une technique très difficile et fragile. Le support de l’icône est du bois de tilleul, essence très souple, sans nœud.

Il y a une très belle histoire qui nous est transmise pour nous raconter la première icône écrite: le Mandylion. La légende rapporte que le roi Abgar d’Edesse était lépreux. Il envoya un de ses proches auprès du Christ afin de Le ramener auprès de lui pour le guérir. Celui-ci ne pouvant se déplacer, l’émissaire tenta de reproduire les traits du Sauveur. Jésus se lava le visage et l’essuya sur un linge où ses traits se trouvèrent imprimés, Il donna son mouchoir à l‘émissaire du roi Abgar qui le remit au monarque. C’est en contemplant la Sainte Face que le roi commença à guérir de sa lèpre. Plus tard le Christ lui envoya Thaddée qui convertit le peuple d’Edesse.

Revenons à la technique de l’icône. La planche doit être creusée de 3 à 5 mm ; nous procédons à un premier encollage après avoir fait le signe de croix au milieu de la planche, et ensuite nous posons un linge en coton. Cela fait référence bien sûr au suaire du Seigneur et à cette très belle histoire du Mandyllion, mais cela incite surtout l’écrivain à entrer dans cette douce contemplation avec le Sauveur, et cela durera le temps de l’écriture de l’icône, qui devient ainsi prière permanente, avec cette récitation de la prière du cœur : « Seigneur Jésus Christ, Fils du Dieu vivant aie pitié de moi pécheur ». Que le Saint Nom du Seigneur grandisse en moi jusqu’à devenir souffle vivant.

Continuons la préparation de la planche, le lendemain de la pose du linge de coton. S’ensuit la pose de 12 couches de stuc. Et ce n’est qu’après que nous commencerons l’étude du dessin, qui sera reporté après l’avoir longuement élaboré, dans le respect de la tradition. Vient ensuite le travail de l’écriture que j’aborderai dans la 3ème partie.

 

3         Travail de l’écriture de l’icône.

Le Créateur a mis sa créature au sommet de sa création, ainsi donc l’écrivain va-t-il cheminer en tendant vers l’harmonie de ladite création : dans cette création même nous trouvons 4 règnes :

-          Le règne minéral/ Le règne végétal/ Le règne animal/ le règne humain.

-           

  1. Le règne végétal : tout d’abord la planche en tilleul (essence souple afin que la planche ne fissure pas) avec l’utilisation de tissu en pur coton, qui symbolise le linceul et qui permet aussi techniquement d’assurer la restauration de l’icône , s’il en était besoin d’enlever le tissus sans abîmer l’écriture.
  2. Le règne minéral : le blanc de Meudon (craie blanche) utilisé pour « stuquer » la planche, autrement appelé : enduit, les différents pigments (différents oxydes extraits de  la terre).
  3. Le règne animal : avec la colle de peau de lapin que nous utilisons pour le pré-encollage, pour coller le linge et pour poser les différentes couches de stuc (12 couches). Le jaune d’œuf sera notre liant.
  4. Le règne humain : la main de l’homme pour dessiner et peindre l’ineffable, le cœur de l’homme pour prier et entrer en communion avec le saint représenté sur la planche, pour communier à l’indicible, la tête de l’homme pour l’intelligence de l’écriture, cette intelligence doit descendre dans le cœur et entrer en communion avec Celui que nous représentons.

Au commencement de la préparation, l’écrivain trace le signe de croix sur la planche, signe que nous referons à deux reprises lors de la première étape d’encollage puis lors de la première couche  de stuc. Ainsi commence notre méditation de la sainte Trinité : Dieu Un et Trine : trois personnes, une seule nature.

Regardons ensemble l’élaboration du visage du Christ Pantocrator. Pour élaborer le dessin, un premier geste : un point signifiant ce que le premier concile de Nicée-Constantinople nous dit : une seule nature. Trois cercles concentriques : le Père, le Fils et l’Esprit saint : trois personnes bien distinctes, c’est à l’intérieur de ces trois cercles que nous « construisons » le visage du Christ.  Nous ne représentons pas la nature humaine et la nature divine du Christ mais l’hypostase, c'est-à-dire la nature humaine et divine unifiée dans la personne du Christ. Par l’utilisation des couleurs bleues et rouges pour le manteau et la tunique nous écrivons qu’il est de nature humaine (le rouge) et  qu’Il est vrai Dieu par l’utilisation de la couleur bleue.

Le visage du Christ : centré sur le regard, illuminé de l’intérieur, regard fixé dans la contemplation de l’au-delà, le feu céleste illumine de l’intérieur, c’est l’Esprit qui nous regarde.

Les oreilles : allongées, elles écoutent le silence empli de la présence du Seigneur.

Le front : large et haut, légèrement déformé, accentue la prédominance d’une pensée contemplative. La couleur foncée supprime toute note charnelle et naturaliste.

Les lèvres sont privées de toute sensualité, elles sont faites pour chanter la louange de Dieu.

Les Yeux : manifestent la vie intérieure tournée vers l’Esprit.

Sur le manteau nous dessinons le clavus : symbole de la royauté. Dans les mains du Christ soit la bible ouverte soit un rouleau : la Parole de Dieu.

Cette très lente élaboration du dessin (de toute icône) est vécue pour l’écrivain dans la prière avec la récitation de la prière du cœur : « Seigneur Jésus Christ, Fils du Dieu très haut, aie pitié de moi », prière qui devient litanie intérieure.

Pour conclure, les écrivains de la Parole de Dieu se doivent d’observer une attitude d’obéissance à l’Eglise, donc aux canons de l’Eglise au point d’apparaitre peu créatifs et même répétitifs, ils se mettent au service de l’Eglise, en communion avec notre Sainte Mère l’Eglise. L’écriture de l’icône est un chemin de conversion, on ne fréquente pas la Parole de Dieu sans que cela ne vienne nous montrer dans la grâce de l’Esprit les lieux intérieurs où le Seigneur n’a pas répandu sa Lumière (les sept demeures de l’âme de Ste Thérèse d’Avila).  L’icône est vécue par l’écrivain comme une histoire d’Amour avec le Père.